Jeffrey Epstein était "le prédateur ultime" doté d'un "système extrêmement subtil", estiment les auteurs d'une enquête
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Qui était Jeffrey Epstein et quelle est la nature de ses crimes ?
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Qu'est-ce qui vous a fasciné dans cette affaire ?
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Est-ce que ça a été difficile d'accéder à tous ces gens, à ces témoins ?
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Anthony Mansuy, qu'est-ce qu'elle nous apprend, cette lettre publiée par la Justice fédérale américaine ?
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Qu'est-ce qui vous a surpris en enquêtant sur cet endroit ?
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Est-ce que c'est l'appartement des horreurs qu'on a imaginé ou qu'on imagine ?
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« On savait aussi que deux des personnes dont il a été le plus proche avaient la nationalité française, »
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« avenue Foch à Paris, 22 avenue Foch, 800 mètres carrés la taille de cet appartement gigantesque. »
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« c'est deux appartements qui ont été accolés. »
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France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale. Qui était Jeffrey Epstein et quelle est la nature de ses crimes ? Depuis l'onde de choc de la publication des Epstein Files en janvier, le monde entier s'est penché sur ses fichiers pour y chercher des réponses. On les trouvera en partie dans le magazine Society, qui sort aujourd'hui en partenariat avec France Inter. Nos deux invités, deux journalistes, Benjamin, y ont passé huit mois.
Bonjour Emmanuel Andréani. Bonjour. Merci d'être avec nous et bonjour Anthony Mansui. Bonjour. Vous signez donc cette enquête, titrée Epstein, ce que vous n'avez jamais lu. Ça sort aujourd'hui dans le magazine Society.
Voilà, une deuxième enquête fleuve après celle sur Xavier Dupont-de-Ligonnais, c'était il y a six ans. Emmanuel Andréani, Anthony Mansui, vous vous y êtes donc mis au mois de septembre dernier, avant la sortie des Epstein Files. Qu'est-ce qui vous a fasciné dans cette affaire ? Pourquoi se lancer dans une entreprise à priori si difficile et si longue ?
En fait, on avait l'intuition depuis quelques années à Society qu'il y avait quelque chose à raconter autour de Jeffrey Epstein à Paris. On savait qu'il avait un appartement ici. On savait aussi que deux des personnes dont il a été le plus proche avaient la nationalité française, l'agent de mannequin Jean-Luc Brunel et Guylaine Maxwell, qui a longtemps été sa compagne et sa complice. Donc, en fait, en démarrant cette enquête, il y a plus de huit mois, on a commencé un peu à explorer les choses, on a commencé à discuter avec les gens qu'il avait fréquenté à Paris, et on s'est rendu compte que cette intuition était assez fondée.
C'est-à-dire que ce n'était pas juste un caprice d'un milliardaire étranger américain d'avoir un appartement à Paris. Il y a beaucoup de milliardaires américains qui ont des appartements à Paris. Ce n'était pas ça. Jeffrey Epstein, c'est quelqu'un de très calculateur. Rien n'est laissé au hasard dans la vie de cet homme. Donc, le fait d'avoir choisi Paris, il n'a pas choisi Londres, il n'a pas choisi Milan.
Paris avait une fonction. On va y revenir et on va entrer avec vous dans cet appartement. Ce qu'il faut dire, c'est que vous avez recueilli des dizaines de témoignages inédits, des victimes qui n'avaient jamais pris la parole jusque-là. Vous avez rencontré le majordome parisien de Jeffrey Epstein. Est-ce que ça a été difficile d'accéder à tous ces gens, à ces témoins ? Six ans après la mort d'Epstein en prison, est-ce que vous avez senti le poids de la loi du silence ? Oui. En fait, il faut aussi savoir que l'affaire Epstein, c'est aussi un truc qui contamine le monde entier.
C'est-à-dire qu'y être associé, c'est avoir sa réputation, c'est avoir sa vie qui est tout de suite scrutée avec les projecteurs sur soi. Et dans le cas des victimes, c'est un petit peu plus complexe dans le sens où plein de choses qu'elles ont vécues, qu'elles racontent, qu'elles nous ont racontées, battent parfois un petit peu en brèche certaines des croyances qu'il y a sur cette affaire principalement. Donc la chance qu'on a eue, c'est de travailler pendant huit mois, d'avoir le temps et d'apprendre des choses qui nous ont permis de débloquer un petit peu des situations avec des gens qui ne voulaient pas parler.
Et on va revenir sur précisément parfois ces croyances ou ces idées qu'on peut avoir sur l'affaire Epstein et qui sont battues en brèche ou du moins rationalisées par l'enquête que vous publiez. Un mot puisque, et c'est ce qui est fascinant avec cette affaire Epstein, vous-même avez été percuté, si j'ose dire, par la publication des Epstein Files, alors même que vous aviez décidé d'enquêter avant leur publication.
Et les médias américains, depuis ce matin, font la une de leurs journaux sur une publication, la Justice fédérale, qui a publié ce qui apparaît comme étant la lettre laissée par Jeffrey Epstein au moment de se suicider en prison, même si la justice précise que cette lettre n'est pas authentifiée. Quelques mots griffonnés sur un bloc pas signé. Anthony Mansuy, qu'est-ce qu'elle nous apprend, cette lettre publiée par la Justice fédérale américaine ?
Comme vous le dites, Benjamin, elle n'est pas authentifiée, donc on ne sait pas vraiment si c'est lui qui l'a écrit. Donc c'est encore un de ces trucs dans l'affaire Epstein, tout est vrai, tout n'est pas vrai, tout veut dire un truc, tout veut rien dire. Donc là, en fait, elle va être analysée, désossée, disséquée dans tous les sens. Ce qu'en tout cas, elle a l'air de dire, c'est que Epstein ne va pas bien au moment où il écrit ces mots-là, parce que, par exemple, ils n'ont rien trouvé alors qu'ils ont enquêté dessus pendant des mois. Pas drôle, qu'est-ce que tu veux que je fasse ? Ne vaut pas la peine.
Enfin, c'est quelqu'un qui ne va pas très bien et qui, d'ailleurs, vient de tenter de se suicider à ce moment-là. Il a raté et il sera mort quelques semaines plus tard et l'autopsie officielle a conclu sur ça. Bon, et c'est assez sibilin. Vous débutez votre enquête en nous faisant entrer dans ce fameux appartement parisien d'Epstein, avenue Foch à Paris, 22 avenue Foch, 800 mètres carrés la taille de cet appartement gigantesque. Qu'est-ce qui vous a surpris en enquêtant sur cet endroit ? Est-ce que c'est l'appartement des horreurs qu'on a imaginé ou qu'on imagine ?
C'est-à-dire que ce n'est pas l'appartement des horreurs dans le sens où il n'y a pas de... Quand les policiers entrent dans cet appartement, il n'y a pas de signe de crime évident. C'est-à-dire qu'il y a cette salle de massage où sont retrouvées tout un tas de choses qui font penser qu'il y a eu des actes, en tout cas dans cette salle. Mais il n'y a pas grand-chose, il n'y a pas de traces de crime. Par contre, il y a une ambiance... Il y a beaucoup de photos ? Il y a des photos de jeunes filles, de jeunes femmes, dont on ne peut pas vraiment dater l'âge. Souvent dénudées, on va dire des photos plutôt de tendance érotique.
Ce qu'il faut comprendre, c'est que quand même, quand on arrive dans cet appartement, c'est deux appartements qui ont été accolés. Et donc, en fait, quand on entre dans la partie d'apparat, on va dire, la partie où il y a le salon, etc., où sont reçus les invités, il y a évidemment quelques petits signes du goût de cet homme pour les femmes, quelques photos, etc. Mais il n'y en a pas absolument partout dans le salon, etc. C'est plutôt dans les annexes où les policiers retrouvent énormément de choses plutôt dans d'autres pièces.
Alors, vous insistez sur l'importance, vous nous le disiez, de la ville de Paris dans le système Epstein, qu'on comprend bien en vous lisant, avec ces agences de mannequins dans les années 90, avec ces myriades de filles, notamment venues de l'Est parce que le mur de Berlin est tombé, et ces filles sont une sorte de chair à canon des soirées parisiennes. C'est cette ambiance-là aussi que choisit Epstein quand il vient s'installer en partie à Paris ? Ce qu'on m'a réussi à montrer avec Emmanuel dans cette enquête, c'est qu'en fait, Paris, non seulement ce n'est pas une note de bas de page dans l'histoire d'Epstein, mais c'est aussi un des points de départ du système de prédation.
Et on montre aussi que dès les années 80, il venait très souvent en France, à Paris et sur la Côte d'Azur. Pourquoi il vient beaucoup en France ? Probablement parce qu'il y a des fashion weeks, parce que c'est un hub de l'industrie du mannequinat, et que déjà règnent dans cette industrie-là, depuis des années, des hommes qui profitent des jeunes femmes, qui sont à disposition, entre guillemets, pour eux. Et il y a ces dîners qui sont organisés dans des boîtes de nuit, dans des clubs parisiens, où sont conviés de très riches amis, ces patrons d'agences de mannequins, comme Jean-Luc Brunel. Et Jeffrey Epstein est déjà présent dans ces dîners, dans les années 80, à Paris.
Et il y a effectivement ce système de prédation qui s'organise autour de Jeffrey Epstein. Avec Jean-Luc Brunel, on va en parler dans un instant, mais juste avant, Emmanuel Andréani, il y a cette description de cet appartement, le lieu des sévices. Et puis, il y a la description chirurgicale que vous faites du système de recrutement de ces jeunes filles pour satisfaire les besoins sexuels d'Epstein. Et là, vous écrivez dans votre enquête, c'est une histoire à se taper la tête contre les murs, pas seulement celle d'un violeur parmi les violeurs, mais celle du prédateur ultime. Pourquoi cette expression, le prédateur ultime, par rapport à ce système de recrutement que vous décrivez ?
Parce que c'est un système qui est extrêmement subtil, extrêmement complexe, extrêmement réfléchi. Et que je ne suis pas certaine qu'il existe, enfin, il doit exister, mais des personnes qui ont autant réfléchi à comment faire en sorte d'attirer dans leur filet des jeunes femmes. C'est-à-dire que c'est quelqu'un qui est capable de s'adapter à toutes les psychologies. Jeffrey Epstein est un prédateur qui décerne son de son interlocutrice tout de suite, immédiatement, capable de rentrer dans les moindres petites failles. Et donc, on connaît bien l'histoire des jeunes adolescentes de Palm Beach qui ont été violées par Jeffrey Epstein au début des années 2000.
Mais ce qu'on sait moins, c'est qu'en fait, parmi ces proies, il y a des jeunes femmes surdiplômées, brillantes, qui parlent plusieurs langues, etc. Oui, vous prenez notamment cet exemple d'une femme, d'une jeune fille qui souhaite travailler dans la finance avec un système d'entretien où il lui fait miroiter le fait de devenir son assistante. Et la première chose qu'il lui demande, c'est de venir faire un massage. Voilà. Et en fait, il cible cette jeune femme en lui faisant bien oiter tout un tas de postes et de choses aux Etats-Unis liées à Wall Street, etc.
Et c'est vrai que c'est quelqu'un qui en plus a plusieurs casquettes parce qu'il est un peu lié aux agences de mannequins, il est effectivement un peu lié à Wall Street, donc il peut vraiment se fondre dans la psychologie de chacune de ses proies, leur faire miroiter des choses. Et donc oui, effectivement, et souvent, ce qui est intéressant, c'est que les premières rencontres se passent très bien. C'est-à-dire qu'il est charmant, il est très enjôleur, etc. Et puis, il y a un massage qui se passe souvent de façon tout à fait bénigne, sans aucun acte. Et en fait, c'est peu à peu comme ça, c'est ce qu'on appelle le grooming.
C'est la mise en confiance finalement des proies dans le but d'attirer, de leur faire faire des actes sexuels, de les convaincre en tout cas. Et c'est vraiment ça. C'est-à-dire que c'est un cas d'école. C'est pour ça qu'on dit que c'est le prédateur d'ultime. C'est qu'il a quand même réussi à tirer dans ses filets des centaines et des centaines de femmes. Voilà.
Des centaines et des centaines de femmes. Il fait venir régulièrement trois filles par jour. Et donc, il a besoin pour ça de rabatteurs. Et il faut qu'on s'arrête un instant sur un personnage central de cette histoire qui est donc français. C'est Jean-Luc Brunel qui s'est lui aussi suicidé en prison en 2022. Il est patron d'une célèbre agence de mannequins. Quel est précisément son rôle auprès d'Epstein ?
Alors, c'est compliqué parce que ce qu'il faut rappeler c'est que Jean-Luc Brunel est décédé en prison et s'est suicidé en prison en février 2022. Il n'y a pas donc eu de procès sur ce volet-là. Il a été accusé de viol aussi. Il a été accusé de traite d'être humain mais il n'a pas été mis en examen pour ces faits-là parce qu'il est décédé avant.
Ce qu'on peut savoir, enfin, ce qu'on sait à travers notre enquête, c'est que plusieurs des femmes qui ont été recrutées et qui ont vécu auprès de Jeffrey Epstein en tant que, ce qu'on appelle, entre guillemets, assistantes, c'est-à-dire, en fait, des femmes qui étaient vraiment à son service, qui n'étaient pas du tout ses assistantes mais qui étaient finalement ses proies. Plusieurs de ces femmes, plusieurs autres femmes qui ont accusé Jeffrey Epstein d'agression sexuelle ont été recrutées via les agences de mannequins de Jean-Luc Brunel.
Jean-Luc Brunel est un ami de longue date de Jeffrey Epstein et voilà, ce qu'on constate aujourd'hui, c'est que ces mannequins, beaucoup de mannequins qui ont été recrutés, en tout cas, des mannequins qui ont été recrutés par l'agence MC2, MC Squared, qui était l'agence de Jean-Luc Brunel, une des agences de Jean-Luc Brunel, se sont retrouvées dans les griffes de Jeffrey Epstein.
Et qui sont donc détournées pour satisfaire les besoins sexuels de Jeffrey Epstein, il faut qu'on revienne sur l'une des révélations, l'une des nombreuses révélations de votre enquête de Society, c'est le fait que vous avez eu accès, Anthony Mansui, au majordome parisien de Jeffrey Epstein, 20 heures d'entretien avec lui, et ce qu'il vous dit, et c'est ce dont on parlait en début d'entretien sur parfois ses idées battues en brèche, c'est qu'il n'a jamais vu son patron partager, le mot est terrible, mais c'est le cas, ses victimes, et vous arrivez à la même conclusion dans votre enquête, à quelques exceptions près, ça veut dire que cette idée et ce soupçon que ceux qui ont fréquenté Jeffrey Epstein, qui sont allés dans ses propriétés partout aux Etats-Unis et en France, au fond que ces personnalités-là auraient pu partager les femmes qui étaient sous l'emprise de Jeffrey Epstein, ça c'est une idée que vous battez en brèche.
Si vous voulez, ce qu'Emmanuel a décrit juste avant, c'était une sorte de parcours qui était prédéterminé pour ramener les femmes de la rue par les rabatteurs jusque la salle de massage pour, en tout cas, entamer une relation avec Epstein et qui débouchait à peu près à chaque fois sur des agressions sexuelles. Si quelqu'un calcule aussi bien ce parcours-là, il est capable de calculer aussi la manière dont la maison était architecturée pour que ça ne se voit pas. Et donc, le majordome, en l'occurrence, était le seul employé de cette maison à Paris. Il ne parlait pas anglais, ce qui n'est pas anodin. Il n'avait pas le droit d'entrer dans les pièces quand Epstein était présent.
Et puisque c'était des agressions sexuelles qui n'étaient pas violentes sur le moment d'un coup, de tout à rien, que ça prenait beaucoup de temps, il n'y avait pas cet effet de surprise qui peut se percevoir par des bruits, par exemple. Et nous, quand on a rencontré pour la première fois le majordome, on n'a pas forcément cru parce qu'on avait la même idée que tout le monde, c'est-à-dire qu'on voit le truc le plus horrible possible. Et avec le temps, petit à petit, on a réussi à comprendre pourquoi le majordome n'avait rien vu. Et tout est la question du regard, en fait. C'est sur toutes les franges de cette affaire-là, c'est quel regard porte les gens.
Mais pour être très clair, vous, vous n'avez pas documenté d'orgie dans les propriétés de Jeffrey Epstein. On a beaucoup parlé de son île privée dans les îles vierges, etc. Il y a eu beaucoup de fantasmes autour de cette affaire et de gens puissants, d'un réseau de puissants à qui il aurait fait partager son système. Ça, vous ne l'avez pas documenté.
En fait, ce qu'il faut quand même dire dans cette affaire, c'est que c'est une affaire qui a été révélée en plusieurs moments. Il reste quand même 2,5 millions de documents qui n'ont pas été publiés. Nous, ce qu'on dit s'appuie sur les témoignages qu'on a réoccuillis, sur notamment l'expérience de l'avocat américain Brad Edwards qui représente 200 victimes et qui est la personne qui a relancé l'affaire et qui est la personne grâce à laquelle Jeffrey Epstein a finalement été arrêté en 2019. Donc, je pense qu'il connaît quand même bien l'affaire. Voilà. Nous, on se base sur ce qu'on sait.
Ce qu'on sait, c'est que, oui, Jeffrey Epstein côtoyait des gens très puissants et oui, dans le même temps, il était un prédateur. Un prédateur. Ce qu'on sait aussi, c'est qu'il aimait bien prendre en photo ses assistantes avec ses personnalités connues qu'il fréquentait. Est-ce que c'était pour les faire chanter, les mettre mal à l'aise ? C'est vrai qu'on avait ces photos de Bill Clinton dans une piscine ou à l'aéroport avec une jeune fille qui lui masse les épaules. C'est très gênant comme photo. J'imagine que Bill Clinton n'avait pas du tout envie que cette photo soit publiée. C'est très compromettant. Après, on n'a pas de preuves. Nous, on n'a pas vu de preuves. C'est remettre des faits.
Et ce que vous a dit le majordome qui assiste à deux scènes, c'est Harvey Weinstein essaye de s'approcher de l'une des filles sous l'emprise d'Epstein et il se fait sortir par Jeffrey Epstein. C'est aussi arrivé avec le prince Andrew qui a mis les mains sur une épaule d'une top modèle letton et elle n'a pas accepté qu'il fasse ça. Elle est partie et Epstein n'a rien dit. Il était présent.
On va parler dans un instant du volet judiciaire puisqu'il faudra revenir sur ce qui s'est passé en 2008 de façon absolument stupéfiante la façon dont la justice en Floride a géré le cas de Jeffrey Epstein mais sur ce système organisé autour d'un seul homme. Vous écrivez si Jeffrey Epstein n'était pas mort en prison son obsession sexuelle aurait été l'une des grandes questions de son procès.
Là encore sans rentrer dans des détails scabreux même s'ils sont importants il est 8h40 il y a peut-être des enfants qui nous écoutent cette obsession sexuelle elle relève et c'est ce que vous décrivez d'une forme de pathologie c'est bien ce qu'on constate concernant les pratiques sexuelles de Jeffrey Epstein.
On va essayer de parler de ça de manière voilà c'est pas facile il n'a pas une anatomie disons commune ce qui l'empêche de d'avoir d'avoir des rapports sexuels complets classique on va dire on pourrait mettre plein de nuances là dessus évidemment ce qui fait qu'il a besoin de tout ce décorum en fait n'est pas anodin c'est à dire que tout ce dont on vient de parler la salle de massage etc pour que lui puisse arriver à ses fins c'est pas évident et tout a été construit en fonction de ça et on a décidé parce qu'on a réfléchi un petit peu avant de se dire si on allait mettre ou pas ce détail sur l'anatomie d'Epstein dans l'article il se trouve qu'en fait ça éclaire tout le reste donc on l'a fait c'est à dire vous pensez qu'il y a une frustration qui détermine
c'est à dire que c'est une sexualité en fait très étrange on va pas rentrer dans les détails mais en gros c'est une sexualité extrêmement narcissique qui comment dire qui s'appuie sur la volonté de voir dans le regard de ces jeunes femmes une forme de peur et de soumission c'est ce qui fait qu'il a besoin en permanence de nouvelles proies et qu'elles soient aussi jeunes et il faut là encore lire cette enquête qui est passionnante pour comprendre précisément en quoi cela éclaire aussi la compréhension du système Epstein il faut qu'on s'arrête sur cette condamnation en 2008 pour sollicitation de prostituées mineures en Floride 18 mois de prison alors qu'il y a 23 témoignages contre lui que les faits relèvent de la pédocriminalité puisqu'il s'agit de jeunes filles vous parlez notamment d'une très jeune fille qui a 14 ans racontez-nous comment Jeffrey Epstein réussit malgré la gravité des faits qui lui sont reprochés à s'en sortir à si peu de frais Anthony Mansuy
il n'y a pas on n'a pas encore le fin mot de l'histoire là-dessus mais ce qui se passe c'est qu'il y a quand même 23 mineurs qui témoignent le dossier il est en béton armé il n'y a aucun moyen qu'un procureur qui porte plainte et qui mène ce sujet devant un tribunal ne perde et la justice américaine enfin la justice de Floride d'ailleurs a quand même décidé de passer un deal avec les avocats d'Epstein et un deal qui s'appelle aux Etats-Unis le sweetheart deal c'est-à-dire le deal en or le deal parfait pour quelqu'un pour s'en sortir et il passe à peu près un peu plus d'un an en prison et en liberté surveillée et pour quelque chose quand même qui relève de 23 cas d'agression sexuelle sur des mineurs et ce qui est encore plus sidérant c'est qu'on découvre qu'il a négocié un accord avec ce procureur de Floride pour une immunité totale au niveau fédéral qui vaut aussi pour ses complices comment c'est possible
et qu'est-ce que ça veut dire ? Alors ça veut dire qu'en fait cet accord et ça ce qui est hallucinant et c'est pour ça que l'avocat va finir par le faire tomber 11 ans plus tard c'est-à-dire que cet accord qui a été négocié par ces avocats qui sont vraiment des avocats stars les avocats d'Epstein c'est la dream team des avocats il y a un ancien procureur il y a l'avocat qui a fait acquitter O.J.
Simpson enfin c'est vraiment des avocats très puissants cet accord effectivement il octroie une immunité fédérale ça veut dire qu'il ne peut plus être poursuivi c'est-à-dire que l'enquête le FBI avait repris l'enquête liée aux mineurs de Palm Beach en 2006 l'enquête s'arrête en 2008 de façon absolument scandaleuse d'ailleurs les policiers de Palm Beach sont outrés ils le font savoir dans la presse et ça octroie et là où c'est vraiment l'étrangeté juridique totale c'est-à-dire que ça octroie une immunité à Jeffrey Epstein mais aussi à toutes les personnes qui sont désignées de façon même pas nommément comme ces co-conspiratrices ou ces co-conspirateurs c'est-à-dire que tous les gens ayant participé au trafic de mineurs dans cette villa de Palm Beach à avoir organisé les rendez-vous avec les jeunes filles etc.
sont immunisés c'est-à-dire elles ne peuvent plus être attaquées en justice
une impunité négociée alors ce qu'il faut dire c'est qu'il y aura un deuxième volet à votre enquête qui va sortir je crois dans 15 jours et qui va s'attacher à ses amitiés à ses contacts à tous ces noms qu'on a vu sortir dans les Epstein files des patrons des diplomates des artistes et on va comprendre ce qu'il veut faire et à quoi servent toutes ces amitiés mais une dernière question pour terminer qui est une question personnelle comment on vit avec une histoire pareille pendant 8 mois et comment on en sort ?
Benjamin reprenne tout à l'heure l'expression qu'on a décidé de mettre dans l'article et c'est se taper la tête contre les murs ça c'est un truc qu'on a fait plutôt vers la fin on a écrit un peu vers la fin pour casser un peu le quatrième mur parce qu'en fait en vrai c'est un peu je pense ce qu'il faut ressentir et nous on l'a ressenti pendant des mois on a vécu dans cet univers qui est un univers de témoignages d'agressions sexuelles de femmes qui sont brisées parce qu'Epstein ne faisait pas qu'agresser sexuellement les femmes en fait il les brisait mentalement pendant des années pour les garder sous sa coupe et du coup oui vous passez 8 mois là-dedans c'est horrible on n'en sort pas indemne et ça va être le temps des vacances et de la santé mentale
et Emmanuel Andréani il faut dire aussi que la force de cette enquête c'est qu'il y a tout ce qu'on a pu entendre sur les Epstein files sur le profil d'Epstein mais vous remettez aussi au centre de tout cela les victimes et c'est important de les entendre c'est d'ailleurs un commentaire d'un auditeur qui nous dit cette affaire est souvent réduite à une liste de noms comment éviter que le récit se délite et se résume à ça et que les victimes disparaissent du cadre c'est aussi pour elle que vous écrivez et ce qui fait l'intérêt de cette enquête dans Society
voilà merci merci Emmanuel Andréani merci Anthony Mansui d'avoir été avec nous ce matin
et un tout petit mot puisque vous êtes journaliste de Society puisque vous vouliez parler de votre confrère
on allait oublier oui on a une grosse pensée pour Christophe Glez et sa famille notre collègue qui est toujours en prison en Algérie évidemment on partage également merci à vous la revue de presse à suivre et sa famille
et sa famille