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interviewRFI — Invité politique· 30 juin 2026 8 min

La loi sur l'aide à mourir «va fragiliser les soins palliatifs et les plus vulnérables», dénonce le député PS Dominique Potier

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour Dominique Petitier, merci de nous rejoindre sur RFI à quelques heures de ce vote à l'Assemblée sur la loi sur l'aide à mourir après deux ans de débat sous extrême tension. Pourquoi vous opposer à cette loi Dominique Petitier, contrairement à la grande majorité du groupe socialiste et de la gauche en général ?

0:22
Dominique Potier

Je le fais pour des raisons anthropologiques, pour des questions fondamentales, philosophiques, spirituelles, mais je le fais également et avec la même force pour des raisons républicaines. Et j'ai produit avec Stéphane Peu, leader du groupe communiste, et Lisa Bellucot, une députée écologiste, une tribune dans Le Monde, qui dit que sans égalité matérielle, la liberté de mourir est une fiction libérale. Dans notre pays, nous avons par rapport à la mort une inégalité structurelle, avec un Français sur deux qui n'a pas accès aujourd'hui aux soins palliatifs. Et dans ce contexte-là, dans ce contexte d'îlot de solitude, de poche de pauvreté, de déserts médicaux, il y a un risque majeur.

C'est celle que cette liberté se traduise de fait par une discrimination sociale pour les plus fragiles de nos concitoyens.

1:16
Présentateur

Pourquoi il y aurait-il une rupture d'égalité alors qu'il y a un volet soins palliatifs dans cette loi qui va être sans doute adoptée cet après-midi ?

1:25
Dominique Potier

Nous avons un droit immédiat qui est l'aide à mourir et un droit putatif qui est celui des soins palliatifs. Aujourd'hui, un Français sur deux n'y a pas accès. Or, lorsqu'on a accès aux soins palliatifs, l'expérience nous montre que la plupart, plus que la plupart, l'immense majorité, 95% des personnes qui entrent en unité de soins palliatifs, ne désirent plus mourir et sont accompagnées jusqu'au bout de leur vie. Donc nous avons une rupture fondamentale d'égalité par rapport aux soins palliatifs. Et encore une fois, cette rupture-là, elle entraînera de façon insidieuse un moindre effort d'égalité de couverture des territoires en termes d'accompagnement des plus fragiles d'entre nous.

2:08
Présentateur

Vous pensez, comme le professeur Juvin, qu'il sera, avec cette loi, plus facile d'obtenir l'aide à mourir que des soins palliatifs ?

2:15
Dominique Potier

Mais c'est déjà le cas, et les conséquences économiques sont majeures. Et je ne cesse de m'étonner qu'à gauche, nous soyons aveugles à la fois à la politique surpuissante qui s'est mobilisée en faveur de l'aide à mourir, du suicide assisté, de l'euthanasie, pour appeler les choses par leur nom, et puis d'autre part, sur les immenses enjeux financiers qu'il y a pour toutes les parties prenantes, dont les mutuelles. Je crois que nous devons regarder cette loi avec le regard des républicains sociaux, celui de la liberté, mais qui doit être mise en tension avec l'égalité et la fraternité. Je pense qu'il y a une rupture d'égalité et qu'il y a un travestissement de la fraternité.

La vraie fraternité, c'est de permettre à tous de vivre les dernières heures, les derniers jours, les dernières semaines de sa vie sans solitude, sans douleur.

3:07
Présentateur

Sauf surprise, cette loi fin de vie devrait être adoptée cet après-midi, on l'a dit, avant un vote final le 15 juillet prochain. Est-ce que vous partagez également cette crainte qu'ensuite cette loi soit de nouveau amendée, comme ça a été le cas aux Pays-Bas, en élargissant les conditions d'accès à cette aide à mourir ?

3:31
Dominique Potier

C'est en tout cas, l'expérience internationale témoigne de cela. Partout où cette frontière de notre commune humanité a été franchie, c'est-à-dire l'interdiction de donner la mort, qui est une des fondations pour moi de notre civilisation, cette interdiction-là, dès qu'elle est abolie, on ne cesse d'élargir les critères et de permettre de nouvelles dérogations. Et nous partons de ce qui est une illusion de loi d'exception. La loi française n'est pas une loi d'exception, elle est une des plus permissives au monde, vers des élargissements futurs. C'est ce qu'a montré notamment l'exemple tragique du Canada et du Québec, où cela représente jusqu'à 8% des décès.

4:13
Présentateur

Et le vote donc de cette loi cet après-midi à l'Assemblée. Autre sujet, on l'évoquait à l'antenne, il y a un instant de forte dissension au Parlement. On parle bien sûr de la loi d'urgence agricole, actuellement dans les mains des sénateurs, qui la nuit dernière ont voté une mesure pour réintroduire des pesticides interdits, la fameuse acétamipride, particulièrement toxique pour la biodiversité. C'est le retour de la loi Duplomb, Dominique Potier ?

4:42
Dominique Potier

C'est une sorte de vengeance de Laurent Duplomb et des plus conservateurs, des plus productivistes des parlementaires. C'est que cette question avait été réglée par le Conseil constitutionnel. On renvoyait un arbitrage de la science qui devait venir et qui devait apaiser les débats. Et ils n'ont pas pu s'empêcher de rétablir par la loi l'astamipride. Je ne sais pas ce que va devenir cette loi, mais en tout cas la promesse initiale d'une loi d'urgence pour répondre à des besoins économiques et écologiques des agriculteurs s'éloigne, puisque je ne vois pas comment il y aura une majorité désormais pour voter leur établissement de l'astamipride.

C'est une sorte de position idéologique presque extrémiste et décalée par rapport à la situation actuelle. Se battre pour les bassines, pour l'astamipride, c'est faire fi de cette réalité, sans transition agroécologique, sans santé des sols, sans révolution agronomique, nous ne pourrons pas continuer à produire et nous ne pourrons pas assurer notre souveraineté alimentaire. Donc cette course en avant vers l'établissement de nouvelles molécules ou le maintien éternel de molécules, c'est le cas de la directive européenne Omnibus 10, actuellement en débat à Bruxelles, sont des courses sans fin, sont des combats perdus.

Il nous distrait de l'urgence, encore une fois, de vivre une révolution agronomique. Elle est essentielle pour assurer l'alimentation de demain.

6:14
Présentateur

Et dans l'urgence également écologique, on l'a vu lors de cette dernière canicule, le Sénat qui promet aussi de toucher un autre irritant, cette levée des contraintes des agriculteurs sur le sujet de la gestion de l'eau, de pouvoir lancer la guerre au Parlement sur les méga-bassines. Là encore, c'est un retour en arrière insupportable, dites-vous ?

6:36
Dominique Potier

Moi, je suis député d'un territoire où cette question de l'eau, elle est portée ensemble par les collectivités locales, qui sont gestionnaires de l'eau potable, de la sécurité incendie, de VNF qui assure le transport fluvial, des industriels et du monde agricole. Ensemble, on cherche à anticiper les crises à venir dans les 5 à 10 ans qui viennent, en termes de pénurie d'eau, à voir comment nous allons moderniser les réseaux, lutter contre les fuites, organiser peut-être des stockages à dimension humaine, gérés publiquement, pour satisfaire aux besoins les plus urgents. Ça, c'est une démarche fondée sur la science, démocratique et apaisée. C'est les seules voies d'une transition.

Toute logique qui jouerait les rapports de force, qui remettrait en cause des lois de 64 sur l'eau, qui l'ont considérée comme un bien commun, que nous devions gérer ensemble de façon démocratique. C'est ce qu'essayerait de faire le Sénat, nous amènerait à notre perte. Car, évidemment, les épisodes caniculaires nous démontrent à l'envie que personne ne peut accaparer l'eau, mais qu'au contraire, sa pénurie doit être gérée avec parcimonie, avec intelligence, avec un sens de la hiérarchie des besoins. Et il y a bien sûr une part pour l'agriculture, c'est une présence d'irrigation, notamment dans les légumes et l'arbre.

7:53
Présentateur

Merci Dominique Potier. Merci d'avoir été avec nous sur RFI.

7:56
Dominique Potier

Merci à vous.

7:56
Présentateur

Bonne journée.

7:58
Dominique Potier

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