L'invité d'Apolline Matin : Budget 2027, comment protéger notre souveraineté industrielle ? - 11/09
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Questions et réponses
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- 0:10OuverteRéponse directe
Quelle santé, quel médicament pour la France de demain ?
- 0:26OuverteRéponse directe
On peut encore choisir la France quand on est dans l'industrie pharmaceutique ?
- 1:07OuverteRéponse directe
Quelles conséquences pour vous au quotidien ?
- 2:38OuverteRéponse directe
Il y a un décalage entre le côté né sur le guidon de nos politiques et vos investissements de long terme.
- 3:00OuverteRéponse directe
Vous, ça vous inquiète ? Comment vous vous projetez ?
- 3:48OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui se passe pendant ces 500 jours ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:13PrésentateurChiffre
« Ce sera moins de la moitié de ce qui était initialement prévu. On s'oriente vers un plus 0,4. »
- 2:21InvitéFait
« Là où l'industrie française de santé était leader en Europe, on est passé numéro 5. »
- 5:30InvitéChiffre
« Pour un euro qu'elle nous achète, donc un euro de dépense, nous, on contribue à plus de deux euros au compte public à travers les charges sociales, à travers les taxes, etc. »
- 9:22InvitéFait
« Les US et la Chine ont décidé de redessiner les cartes de l'industrie de santé. »
- 10:09InvitéFait
« Exactement. Et la question aujourd'hui, parce qu'on ne peut pas contrôler ce que font les Etats-Unis ou la Chine, par contre, que peut faire la France et l'Europe ? Prendre son destin en main. »
Temps de parole
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- Auditeur4 %
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Vous
écoutez RMC.
Il
est 7h41 sur RMC et RMC Story.
Et
parmi les nombreux défis de la France aujourd'hui, il y a cette question. Quelle santé, quel médicament pour la France de demain ? C'est l'une des questions qu
'on
va se poser avec vous ce matin. Charles Wolff, bonjour. Vous êtes le patron France de Sanofi. Vous présidez aussi Initiative Pharma. Ça représente les principaux acteurs de l'industrie pharmaceutique, ceux qui ont choisi la France. On peut encore choisir la France quand on est dans l'industrie pharmaceutique ?
Ce
n
'est
pas facile, mais nous on a fait le choix de la France et on porte cette voie, cette voie très singulière. Et surtout, on porte le choix de la France pour les médicaments d'aujourd'hui et de demain. C'est très important que non seulement on ait effectivement une production des médicaments actuels sur le marché en France pour des raisons de sécurité sanitaire, d'accès aux médicaments pour les patients français, mais c'est encore plus important d'avoir les technologies d'avenir qui se produisent sur le sol français. Ça,
c
'est clé.
On a de très nombreuses questions à vous poser ce matin sur la santé, sur l'avenir du médicament, sur l'industrie pharmaceutique aussi en France. Mais avant de commencer, on a appris hier ces chiffres catastrophiques pour la croissance française. Ce sera moins de la moitié de ce qui était initialement prévu. On s'oriente vers un plus 0,4. Et c'est surtout ridicule vis-à-vis de nos voisins qui, eux, face aux mêmes difficultés conjoncturelles, internationales, s'en sortent deux fois mieux. La France, aujourd'hui, malade de l'Europe du point de vue de l'économie. Quelles conséquences ça a pour vous au quotidien
? Pour
nous, au quotidien, c'est les pressions, je dirais, qui deviennent délétères avec les autorités sur les discussions
de
budget du médicament. Il y a une réalité. La réalité, c'est quoi ? C'est le vieillissement de la population. On a besoin
d
'avoir une population qui soit accompagnée dans son vieillissement pour vieillir en bonne santé. Pour ça, on a besoin de plus de professionnels de santé. On a aussi besoin de plus de médicaments, de médicaments innovants qui vont traiter des cancers, qui vont accompagner
des maladies. Là, ce qu'on voit
dans les chiffres, c'est qu'il
y a
une baisse de l'investissement des entreprises. Et qu'il y a aussi un recul de l'effort de recherche et développement.
Tout à fait. Et pourquoi ça a chuté ? Parce que
les
conditions d'accès en France
ne
sont pas bonnes pour les patients et ne sont pas bonnes pour les entreprises. Ce qui crée un gap de compétitivité de la France par rapport aux autres pays. Donc là où l'industrie française de santé était leader en Europe, on est passé numéro 5. Là où dans les essais
climatiques... En combien de
temps
?
En 20 ans.
L
'industrie,
c
'est en général des cycles longs. Et c'est là où on se confond à des débats budgétaires qui sont comme on passe les trois prochains mois. On ne va pas réindustrier
les... En fait,
il
y a
un décalage entre le côté né sur le guidon de nos politiques et vos investissements de long terme.
C'est ça.
Vos choix
de long terme,
vos
stratégies de long terme.
Et on en discutait tout à l'heure dans les couloirs. Il y a un élément... J'entends souvent, il n
'y a
pas de marge de manœuvre.
Cette interview, je dois le dire, a commencé en fait dans le couloir entre Emmanuel Lechypre et effectivement le patron de Sanofi. En rentrant, vous parliez effectivement de ces chiffres. Vous, ça vous inquiète ? Comment vous vous projetez ? Vous continuez à vous projeter en France
?
Difficilement. Mais en tout cas, on essaie de faire bouger les lignes. Et bouger les lignes, c'est quoi ? C'est faire comprendre aux politiques, qu'ils soient au gouvernement ou les parlementaires, de faire comprendre qu'il faut changer de programme, qu'il faut passer à une réflexion de long terme. Et pour ça, il faut prendre des décisions qui soient ciblées, qui préparent l'avenir. Donc, les problèmes des Français, ils sont très concrets. Quand on dit un médicament n
'est
pas accessible en France, c'est quoi par rapport aux Allemands ? Après une AMM européenne, en Allemagne, en 50 jours,
le
patient allemand...
L'autorisation européenne.
Voilà, le médicament est approuvé en Europe. En 50 jours,
il
est disponible dans les pharmacies en Allemagne. En France, il vaut plus de 500 jours. Concrètement,
c
'est
un...
500 jours pour transmettre, simplement pour passer de l'autorisation à... Ça y est, il est dans les rayons.
À la décision de remboursement, et donc il est dans les
rayons.
Qu'est
-ce
qui se passe pendant ces 500 jours
? On a des process. Ok, on sait qu'on a ces process en France. Mais ça, c'est une perte de chance pour les patients. C'est aussi pour nos industries, quand elles font le choix de mettre un centre R&D en France ou pas, c
'est aussi un problème de...
Le recherche et développement, c'est un problème de compétitivité. Moi, je peux vous dire que
j
'ai des collègues à Vitry
qui
ont développé des médicaments.
Ils
étaient scandalisés de ne pas pouvoir discuter avec leurs voisins en disant qu
'il
est disponible en France, alors qu
'il
était disponible en Italie, en Allemagne, etc. Donc ça, c'est une réalité pour les patients. Donc comment maintenant... Qu'est-ce qu'on fait ? Parce que là, on a décrit un tableau un peu noir, mais qu
'est
-ce qu'on fait ? Il faut très vite changer de programme sur la façon dont on réfléchit la politique du médicament en France. Il faut se dire, au moins, décidons maintenant de prioriser, de sanctuariser les médicaments innovants et souverains. Qu
'est
-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que concrètement, un médicament est souverain, il doit être capable d'être lancé en France immédiatement, comme en Allemagne. Ça veut dire aussi, un médicament innovant et souverain, on va lui donner des conditions de prix
qui
lui permettent d'être attractif par rapport à d'autres marchés.
Mais c'est
quoi un médicament souverain ?
C
'est-à-dire qu'on a voulu symboliquement relocaliser la production de Doliprane. Notre prix Nobel, Jean Tirole, qu'on évoquait, dit que
ça
ne sert à rien de s'acharner sur le Doliprane en France. On voit bien qu'on ne pourra pas tout faire. Donc il faut se spécialiser sur certains médicaments ou sur certaines parties de médicaments.
Charles
Wolff, je précise et je rappelle à ceux qui nous rejoindraient maintenant que vous êtes à la tête de Sanofi France. Allez-y.
Oui, vous avez raison, ce n
'est
pas suffisant. Il faut faire en priorité la relocalisation ou la localisation des technologies de demain. C'est ça qui fera que vous aurez une industrie qui est compétitive et qui permettra d'avoir des médicaments accessibles pour les patients français et qui contribuera à l'économie. Je vais vous donner deux chiffres.
Les
entreprises que je représente à travers l'initiative Pharma, aujourd'hui... Les gros labos qui sont présents en France.
La
Sécurité sociale nous achète des médicaments.
Pour
un euro qu'elle nous achète, donc un euro de dépense,
nous, on
contribue à plus de deux euros au compte public à travers les charges sociales, à travers les taxes, etc. Pourquoi ? Parce qu'on produit pour la France et le monde. Donc plus vous aurez une localisation des médicaments en France et notamment des médicaments d'avenir, donc ceux qui vont durer dans le temps et qui vont permettre de trouver des nouvelles solutions aux patients, plus vous aurez une capacité de financement de votre système de
sécurité sociale. Il y a Julien qui nous a appelé de Montpellier, Julien qui est infirmier. Vous entendez le patron de Sanofi au micro de RMC ce matin. Vous, j'allais dire, qui êtes vraiment celui qui les distribue, ces médicaments, qui les donne à vos patients et qui veillez à ce qu'ils les prennent. Ça fait écho à ce que vous voyez
? Alors
oui, et en plus, moi j'habite à Selle-Neuve, je suis à deux pas du centre du pôle Sanofi-Montpellier. Bon, ça c'est une petite parenthèse. Mais après, non oui, mais le problème c'est que c'était cinq années 90-2000, on a décidé, en l'étant je ne
sais
pas pourquoi, de remplacer les médecines de diagnostic par les médecines de prescription. Et donc on a produit du médicament et on a totalement laissé tomber la recherche. Et c'est exactement pareil chez les médecins, c'est
-à
-dire qu'on a surmultiplié les généralistes et aujourd'hui on manque de spécialistes avec une population qui vieillit. Et donc tout vient de là.
Donc ça c'est ce que vous, vous constatez aussi, j
'allais
dire, au bout de la chaîne. Charles Wolf.
Oui, en fait c'est exactement comme l'a dit cet auditeur. En fait on a besoin d'avoir une anticipation, quelque part une vision à long terme de notre santé. Le vieillissement de la population ne va pas s'arrêter de 20. Ce n
'est
pas pour les trois prochains mois, c'est pour les 20 prochaines années. Donc il est urgent d'agir. Vous savez, aujourd'hui, moi je discute avec les autorités mais aussi certains partis politiques dans le cadre des présidentielles.
et
ce qui me choque c'est qu'ils sont tous dans une espèce de pause politique. Mais justement, ça
c'est très intéressant parce
que en fait, ce dont vous nous
parlez
ce matin c'est de souveraineté. On ne peut pas dire que depuis deux ou trois ans en France la souveraineté ce n
'est
pas un sujet permanent. Chose France, Chose France, les investissements étrangers, la souveraineté militaire,
l
'industrie. Est-ce qu'au niveau du médicament, c'est tout aussi important que notre armement ou que les investissements dans nos entreprises ? Est-ce que vous vous sentez soutenu d'une part par les autorités dont vous parlez ? Et deuxièmement,
est
-ce que vous les considérez à la hauteur des enjeux
?
Alors, écoute
attentive, oui, dans les actes je ne vois rien. Rien du tout. Et c'est ça le sujet. Et alors, j'entends qu
'il y a un temps politique. C'est le décalage
permanent entre les paroles et les actes en
France. C'est une
réponse très claire. En fait, si vous voulez, le temps politique, ok, il est ce qu'il est, mais la santé des patients, le temps économique, les décisions d'investissement d'industrie qui s'installent à droite ou à gauche, ça, c'est tous les jours. On ne peut pas avoir un temps politique qui réagissent
et
que fait la France.
Emmanuel. Alors, on entend beaucoup vos critiques sur l'environnement réglementaire, fiscal, incitatif à l'innovation, etc. Mais est-ce que ce n
'est
pas dédouané un peu vite aussi les grands labos peut-être de leurs erreurs ou regarder sur les épisodes Covid, etc., les vaccins, Sanofi, ça n
'a
pas bien marché. Est-ce que c'est parce qu'il
n
'y
a
pas en France aussi les talents, finalement ? Est-ce qu'on a laissé partir aussi les talents ou qu
'est
-ce qui fait qu'on est moins bon aussi ? Est-ce que c'est juste l'environnement réglementaire, fiscal ?
En fait, en recherche pure, il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup d'expertise en France. Et ça, je pense que vous avez des centres de compétences en oncologie, en immunothérapie. Il y a aussi des centres d'expertise très forts aux Etats-Unis, aux Chine, et on travaille aussi avec eux. Le problème, c'est un problème d'échelle en France.
Et
c'est un problème d'attractivité, de compétitivité de nos marchés français et européens. Jusque-là, on était dans un monde où les frontières étaient
ouvertes.
Donc, quelque part, quand on avait une capacité de développement en France, on exportait... Maintenant,
c
'est fini.
C
'est fini, ça ?
Les US et la Chine ont décidé de redessiner les cartes
de
l'industrie de santé.
Et
la France et l'Europe, pourquoi ? Parce que les US payaient les médicaments beaucoup plus chers que les autres pays. Quelque part, ils payent
la
R&D, la recherche et le développement des médicaments du monde.
Et un jour, ils décident
de cesser.
En fait,
ce que vous êtes en train de décrire dans le monde de la santé et du médicament, c'est aussi ce qui s'est passé du côté de la défense. C'est la fameuse expression d'Emmanuel Macron la fin des dividendes. C'est-à-dire cette idée qu'au fond, les Etats-Unis payaient pour nous et que nous, du coup, on pouvait se concentrer sur d'autres choses. On a eu ce réflexe pendant longtemps, y compris sur la santé. Aujourd'hui, vous nous dites « L'air a changé, on est entré dans un nouveau monde, ça n'est plus la mondialisation, c'est chacun pour soi ?
» Exactement. Et la question aujourd'hui, parce qu'on ne peut pas contrôler ce que font les Etats-Unis ou la Chine, par contre, que peut faire la France et l'Europe ? Prendre son destin en main.
Mais c'est là où on se
retrouve confronté aussi ce que disait Apolli aux mêmes problématiques que dans d'autres secteurs comme la défense. C'est que face à des géants chinois et américains, vous avez quand même une sorte de fragmentation européenne qui font que finalement tous les grands labos européens jouent en deuxième division par rapport aux grands labos
mondiaux.
Comment faire ? Quelles armes ? Comment on réagit ?
Déjà, ça va être du cycle long. Un, au niveau de la France, commencer à faire le choix.
Déjà, il
faut
se réveiller.
Voilà, il faut se réveiller et faire des choix forts et non pas des choix aveugles. Ou en tout cas, on laisse le truc tenir pour expliquer que dans trois mois la situation soit meilleure. Elle ne sera pas meilleure ni au niveau géopolitique ni au niveau démographique. La deuxième chose ensuite,
c
'est probablement l'échelle européenne va être nécessaire. Mais déjà, il faut que la France se renforce dans l'échelle européenne parce qu'aujourd'hui, on perd beaucoup, beaucoup de terrain
par
rapport à nos voisins européens. Néanmoins, en termes d'expertise, en termes de vision de la santé, l'Europe et la France sont des forces.
On
a de l'expertise aussi.
Et quand vous regardez le résultat du classement PISA, notamment sur les sciences, est-ce que ça vous inquiète pour l'avenir, pour les talents d'avenir en France ?
Ce qui m'inquiète,
c
'est que nous, d'un point de vue recrutement, on arrive à trouver des talents en France.
On
a investi, on a trois accélérateurs digitaux, notamment dans l'IA, etc. On a des compétences en France. Ce classement, bien sûr, il est inquiétant pour nos enfants.
Et après,
moi, ce qui m'intéresse, c'est qu'est-ce qu
'on
va faire de ces rapports
? On
fait des rapports, ça va mal, ça va mal. Qu'est
-ce
qu
'on
va faire ? Et là, à nouveau, d'ailleurs, pour avoir lu quelques articles sur PISA, ça va être du long terme. Ce n
'est
pas quelque chose et pour avoir vécu dans beaucoup d'autres pays dans le monde,
c
'est des choses qui se règlent en deux décennies.
On a vraiment un problème de rapport au temps.
C
'est-à-dire qu'au fond, ce que vous, vous nous dites, c'est qu'il faudrait avoir des dirigeants qui regardent, j'allais dire, au-dessus du guidon et qui, effectivement, prennent des décisions de long terme. Or, nous sommes dans un calendrier qui est un calendrier électoral, politique, qui est un calendrier d'immédiat.
Oui, mais ils peuvent bouger.
Ils peuvent bouger et vous êtes venus sur RMC pour alerter. C'était passionnant. Merci d'avoir choisi RMC pour vous exprimer ce matin. Charles Wolff, vous êtes le directeur France de Sanofi, président d'Initiative Pharma qui représente les principaux acteurs de l'industrie pharmaceutique en France. Merci à vous.