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interviewFrançois Ruffin (sur YouTube)· 29 janvier 2025 4 minAutoproduit

"Ma perruque c'est le prix d'une Twingo..."

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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

J'ai horreur qu'on me regarde comme une malade. La pire phrase pour moi, c'est « ma pauvre ». Donc je fais tout pour maintenir une vie normale, mais ça veut dire, malgré ma demi-solde, mettre la main au porte-monnaie. Cindy souffre d'un cancer du sein devenu métastatique. Et chaque mois, ce sont des centaines d'euros, parfois plusieurs milliers qu'elle débourse. Dans les couloirs de l'hôpital, je discute avec des jeunes femmes. C'est leur corps qui est diminué. La vie de couple qui est touchée, souvent le divorce à la clé. Elles arrivent, leur tête pleine des soucis avec le banquier. Moi, j'ai cette chance, grâce à mon mari, je peux payer.

Pour couvrir ma maladie, pour régler les crédits, il a changé d'emploi, il a trouvé un poste mieux rémunéré. La maladie est une épreuve, une terrible épreuve. Une épreuve pour la santé, bien sûr, mais pour le moral également. Elle ne devrait pas se doubler d'une autre épreuve financière. Or, aujourd'hui, c'est le cas. Médicaments, consultations, transports, vêtements adaptés, sous-vêtements, crèmes d'hémarctologiques, prothèses capillaires. Le cancer du sein serait, d'après la Ligue, l'un des plus coûteux pour les patientes. Le reste à charge, ce chiffre, à plusieurs milliers d'euros, 1 391 minimum pour une prothèse mammaire, 4 000 avec les dépassements d'honoraires.

Cindy, il faut avoir de l'argent quand on est malade. Enfin, je t'en perds. Si les opérations, les médicaments n'étaient pas remboursés, on serait endettés pour des siècles. La boîte que je prends, là, pour 20 jours, c'est 9 000 euros. Je vais râler. Oui, après, je vais râler. Je vais dénoncer les lacunes, les manques, les insuffisances. Mais d'abord, je veux dire mon salut à la Sécu. Merci à Ambroise Croizat et à ses amis. Merci à nos aïeux qui n'ont pas seulement repoussé l'occupant nazi, qui ont bâti cette formidable utopie, cette utopie concrète, ce rêve devenu réalité, la Sécurité sociale.

Sans quoi Cindy, les 60 000 Cindy qui, chaque année, souffrent d'un cancer du sein, elles ne seraient pas seulement ruinées, elles ne se soigneraient pas, elles ne survivraient pas. Et la Sécurité sociale offre au moins une égalité devant ça. Devant ça, mais pas au-delà. Car il y a le reste, la peau qui brûle, les mains asséchées, les pieds abîmés et contre quoi il faut des lotions. Les bras qui gonflent avec comme secours des manchons. L'acupuncture et le pédicure, la réflexologie et la sophrologie pour apaiser l'esprit. Les sourcils qui ne repoussent pas et qu'on se fait tatouer. Le dessin aussi sur les seins implantés. Le soutien-gorge et le maillot de bain.

Ce sont, bien souvent, des soins prescrits, recommandés par le médecin. Des soins, pourtant dit, de confort. C'est une bataille budgétaire, financière, qui nous faut mener aujourd'hui ici. Mais aussi une bataille de vocabulaire. Pourquoi ces remorsements sont-ils atténués ? Pourquoi ces traitements qui ne sont pas couverts, ou mal, ou si peu ? Parce que les mots sont aussi atténués, ils sont euphémisés. On parle de soins de support, soins oncologiques de support. La kiné, le sport, la psychologue, le diététicien. Mais est-ce que ce sont des soins ou non ? Ou des soins à moitié ? Ils sont recommandés par le médecin ? Alors, ce sont des soins pour un.

Nausées, vomissements, rougeurs, démangeaisons, diarrhées, constipations, épuissement, perte de goût, d'odorat, maux de tête. Voilà les effets secondaires de la chimio. Contre tous ces maux, les femmes recherchent des remèdes pour leur réconfort, pour se soulager. Comment oser les nommer encore de confort ? Et puis, il y a l'implant capillaire. La perruque, comme on dit. La chidio va me faire perdre les cheveux durant des années, témoigne si il me dit. Alors, je me suis acheté une belle perruque, en cheveux naturels, mais qui coûte plusieurs milliers d'euros. C'est le prix d'une Twingo. La séculine, on ne rembourse que 350. A ce prix-là, ce sont des perruques de carnaval.

En cette éthique, ça commence pour de vrai à 1500 euros. Cindy prend soin d'elle. Elle se soigne. Parce que, énonce-t-elle, pour être aimée, il faut d'abord s'aimer soi-même. Si je suis dans la honte, la honte de moi, la honte de mon corps, je serai mal entouré et je vais m'isoler dans la maladie. Alors, chers collègues, camarades rapporteurs, votre proposition de loi apporte du mieux. Du mieux sur les sous-vêtements, du mieux sur les crèmes et évidemment, on prend. Il n'empêche que demeurent des lacunes, des manques, des insuffisances, des béances sur les implants capillaires, mammaires, les dépassements d'honoraires.

Et il nous faudra encore, demain, agrandir l'œuvre d'Ambroise Croisa, le rêve réalisé de nos aînés, et non le racornir et non le rétrécir. Merci, monsieur Ruffin.