L'invitée d'Apolline Matin : Manon Aubry - 23/03
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez RMC, RMC, élection municipale. Toulouse, Limoges, Clermont-Ferrand, Brest-Avignon ou même Tulle, échec des alliances entre socialistes et LFI. Bonjour Manon Aubry. Bonjour. Vous êtes députée européenne de la France Insoumise à part Nantes. Vos alliances avec les socialistes, c'est un échec ?
On va commencer dans l'ordre si vous me le permettez. D'abord, hier soir a été une grande soirée pour la France Insoumise qui a confirmé sa percée lors de ses élections municipales puisque nous l'emportons à Roubaix, à la ville du Tampon, 80 000 habitants à La Réunion, à Vénitieux, à La Courneuve, à Sarcelles, à Creil, à Saint-Fonce. Donc un certain nombre de villes où nous faisons une entrée dans les mairies pour changer concrètement la vie des gens puisque c'est quand même ça dont il s'agit.
On va parler un peu de politique politicienne après, mais pour moi ce qui compte c'est concrètement on va mettre en place des cantines gratuits, des transports accessibles, des centres de santé municipaux, l'encadrement des loyers. Et pour tous ces gens-là, dans ces villes qui vont être administrées par la France Insoumise, ça va changer. Maintenant pour les villes que vous évoquez, j'ajoute quand même qu'il y a un certain nombre de villes dans lesquelles sans la France Insoumise, la victoire de la gauche n'aurait pas été possible. Vous avez mentionné Nantes, mais ce n'est pas la seule, Lyon, Grenoble, Tours, ça fait partie des villes où il y avait des... Mais ce n'est pas des socialistes !
Il y avait des socialistes et des Insoumis dans des listes communes. Ensuite, on peut regarder dans le détail. Sur Toulouse, c'est assez intéressant puisque notre candidat, François Picmal, dont je veux saluer ici sa campagne, a fait le meilleur score de la gauche en termes de voix que la gauche n'a jamais faite. J'ai regardé ces 30 000 voix de plus que lors des élections municipales de 2020. Non, ça ne passe pas parce que notamment à Toulouse, vous avez eu l'exemple même de la campagne Trumpiste, puisque Jean-Luc Moudinque, le maire sortant, a fait une campagne calomnieuse contre la France Insoumise, faite de fake news. Par exemple, il a dit que François Picmal voulait fermer Airbus.
Il a utilisé toutes les paroles de division du Parti Socialiste et de Carole Delga notamment. Donc, à Toulouse, peut-être plus qu'ailleurs, nous avons subi les calomnies insupportables de la part des candidats sortants. Vous avez entendu Jean-Luc Mélenchon hier soir ? Pardon, juste sur Toulouse, y compris le samedi même, lors de la trêve électorale. Vous avez peut-être vu, il y a eu des messages islamophobes associés à François Picmal qui ont été publiés sur le site de La Dépêche, le journal Régional. Donc, on parle là aussi de déstabilisation du scrutin. Et donc, la campagne de Toulouse nous laisse un goût amer. Même si je veux saluer quand même la mobilisation des militants.
Manon Brie, je voudrais que vous écoutiez ce que disait le monsieur élection chez les socialistes, premier secrétaire du Parti Socialiste, Pierre Jouvet hier soir.
Ce que je constate, c'est que la France Insoumise ne gagne rien. Et pire, c'est que la France Insoumise fait perdre. Jean-Luc Mélenchon, vous n'avez gagné qu'à Roubaix et à Saint-Denis. Et vous le savez parfaitement, vous allez gagner dans trois villes sur 35 000 de ce pays.
Secrétaire général du Parti Socialiste qui dit que vous avez fait perdre les socialistes.
Écoutez, ce qui a fait perdre d'abord les socialistes, c'est leur bilan. À Brest, à Clermont-Ferrand, d'ailleurs des courants socialistes plutôt proches de François Hollande, perdent parce que manifestement, les promesses, notamment en matière sociale, qui ont été faites aux habitantes et aux habitants ne sont pas...
Oui, mais on a quand même l'impression que chacun se renvoie la balle. Jean-Luc Mélenchon, hier soir, dit que le PS nous a entraînés dans sa chute. Et Olivier Faure, on verra ce qu'il en dit à 8h30, mais commence à laisser entendre, et il l'a redit hier, que la provocation outrancière, la conflictualisation à tort et à travers, tout cela conduit à une impasse. Écoutez, moi je ne suis pas là pour vivre le congrès du Parti Socialiste.
Enfin, ça veut dire quand même que vos alliances de circonstances, elles ne durent jamais très très longtemps. Je vais vous dire, à Brest et à Clermont-Ferrand, des villes socialistes perdues, ils perdent, et ils auraient perdu davantage encore, si la France Insoumise n'était pas venue à leur rescousse. Dans des villes comme Cherbourg...
Paris, Marseille, Strasbourg, Rouen, Lille, Rennes, Montpellier, Amiens, Saint-Etienne, Pau,
tout ça c'est gagné sans vous, sans LFI. Il y a des villes où ils perdent tout seuls, c'est le cas notamment à Cherbourg. À Marseille, le Parti Socialiste gagne, parce que Sébastien Delogu, notre candidat insoumis, a eu l'honneur et la responsabilité de le tirer. En tout cas, ils ne lui avaient rien demandé. Oui, mais vous pouvez reconnaître que le retrait de la France Insoumise a pu permettre de gagner des voix à Benoît Payan, parce que nous avons appelé à faire un barrage au Ressentiel National.
Donc, moi ce que je constate, c'est que partout là où le Parti Socialiste n'a pas tenu ses promesses, n'a pas été à la hauteur des espoirs qui ont été les siens, eh bien, manifestement, ils ne l'ont pas emporté.
Est-ce que vous vous dites que cette union, parce qu'au fond, on a vécu des psychodrames autour de vous depuis des mois. Désormais, il y a eu le nouveau Front Populaire, puis finalement, vous n'étiez plus ensemble une fois qu'il s'agissait de gouverner, avec des mots très durs qui ont été envoyés de part et d'autre. Et puis, finalement, dans l'entre-deux-tours, ces unions qui se sont faites, certaines seulement techniques, d'autres plus politiques. Et puis, voilà, le soir même du deuxième tour, Jean-Luc Mélenchon qui dit, bon, cette gauche-là nous a entraînés dans sa chute. Olivier Faure qui dit, c'est Jean-Luc Mélenchon qui, lui, nous entraîne dans sa chute.
Bref, est-ce qu'à un moment ou à un autre, on ne pourrait pas arrêter d'avoir ces hauts et ces bas ? Quelle est la décision, j'allais dire, pérenne que vous prenez ? Vous êtes ensemble ou vous n'êtes pas ensemble ?
Écoutez, Pauline de Malherbe, je pense que ce qui compte à la fin des fins, c'est quelle trajectoire on va donner au pays, parce que tout ça, ça semble un peu de la politique aille. Et en l'occurrence, si on fait de la politique et qu'on a créé le nouveau Front Populaire, à la base... Jean-Luc Mélenchon lui-même a théorisé l'idée que les socialistes étaient des combinards. C'est l'expression qu'il a utilisé. C'est pour tourner la page du Macronisme. C'est d'ailleurs la première phrase du programme du nouveau Front Populaire, tourner la page du macronisme. Et moi, j'aspire encore à cet espoir-là.
Et c'est à tous ces gens-là à qui je veux m'adresser ce matin, celles et ceux qui se disent « Punaise, on n'a pas encore gagné partout, c'est vrai. Partout où on a gagné, on va essayer de changer la vie des gens pour réparer concrètement ce que Macron a détruit. Et partout ailleurs, on va essayer de construire la suite pour préparer la présidentielle de 2027. Et cette présidentielle, elle doit se gagner sur un programme de clarté. Parce que si nous l'emportons à Roubaix, si nous l'emportons à Cray, si nous l'emportons à la Courneuve... Quand on s'arrange sur un bout de table à la dernière minute ? Non, je pense que ça ne marche pas.
Quand on s'arrange sur un bout de table à la dernière minute. Et il y a plein de gens dans le pays, vous savez, j'ai sillonné la France les dernières semaines en campagne municipale, qui nous ont dit « Tenez bon, il n'y a plus que vous pour tenir la digue. » « Tenir la digue face à la montée du Rassemblement national et aux racistes. » Mais tenir la digue aussi pour transformer la société et améliorer les conditions de vie des gens. Et c'est ça qu'on va essayer de construire pour 2021. « Tenir la digue comme vous dites. » « Qui nous écoute, venez nous aider, venez nous rejoindre. » « On aura besoin de toutes ces forces pour la grande bataille qui s'annonce en 2017. »
« Tenir la digue comme vous dites, la réalité c'est que LR aussi l'a tenu, en tout cas officiellement, il n'y a pas eu d'alliance, quasiment pas, avec le Rassemblement national. Et quand parfois ça avait été le cas, les LR qui avaient franchi ce pas ont été exclus du parti. Nicolas voulait réagir depuis Chalons en Champagne dans la main de justement, Nicolas, pour dire que le RN n'avait pas passé le cap et que je crois que c'est Benoît Apparu qui a gagné contre le RN chez vous.
« Oui, bonjour Apolline, oui exactement, c'est Benoît Apparu, qui a remporté effectivement cette élection, sachant que je considère en tout cas que le Rassemblement national a surtout fait les fonds de tiroirs pour présenter un maximum de listes finalement. » « Et pour vous, LR était un bon barrage ? » « Pardon ? » « Est-ce que LR est un bon barrage contre le RN pour vous ? » « Un bon barrage, c'est possible, oui exactement, oui. Mais maintenant, vous savez qu'il n'y avait pas d'alliance réelle chez nous. Par exemple, PS était sans LFI, par exemple. Il y avait aussi un maire qui représentait Horizon, Renaissance et d'autres parties.
Et puis, il y avait un élu qui contestait tout simplement le maire qui a obtenu 5% seulement. D'accord. Merci beaucoup Nicolas d'avoir témoigné depuis Châlons en Champagne. Manon Aubry, vous avez une question pour Olivier Faure tout à l'heure ?
Écoutez, moi je veux dire, demandez à Olivier Faure, est-ce qu'il est ce matin, j'allais dire ce soir, vous voyez la nuit a été courte. Oui, on ne sait plus, on ne sait plus. Est-ce qu'il est encore du côté des rives de la gauche ? Parce que là où le Parti Socialiste l'emporte, c'est aussi dans des villes comme à Strasbourg, où Catherine Trottmann a fait une union avec les macronistes. Donc, est-ce que le Parti Socialiste du 23 mars 2026 est le Parti Socialiste de Catherine Trottmann qui fusionne avec la droite pour l'emporter ?
Je lui poserai la question, il avait été question de l'expulser d'ailleurs du Parti Socialiste. C'est toujours pas clair. On verra justement, ça sera forcément clarifié à 8h30 à mon micro. Merci Manon Aubry d'avoir répondu à mes questions. Députée européenne LFI.
Manon Aubry