Faux putsch : la vidéo qui énerve Macron
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
il y a le Beurre Moulé ... - A.Casse: Bonsoir.
Bienvenue. Les démocraties occidentales sont-elles en train de perdre la guerre de l'information? Un président africain a cru à la fausse vidéo de coup d'Etat en France.
E.Macron n'a pas réussi à faire supprimer ce faux duplex devenu viral sur Facebook. Bonsoir, A.Mhalla.
Vous êtes politologue et spécialiste de géopolitique de l'IA, essayiste et auteur de "Cyberpunk - Le nouveau système totalitaire". - Les informations non officielles évoquent un coup d'Etat en France dirigé par un colonel dont l'identité n'a pas été révélée et la possible chute du président Macron. - A.Casse: Cette vidéo semble vraie.
Tout est faux. C'est de l'IA. E.Macron a essayé de la faire supprimer.
Facebook dit que ce n'est pas une atteinte à l'intégrité des personnes de manière évidente. "Ca crée le chaos". "Est-ce que vous faites le même constat? - A.Mhalla: Ca raconte le nouveau siècle politique caractérisé par quelque chose de très nouveau.
C'est déjà la norme. Ca va être compliqué de discerner le vrai du faux, le plausible...
Au-delà de la chasse aux contenus des fake news, la question va être d'armer les citoyens à comprendre, identifier, revérifier. Ca va être le travail de tout le monde. L'envers de la symbiose, c'est la guerre hybride qui fait de nos cerveaux un nouveau champ de bataille.
Une fois qu'on a dit ça, on n'a rien dit. Que faut-il faire pour comprendre ce qui se joue et qui n'est pas un bug dans la matrice, c'est une nouvelle architecture du pouvoir. - A.Casse: On s'est tous demandé qui est derrière cette vidéo.
C'est un jeune Burkinabé, étudiant, qui voulait percer. "Je n'ai pas d'agenda politique, je ne voulais pas déstabiliser les démocraties", a-t-il dit. Ca montre à quel point c'est facile. - A.Mhalla: Ce qui est intéressant, ce sont les nouveaux rapports de pouvoir et de force.
Quand l'Elysée fait un signalement sur Pharos pour dire que c'est un deepfake, une fausse vidéo artificielle et qui a l'air vraie, aujourd'hui, une méga plateforme américaine ou chinoise peut dire "non". Aujourd'hui, un président de la République ne pèse pas politiquement par rapport à une entreprise américaine adossée à Washington. Le document de stratégie nationale pose la question de la bataille culturelle et des ingérences en haut de l'agenda américain.
C'est un garçon qui voulait faire un business pour montrer sa maestria sur ces nouveaux outils que sont l'IA et l'IA générative. Il y a aussi des agences para-étatiques, des acteurs malveillants du cyberespace et ça peut être un citoyen qui, pour montrer sa compétence sur le sujet, peut produire à très bas coût des vidéos qui peuvent créer un doute et potentiellement, un sujet de sécurité nationale. C'est de ça qu'il s'agit. - A.Casse: A la suite de l'attentat de Sydney, Grok, l'IA d'E.Musk, s'est fourvoyée sur les images d'un héros qui désarme un terroriste.
On se demande si c'est une vraie vidéo. La réponse est oui, elle a été authentifiée. C'est intéressant de voir que Grok dit que c'est une mise en scène, que le héros qu'on voit sur cette vidéo est un otage du Hamas.
Est-ce que ce type de faille nous apprend quelque chose sur cet outil? - A.Mhalla: C'est que ces outils ne sont pas neutres, mais des infrastructures cognitives.
Elles vont décider de ce qu'est la connaissance, Savoir si une information est fausse ou non. Ce sont des médiateurs de pensée, les IA générative. Ce sont des boîtes privées qui sont derrière avec des agendas.
Derrière Grok, c'est E.Musk. Aujourd'hui, Il a plusieurs adversaires ou ennemis qu'il a décidé de dézinguer: la démocratie, l'Europe, toutes les questions et les récits progressistes, les libéraux...
Ce sont des outils adossés à des agendas idéologiques. C'est ce récit qu'il faut remettre au centre de notre débat public et de la façon dont on façonne notre débat public pour les déconstruire. Le sujet n'est pas de dire la vérité et la démocratie.
Le vrai sujet est de savoir qui est le propriétaire de ces IA génératives. - A.Casse: Vous dites ceci...
Quel est l'impact sur notre cerveau? Est-ce que l'IA nous rend plus bêtes? - A.Mhalla: Non, mais on est beaucoup plus poreux.
Tant qu'on estime que les IA génératives sont des sources fiables, on a une espèce de flemme par manque de temps à penser par nous-mêmes. Si on délègue l'acte de penser à ces outils et à ces infrastructures, on est mal partis. - A.Casse: Il ne faut pas les utiliser? - A.Mhalla: Si, mais avec du discernement.
La question n'est pas d'être phobiques, c'est de comprendre et de déconstruire pour utiliser en conscience. Une IA générative fait beaucoup d'erreurs. Au-delà des agendas idéologiques, il y a la question de la falsification des informations et des hallucinations natives chez ces outils.
Un bon usage de ces outils, c'est de le faire avec une distance critique. - A.Casse: Est-ce que nous, Européens, sommes trop en retard?
On écoute la nouvelle patronne du MI6. - Nous évoluons dans une zone intermédiaire entre la paix et la guerre. Parallèlement à la guerre d'usure, la Russie nous met dans une zone grise en recourant à des tactiques en dessous du seuil de la guerre. - A.Casse: Est-ce qu'on est en train de perdre cette guerre de l'information?
Elle raconte à quel point la Russie nous met à l'épreuve. - A.Mhalla: La Russie, de façon historique, a beaucoup utilisé, et maîtrise parfaitement les enjeux et les dispositifs de la guerre informationnelle.
La difficulté de l'Europe est à plusieurs niveaux. A ce stade, on a compris les enjeux et les risques. On ne fait pas rien.
En France, on a la Viginum qui identifie ces risques. On a encore un sujet pour faire en sorte que tous les citoyens soient armés et en compréhension de ces enjeux. En effet, on a quitté ce moment où c'était soit la guerre, soit la paix.
On est déjà dans cette zone grise permanente. Ca ne peut pas être des décisions simplement verticales. Là où l'Europe est bonne, c'est sur la régulation.
Mais il nous manque un récit pour faire commun, qu'on continue à défendre nos valeurs, un système démocratique... - A.Casse: Est-ce qu'il y a une risque d'ingérence sur les prochaines élections, les municipales, la présidentielle? - A.Mhalla: C'est une probabilité extrêmement forte.
Ce serait très bizarre qu'il n'y ait aucune tentative de déstabilisation. Il faut qu'on soit conscients de ça. Il faut que l'ensemble des citoyens soient mobilisés, comme le font les pays scandinaves. - A.Casse: V.Poutine disait que celui qui allait diriger l'IA allait diriger le monde.
On en est là? - A.Mhalla: Ce qui se joue autour de la question de l'IA en tant que concept, c'est la question de qui sera la prochaine puissance à façonner l'ordre mondial.
La question stratégique se joue entre les Etats-Unis et la Chine et il n'est pas dit qui gagnera cette course. C'est une course à l'armement d'une autre nature. - A.Casse: Des gens de la tech programment notre futur? - A.Mhalla: C'est ce que disait la patronne du MI6.
Le pouvoir s'est détourné. Ce ne sont pas simplement des boîtes privées, mais des unités géopolitiques et technopolitiques. - A.Casse: E.Musk est sur X, son réseau social, et dit que Mars sera demain une planète verte. - A.Mhalla: C'est son grand dada. - A.Casse: Une vidéo générée par l'IA. - A.Mhalla: Il n'est pas du tout dit qu'il y arrive un jour.
Mais ça fait partie du narratif de projection de la puissance américaine vers le futur. Trump et le rétro-futurisme...
Il a rassuré sur les valeurs conservatrices des années 50, là ou Musk projette les Etats-Unis vers le futur. - A.Casse: Merci.
Voici votre livre.
Emmanuel Macron