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interviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 25 mai 2026 7 min

François Mabille : "Une boussole pour les catholiques", la première encyclique du pape Léon XIV évoquera l'usage de l'IA

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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Pourquoi le pape fait-il de l'intelligence artificielle une priorité de son pontificat ? L'IA est au cœur de l'encyclique que Léon XIV présente aujourd'hui, sa toute première encyclique. Et ce sera aussi le premier grand texte doctrinal du Vatican sur le sujet. Bonjour François Mabille, est-ce que vous m'entendez ?

0:19
Invité

Je me sens très bien.

0:20
Présentateur

Alors moi pas, par contre vous avez une voix de robot et j'ai l'impression qu'il y a un petit délai entre nous. Alors on va essayer de débuter l'interview, voir si ça fonctionne quand même. François Mabille, vous êtes chercheur au CNRS, directeur de l'Observatoire Géopolitique du Religieux à l'IRIS, qui est l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques. Pourquoi Léon XIV a choisi l'IA pour sa première encyclique ?

0:40
Invité

Parce qu'il considère que l'intelligence artificielle constitue une révolution considérable et qu'elle va modifier l'ensemble des rapports humains, que ce soit les relations inter-individuelles entre personnes, mais aussi les relations internationales. Et donc, en référence à un texte célèbre d'un de ses lointains prédécesseurs, il souhaite promulguer un texte qui, d'une certaine manière, soit une boussole pour les catholiques et peut-être pour un public plus large, afin d'expliquer dans quelle direction l'humanité doit aller.

1:18
Présentateur

Vous faites référence à l'encyclique Rerum Novarum, publié il y a 135 ans par Léon XIII, qui lui, à l'époque, c'était l'époque de la révolution industrielle, et lui, il défendait les ouvriers face aux excès du capitalisme industriel. Donc, pour Léon XIV, c'est une révolution du même ordre, l'intelligence artificielle ?

1:35
Invité

Oui, tout à fait. XIXe siècle, révolution industrielle, modification des rapports sociaux, réaction du capitalisme et donc déstructuration ou restructuration, dans un autre sens, des sociétés. Et là, il y a effectivement exactement le même sentiment, à savoir que l'humanité est devant un point de bascule et que l'intelligence artificielle constitue ce moment et cet objet particulier qui, déjà, déstructure ou modifie en profondeur les sociétés contemporaines.

2:10
Présentateur

Oui, et cette encyclique a pour sous-titre « Sur la sauvegarde de la personne humaine à l'ère de l'IA ». Donc, on voit bien, ça marque bien l'inquiétude du pape. Et en plus, le fait que ce soit lui qui la présente, cette encyclique, ça aussi, c'est significatif, parce que ce n'est pas l'habitude.

2:23
Invité

Oui, alors, effectivement, il la présente. Il va la présenter, d'ailleurs, en étant accompagné d'un des responsables créateurs d'une intelligence artificielle. Le cofondateur d'anthropique, oui, Christophe Arroulard, qui sera là. Exactement, voilà. Et donc, ça manifeste bien l'intérêt personnel que le pape y porte et puis, également, le statut qu'il donne à cet encyclique. Alors, une encyclique, c'est un texte particulier. Dans l'ensemble de la production d'un pape, c'est un texte qui relève d'une autorité importante en termes de hiérarchie dans les textes. C'est le troisième texte le plus important.

Mais le fait que ce soit, effectivement, le pape qui lui-même présente ce document renforce encore l'importance et l'autorité qu'on vient de donner à ce texte.

3:12
Présentateur

Oui, parce que généralement, les papes les écrivent, les signes, ils peuvent les commenter ensuite, mais ils ne viennent quasiment jamais les présenter eux-mêmes. Et là, exceptionnellement, Léon XIV va le faire. Mais est-ce que sa parole porte vraiment sur ce genre de sujet ? Est-ce que ça peut vraiment faire bouger les lignes ?

3:25
Invité

Ce qui est important, je dirais qu'au-delà du texte, c'est le travail que le Vatican tente de faire sur ce sujet, en rencontrant un certain nombre d'acteurs, de manière d'ailleurs parfois assez discrète, mais on l'ignore généralement, mais il y a beaucoup de rencontres qui sont organisées au Vatican avec l'ensemble de l'écosystème qui relève de l'intelligence artificielle. Il y a des rencontres également avec des responsables politiques. Et donc, au-delà de ce texte, ce qui est important, c'est cette espèce de résistance que le Vatican tente d'organiser. Alors, on verra la teneur du texte, mais ce n'est pas le premier texte sur le sujet. Le pape François en avait déjà publié.

Léon XIV s'est exprimé à plusieurs reprises sur le sujet. Et systématiquement, on a vu tout de même que le jugement était assez balancé. On n'est pas dans l'opposition systématique à l'intelligence artificielle. Il y a plutôt une réflexion sur un usage intelligent, mesuré de l'intelligence artificielle, pour que l'humain reste, je dirais, au centre et puis maîtrise l'outil.

4:32
Présentateur

Il a quand même demandé aux prêtres de ne pas utiliser l'IA pour leur serment.

4:37
Invité

Oui, alors effectivement... C'est peut-être anecdotique, mais voilà. C'est intéressant. Non, c'est intéressant. Ça consiste à dire à un prêtre qui écrit un serment, est-ce que vous faites votre travail ? Mais au-delà, lorsque vous écrivez un serment, vous pensez à des personnes, vous vous adressez à des personnes. Et donc, un prêtre est une personne qui s'adresse à des personnes à travers un serment. Est-ce que ce travail-là, qui est un travail relationnel, vous le faites ou vous le confiez à une intelligence artificielle ? On pourrait dire la même chose pour les enseignants, je m'en souviens, mais aussi pour les journalistes.

J'étais au Vatican la semaine dernière, justement, pour un colloque sur le sujet. Et ce sont vos collègues journalistes du Washington Post et du New York Times qui étaient invités et qui étaient questionnés sur leur rapport à l'intelligence artificielle et comment ce type d'outil les sert, ou au contraire, peut-être problématique pour eux. Et donc là, il y a vraiment une interrogation sur le rôle de l'humain qui doit rester maître de l'outil.

5:30
Présentateur

Et justement, le Vatican n'a pas envie de se servir de l'IA pour essaimer la parole catholique ? Il y a des experts technos au sein du Vatican ?

5:38
Invité

Alors oui, oui, tout à fait. D'abord, comme vous le savez, il y a de nombreuses universités catholiques dans le monde et donc un certain nombre d'universitaires de ces établissements qui y réfléchissent. Il y a des théologiens qui se sont spécialisés. Aujourd'hui même, commence à Rio de Janeiro un colloque sur Dieu et l'intelligence artificielle, colloque organisé par des théologiens. Donc effectivement, il y a tout un ensemble d'experts qui travaillent sur ce sujet avec la conscience qu'il y a des modifications en profondeur.

Vous avez une expérience menée en Suisse où devant au perron d'une église, un ordinateur avait été posée et qui permettait aux fidèles d'interroger directement l'intelligence artificielle sur des questions religieuses. Vous voyez que là, ça modifie quand même en profondeur l'organisation d'une église.

6:31
Présentateur

Merci beaucoup François Mabille, chercheur au CNRS et directeur de l'Observatoire géopolitique du religieux.

François Mabille : "Une boussole pour les catholiques", la première encyclique du pape Léon XIV évoquera l'usage de l'IA · Pourquijevote