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Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 27 mars 2023 24 minContradictoireActualité / polémiqueRetraitesSécuritéSolidarités & familleInstitutions & élections

Un ancien préfet met en garde Macron :"tout ça va mal finir"

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 5 %Attaque 75 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:50OuverteRéponse directe

    Pourquoi la manifestation d'hier à Paris t'a-t-elle tant choqué ?

  • 3:42RelanceRéponse directe

    Quelles images te marquent pour illustrer la sortie de l'état de droit ?

  • 6:01OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'il y a une doctrine derrière ces dérives policières ?

  • 9:44OuverteRéponse directe

    Pourquoi le pouvoir a-t-il imaginé que l'adoption de la loi mettrait fin à la controverse ?

  • 11:07OuverteRéponse directe

    Son discours à la veille de la manifestation était-il une provocation volontaire ?

  • 13:30RelanceRéponse directe

    Pourquoi le président n'a-t-il pas pris en compte les alertes des syndicats ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:34InvitéFait
    « On sort de l'État de droit. »
  • 2:04InvitéFait
    « On a défini les manifestants comme étant des ennemis. »
  • 2:21InvitéFait
    « Quand il désigne les factions et les factieux, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que dans la rue, les gens sont des ennemis de la République. »
  • 3:11InvitéChiffre
    « Une trentaine de personnes ont été éborgnées. »
  • 3:14InvitéChiffre
    « Quatre ou cinq personnes ont perdu la main avec les grenades de désencerclement. »
  • 3:21InvitéFait
    « Zineb Redouane, qui ne manifestait pas, mais qui était à son balcon, est morte d'un tir tendu de grenade lacrymogène. »
  • 4:09InvitéFait
    « C'est une charge de la compagnie d'intervention, la numéro 12, qui tout le monde la connaît à Paris, c'est la plus violente. »
  • 4:23InvitéFait
    « Totalement gratuit. »
  • 5:30InvitéFait
    « Libération sortait un article, et la phrase de Gérald Darmanin, c'est d'expliquer les violences policières en disant individuellement, c'est sous l'empire de la fatigue que ces policiers cèdent. »
  • 6:31InvitéChiffre
    « Ils ont eu 17 milliards, ce n'est pas du tout leur revendication. »
  • 6:35InvitéFait
    « Leur revendication fondamentale, c'était le RIC. »
  • 6:48InvitéFait
    « Il y a une revendication sociale et maintenant désormais politique avec l'utilisation du 49-3. »
  • 9:21InvitéFait
    « Pendant les Gilets jaunes, il y a eu plein de drames, c'est passé comme une lettre à la poste. »
  • 12:47InvitéFait
    « Tout ce qu'il a fait est légal. »

Temps de parole

  • Invité76 %
  • Présentateur24 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

L'homme que je m'en vais interviewer est un homme en colère. Ancien haut fonctionnaire, il a été diplomate mais aussi sous-préfet. Il connaît donc bien les rouages de la haute administration publique avec laquelle il a pris ses distances ces dernières années. Très actif sur Twitter, compagnon de route des Gilets jaunes et du mouvement social dont il a documenté en vidéo les manifestations, il dénonce régulièrement les violences policières qui les accompagnent. Des violences policières dont il a été lui-même victime à plusieurs reprises.

Laurent Bigot vient sur ce plateau au lendemain de la grève et des manifestations du 23 mars, à la suite desquelles on a pu avoir l'impression de vivre dans un pays en situation d'insurrection générale. Violences policières généralisées et la plupart du temps gratuites, feu de poubelle et incendie d'édifices, où va la France ? Alors Laurent, tu étais à la manif d'hier à Paris et depuis tu ne décolères pas, pourquoi ?

0:57
Invité

Alors la manifestation à Paris était d'abord impressionnante en termes de foule, comme dirait le président de la République. Il y avait énormément de monde. Les gens sont effectivement très en colère. Ça va de la détermination forte jusqu'à la colère. Et ce qui m'a frappé une nouvelle fois, c'est que le maintien de l'ordre est sorti du cadre de l'État de droit et qu'on a assisté à une véritable répression. Et il y a des unités de police, en particulier les compagnies d'intervention de la préfecture de police, ce sont ceux qui ont le casque avec les liserés bleus là-dessus, qui sont intervenus à plusieurs reprises dans le cortège pour tabasser, pour matraquer, pour faire peur, pour faire mal.

Et ça, ce n'est plus du maintien de l'ordre, c'est clairement de la répression. Donc on sort de l'État de droit. Et ce qui m'a vraiment frappé, c'est la violence de nombreux fonctionnaires de police qui ne sont plus du tout dans des comportements professionnels. On a même l'impression que certains viennent assouvir leur désir de violence, comme s'ils éprouvaient un malin plaisir. D'autres ont peur, en revanche. C'est clair qu'on voit certains fonctionnaires qui ont peur et qui ont des comportements violents parce qu'ils ont peur.

Mais ce qui est sûr, c'est que désormais, cette police n'est plus maîtrisée, en tout cas n'est plus maîtrisée dans le cadre de l'État de droit, et qu'ils reçoivent des ordres ou au pire, ils sont couverts politiquement. Et ça pose un véritable sujet, c'est qu'aujourd'hui, on a défini les manifestants comme étant des ennemis. D'ailleurs, la sémantique de Gérald Darmanin, la sémantique du président lors de son interview, de son allocution, parce que c'était vraiment une allocution, quand il désigne les factions et les factieux, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que dans la rue, les gens sont des ennemis de la République. Cette fameuse expression qu'on utilise trop facilement du reste.

Mais qu'est-ce qu'on fait d'un ennemi ? On l'élimine. Sauf qu'un manifestant n'est jamais un ennemi. Un délinquant n'est pas un ennemi. C'est-à-dire que quand bien même des manifestants commettent des violences, ils sont d'abord des délinquants, c'est-à-dire qu'ils ont commis des infractions, et il revient à la police, dans un État de droit, d'utiliser la force strictement nécessaire, un, pour faire cesser l'infraction, deux, pour appréhender la personne qui a commis l'infraction. Mais il ne leur revient pas de punir, de châtier physiquement et de tabasser. Donc on a vraiment basculé, et la sémantique politique nous prépare à la légitimation de cette violence-là.

Jusqu'au jour où il y aura un accident, parce que tout ça va mal se finir, mais ça s'est déjà mal fini avec les gilets jaunes. C'est-à-dire que le bilan physique et humain est effroyable, les gilets jaunes. Une trentaine de personnes ont été éborgnées. Quatre ou cinq personnes ont perdu la main avec les grenades de désencerclement. Zineb Redouane, qui ne manifestait pas, mais qui était à son balcon, est morte d'un tir tendu de grenade lacrymogène. Donc le bilan est déjà effroyable, mais là aussi, il y avait une sémantique pour préparer l'opinion publique au fait que ce sont d'abord des ennemis, et donc c'est justifié de les éborgner, de les mutiler.

Ça n'est jamais justifié, sauf dans un cadre de légitime défense. Les policiers, hier, j'en ai vu aucun qui était dans un cadre de légitime défense.

3:42
Présentateur

Justement, qu'est-ce que tu as vu hier ? Il y a des images qui te restent, des images que tu as vues directement, ou des images que tu as vues par l'intermédiation des vidéos en ligne, qui sont nombreuses et heureusement. Qu'est-ce qui te marque ? Quels sont les scènes, les cas de figure qui te font dire qu'on est sorti de l'état de droit et qu'on est dans le cadre d'une répression ?

4:03
Invité

Je vais en citer deux. Il y en a une que j'ai filmée moi-même. C'est une charge de la compagnie d'intervention, la numéro 12, qui tout le monde la connaît à Paris, c'est la plus violente. Il y a un manifestant qui est debout, qui ne fait absolument rien, et le policier vient vers lui et lui donne un grand coup de matraque en plein visage. Donc je l'ai mis en ligne sur mon compte Twitter. Ma fille sur AB7Media l'a rediffusé. Totalement gratuit. En plus, il est très clair que dans la doctrine d'emploi du bâton de défense, comme ça s'appelle, il est interdit de frapper la tête et les parties génitales. Là, il vise clairement la tête. Il aurait pu le tuer. Il aurait pu le tuer.

Ça, c'est la première image qui m'a le plus choqué. La deuxième image, c'est Amar Taoulit qui l'a filmée. C'est une charge, encore de la compagnie d'intervention numéro 12, et on voit le commissaire en tête, qui charge le cortège des manifestants et qui matraque, qui matraque, qui matraque, qui matraque, qui matraque des gens au sol, qui les bousculent, et ensuite, ils se retirent sans faire aucune interpellation. Donc une charge dans un cortège, c'est soit pour faire des interpellations, et ça doit être mesuré. Est-ce que ça vaut la peine de prendre le risque de mettre tout le monde en danger pour interpeller une ou deux personnes ?

Ou sinon, si on veut faire reculer le cortège, il y a d'autres moyens que ça. C'est-à-dire, il y a les gaz lacrymogènes. Généralement, d'ailleurs, quand les policiers avancent de 10, 15 mètres, tout le monde recule, naturellement. Donc ces deux images-là sont effroyables, parce qu'on voit que c'est pour faire mal, c'est pour tabasser, c'est pour décourager de revenir en manifestation. Mais là, on n'est plus du tout dans l'état de droit. Et ces policiers sont couverts.

Et ce qui m'a choqué, c'est que j'ai vu ce matin que Libération sortait un article, et la phrase de Gérald Darmanin, c'est d'expliquer les violences policières en disant individuellement, c'est sous l'empire de la fatigue que ces policiers cèdent. Alors, s'il est prêt à trouver des excuses pour les policiers, il va falloir qu'il en trouve pour les manifestants, qui, effectivement, sont eux aussi fatigués. Notamment parce qu'ils se sont ennacés pendant 10 heures. Exactement. Donc, si on peut excuser les violences policières, il va falloir excuser aussi les violences des manifestants sous ce registre-là.

C'est-à-dire qu'on est en pleine absurdité du discours politique, et surtout, il n'y a désormais plus de limites

5:59
Présentateur

à la violence de la répression. Alors, est-ce qu'il y a quand même, d'une certaine manière, une doctrine derrière tout ça ? Toutes ces dérives, toute cette violence, les différentes techniques de nassage ? Est-ce qu'il y a une rationalité derrière ce à quoi on assiste depuis la fameuse adoption du 49-3 et les déambulations dans les villes de France ?

6:23
Invité

Je pense qu'en fait, la dérive à laquelle on assiste, c'est la même que sous les gilets jaunes. La colère des gilets jaunes imposait une réponse politique et sociale, qu'ils n'ont pas eue, parce que même si on dit qu'ils ont eu 17 milliards, ce n'est pas du tout leur revendication. Leur revendication fondamentale, c'était le RIC. En fait, c'était de reprendre le contrôle sur les élus qui sont censés les représenter. C'était ça, la revendication principale. Bien sûr, ils ne l'ont pas eue. Aujourd'hui, on est exactement dans la même configuration. C'est qu'aujourd'hui, il y a une revendication sociale et maintenant désormais politique avec l'utilisation du 49-3.

Et la seule réponse du pouvoir, c'est la police. Donc, bien sûr que comme c'est une réponse inadaptée, totalement inappropriée, on ne peut que tomber dans l'escalade de la violence. Et donc, toutes les manœuvres dites de maintien de l'ordre sont d'abord des manœuvres répressives parce qu'il ne peut pas y avoir autre chose que de la violence quand vous avez une réponse qui ne correspond pas à la demande. C'est vraiment ça le sujet. Donc, on a basculé désormais dans un état policier, c'est-à-dire qu'au lieu de répondre politiquement et socialement, et les syndicats avaient prévenu, ça fait deux mois que les syndicats préviennent et que le pouvoir est totalement sourd.

Laurent Berger a encore tendu la main. a encore tendu la main en disant qu'il serait peut-être bon qu'il y ait une médiation. Enfin ! Donc, comme la réponse est inappropriée, la fuite en avant du gouvernement, c'est la violence policière. Et donc, même le discours de « il y a des casseurs, il y a des gens, il y a d'abord des gens en colère », il ne faut pas confondre le symptôme et la cause. Le symptôme de la violence en manifestation, j'exclus l'infime minorité de gens qui viennent toujours en manifestation pour en découdre, mais c'est quoi ? C'est 1% des effectifs de la vraie colère qui est là et ça, c'est un symptôme. Mais qui a provoqué la colère ? Qui a provoqué la colère ?

La colère, elle est née justement de, un, la surdité du gouvernement sur la revendication sociale, sur un mouvement social d'ampleur, la surdité sur la colère liée à l'utilisation du 49-3 et notamment des jeunes. On en discutait tout à l'heure, Théophile. Les jeunes, on avait l'impression qu'ils n'étaient pas très politisés, mais on leur apprend à l'école que la démocratie, c'est le gouvernement de la majorité. Et puis là, 49-3, en fait, ils se rendent compte que le pouvoir en place n'a pas la majorité au Parlement, n'a pas la majorité dans le pays, mais dirige, décide.

8:28
Présentateur

Et sur une thématique qu'ils peuvent sentir parce que les lycéens, par exemple, leurs grands-parents avec qui ils ont des contacts très, très rapprochés, le grand-père ou la grand-mère, c'est quasiment une sorte d'autre papa ou d'autre maman, en fait, ils vont vivre où ils ont vécu la question de la retraite. Donc, c'est sur une thématique dont ils ont l'impression qu'elle est importante que le pouvoir tape comme ça, en dehors de ce qu'on leur a dit à l'école, effectivement.

8:53
Invité

Et ce qui est terrible aussi, c'est que le pouvoir donne l'exemple, le mauvais exemple, en disant, en fait, je n'écoute personne. Le pouvoir reproche toujours au syndicat, à la foule, comme dit le président de la République, un propos extrêmement méprisant, de ne pas l'écouter, de ne pas le comprendre. Mais lui, tous les jours, il fait l'inverse de ce qu'il dit. Et ça, c'est terrible, c'est-à-dire qu'on est vraiment désormais dans une confrontation. Et jusqu'au drame, alors malheureusement, pendant les Gilets jaunes, il y a eu plein de drames, c'est passé comme une lettre à la poste.

Je ne suis pas sûr que le jour où il y aura un drame sur un gamin de 16 ans, de 17 ans, ça passera comme une lettre à la poste. D'ailleurs, l'histoire de la France, notamment en 86, avec la mort de Malikou Sekin, est encore dans les esprits. Et il n'y aura qu'un responsable de ce drame. Ça ne sera pas les foules haineuses, comme disait le président de la République, ce sera le président de la République.

9:43
Présentateur

Mais donc, a priori, une fuite en avant, en tout cas, une doctrine de maintien de l'ordre républicain ?

9:52
Invité

Moi, il n'y a plus de maintien de l'ordre en France, je vais le dire très clairement. La doctrine du maintien de l'ordre a été abandonnée, c'est-à-dire celle qui consistait à la désescalade et à faire en sorte qu'une manifestation ne dégénère pas. Désormais, il y a des ordres pour réprimer le mouvement social. Là, il faut être très clair, c'est que ce qui se passe aujourd'hui, c'est la répression d'un mouvement social. Est-ce qu'on peut parler de stratégie du chaos aussi ? Bien sûr, c'est une stratégie du chaos et du pourrissement.

L'idée, c'est que le président se dit, ça a bien marché avec les gilets jaunes, on va montrer qu'il n'y a que de la violence, donc nous, on va incarner le parti de l'ordre et puis ça va passer comme une lettre à la poste.

Ce que ne comprend pas le président, c'est qu'effectivement, il a réprimé et écrasé le mouvement des gilets jaunes, mais ça ne remet pas les compteurs à zéro, c'est-à-dire que les colères s'additionnent et le jour où le vase va déborder, le président de la République implique de sentir le pays et de calmer le jeu et de réunir les gens, de les unir et non pas de fracturer, d'opposer le parti de l'ordre aux casseurs, du parti de l'ordre « moi le président et je dénonce les factieux », etc. C'est vraiment un discours qui met de l'huile sur le feu. C'est terrible de parler comme ça pour un président de la République.

11:06
Présentateur

Justement, j'imagine que tu as écouté son discours à la veille de la manifestation. Est-ce que c'était une provocation volontaire ou alors c'est juste l'état d'esprit d'un président qui est dans une forme

11:21
Invité

de surdité ? Les deux, mon général. Je pense que c'est tout ça à la fois. On a un président qui aime provoquer, qui a presque du plaisir à déplaire et à pouvoir passer en force. Et puis, ça en dit long sur le regard qu'il porte sur les Français, sur la France d'ailleurs. Et puis, il s'impose, il s'auto-décrète comme étant le seul incarnant l'intérêt général. Il dit « Cette réforme ne me fait pas plaisir mais entre ma popularité et l'intérêt général, je choisis l'intérêt général. » Mais ce n'est pas l'intérêt général. L'intérêt général, c'est de calmer le jeu. Quand bien même la réforme serait fondée, quand bien même elle le serait, la manière et la forme, ça ne va pas.

Quand on voit le pays qui s'embrase, la sagesse impose de dire « Ok, je vous ai entendu, on va se remettre autour d'une table. » Il n'y a pas de honte à ça. Au contraire, moi je trouve que c'est très noble et probablement que s'il était allé au vote en fait à l'Assemblée nationale, même s'il avait perdu le vote, il aurait pu adopter une attitude que j'aurais trouvée moi à titre personnel très noble, c'est de dire « C'est la démocratie. » Je constate que ce projet de loi est minoritaire à l'Assemblée nationale. Eh bien, on reprend le travail.

12:30
Présentateur

Oui, mais lui, il explique que la démocratie, ce sont les institutions et tout ce que permettent les institutions, c'est démocratique. Le 49-3 est permis par les institutions, donc c'est démocratique et ceux qui s'opposent au 49-3 sont contre la démocratie. Alors,

12:44
Invité

c'est là où les mots ont un sens. Tout ce qu'il a fait est légal. Ça, c'est clair, c'est légal. Maintenant, est-ce que c'est légitime politiquement ? Ça, c'est un autre débat. Et attention de ne pas être toujours attaché qu'à la seule légalité parce que dans l'histoire de la France, heureusement qu'à des moments donnés, le peuple a contesté la légalité au motif que c'était illégitime. Sinon, nous ne célébrerions pas le 14 juillet la prise de la Bastille. Si on avait écouté Emmanuel Macron en 1789, il ne se serait rien passé. Donc, il y a des moments où il ne faut surtout pas penser que la seule légalité suffit.

Et je pense qu'aujourd'hui, ce qui est perçu, c'est que ça n'est pas démocratique parce que ça n'est pas politiquement légitime. Alors, effectivement,

13:32
Présentateur

on peut considérer que le pouvoir a imaginé d'une certaine manière qu'il allait être dans une sorte de bras de fer avec les syndicats et que l'adoption de la loi allait mettre fin à la controverse. Tout le monde allait rentrer chez lui. Qu'est-ce qu'il n'a pas pris en compte ? Pourquoi ça déborde ? Alors que peut-être dans d'autres circonstances, dans l'histoire récente de la Ve République, l'adoption d'une loi a fait reculer la contestation de cette loi. Pourquoi ça déborde ?

14:04
Invité

Pas pour le CPE. Pour le CPE, ça n'a pas fait... Et justement, Jacques Chirac a eu la sagesse et l'intelligence politique de dire, en fait, la loi a été adoptée et la contestation continue. Je suis conscient que le risque pris pour le pays est trop grand de poursuivre dans cette voie-là. Je m'arrête. Et le président Emmanuel Macron n'a pas vu venir le mouvement des Gilets jaunes. Il ne voit pas venir le mouvement social. C'est-à-dire que ni lui, ni ceux qui sont autour de lui sont capables de prendre le pouls du pays. Mais parce qu'ils n'écoutent pas. Trop souvent, on oublie comment fonctionne un syndicat. Un syndicat, en fait, c'est la base qui décide.

C'est les AG dans les entreprises, c'est les fédérations dans chacun des départements. Et ce que disaient notamment les deux leaders qu'on a le plus vus que sont M. Martinez et M. Berger, ils disaient, nous, attention, les retours qu'on a de la base, c'est que la colère est grande et que pour l'instant, on tient, mais si vous continuez à être sourds, la colère va s'exprimer de manière beaucoup plus violente que jusqu'à présent. Ce n'est pas faute d'avoir prévenu. À chaque journée de mobilisation, les syndicats ont prévenu. C'est parce qu'ils le sentaient sur le terrain.

Moi, ce qui m'a frappé dans les cortèges syndicaux, c'est qu'en discutant avec les militants de la base et notamment des militants CFDT qui me disaient, on a désormais un vrai débat sur la base, dans la base, sur, il va peut-être falloir changer nos modes d'action si on veut être entendu. La CFDT, je ne sais pas si tu te souviens, mais les images il y a quelques jours du blocage à Toulouse du rond-point Airbus, il y avait des militants de la CFDT qui bloquaient, ce qui n'est pas du tout la culture syndicale de la CFDT. Donc tout ça, si toi et moi, on l'entend, comment se fait-il que le président et ses conseillers ne l'entendent pas ?

15:40
Présentateur

Et puis d'une certaine manière, le président, dans sa prise de parole publique, semble dire les bons syndicalistes et ceux qui manifestent et qui rentrent à la maison. En gros, ce sont les formes syndicales qui confinent à l'impuissance qu'il célèbre et d'une certaine manière, il fait l'apologie sans le vouloir des formes plus radicales puisqu'il explique qu'au fond, le syndicat, ça doit être cause toujours tu m'intéresses mais après je décide. Il y avait ça un peu dans son discours qui a pu irriter. En fait,

16:09
Invité

il aime la contestation qui ne soit pas en capacité de le faire reculer ou de le faire changer d'avis. C'est ça qu'il, en fait, le message qu'il envoie, c'est vous pouvez ne pas être d'accord à une seule condition, c'est qu'à aucun moment vous me contraignez à changer d'avis, à vous écouter d'ailleurs. C'est même pas changer d'avis, c'est de vous écouter. Donc c'est ça ce qu'il dit. En fait, vous pouvez défiler. D'ailleurs, c'était Olivier Véran qui avait dit qu'il y ait 2 millions ou 4 millions de personnes dans la rue, ça ne changera rien, ce qui est une conception de la démocratie assez hallucinante.

C'est aussi d'opposer, en disant la seule légitimité qui compte, c'est celle du Parlement. Non, il y a plusieurs légitimités

16:46
Présentateur

et la légitimité. La constitution de la Ve République dit que la souveraineté appartient au peuple soit par le référendum soit par ses représentants. Les deux, il n'y a pas une sorte de...

16:54
Invité

Exactement, il n'y a pas une exclusivité, il y a une addition de légitimité et justement, l'intelligence politique commande de sentir ces légitimités-là, ce que dit la rue.

Donc, le président n'entend pas et puis le président a une conception du combat syndical qui traduit en fait son absence de culture historique parce que si on se remet dans la profondeur des mouvements syndicaux, tous les acquis sociaux, ce que nous appelons désormais les acquis sociaux, ce qui nous permet de vivre dans une démocratie sociale, ça a été le fruit d'une lutte acharnée et parfois violente mais qui instaurait un rapport de force pour faire reculer le pouvoir, pour contraindre le pouvoir à adopter des mesures progressistes.

Donc, le président de la République, il a une culture de 30-40 ans, c'est-à-dire des syndicats qui manifestent tranquillement, qui n'arrivent jamais à faire reculer le gouvernement sauf en 1995 ou le CPE en 2006. Mais le CPE, d'ailleurs, ce n'est pas les syndicats, c'est surtout les jeunes qui étaient sortis. Mais voilà, donc le président, malgré le fait qu'il est toujours en train de revendiquer, qu'il est très cultivé, etc., manque de cette profondeur historique pour mesurer quelle est la force du syndicat. Et quand le syndicat relaie une colère réelle, il faut les écouter parce qu'eux sont capables de la canaliser.

Hier, ce qui s'est passé, c'est que les syndicats n'arrivent plus à la canaliser. Et même la base syndicale, c'est vraiment radicaliser la CGT de fausses sur mer et clairement dans un combat qui est lié à sa colère. C'est-à-dire, vous ne nous entendez pas, vous ne nous écoutez pas.

18:16
Présentateur

Et on a aussi l'impression que le président s'inscrit dans une sorte d'histoire antisociale, c'est-à-dire, il y a l'histoire des conquêtes sociales, l'histoire des conquistes sociaux, il y a aussi l'histoire, disons, du détricotage de ces conquistes sociaux qui a commencé assez tôt après le consensus de 1945-1946 mais qui s'est accéléré depuis Mitterrand, Chirac, enfin, les premiers ministres de Mitterrand, de Chirac, Sarkozy, etc. Et là où finalement Mitterrand, surtout Chirac ou Sarkozy ou Hollande ont semblé velléitaire, Macron veut peut-être montrer que lui, il tient. Et donc, qu'il est le héros de l'histoire antisociale de la France.

18:55
Invité

Là, je pense que c'est une affaire d'égo, il en fait une affaire personnelle. Ce qui, là aussi, n'est pas un comportement approprié pour un président de la République. L'individu doit s'effacer devant la fonction. Et là, on comprend qu'il en fait une affaire personnelle, il veut montrer qu'il a raison, c'est une forme qui défie ses parents et qui dit j'ai raison, j'ai raison. La fonction présidentielle, elle dépasse très largement ce registre-là et malheureusement, lui ne dépasse pas.

Donc effectivement, il est dans un schéma où, à la limite, s'ils avaient assumé, quand je dis il, c'est le gouvernement et le président, que leur réforme des retraites découle d'une conception néolibérale du monde, ça se défend politiquement. Après, est-ce qu'ils arrivent à convaincre ou pas ? Mais cette rhétorique qui consiste à dire qu'il n'y a pas le choix, mais bien sûr qu'il y a le choix. Les oppositions ont montré plein d'autres alternatives.

Donc bien sûr qu'il y a le choix, c'est juste qu'il faut assumer et d'ailleurs, comme ils n'assument pas la communication erratique, les mensonges éhontés sur certaines dispositions de cette réforme, en fait, tout le monde l'a vu et comme ce pouvoir considère que le peuple n'est pas capable de comprendre. À chaque fois, on dit, on n'a pas assez expliqué, on a manqué. Non, mais le peuple a très bien compris, a parfaitement compris et a dit, ce ressort, cette motivation politique de votre réforme, en fait, on n'en veut pas parce que ce n'est pas ça qu'on veut en France. C'est ça que le peuple dit tout simplement.

Ben voilà, donc politiquement, vous n'avez pas convaincu, soyez intelligent, soyez responsable, soyez soucieux du bien du peuple et du pays et remettez le métier sur l'ouvrage et vous faites, j'ai entendu, je ne sais plus qui le disait, ça serait peut-être le moment de faire une grande conférence sociale, c'est-à-dire, on met sur pause, on dit, ok, ce projet, on arrête et on renoue le dialogue avec les syndicats.

les syndicats ont plein de propositions à faire, contrairement à ce que dit le président et les syndicats ont une position aussi intelligente en disant, avant de reculer l'âge de départ à la retraite, on doit réfléchir sur comment augmenter le travail des seniors, augmenter les salaires et notamment la parité entre les femmes et les hommes, etc., ça va créer des ressources pour la sécurité sociale. C'est une approche intelligente, c'est une approche de fond, mais là, il y a vraiment le souci pour le président d'en faire une affaire personnelle, c'est-à-dire, je ne cèderai pas. Je suis une sorte de héros des réformateurs.

Voilà, et alors que le père de la Ve République a montré qu'il est intelligent de céder et a quitté le pouvoir en 1969 quand il a vu que les Français ne partageaient plus sa conception du pays. J'invite Emmanuel Macron, alors il ne démissionnera pas, mais au moins à s'inspirer de cette philosophie politique intelligente.

21:24
Présentateur

Alors, j'ai dit au début de cette interview que tu as été haut fonctionnaire, diplomate, exfiltrée de la diplomatie en raison de critiques sur la dérive d'un certain nombre de pouvoirs africains alliés de la France et une dérive qui a conduit au pourrissement, c'est-à-dire, cette parole n'était pas entendable, si elle avait été entendue, peut-être que ça aurait sauvé les meubles.

Aujourd'hui, cet ancien précaré est à feu et à sang et la France, quelque part aussi, en tout cas, on l'a vu dans les images d'hier, est à feu et à sang parce que, manifestement, que ce soit dans la conception de la gestion de la diplomatie, mais une sorte de diplomatie intime, parce que ces pays-là, ce n'est pas tout à fait des pays étrangers, et que dans la gestion de la politique intérieure, il y a une sorte de... Enfin, les gens qui disent la vérité sont mis de côté et on avance vers le précipice joyeusement. Est-ce qu'on a un problème avec nos élites ?

22:21
Invité

Moi, ce que j'observe, alors j'ai fait 15 ans de haute fonction publique, comme tu le rappelais, dans la diplomatie et le corps préfectoral, et ce que j'observe, c'est qu'il y a désormais... Au niveau politique, on a perdu de vue que la démocratie, c'est d'abord le dissensus. C'est ça qui fait vivre la démocratie. Or, aujourd'hui, on a des élites politiques qui n'acceptent pas les gens qui ne pensent pas comme eux, et donc qui les disqualifient, qui les traitent de factieux, etc., pour éviter le débat, tout simplement. Et ce qui est dramatique, c'est que ça arrive dans l'administration.

C'est-à-dire que ceux qui ne pensent pas comme le ministre ou comme la pensée commune la plus répandue, on ne considère pas qu'ils peuvent être utiles pour alimenter la réflexion, on considère qu'ils sont dangereux pour le fonctionnement de l'administration. Ce qui m'est arrivé est arrivé à plein d'autres hauts fonctionnaires. Sauf que dans l'administration, aussi, on a besoin du dissensus. Le fonctionnement de l'administration, et d'abord, je rappelle que, historiquement, la garantie de l'emploi pour les fonctionnaires, c'est pour les préserver de l'arbitraire politique.

Parce qu'on sait que l'État a besoin d'une inertie au sens noble du terme d'experts, de hauts fonctionnaires qui puissent dire la vérité au pouvoir politique. Et donc, comment fonctionne l'administration ? C'est qu'en amont de la décision, tous les avis sont entendables. Et au contraire, le politique a intérêt de s'entourer de plus d'avis divers, y compris d'avis qui peuvent un petit peu chagriner le pouvoir politique. Et après, une fois que le pouvoir politique qui a la légitimité de la prise de décision, il revient à l'administration d'exécuter les ordres. Mais dans la phase amont, il doit y avoir le plus d'avis.

Or, désormais, dans l'administration, dans la phase amont, ceux qui pensent différemment sont d'abord perçus comme des éléments perturbateurs, voire des dangers pour le fonctionnement de l'administration. Merci beaucoup, Laurent Bigot. Je t'en prie.