Aller au contenu
Tous les transcripts
Autrefranceinfo — 8h30 franceinfo (sur Site radio)· 18 décembre 2025 23 minContradictoireMixte

Dermatose nodulaire : "C'est tellement contagieux qu'il faut abattre tout le troupeau", dit une membre de l'Académie vétérinaire

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Temps de parole

  • Invité37 %
  • Invité politique32 %
  • Présentateur16 %
  • Invité 29 %
  • Invité 33 %

≈ 3,5 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-nemo:12b · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Bonjour Jeanne Brugère-Picou, bonjour Madame, bonjour François Purseigle et bonjour Paul, bonjour Agathe, malgré les annonces du gouvernement, la colère des agriculteurs ne faiblit pas, d'où vient-elle cette colère, comment expliquer qu'on abatte des troupeaux entiers plutôt que de vacciner massivement, on va essayer d'y voir plus clair avec vous, donc Jeanne Brugère-Picou, vous êtes vétérinaire, professeur honoraire de pathologie du bétail et vous François Purseigle, vous êtes sociologue, professeur des universités à l'agro-Toulouse, mais d'abord direction Bruxelles avec vous, Edouard Marguier, bonjour, bonjour, spécialiste agriculture pour France Info, vous êtes dans un tracteur, vous accompagnez des agriculteurs.

0:45
Invité

Effectivement il reste 50 km avant la capitale belge, ça veut dire une grosseur de tracteurs, le jour se lève sur la Belgique, le convoi fait plus de 10 km, 250 tracteurs du nord de la France en route vers les institutions européennes, les agriculteurs de la FNSEA et des jeunes agriculteurs mobilisés donc contre ce projet d'accord de libre-échange entre l'Union Européenne et le Mercosur qui prévoit des importations à droits de douane réduits de bœuf, de volaille, de sucre, il dénonce les agriculteurs français la concurrence déloyale de ces pays sud-américains qui peuvent utiliser des substances interdites en Europe comme des hormones pour le bœuf, 10 000 manifestants attendus à Bruxelles, du jamais vu depuis 10 ans.

1:24
Présentateur

Merci beaucoup Edouard Marguier et merci, vous êtes avec Florent Layani pour France Info, bonne route, pourquoi ce traité les inquiétant, ce Mercosur les inquiétant ces agriculteurs, Jeanne Brugère-Picou ?

1:38
Invité politique

C'est évident qu'il n'y a pas de mesure miroir vis-à-vis des normes que nous avons en France.

1:44
Invité

C'est quoi une mesure miroir ?

1:45
Invité politique

C'est-à-dire être sûr que l'on ait exactement les mêmes contraintes pour l'élevage en France comme dans les pays qui sont exportateurs. Comme pour la viande du Brésil. La viande du Brésil, s'il y a de l'hormone, moi je me rappelle que quand j'étais expert à Bruxelles sur les mesures vétérinaires pour la santé publique, on avait refusé l'hormone en Europe. Donc là, ça serait aberrant.

2:09
Invité

Le fameux bœuf aux hormones.

2:11
Invité politique

Le bœuf aux hormones, on n'en veut pas, c'était une fraude.

2:14
Présentateur

Vous voulez réagir François Piers ?

2:16
Invité

Oui, je pense que surtout, il ne souhaite pas qu'on voit arriver sur le territoire européen, finalement, des animaux de la viande issue d'élevage qu'on ne souhaite pas voir advenir en France, et ça, on réclame finalement une agriculture familiale et on importerait aussi des bêtes issues d'une agriculture plutôt de firme. Mais pour qu'on comprenne bien le moment qu'on vit, monsieur le sociologue, entre la dermatose qui diminue dratiquement la production et ce mercosur qui pourrait faire arriver en masse une viande venue d'ailleurs, est-ce que tout simplement la filière bovine française est en danger de mort ?

Dans certains territoires, on peut le dire, et notamment dans ces zones intermédiaires du sud-ouest de la France, où on a vu disparaître bon nombre d'abattoirs, où on a vu disparaître aussi bon nombre d'éleveurs. Il y a des territoires dans le sud-ouest de la France qui ont vu disparaître une grande partie du cheptel, une grande partie des éleveurs. Il faut quand même rappeler un chiffre. Entre les deux derniers recensements agricoles, entre 2010 et 2020, on a perdu 100 000 exploitations. Parmi ces 100 000 exploitations qui ont disparu en France, les deux tiers sont des exploitations d'élevage. Donc oui, une agriculture française sans élevage peut advenir.

Et il faut regarder de près finalement les ressorts de la résilience et de la robustesse de ces élevages. Et il faut regarder de près ce qui se joue dans des territoires notamment intermédiaires. Vous savez ces territoires de Nouvelle-Aquitaine, d'Occitanie, qui sont en colère aujourd'hui. Pourquoi ils sont en colère ? Parce que finalement ils dénoncent un faisceau d'incohérence dans ces territoires-là. Alors on veut des agricultures familiales, mais on s'interroge rarement et on met rarement en place des dispositifs pour les accompagner.

4:04
Présentateur

Et on va parler des ressorts de cette crise, de cette colère qui vient de loin. Il y a un sujet actuel, Jeanne Brugère-Picou, qui inquiète les agriculteurs aussi, c'est qu'ils sont confrontés à une épidémie, la dermatose nodulaire contagieuse. Est-ce que vous pouvez nous expliquer de façon pédagogique ce que c'est que cette maladie ?

4:22
Invité politique

Alors c'est une maladie qu'on ne connaissait pas en France, puisqu'elle était d'origine africaine. Mais à partir des années 2010, elle est sortie d'Afrique. Elle est partie du côté de l'Est, quand elle était dans les Balkans, jusqu'au Japon en 2025. Et de notre côté, elle a été arrêtée en Grèce. C'est une maladie qui est liée à un virus de type variole, qui ne touche que les bovins. Mais le problème est que quand on a cette maladie, qui est très contagieuse, puisqu'elle est transmise par des insectes hématophages, c'est-à-dire qu'ils vont pomper le sang sur une vache pour aller sur l'autre... Donc elle se transmet très facilement ? Ça s'appelle un poxvirus. C'est un capri-poxvirus même.

Et ça ne touche, parce qu'il y a beaucoup de poxvirus, mais ça ne touche même pas les moutons et les chèvres. Donc il faut se rendre compte d'une chose, c'est que quand on a cette maladie, c'est comme la fièvre afteuse, c'est tellement contagieux qu'il faut abattre tout le troupeau pour étouffer dans l'œuf ce virus, parce que nous devons rester indemnes. Et nous avons réussi. Il faut savoir qu'il est venu par l'Italie. Là, on ne peut pas reprocher à l'éleveur ce transport de bestiaux vers l'Italie, de l'Italie, parce qu'on ne savait pas à l'époque.

5:32
Présentateur

Attendez, vous dites, pardon, Jeanne Brugère-Picou, qu'il faut abattre tout le troupeau. On ne peut pas seulement abattre la vache malade et isoler les autres vaches ?

5:41
Invité politique

On ne peut pas, puisque quand vous avez une vache malade ou deux vaches malades, ça veut dire que 50% des animaux ont déjà été contaminés.

5:48
Invité

Parce que le temps d'incubation est très long, c'est ça ?

5:50
Invité politique

De 15 jours à 3 semaines, c'est très variable, mais 15 jours, 3 semaines en moyenne. Et surtout, on l'a vu avec un éleveur savoyard qui a gardé, par exemple, pendant 13 jours ses bovins, puisqu'il a fait un recours contre l'abattage. Et bien, 15 jours après, il avait des cas. Et en plus, il y a eu une explosion de cas autour de chez lui.

6:09
Présentateur

Et la France n'applique pas des règles plus strictes que ses voisins européens ? On fait comme les autres pays européens ? C'est un modèle à battre le troupeau entier qui a fait ses preuves ailleurs ?

6:18
Invité politique

C'est ce qu'a fait l'Italie tout de suite. C'est ce qu'a fait aussi l'Espagne, quand ils ont retrouvé cette souche en Espagne. Et ça a bien marché. Ils n'ont plus de cas depuis un moment en Espagne. Et puis, nous, nous l'avons vu que c'était efficace, puisque nous n'avons plus de cas depuis le 21 août. On n'a plus de cas en Savoie. La Savoie a montré que c'était efficace. Mais le problème, c'est qu'à partir de la Savoie, vous avez eu des malfaisants qui ont déplacé des animaux infectés, maladies extrêmement contagieuses, autant de déplacements, autant de foyers. Et ce sont des foyers quand même limités.

6:50
Invité

Donc, on vous écoute, on vous comprend. Il faut abattre tous les cheptels et ensuite, il faut vacciner autour. Donc, le gouvernement annonce l'accélération de cette vaccination. 750 000 bovins doivent recevoir une dose dans le sud-ouest. Est-ce que ça vous paraît suffisant ?

7:05
Invité politique

Bien sûr, parce qu'on va même au-delà de ce qui est nécessaire. Parce qu'on va vacciner en dehors des zones réglementées. Parce que pouvons-nous faire confiance aux éleveurs ou aux marchands de bestiaux quand on voit qu'à partir des Pyrénées-Orientales, nous avons eu un cas en Haute-Pyrénées, un autre cas en Haute-Garonne, un autre dans l'Ariège, etc. C'est-à-dire que des cas limités. Et puis, des fois, c'est seulement 5 bovins, 10 bovins qui vont être abattus. Quand c'est 200, on en parle, ça c'est sûr.

7:35
Présentateur

François Purcell, pour les agriculteurs, quand on voit abattre son troupeau entier, ça représente quoi ? C'est le travail de toute une vie ?

7:44
Invité

C'est un élément de plus qui s'ajoute à une crise morale sans précédent. Il ne faut pas oublier une chose, c'est que si cette colère, ces colères partent du Sud-Ouest, c'est parce qu'un certain nombre d'éleveurs ont beaucoup investi en matière de génétique. Et notamment dans une région où les effectifs de bovins sont relativement faibles. Et donc, pour notamment des jeunes qui souhaitent reprendre finalement des exploitations, et c'est déjà très très difficile, voir abattre le troupeau de son père, c'est quelque chose d'inacceptable à leurs yeux. Parce que les parents ont beaucoup investi pour construire un troupeau.

Et on le voit aujourd'hui, on avait dans les filières notamment viande bovine, plutôt des bons résultats sur le plan économique. Et là, on voit finalement éclater toute une exploitation. Et même ce qui est en jeu, c'est un processus de transmission dans des exploitations agricoles qui est de moins en moins évident. Parce que ces agriculteurs sont dédommagés intégralement, mais vous dites que le prix sentimental est colossal, c'est ça ? Oui, tout à fait, parce qu'on est déjà dans un contexte de crise morale. Crise morale qui s'amplifie.

On a des éleveurs qui sont en situation parfois même de précarité, à la fois économique et sociale, même si, je vous le dis, un certain nombre de résultats dans certaines filières sont plutôt bons. Les prix étaient très hauts depuis deux ans pour eux. Oui, tout à fait. Mais sur le plan capitalistique, il est difficile de transmettre aussi une exploitation. Ce n'est pas parce que les prix sont hauts à un moment donné que finalement la situation économique est stabilisée. Et ce n'est pas forcément parce que les prix sont hauts qu'on va pouvoir transmettre des exploitations.

Si les prix sont hauts, c'est aussi parce qu'on a perdu beaucoup d'éleveurs en France et qu'à un moment donné, on voit bien, ce sont les élevages qui disparaissent le plus rapidement quand il s'agit de disparition d'exploitation agricole. Donc crise morale et donc un processus de transmission finalement qui se voit disparaître aussi. Il y a beaucoup de... Jeanne Brugère...

9:40
Invité politique

Oui, moi ce que je voulais dire, c'est qu'on comprend la détresse de l'éleveur. Moi, je suis de la région Savoyarde où il y a eu les premiers cas. Eh bien, moi, ma grand-mère qui avait des vaches, je la voyais pleurer quand une vache partait à l'abattoir. On aime ces vaches. On est beaucoup plus attaché à des vaches qu'à des poules. Donc il faut se rendre compte d'une chose, que c'est une catastrophe. On l'a vu pour la vache folle, on l'a vu pour d'autres maladies. Mais ce qu'il faut voir aussi, c'est le bonheur des agriculteurs qui maintenant, en Haute-Savoie, repeuplent. Ils sont heureux maintenant de repeupler. Et j'aime bien de montrer la joie de celui qui a pu repeupler ses 78 vaches

10:17
Présentateur

parce que ça fait plaisir à voir. Et ce mal-être, ce désespoir, ça crée des tensions. Vous êtes vétérinaire, vous savez de quoi on parle. Ils sont en première ligne face à cette colère des agriculteurs, les vétérinaires, car ils sont chargés de ce dépeuplement des bovins, comme on dit. On écoute Sébastien Lecornu, Premier ministre.

10:35
Invité

Je tiens à ce qu'on soit tous derrière nos vétérinaires qui subissent des menaces qui sont absolument inacceptables. Il n'y a pas de gestion d'une épisodie sans faire confiance à la science, disais-je.

10:48
Présentateur

Donc voilà, vous avez entendu Sébastien Lecornu. Ces vétérinaires, ils ont reçu parfois des menaces de mort. Jeanne Brugère-Picou, vous dites que vous n'aviez jamais vu ça. On n'a jamais vu ça.

10:58
Invité politique

Et c'est la première fois aussi que moi, je me fais insulter sur un plateau télévision à BFM parce que, d'ailleurs, je refuse maintenant de venir sur un plateau où il y a quelqu'un de la coordination rurale ou de la confédération paysanne parce qu'on n'arrive pas à leur faire comprendre, parce qu'ils sont plus politiques qu'éleveurs, à mon avis, parce qu'ils ne veulent pas soutenir leurs éleveurs. La preuve, c'est qu'ils disent à des éleveurs de ne pas déclarer un cas de dermatose, alors que ça sera un risque énorme pour les autres éleveurs.

11:25
Présentateur

Et on va parler de la politisation du mouvement, mais agriculteurs, vétérinaires, normalement, François Purseg, ils sont extrêmement liés et ils travaillent très bien ensemble depuis toujours.

11:33
Invité

Et on a entendu hier à la télévision aussi des éleveurs dire combien ils étaient attachés à ces vétérinaires qui sont de moins en moins nombreux aussi dans les territoires ruraux. Donc, ce sont des couples qui sont mis à mal à travers cette crise. Agathe parlait du mot de dépeuplement qui est extrêmement important. Et on parle d'abattage, c'est important le mot de dépeuplement. Qu'est-ce qu'il évoque pour vous ?

11:54
Invité politique

Oui, parce que l'abattage, c'est à l'abattoir. Or, on euthanasie les animaux sur la ferme pour éviter justement de déplacer des animaux qui pourraient diffuser un virus.

12:03
Invité

Donc, dépeuplement, c'est les tuer ?

12:05
Invité politique

Le dépeuplement, c'est l'euthanasie des animaux. Il faut stopper le virus, c'est le seul moyen. Mais c'est ce qui s'accepte pour la fièvre afteuse. Parce que ce sont les mêmes maladies de catégorie A qu'il faut en fait étouffer dans l'œuf pour rester indemne.

12:20
Présentateur

Le 830 France Info. Agathe Lambret, Paul Larouturou. Avec Jeanne Brugère-Picou, vétérinaire et professeur honoraire de pathologie du bétail à l'école vétérinaire d'Alfort et François Purseigle, sociologue, professeur des universités à l'Agro-Toulouse. Paul, on parle de ce mouvement. Quel est-il ? D'où vient-il ?

12:38
Invité

On a vu ensemble, Agathe, à quel point, madame la vétérinaire, ce mouvement était sanitaire. Et désormais, monsieur le sociologue, ce mouvement, on le comprend, est profondément politique. Oui, mais comme tous les mouvements agricoles dans l'histoire, on est face à un mouvement qui renvoie à quoi ? Qui renvoie à une quête de reconnaissance sociale. Quête de reconnaissance sociale, de type politique pour les uns, parce que certains transforment les systèmes et souhaitent être reconnus par l'État et par Bruxelles pour cela. Reconnaissance économique pour les autres. Reconnaissance identitaire encore. Donc on a un même faisceau de colère, on a des agriculteurs finalement qui dénoncent quoi ?

Ils dénoncent un abandon par l'Union Européenne, parfois l'État, l'appareil de développement. Ils dénoncent des incohérences. Ils dénoncent finalement le fait de ne pas pouvoir avoir une juste rémunération. C'est ces raisons-là qui expliquent pourquoi on a des agriculteurs qui finalement sont caractérisés par des écarts de revenus sans précédent dans la rue, dans les rues en France et en Europe.

13:35
Invité politique

Jeanne Brugère-Picou. Moi j'aime l'expression de Christiane Lambert, c'est un hold-up politique sur une crise sanitaire. Parce qu'il faut savoir qu'ils sont bien plus ennuyés actuellement par la fièvre cataralovine qui a sévi pendant tout l'été, aussi bien chez les petits ruminants que chez les bovards. Il faut expliquer.

13:52
Présentateur

Attendez, Christiane Lambert, déjà, c'est l'ancienne patronne de la FNSEA, principale syndicat agricole. Vous, votre thèse, votre angle, c'est de dire que ce mouvement est politique, instrumentalisé politiquement. Expliquez-nous pourquoi.

14:03
Invité politique

Oui, parce que la dermatose, c'est un peu la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Parce que c'est quand même une maladie qui touche quand même peu de bovins par rapport aux problèmes qu'on rencontre dans les élevages actuellement. Comme cette fève cataralovine, pour laquelle, d'ailleurs, des éleveurs ont eu des vaccins, ils ne les ont pas utilisés. Parce qu'on n'abat pas dans cette maladie.

14:21
Invité

Alors, il y a plusieurs raisons. Je l'ai dit, assez colère. On voit bien que la crise sanitaire que nous traversons, que nous vivons, qui caractérise les élevages français, n'est qu'un élément. Ces manifestations qui se tiennent aujourd'hui à Bruxelles étaient prévues de longue date. Et ça se rajoute, finalement, à une crise, je l'ai dit tout à l'heure, morale.

14:42
Présentateur

Est-ce qu'on peut dire que certains syndicats, par exemple, on parle beaucoup de la coordination rurale, qui est plutôt proche du Rassemblement national, de la coordination paysanne, qui est plutôt proche...

14:50
Invité

Confédération paysanne.

14:51
Présentateur

Confédération paysanne, qui est plutôt proche de la France insoumise. Normalement, ils ne sont pas du tout proches, ces mouvements.

14:57
Invité

On a un paysage syndical qui est de plus en plus éclaté. Et on a aussi 30% des agriculteurs français, d'après une enquête qu'on a réalisée avec Pierre-Henri Bonneau au Centre de recherche politique de Sciences Po, qui se pensent éloignés de toute organisation syndicale. Donc, à politique. Qui se pensent... Alors, à politique, c'est toujours difficile de dire à politique. Du moins, qui se sentent de moins en moins proches des organisations syndicales. On a un peu moins d'un agriculteur sur deux qui s'est rendu aux élections chambres d'agriculture. Donc, on a une crise de défiance qu'il faut gérer.

On a des agriculteurs qui sont en situation du moins de désespoir et notamment dans le sud-ouest de la France qui se pensent de moins en moins soutenus. Alors, à la fois par des institutions politiques, européennes, françaises... Une grande manifestation à Bruxelles aujourd'hui. Parfois par leurs propres organisations et par le reste de la société aussi. Il faut bien se rendre compte d'une chose, c'est que cette population, elle s'efface dans la société française. Elle éclate aussi en termes de structure d'exploitation et sur le plan politique.

On a des agriculteurs qui ne partagent pas toujours la même vision du monde, qui ne se projettent pas toujours de la même manière dans l'avenir et leur pouvoir est disputé à l'échelle même des espaces ruraux. Et face à ces agriculteurs, il y a le pouvoir politique qui voit arriver les fêtes de Noël, qui a peur que le pays soit bloqué, qui voit arriver derrière le salon d'agriculture. Hier, à votre place, il y avait le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez. On l'écoute. La doctrine est très simple. Les forces de l'ordre, pour l'instant, accompagnent le mouvement. On l'encadre et on évite qu'il y ait des dégradations et des violences.

J'ai demandé au préfet de gérer ce mouvement avec souplesse et tact. Il y a des discussions en cours. Il y a un travail qui a été engagé par la ministre de l'Agriculture. Donc voilà, avec tact et souplesse, ça veut dire ça. On l'encadre et on évite les dégradations. Souplesse et tact, Madame la vétérinaire, vous en pensez quoi ?

16:41
Invité politique

Eh bien, moi, ce que je vois surtout, c'est que j'ai toujours été dans les étables. Quand on est dans des étables où il y a des vaches laitières, justement, ce n'est pas les 35 heures pour ces agriculteurs. Il n'y a pas de samedi, de dimanche. Donc, il faut se rendre compte qu'ils travaillent énormément et ce n'est pas reconnu financièrement.

17:00
Invité

Et donc, ça explique leur désespoir et que le fait que les hommes et les femmes politiques les traitent avec considération et les laissent bloquer les autoroutes ?

17:06
Invité politique

Non, ça ne justifie pas ces blocages d'autoroutes. Ça ne justifie pas non plus la rémunération de l'agriculteur. On les embête sur la maltraitance animale. Moi, je réponds toujours, est-ce que vous avez pensé à la maltraitance de l'éleveur ? Parce que, justement, les éleveurs, on ne fait pas assez attention avec tout le poids de l'administration, des documents administratifs, etc. Ils sont débordés et on ne les soutient pas assez.

17:32
Présentateur

Pourquoi, pour le gouvernement, ce mouvement des agriculteurs n'est pas un mouvement comme les autres, François Purseigle ?

17:37
Invité

Parce que la place des agriculteurs dans la société française est très singulière. Parce que les politiques agricoles sont co-gérées, co-construites avec l'État et les professionnels. On a un rapport à cette agriculture, même, je dirais, assez charnelle. Alors qu'ils ne sont pas nombreux ?

17:55
Présentateur

Rappelez-nous combien ils sont, les agriculteurs ?

17:56
Invité

Ils sont 398 000 chefs d'exploitation aujourd'hui. Il n'y a jamais eu aussi peu de chefs d'exploitation en France. 65 millions d'habitants, ce n'est pas beaucoup. Oui, 1,5% de la population active. Mais ils représentent, finalement, des actifs qui contribuent à la gestion des espaces ruraux. Derrière un agriculteur, il y a beaucoup d'emplois induits dans l'industrie agroalimentaire, qui est le premier secteur industriel de France. Et puis, on a des agriculteurs qui aménagent l'espace. On est très attachés, finalement, à cette construction politique et à la place des agriculteurs dans la société française. On a besoin de votre expertise, M.

Pursec, pour comprendre comment on se situe par rapport aux grandes épidémies qui ont déjà connu cette profession. Je pense à la vache folle, évidemment. Je pense à la fièvre afteuse ou je pense aussi à la grippe aviaire. On est comment par rapport à ça ? On est tout le temps en gestion de crise. C'est ça, le drame des agriculteurs. C'est-à-dire qu'on ne sort pas des crises indemnes et elles s'accumulent, elles s'empilent dans les exploitations agricoles. Et on a aujourd'hui des agriculteurs qui n'en peuvent plus.

18:58
Invité politique

Moi, j'aimerais dire quand même, avec la crise de la grippe aviaire que j'ai connue également, étant spécialisée sur les volailles, on a toujours dit qu'on va avoir une pandémie. Ça fait 20 ans que j'ai écrit que je ne croyais pas à la pandémie, que j'avais plus peur des moustiques que des volailles en Asie. On n'a toujours pas de contamination. Hommes-hommes démoignants que ce virus est adapté à l'homme. C'est un problème vétérinaire pour le moment. Alors, bien sûr, on nous explique que ces virus mutent et qu'un jour, on en aura peut-être.

19:25
Présentateur

Mais ça fait 20 ans qu'ils n'ont pas muté pour être dangereux pour l'homme. Et comment vous expliquez que pour des précédentes épidémies, notamment la grippe aviaire, les consignes du gouvernement, ont été suivies sans heure ? Pourquoi aujourd'hui, ça ne passe pas ?

19:39
Invité politique

Pour la grippe aviaire, c'était un problème uniquement vétérinaire à l'époque. Et puis, il fallait régler le problème pour revenir à un risque modéré. Bref, là, c'est pareil. On est obligé d'abattre le troupeau, d'éliminer le troupeau pour éviter que le virus se propage. Malheureusement, on en aura toujours parce que maintenant, il se propage avec les oiseaux sauvages. Et chaque fois, on l'aura.

20:00
Invité

Vous parliez de... Pardon. Juste, je repense à un mot que vous avez utilisé tout à l'heure. Vous avez dit, on les embête avec la maltraitance animale. Moi, j'aimerais parler de la maltraitance de l'éleveur qu'on entend. Néanmoins, est-ce que vous ne pensez pas aussi, et ma question s'adresse à tous les deux, qu'il y a un changement profond et que désormais, ces images de bovins morts ne passent plus dans l'opinion publique à la télévision comme elle passait avant ?

20:20
Invité politique

C'est comme les images d'abattoirs. Pourquoi on montre des images d'abattoirs comme ça à la télévision ? C'est toujours stressant. Même pour un vétérinaire, c'est stressant, un abattoir.

20:31
Invité

La mort a toujours fait partie du métier d'éleveur. Ce n'est pas la mort de l'animal qui est un problème pour les agriculteurs au sens propre. Oui, mais ma question, c'est qu'avec le développement de la conscience écologiste en France, est-ce que l'opinion publique n'a pas muté face à ces images ? Peut-être.

20:45
Invité politique

Oui, si, si. Moi, je connais des gens qui sont devenus végétariens parce qu'ils ont vu des scènes d'abattoirs.

20:51
Présentateur

Donc, c'est regrettable. Comment vous voyez la suite du mouvement François Purseigle ? Là, il y a les vacances, ce qui est aussi l'occasion de se faire entendre. En février, il y a le salon de l'agriculture. Vous pensez que ça peut durer des semaines, voire des mois ?

21:04
Invité

Tant qu'on ne trouve pas des solutions structurelles aussi à ces colères agricoles, tant qu'on n'arrive pas à offrir des réponses aussi dans ces territoires, notamment en zone intermédiaire, les colères vont de toute façon, ou du moins risquent de s'amplifier. Et il faut, à un moment donné, mais je pense que ces colères vont retomber sans doute au moment des fêtes. Il faut, à un moment donné, investir aussi dans l'innovation, investir dans la recherche, dans la formation. Et il faut qu'à un moment donné, dans ces territoires, on ait des agriculteurs qui se pensent armés. Parce que, qu'est-ce qu'ils nous disent, ces agriculteurs, sur les territoires, et notamment sur ces barrages ?

Eh bien, qu'ils se pensent désarmés. Désarmés humainement, désarmés techniquement, technologiquement, désarmés économiquement. Donc, il faut, finalement, des réponses assez concrètes à ces questions, et il faut trouver des solutions, et il faut doter, redoter, les territoires d'élevage aussi, en compétences et en innovation. Il est 8h58, dans 15 secondes, sur France Info, l'heure de la question qu'il y a retrouvée sur Instagram et TikTok. Aujourd'hui, la question qui fâche, elle s'adresse à tous les deux. Le premier qui répond à gagné. Est-ce qu'on n'est pas en train de demander aux agriculteurs de payer tout seul une crise que l'État français et l'Europe ont été incapables d'anticiper ?

22:25
Invité politique

Ah non, là, je ne crois pas que l'Europe n'ait pas été capable d'anticiper, puisque les vaccins ont été donnés très rapidement par l'Europe pour la Savoie, et on a vu que ça a marché.

22:33
Invité

Donc, c'est l'État français ?

22:35
Invité politique

Non, ce n'est pas non plus l'État français. C'est le fait que le Mercosur est peut-être plus gênant pour les agriculteurs actuellement, parce qu'on va diminuer la PAC, on va mettre une taxe sur les engrais, et puis on va importer des produits qui seront compétitifs avec nos produits français, qui sont excellents.

22:53
Présentateur

Merci beaucoup à tous les deux. Merci Jeanne Brugère-Picou. Merci François-Pierceigle d'avoir répondu aux questions de France Info. Merci beaucoup, Paul.

22:59
Invité politique

Merci Agathe.