Clément Beaune : "Les moyens qu'on dégagera iront en priorité sur les transports du quotidien"
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L'invité du Grand Entretien ce matin est un rouage crucial de vos vacances puisqu'il a sous sa responsabilité les trains, les avions, les autoroutes. C'est le ministre des Transports Clément Beaune, bonjour.
Bonjour Marion Lowe.
Des centaines de passagers ont subi le week-end dernier, week-end de chasse et croisée, des retards de 2 ou 3 heures à Montparnasse à cause d'un accident. Mais ces retards se multiplient, la chaleur notamment a forcé les trains à ralentir. Est-ce que les infrastructures ferroviaires françaises, est-ce que les rails sont au mauvais état ?
Vous avez raison, il y a eu cet été un certain nombre de retards, de dysfonctionnements, parfois moins souvent heureusement de trains annulés. C'est lié à plusieurs facteurs. Il y a un facteur qui est au fond une bonne nouvelle mais qui a des conséquences difficiles comme celle-ci, c'est qu'il y a une très forte reprise des voyages, du tourisme aussi. Beaucoup de Français, beaucoup de personnes qui visitent notre pays qui ont pris l'avion ou encore plus le train. Et donc ça a créé parfois des pressions, des tensions, il faut le dire aussi dans un secteur des transports qui était moins habitué.
C'est vrai dans l'aérien en particulier mais aussi un peu dans notre réseau de trains à avoir des départs aussi massifs. Il y a eu en plus en effet de très fortes chaleurs. Il faut l'expliquer, je pense que chacun peut le comprendre mais ça doit nous faire tirer des leçons, que sur le réseau ça a des conséquences sur la chaleur des rails, sur les caténaires et parfois ça peut susciter des retards. On a fait un choix qui est un peu différent de celui qu'ont fait d'autres pays européens, comme les Britanniques par exemple, qui ont annulé beaucoup de trains quand il y avait des fortes chaleurs.
En France on les a fait circuler presque systématiquement mais c'est vrai parfois avec des ralentissements et donc des retards. Et puis il y a un point qui est plus fondamental, c'est vrai, c'est que nous avons un réseau ferroviaire qui est l'un des plus anciens et l'un des plus vastes d'Europe. Qui fait aussi notre fierté parce qu'il a notamment développé en premier la ligne à grande vitesse et aujourd'hui c'est encore le réseau le plus performant d'Europe à cet égard. Mais qui vieillit et qui vieillit parfois plus que dans d'autres pays européens parce que disons-le aussi, on réinvestit beaucoup, je vais y revenir, on réinvestit beaucoup.
Depuis 5 ans notamment, on a multiplié par 3 en 15 ans l'investissement dans le réseau ferroviaire. Mais traditionnellement c'est vrai comme on ne voit pas le réseau, on ne voit pas les rails, les caténaires, etc. Là on investissait moins et donc il y a eu un effort qui a été fait pour vous donner un ordre de grandeur. Il y a 15 ans c'était à peu près 1 milliard d'euros par an qu'on investissait pour entretenir et moderniser notre réseau. Aujourd'hui pour 10 ans, l'État vient de s'engager à le financer à hauteur de 3 milliards d'euros par an. Donc il y a un vrai effort mais il prend aussi du temps à se matérialiser.
Oui mais alors ce que réclame le PDG de la SNCF, lui c'est un plan à 100 milliards d'euros. On voit bien la différence entre 3 et 100 quand même.
Non alors ça ne se compare pas parce que 100 milliards d'euros, moi je me méfie toujours un peu des grands chiffres. Donc ce que le message de Jean-Pierre Farandou, le président de la SNCF que je partage, que l'État d'ailleurs a initié, c'est de réinvestir beaucoup dans le ferroviaire et notamment dans le réseau. On le fait. 100 milliards d'euros ça dépend sur combien d'années vous le faites, ça dépend sur ce que vous additionnez, etc. Donc soyons plus concrets, pour le réseau on met 3 milliards d'euros par an sur 10 ans aujourd'hui. Pour les 10 prochaines années c'est la première fois qu'il y a entre l'État et la SNCF un contrat où on garantit ce financement.
Mais ça ne résout pas tout malheureusement en urgence et d'un coup de baguette magique. Mais moi je veux tenir cette priorité parce qu'il faut investir dans le long terme et le réseau ça ne se voit pas encore une fois. Mais c'est prioritaire, c'est la condition pour améliorer la vie quotidienne dans les transports en Ile-de-France ou les grandes métropoles ou de faire fonctionner nos trains dans des périodes de pointe comme celle de l'été. Et puis au total, quand on additionne ce que met l'État, ce que mettent les régions qui ont beaucoup modernisé notamment nos TER qui sont en bien meilleur état qu'il y a 15 ou 20 ans, on a un effort financier qui s'accroît.
Mais moi je l'ai dit, on ne peut pas tout faire en même temps, mais la priorité des priorités, ce sont les trains du quotidien. On va le voir notamment à la rentrée, ceux que prennent les gens et qui parfois galèrent dans les transports pour aller au boulot chaque jour. Et c'est le réseau parce que c'est la condition d'un système ferroviaire qui marche.
Ce que vous dites dans le journal du dimanche dernier, c'est que le développement ferroviaire doit effectivement être une priorité budgétaire. Alors jusqu'où ? Vous dites 3 milliards par an, est-ce qu'on va aller plus loin que ça ?
Écoutez, on va d'abord mettre en œuvre un certain nombre d'engagements qui ont été pris ces dernières années, notamment ces derniers mois. Dans le plan de relance, on a mis plusieurs milliards d'euros, je ne veux pas donner des chiffres vertigineux, mais plusieurs milliards d'euros pour soutenir la SNCF. On a repris une partie de la dette de la SNCF pour qu'elle puisse justement réinvestir. On finance ce qu'on appelle des petites lignes qui permettent des transports ferroviaires dans des régions plus rurales, plus enclavées aussi. Je prends un exemple très concret qui illustre cet effort, une ligne comme Paris-Claire-Montferrand, qui a connu beaucoup de difficultés.
Il y a un réinvestissement, changement des rames, investissement sur le matériel. D'ici 2026, tout sera mis en œuvre, ça coûte plus d'un milliard d'euros. Donc ces opérations-là, qui sont souvent cofinancées par l'État, par les régions, en l'occurrence c'est l'État qui met beaucoup d'argent, on les multiplie. Donc oui, moi je veux le dire, on ne peut pas encore une fois tout promettre d'un coup, mais l'investissement budgétaire sur le réseau, ça c'est ma grande priorité, il va s'accroître dans les années qui viennent.
Alors vous lui dites quoi Jean-Pierre Farandou, le PDG de la SNCF ?
Il y a beaucoup discuté, je dis que moi je me méfie encore une fois d'un affichage qui peut être un peu marketing si je puis dire, mais je partage complètement la priorité. Je salue d'ailleurs l'action de Jean-Pierre Farandou comme président de la SNCF depuis plusieurs mois et son prédécesseur, qui ont réinvesti dans le réseau, qui ont montré, y compris au pouvoir public, que c'était une priorité.
Et je crois que quand on mettra l'addition dans la décennie qui vient de tous les investissements, dans les trains du quotidien, dans les trains du Grand Paris, dans les nouvelles lignes à grande vitesse, dans la rénovation des petites lignes dans le réseau, on sera franchement très probablement à ce niveau d'investissement.
On se rapproche de ça donc. Question de Fabien au standard de France Inter. Bonjour Fabien. Fabien, vous êtes avec nous, on vous entend. Bonjour Fabien.
Bonjour, je voulais demander à Clément Bonne ce que le gouvernement comptait faire pour les transports du quotidien, mais dans les zones périurbaines et rurales, qui sont évidemment beaucoup plus difficiles à desservir par des transports en commun massifs, mais où il serait bon quand même d'inventer des solutions, peut-être à la demande, des solutions en tout cas pour le quotidien des citoyens, qui aujourd'hui sont trop souvent obligés dans ces zones de prendre leur voiture.
Merci pour votre question Fabien. Clément Bonne vous répond.
Oui, vous avez raison Fabien, il y a ce qu'on appelle les trains du quotidien, c'est peut-être un peu mystérieux, c'est pour beaucoup de personnes qui habitent dans des grandes agglomérations, en Ile-de-France, j'étais aussi à Marseille où l'État investit 1 milliard d'euros pour améliorer justement l'accès des quartiers nord par exemple, donc du désenclavement très concret, ça ce sont les trains du quotidien. Tramway, métro, et là il y a un très gros réinvestissement national, je prends l'exemple de Marseille, c'est 1 milliard d'euros sur 10 ans qui va être ajouté par l'État à tout ce qui est investi aujourd'hui.
Mais il y a effectivement des aires métropolitaines qui sont un peu plus grandes, quand on vient travailler à Paris, à Lyon, en faisant parfois une heure de trajet, ça peut être des trains express régionaux, les régions aussi beaucoup réinvesties, puis il y a ce qu'on appelle, pardon pour le jargon, mais des RER métropolitains, c'est inspiré de ce qui s'est fait en Ile-de-France à partir des années 60, qui se développent avec des contrats aussi de co-financement entre l'État, les grandes métropoles, les régions, c'est le cas à Strasbourg, c'est le cas justement à Marseille, c'est le cas à Lyon, on va investir dans cette priorité.
Moi je le dis, l'investissement dans le ferroviaire il sera très important l'année qui vienne, l'investissement dans les transports publics en particulier, c'est un partenariat à chaque fois, on va signer de nouveaux contrats sur 5 ans entre l'État et chaque région d'ici le début de l'année prochaine pour mettre les financements et les priorités en face, mais je veux vraiment que si on dégage des moyens budgétaires, on en dégagera, on les mette en priorité justement sur ces transports du travail, du quotidien le plus souvent, et sur le réseau.
Alors Clément Beaune, les voyages en train cet été, ils sont aussi perturbés par plusieurs journées de grève, le mois dernier puis à nouveau le 13 août prochain, c'est vrai que comme tous les salariés, les cheminots ont subi l'inflation prévue à 5% cette année, il faut augmenter leur salaire ?
Alors moi j'ai fait de cet aspect social une priorité quand je suis arrivé dans le ministère, la semaine où je suis arrivé.
Vous avez eu beaucoup de priorités.
Oui mais d'urgence pour les vacances, non moi je suis très clair sur ce en quoi on investit, je l'ai dit, train du quotidien et réseau, et puis pour le court terme, il fallait éviter je crois d'ajouter des problèmes aux problèmes. J'ai reconnu qu'il y avait des difficultés, il y a la canicule notamment, on ne pouvait pas je crois ajouter des mouvements sociaux dans un été de reprise des vacances, des trajets, du tourisme. Et donc on a évité, on a mis fin à une grève qui avait commencé par exemple dans les aéroports parisiens, dans plusieurs aéroports régionaux, et puis en effet à la SNCF.
Et là aussi je veux rendre hommage à la responsabilité collective des dirigeants de l'entreprise et des organisations syndicales. Il y a eu une discussion le 6 juillet, une revalorisation importante déjà de plus de 3%.
Inférieur à l'inflation donc, à l'inflation prévue cette année.
Oui, il y avait déjà eu des négociations en début d'année, donc au total on est à peu près dans l'ordre de grandeur de l'inflation. C'est un dialogue social qui va continuer, moi je pense que le mieux c'est qu'il se tienne dans l'entreprise, chez les grands acteurs du transport, il continuera sans doute à la rentrée.
Donc moi je salue cet esprit de responsabilité, ce dialogue social, je l'ai encouragé, je l'ai accompagné, mais je crois pour le coup que c'est bien quand une entreprise arrive à organiser ce dialogue social et à répondre aux pouvoirs d'achat, parce que dans le secteur des transports, c'est vrai pour la SNCF, c'est vrai pour l'aéroport de Paris, pour d'autres entreprises, comme partout les salariés connaissent les problèmes d'inflation, on incite dans le secteur public comme dans le secteur privé, l'État prend ses responsabilités comme employeurs à faire des gestes pour le pouvoir d'achat quand les entreprises le peuvent, je crois que quand il y a une reprise de l'activité, c'est bien ce qui s'est fait cet été du côté de la SNCF pour améliorer le pouvoir d'achat des cheminots en particulier.
Et l'État contribue à cette amélioration du pouvoir d'achat des cheminots ?
Alors les mesures qui sont décidées au sein de la SNCF, elles sont financées par la SNCF, au total l'État évidemment, comme actionnaire à 100% de la SNCF, soutient l'entreprise.
Et à ce propos, question d'Olivier à Saint-Ouen, bonjour Olivier. Oui bonjour. Là on parle de la RATP.
Oui exactement, oui bonjour Clément Beaune et puis Marion, c'est ça ?
Oui Marion Lourd. Oui Marion Lourd, oui pardon.
Bon et puis merci d'avoir retenu ma question, oui. Rapidement, je vais poser la question à Clément Beaune à propos de la RATP. Je suis un utilisateur plus que régulier des transports en commun et je vois régulièrement dans les bus un bandeau lumineux qui circule en disant la RATP recherche des conducteurs de bus, contactez la RATP.fr. Donc je voudrais savoir, est-ce qu'en ce moment, est-ce qu'à terme, la RATP va pas avoir un manque de chauffeur, donc une incapacité d'offrir des services ? Et juste pour étayer le propos, il y a aussi des lignes de bus qui ont disparu et notamment la ligne 81 entre le Châtelet et la Porte de Saint-Ouen.
Bon, ça a été compensé par la prolongation de la ligne 21.
Là on est un peu précis pour les auditeurs qui n'habitent pas en région parisienne.
Non mais c'est juste pour expliquer ce qui se passe et c'est un exemple et il y en a un autre. Mais bon, je ne vais pas vous ennuyer avec tout ça. Mais voilà, donc ce serait peut-être important de se pencher sur la situation future de la RATP en termes de conducteurs de bus, peut-être même métro et autres.
Merci Olivier. Question donc sur l'attractivité des métiers, mais cette fois à la RATP.
Oui, l'exemple de la RATP parle sans l'auto parisien, mais plus largement en France. En effet, dans le secteur des transports, comme dans beaucoup de secteurs, il y a des métiers en tension. C'est aussi parfois ce qui a contribué, pas ici à la RATP, mais je pense notamment aux aéroports, à ce qui est des files d'attente plus longues, parce qu'il y avait parfois un manque de personnel. La reprise, encore une fois, était très forte. Et donc oui, il y a des métiers en tension dans le transport public, dans le transport scolaire. Il n'y a pas d'inquiétude spécifique sur la RATP.
C'est près de 20 000 conducteurs de bus qui sont employés par la RATP, qui assurent un service extrêmement dense, même par rapport aux grandes capitales européennes. Mais oui, moi je vais vous dire très concrètement, par une priorité ou d'urgence, il y a la rentrée scolaire qui arrive. Et le métier de conducteur de bus, c'est aussi celui du ramassage scolaire, du transport scolaire, dans beaucoup de zones justement dont on parlait, rurales, parfois plus lointaines des établissements scolaires.
Et là, on se mobilise avec tous les ministères concernés, avec l'éducation nationale, je verrai le ministre sur ce sujet tout à l'heure justement, pour qu'on ait résorbé le plus possible quelques pénuries de recrutement. C'est lié à la reprise économique qui, dans le secteur des transports, comme dans beaucoup de secteurs, aboutit à ces tensions. Ça veut dire aussi qu'il faut parfois réorganiser une façon de travailler. Je pense aux transports scolaires, c'est parfois des plages horaires très courtes le matin, très courtes l'après-midi. Peut-être qu'il faut essayer de fournir une protection un peu plus grande de la part des employeurs aux salariés.
On se mobilise pour que tous ces sujets de recrutement soient le plus facilement et le plus rapidement résolus.
Il n'y a pas de grande démission chez les chauffeurs de bus ? Parce qu'on voit par exemple, on parlait des vacances, mais il y a ceux aussi qui restent, qui travaillent, on voit qu'il y a des perturbations, et notamment en Ile-de-France, parce qu'il n'y a pas assez de bus de remplacement dans les secteurs où il y a des travaux.
Non, il n'y a pas de grande démission, dans le sens où il y aurait une sorte de mouvement généralisé. Les recrutements prennent un peu de temps, on essaye parfois de les simplifier. Procédure administrative, d'homologation de permis, etc. sans rentrer dans trop de détails. Mais il y a, comme partout, une reprise économique, surtout dans les transports, qui s'est faite plus rapidement que prévu. On l'a vu, encore une fois, dans les gares et les aéroports. Et puis, il y a une situation générale, qui fait que parfois, alors qu'il y a encore un certain nombre de personnes qui sont au chômage ou en difficulté, on ne trouve pas les bonnes qualifications au bon endroit pour les bons métiers.
Et donc, ça fait aussi partie des quelques secteurs sur lesquels, avec Pôle emploi, avec les régions, les collectivités locales, qu'organisent les transports, on se mobilise pour simplifier les procédures, communiquer sur les métiers, essayer de les rendre plus attractifs. Moi, à la rentrée, j'animerai justement un travail avec les professionnels pour rendre le métier de chauffeur routier, de transporteur, de voyageur, bus scolaires notamment, plus attractif dans les horaires, dans la rémunération. C'est comme ça qu'on va y arriver.
Clément Beaune, les JO de Paris arrivent en 2024, avec 13 millions de spectateurs attendus. Est-ce que tous ces problèmes de manque de main-d'oeuvre, de grèves éventuelles nées au pouvoir d'achat, tout ça, ça sera résolu à ce moment-là ?
Je ne dis pas que tout sera résolu, mais on est à deux ans des JO Olympiques. Il y a effectivement une très forte mobilisation de l'État, de la région Île-de-France, des grands opérateurs de transport dans la région parisienne. Chaque jour, pour donner un ordre de grandeur, c'est à peu près 800 000 personnes, chaque jour, qui vont devoir être transportées, les athlètes, leurs délégations, les spectateurs. C'est la plus grande opération de transport que l'Île-de-France, en particulier, a jamais connue. Donc, c'est massif. Il y a eu des constructions, des infrastructures supplémentaires.
Pour ceux qui la connaissent, une ligne 14, qui est un axe qui permettra de desservir notamment le sud et le nord de Paris de manière plus fréquente. Il y a des investissements routiers aussi. Il y a un développement de nouvelles mobilités, comme on dit, le vélo en particulier, qui sera avec des voies cyclables dédiées, massifs aussi pour les JO Olympiques. C'est l'occasion aussi de repenser un peu nos modes de transport, des voies réservées sur la route, des voies cyclables, des transports publics de meilleure qualité. Il y a un réinvestissement, en effet, important sur les grands axes de transport. Donc, oui, je suis confiant.
Je suis allé voir d'ailleurs aussi, pour cette raison, dans des villes qui accueilleront certaines épreuves, comme Marseille, les travaux qui sont engagés pour cette échéance.
Question de Paul, au Standard de France Inter. Bonjour, Paul. Oui, bonjour. Vous avez une question pour le ministre des Transports.
Tout à fait. Bonjour à toutes et bonjour, monsieur le ministre. Ma question est très simple. Quand, au-delà des discours, quand passerez-vous vraiment, disons, aux actes, disons, à la réalité ? Parce que, je donne un exemple précis. Je l'ai cité tout à l'heure, c'est la région de la Bourboule, où les arbres poussent au milieu des voies. La Bourboule, que je sache, n'est pas la seule, mais c'est une station, disons, banère, disons, fréquentée. Donc, les gens n'ont d'autre moyen que de prendre leur véhicule personnel, ou les véhicules, disons, les cartes, lorsqu'il y en a, comme par hasard, quelques fois. Donc, quand passerez-vous vraiment des discours aux actes ?
Parce que, je vois, par exemple, la ligne Marseille-Nice, la SNCF...
Paul, on va peut-être pas faire tous les exemples, Paul, mais enfin, ce qu'on comprend, c'est que vous voulez une vraie politique de transports en commun régionaux, en fait. C'est ça, la question que vous posez à Clément Bonne ?
Nationaux, parce que les Anglais, ce que je sache, sont revenus, disons, à la nationalisation, que je sache.
Pas tout à fait, mais merci pour votre question, Paul. Réponse de Clément Bonne.
Alors, on a d'abord, nous, jamais privatisé notre opérateur de transport, la SNCF, et notre réseau. Heureusement, je crois qu'on a bien fait, d'ailleurs, la Britannique soit en partie revenue en arrière. Mais pour, sans prendre tous les cas, mais pour dire le passage aux actes, il ne m'a pas attendu, je suis évidemment humble, ça fait trois semaines seulement que je suis dans cette fonction. Mais il y a eu un réinvestissement important de l'État et des régions ces dernières années. Et pour prendre quelques exemples différents, je prenais une ligne, comme Paris-Claire-Montferrand, il y a un investissement très important. C'est ce qu'on appelle une ligne d'équilibre du territoire.
Si vous prenez des exemples, comme la ligne Marseille-Nice que vous avez évoquée, il y a des travaux qui vont commencer. On est en train de réunir les financements dès 2024 pour faire des travaux à Marseille et à Nice et progressivement, en une décennie, améliorer la desserte. Et puis, il y a justement des grandes zones, je parle des transports du quotidien, dans lesquelles il y a un investissement, qui parfois à court terme d'ailleurs, par les travaux, etc., pose plus de difficultés qu'il n'apporte de solution, mais qui dans les années qui viennent, va permettre des vraies améliorations de transport du quotidien et réduire les galères.
Je pense à ce qu'on fait dans le Grand Paris, avec des lignes de métro qui vont se développer, quatre. Ce qu'on fait dans Marseille en grand, avec justement les développements de lignes de tramway, ce qui est en train d'être fait dans les Hauts-de-France, avec un investissement important dans la région de Lille, etc. Et puis, il y aura aussi, de manière ciblée, parce que, évidemment, ce sont des financements importants, un certain nombre de lignes à grande vitesse, je pense, entre Bordeaux et Toulouse, par exemple. Ça, c'est très concret. Les financements sont réunis. Dès la fin de l'année, ils seront engagés.
Et donc, on a encore, heureusement, dans un grand pays du ferroviaire comme la France, des investissements, je le dis d'abord dans le quotidien, d'abord dans le réseau, qu'on a parfois négligés, mais ça n'empêche pas des grands projets, j'allais dire, qui font parfois encore plus rêver, comme nos lignes à grande vitesse, qui sont aussi un savoir-faire, une filière industrielle, et une fierté française.
Clément Beaune, votre gouvernement s'affiche comme très engagé dans l'écologie. Il y a même un ministre de la transition énergétique. Mais on voit, par exemple, qu'un Paris-Biarritz peut coûter deux fois moins cher en avion qu'en voiture. Alors, c'est quoi la réponse ?
Il y a plusieurs réponses, pour être franc. Il y a eu parfois, dans l'aviation, un modèle low-cost. Qu'en train, pardon, je voulais dire, moins cher en avion qu'en train, évidemment. Oui, moins cher en avion qu'en train, ça arrive encore, c'est vrai. Il y a eu parfois un modèle de l'aviation qui a été low-cost. Ma génération l'a bien connue, on a trouvé ça formidable, d'ailleurs, pour voyager. Mais on s'apercevait que dans le low-cost, dans le bas prix, parfois, il n'y avait pas les coûts écologiques. Parfois, d'ailleurs, il y avait aussi du dumping social dans certaines compagnies.
On est en train de changer ce modèle, de taxer, notamment, le carburant dans l'aviation, progressivement, au bon niveau, au juste niveau. Si on est le premier pays en Europe, avec l'Autriche, à avoir mis dans la loi, la loi de Barbara Pompili, il y a quelques mois, que quand il y a une alternative en train, à moins de 2h30, à des trajets en avion, qui sont donc des trajets très courts, eh bien, on supprime la ligne aérienne.
Je crois que l'avion restera un mode de transport important, pour des longues distances, notamment, qu'il peut aussi, par l'innovation, par la recherche, ça va beaucoup plus vite qu'on ne pensait il y a encore quelques années, se verdir, émettre moins d'émissions, avoir des carburants, pour pouvoir, peut-être à terme, ce n'est pas pour aujourd'hui, mais avec l'hydrogène ou l'électricité se développer, c'est le cas aussi, la filière maritime, des ferries, etc.
Mais oui, bien sûr, je reprends les termes qu'a utilisé la première ministre, je crois que c'est très fort, pour la première fois, quand elle a présenté son programme de gouvernement à l'Assemblée nationale, elle a dit, le ferroviaire sera la colonne vertébrale de cette mobilité écologique.
Et donc, on a besoin, parfois, de faire baisser des prix, c'est vrai, mais surtout de développer les transports du quotidien, pour que, tous les jours, on ait un peu plus de recours au transport public, à des solutions qui sont parfois intermédiaires, moi je crois beaucoup au covoiturage, qui est aujourd'hui un peu anecdotique de notre pays, mais qu'on peut développer, je m'y attèlerai avec des mesures à la rentrée, parfois dans des zones urbaines, au vélo, donc il y a des modes de transport qui permettent de développer ces alternatives, et quant à l'avion, il faut en effet, sur un certain nombre, parfois, de dérives qu'on a connues ces dernières années, de compagnies low cost, souvent étrangères d'ailleurs, qu'on revienne au vrai prix écologique et social de ce mode de transport.
À ce propos, on a plusieurs questions au standard et par internet, sur comment faire pour diminuer les bouchons, notamment pendant les vacances, inventer des solutions, qu'est-ce que vous en pensez ?
Sur les routes ?
Sur les routes.
Écoutez, je vais être honnête, les bouchons, ils ne vont pas disparaître, je ne vais pas vous faire croire que je serai le ministre des Transports, qui fera que pour le chassé croisé entre Juilletiste et Aoussien, il n'y aura plus de bouchons. D'abord, il y a quelque chose qui est encore insuffisamment utilisé, qui s'appelle Bison Futé, qui est une application, un site internet gratuit, développé par le ministère. Et puis après, c'est des infrastructures routières qui se développent aussi. Il faut qu'on continue de manière plus écologique et en privilégiant la sécurité routière à investir dans nos routes, parce que c'est encore 80% des déplacements.
Donc développer des alternatives à la route, c'est très important, mais qu'on ait des routes plus écologiques, que ce soit un mode de transport plus ponctuel parfois pour les vacances, ça doit se développer. Mais il ne faut pas se mentir, il n'y a pas de recettes pour faire en sorte que quand il y a beaucoup de monde sur les routes, on ait effectivement des ralentissements. J'en profite, parce qu'il y aura encore des grands départs, pour le dire, essayer, pour ceux qui le peuvent, ce n'est pas le cas de tout le monde, de choisir les heures un peu moins chaudes ou un peu moins chargées sur la route.
Et puis surtout, on a la chance d'avoir sans doute en France les meilleures infrastructures d'air d'autoroute, de repos, de vigilance, que chacun applique ses conseils les plus élémentaires, mais de pause notamment toutes les deux heures. Ça paraît anecdotique, c'est ça qui sauve des centaines de vies chaque année quand on développe la vigilance sur la route.
Il y a la question du pouvoir d'achat quand même qui pèse, parce qu'une des mesures fortes par exemple du gouvernement sur le pouvoir d'achat, c'est une ristourne carburant, 30 centimes le litre, elle vient d'être reconduite pour septembre-octobre. Est-ce que ça ne se fait pas au détriment de l'environnement finalement ?
Mais il y a plusieurs échéances. Aujourd'hui, je le rappelais, 80% des déplacements du quotidien ou même des vacances se font par la route. C'est une réalité. Et pour beaucoup de gens, on l'a entendu dans les questions, parfois dans les reproches qui nous sont faits sur certaines infrastructures, les Français n'ont pas le choix pour une petite distance ou parce qu'il n'y a pas d'alternative. Et donc à court terme, on ne peut pas piéger en quelque sorte les Français avec une crise du pouvoir d'achat dans cette situation. C'est pour ça qu'on fait une ristourne. On l'assume.
On l'assume aussi, on l'a toujours dit, parce qu'on a un pic d'inflation très fort cette année, qu'elle ne sera pas éternelle. Et que s'il faut avoir des aides qui se prolongent au-delà de fin 2022, il faudra sans doute les cibler sur les ménages qui ont le plus de difficultés, sur celles et ceux qui roulent le plus. Et ça, c'est l'urgence. Et à côté de ça, justement, par l'investissement dans le ferroviaire, par le développement des transports publics, il faut qu'on encourage tous ceux qui le peuvent et que ce soit plus facile à changer d'usage. Je prends un exemple très concret. On a voté le texte sur le pouvoir d'achat ces dernières heures.
Il y a une mesure qui permet d'augmenter la prise en charge dans ce qu'on appelle le forfait mobilité, par son employeur notamment, de 600 à 800 euros, pour que l'employeur puisse financer davantage le recours aux transports publics, les cartes de transport, etc., qu'utilisent les Françaises et les Français, notamment ceux qui habitent dans les métropoles.
À propos de ce texte, un peu de politique. Clément Beaune, vous faites partie des rares représentants de la majorité qui soutenaient une taxe sur les super profits des grands groupes. elle a été rejetée par le Sénat, vous le rejettez ?
Non, je n'ai pas dit ça. J'ai dit qu'il y avait une contribution qui était nécessaire. D'ailleurs, ça a été la ligne du gouvernement. Ce qu'a dit Bruno Le Maire, le ministre des Finances, c'est que plutôt que d'avoir une taxe pour une taxe, le sujet, c'était le pouvoir d'achat et la solidarité nationale. Et donc, il a, notamment parce que cette menace existait, donc je pense que c'était nécessaire, négocié au nom du gouvernement, avec des groupes comme Total, pour qu'il y ait une ristourne supplémentaire, qui est importante, 20 centimes à la rentrée, en plus des 30 centimes que le gouvernement finance, sur le prix du carburant.
Et ça ne permet pas, comme au Royaume-Uni, de financer, par exemple, l'énergie propre ?
Non, mais ça va nous permettre d'avoir une essence, d'abord moins chère. Et puis, l'énergie propre, le prix on l'a dit le 14 juillet, on va, là aussi, faire en sorte que la fiscalité qui est prélevée sur un certain nombre d'énergies fossiles, carburants, etc., puisse de mieux en mieux financer la transition écologique et les changements d'usage.
Je prends une mesure très concrète qu'on va essayer de mettre en place dans les prochains mois, qu'on va mettre en place dans les prochains mois, c'est ce qu'on appelle le leasing électrique à moins de 100 euros, parce que les personnes qui n'ont pas le choix, aujourd'hui, de prendre leur voiture pour aller au travail, pour aller chez le médecin, pour aller faire leurs courses, ou pour partir en vacances, et qui n'ont pas beaucoup de moyens, elles ne peuvent pas accéder à un véhicule électrique, même si on a mis en place des aides.
Et donc, on va renforcer ça pour changer les usages, et qu'on passe d'une voiture gasoil ou essence à une voiture électrique, pour moins de 100 euros par mois, ce sera une offre qui sera mise en place dans les prochains mois, c'est une des grandes promesses du candidat Emmanuel Macron à l'époque, et moi j'y tiens beaucoup, avec mes collègues chargés des finances ou d'énergie, qu'on la mette en place dans les prochains mois.
Cette contribution qui a été rejetée très rapidement, parce qu'on arrive à la fin de cet entretien, elle a été rejetée avec le soutien des Républicains, est-ce que finalement l'allié de la majorité aujourd'hui se trouve systématiquement à droite ?
Non, il y a eu sur ces sujets de pouvoir d'achat, en effet, un certain nombre de mesures qui ont été soutenues par les Républicains, remettons quand même les choses à leur place. C'est la majorité qui les a proposées, ce gouvernement qui les a construites, et il faut des compromis. Moi j'ai soutenu les compromis. Avec la droite ?
Mais avec tout le monde, et je pense que sur des sujets dont on parle, comme les infrastructures ferroviaires, comme le climat, où il y aura une grande loi dans les mois qui viennent, j'espère qu'il y a des personnes qui viennent notamment de l'écologie politique, du parti socialiste, qui pourront se retrouver dans des compromis politiques et dans le soutien à ces grandes priorités, qui je pense leur tiennent aussi à cœur, donc il faut travailler avec tous ceux qui sont constructifs, et je suis sûr qu'il y en a aussi à gauche.
Donc vous leur lancez un appel. Clément Beaune, ministre des Transports, merci d'être venu nous répondre sur France Inter. France Inter
Christine Pirès Beaune