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interviewPublic Sénat — Bonjour chez vous !· 11 février 2026 24 min

Marie Mercier : « Il ne faut pas interdire la prostitution mais viser ses exploitants »

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Marie, merci, bonjour. Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation, sénatrice Les Républicains, de Saône-et-Loire. Votre texte sur le proxénétisme en ligne était examiné hier au Sénat. Il a été voté. On va évidemment revenir sur les temps forts de cette séance avec vous dans quelques instants. Mais d'abord, on commence par la une de la presse régionale. On va la regarder ensemble. D'abord, la une du Dauphiné libéré, un Isérois suspecté d'agression et de viol sur 89 mineurs. Une affaire hors normes, c'est Jacques Leveugle, 79 ans, suspecté de viol, d'agression sexuelle sur 89 jeunes de 13 à 17 ans.

Entre 1967 et 2022, un appel à témoins est lancé pour rechercher d'autres victimes. La deuxième une, c'est celle de la dépêche présidentielle. Que veulent les patrons ? Budget, CDI jeunes, fiscalité. Patrick Martin, le patron du MEDEF, veut porter la voix des entreprises dans le débat politique. Et puis la dernière une, celle de Libération Champagne. Comment trouver un généraliste ? Le nombre de médecins ne cesse de chuter, la population vieillit, les pathologies chroniques augmentent et la situation devient de plus en plus compliquée. Les professionnels de santé tentent de trouver des solutions. De quelle une avez-vous envie de nous parler ?

1:15
Invité

Alors, je ne sais pas vraiment envie, mais suspecté d'agression et viol sur 89 mineurs. Pour travailler ce sujet depuis tant d'années, à chaque fois, je me dis, ça y est, j'ai vu le pire, on a touché le fond. Ben non, on creuse toujours. Et on se demande jusqu'où on pourra aller, enfin, quelle est cette zone dans le cerveau qui s'oppose autant à la fraternité ? C'était Malraux qui disait ça, mais non, les bras nous en tombent. Ce qui est intéressant de voir, et il faut que nos téléspectateurs, ils se rendent compte de ça, c'est que personne n'aurait pensé que ce monsieur-là pouvait faire ça. Sinon, évidemment, on les repèrerait tout de suite.

Mais moi, pour en avoir connu malheureusement de près, effectivement, on ne peut jamais, jamais imaginer. Oh ben pas lui, mais je le connaissais, mais ce n'est pas possible. Donc, il faut vraiment élever nos enfants à être vigilants.

2:10
Présentateur

On va revenir sur votre texte adopté hier au Sénat, mais d'abord un mot de l'actualité. On l'a vu dans le journal, c'est la nomination d'Amélie de Montchalin qui sera officielle aujourd'hui. Est-ce que pour vous, cette nomination de la ministre des Comptes publics à la tête de la Cour des Comptes, faite par Emmanuel Macron, est un problème ?

2:28
Invité

Alors, moi, je dirais peut-être très simplement que je me réjouis de voir une femme accéder à cette haute fonction. Pour la première fois. Je pense qu'elle est très compétente, c'est une des prérogatives du président de la République de procéder à ses nominations. Est-ce que c'est le bon timing pour elle ? Je me pose la question.

2:47
Présentateur

C'est une nomination qui n'est pas soumise au Parlement, contrairement aux autres. Est-ce qu'il faut changer ça ?

2:53
Invité

Effectivement, on a beaucoup de nominations. Quelques fois, on sait très bien que ça passera de toute façon, puisqu'il faut une majorité des 3 cinquièmes, comme on avait vu pour le président du Conseil de France, Richard Ferrand. On ne peut pas non plus toujours tout vouloir changer. Donc non. Moi, je trouve que c'est à peu près logique qu'il ait ce pouvoir-là.

3:15
Présentateur

On va parler de votre texte débattu hier au Sénat, adopté hier au Sénat, texte pour lutter contre le proxénétisme et les achats de services sexuels en ligne. D'abord, Alexandre, quel est l'objectif de ce texte ?

3:27
Marie Mercier

Ce texte vise les sites internet où l'on peut acheter des services sexuels personnalisés, notamment les plateformes Meme et OnlyFans, deux sites qui ont vu leur inscription augmenter de 75% depuis mars 2020. Le chiffre d'affaires du site OnlyFans, par exemple, en 2023 s'élevait à 6 milliards d'euros. Concrètement, sur ces sites, des clients achètent des services sexuels réalisés par des créatrices de contenu, qui ne s'appellent pas des prostituées mais des modèles. 5 millions de créatrices de contenu ont un compte sur OnlyFans, mais ce sont souvent en réalité de très jeunes femmes vulnérables.

Écoutez la sénatrice Sophie Briand-Guillemont qui donne le profil sociologique de ces créatrices de contenu.

4:08
Invité

C'est surtout la perspective d'avoir un revenu supplémentaire, que ce soit pour financer des études ou payer son loyer, qui motive ces femmes à vendre des photos ou des vidéos intimes. Le profil type en atteste d'ailleurs. Les créatrices sont en général entre 22 et 28 ans. Elles sont le plus souvent étudiantes ou bien en situation de précarité. La majorité déclare que les plateformes sont source d'un revenu d'appoint pour elles.

4:30
Marie Mercier

Ces créatrices de contenu répondent à des consignes d'hommes qui ne sont pas appelées des proxénètes mais des managers. Ils vont les obliger à répondre à des demandes du client et vont devenir de plus en plus insistants, de plus en plus oppressants, si bien que ces créatrices de contenu deviennent dépendantes.

4:47
Présentateur

Alors concrètement, que prévoit la proposition de loi de Marie Mercier ?

4:50
Marie Mercier

Première mesure dans cette proposition de loi initiale, pénaliser le client dans l'inspiration de la législation actuelle sur la prostitution. Ce texte interdit l'achat de services sexuels en ligne. Le client est passible d'une contravention de 1500 euros et la récidive deviendrait un délit passible d'une amende de 3750 euros. Deuxième mesure, créer une infraction de proxénétisme en ligne, c'est-à-dire que tirer profit de la diffusion de ces contenus sexuels est passible de 7 ans de prison et 100 000 euros d'amende dans cette proposition de loi de Marie Mercier.

Mais ce texte a fait débat hier au Sénat et notamment du point de vue de la commission des lois de la Haute Assemblée qui estime qu'on ne peut pas interdire l'échange de contenus sexuels sans contact physique entre adultes consentants ou alors cela reviendrait à interdire le strip-tease.

5:35
Invité

Le postulat selon lequel l'achat en ligne de contenus individualisés à caractère sexuel constituerait une atteinte à la dignité de la personne humaine et à l'ordre public de la même nature que la prostitution est tout à fait contestable. En effet, dès lors qu'ils sont échangés entre adultes consentants, ces contenus sont protégés par la liberté personnelle et par la liberté d'expression. Leur création relève du droit au respect de la vie privée et de l'autonomie personnelle qui en découle.

6:05
Marie Mercier

Des arguments sur la liberté d'expression et la liberté de création qui n'ont pas plu à la sénatrice socialiste Laurence Rossignol qui était ministre au moment de la loi de 2016 sur la pénalisation des clients de prostituées. Et hier, le ton est monté entre Laurence Rossignol et la rapporteure de la commission des lois, Lauriane Josande.

6:23
Invité

On porterait atteinte à la liberté d'expression artistique des créateurs de contenu. Vous voulez qu'on en parle des créateurs de contenu et de leur liberté d'expression artistique ? Vous pensez que c'est de l'art de demander à des gamines de se masturber devant une caméra, de s'enfiler dans le vagin des objets contendants ? Et alors après, vous nous faites le rapprochement avec le strip-tease. Mais je ne voudrais pas non plus rentrer dans des détails qui heurteraient nos collègues. Mais le strip-tease n'est pas un acte sexuel. Se déshabiller n'est pas un acte sexuel. Un acte sexuel consiste, vous voulez que j'explique ? Se caresser les seins, se masturber, montrer sa vulve.

Chacun, de manière très personnelle, a sa façon de définir l'acte sexuel. Que c'est de l'ordre de l'intime. Vous avez votre façon de définir l'acte sexuel. On ne veut rien savoir de votre sexualité. Mais en l'occurrence, c'est votre façon de définir l'acte sexuel. Jamais personne avant vous aujourd'hui n'a fait référence à ma sexualité pour défendre votre argumentation. Ce propos, madame la rapporteure, n'est pas acceptable.

7:32
Marie Mercier

Voilà, au final, après ces débats très tendus hier soir à la Haute Assemblée, le Sénat a adopté une version modifiée de la proposition de loi de Marie Mercier. Une version largement modifiée par la Commission des lois du Sénat. Une version qui se concentre sur la traite des êtres humains et crée une infraction d'exploitation sexuelle en ligne. C'est-à-dire que quand le prétendu manager fait preuve de violence, de contrainte à l'égard de la créatrice de contenu ou abuse de sa vulnérabilité, eh bien il est passible de 7 ans de prison.

Le gouvernement également fait voter hier un amendement qui pénalise le client de ces plateformes de contenu sexuel, si et seulement si, le client est, je cite, conscient que les images ont été obtenues par l'exploitation de personnes vulnérables. Et c'est cette version de la proposition de loi qui a été adoptée par les sénateurs. Marie Mercier, d'abord, une réaction sur les débats très électriques hier soir sur cette proposition de loi. Est-ce que vous y attendiez, à cette ambiance ?

8:25
Invité

Non, non, j'ai trouvé que c'était un peu dommage qu'il y ait une ambiance lourde comme ça. Effectivement, vous le dites, aussi tendue. On était vraiment dans un hémicycle et on était conscients qu'il allait voter pour la première fois une infraction tout à fait particulière puisqu'il s'agissait de pénaliser des actes en ligne. C'était là toute la difficulté du texte, en fait. La difficulté du texte n'était pas sur le fond, parce que je crois que la plupart des gens étaient d'accord qu'il fallait faire quelque chose, mais c'était sur la forme et sur la sécurité juridique. Mon premier texte, ça ne tournait pas bien en termes de droit. Et il fallait, pour garder...

9:03
Marie Mercier

Donc la version initiale ?

9:04
Invité

Oui, c'est en termes de droit que ça ne tournait pas. Parce que tout le monde comprenait ce que je voulais faire, c'est-à-dire viser les managers, viser les exploitants de ces gamines. C'était ça, au départ, le but de mon texte. Mais c'était difficile, puisque nous sommes dans un pays, effectivement, de liberté. Il y a la liberté d'expression, de communication. Effectivement, la liberté artistique. Alors, on n'allait pas faire un débat. Qu'est-ce que l'art ? Jusqu'où on peut aller ? Pas du tout. Moi, mon sujet, c'était protéger ces jeunes qui rêvent.

Elles pensent qu'elles vont être influenceuses, qu'elles vont montrer un petit peu de lingerie, et puis qu'elles vont gagner beaucoup, beaucoup d'argent facilement de chez elles. Sans avoir du tout, du tout conscience des conséquences pour leur psychisme, en fait. Les conséquences psychologiques qu'elles vont traîner toute leur vie après.

9:50
Marie Mercier

Des jeunes femmes qui sont souvent dans des situations de précarité. et c'est ces situations qui les poussent à faire ça.

9:54
Invité

Oui, oui, mais pas que. En fait, on s'est un peu obnubilés sur la précarité. Effectivement, il y a des femmes seules qui doivent élever des enfants et qui, finalement, pour leur fin de mois, vont avoir deux ou trois clients. Ce n'est pas du tout ces femmes-là que je visais. Moi, vraiment, ce sont les jeunes filles qui sont abusées parce qu'elles croient, elles croient vraiment. Elles sont très jeunes. Donc oui, je vais être riche, célèbre, en ne faisant rien. Je vais avoir beaucoup de followers. On va me suivre. Et aucune conscience de la conséquence.

10:28
Marie Mercier

Mais est-ce que vous comprenez les arguments de la rapporteure de la Commission des lois qui estime qu'on ne peut pas interdire l'échange de contenu sexuel entre adultes consentants ?

10:35
Invité

Absolument. C'est pour ça que c'était difficile en droit. On ne peut pas interdire. Et il ne faut pas interdire ni la prostitution, ni la pornographie pour avoir côtoyé... J'ai eu cette chance de côtoyer des prostituées. Je vous assure qu'elles jouent un rôle d'apaisement social. J'en ai soigné. J'en ai entendu des travailleuses du sexe. Donc j'ai essayé de me faire mon opinion la plus juste possible. Ce n'est pas du tout ça qui était visé. Ce qui est visé, ce sont ces exploitants sexuels. Ce sont souvent des hommes, oui, 22, 23 ans, avec quelquefois une formation de commerce. Ce sont des entrepreneurs. Qu'est-ce qu'ils veulent faire ? Du chiffre.

Pour avoir du chiffre, il faut proposer un produit. Un produit. Et le produit, c'est cette jeune fille, en fait, qui va le fabriquer dans sa chambre avec son téléphone et qui va être harcelée. Fais-moi plus, tu peux m'en donner plus, 30, 40, 50 appels, SMS dans la nuit. Et le manager, lui, il ne fait rien parce que souvent, c'est même le chatteur. Il emploie un chatteur. Il est basé loin, très, très loin. D'ailleurs, j'étais en contact avec un depuis que la loi a été inscrite, silence radio. Ils ne se sentent pas tranquilles, quand même.

11:44
Marie Mercier

Et justement, avec cette loi, parlons en rien. Parce qu'il y a les managers, mais il y a aussi les plateformes. On parle d'OnlyFans qui a quand même réalisé des milliards d'euros de chiffre d'affaires. Est-ce qu'avec ce texte, OnlyFans pourrait fermer ?

11:55
Invité

Alors, on ne va peut-être pas aller jusque-là parce qu'il ne faut pas s'attendre au grand soir de quelque chose. Sinon, on est déçu. Par contre, qu'ils aient vraiment maintenant l'intention de faire plus de contrôles. 377 millions d'utilisateurs, OnlyFans. Mime, donc la version française, c'est un peu moins. Mais ce ne sont pas des philanthropes. Ils sont là pour faire de l'argent. Ils sont là pour... Mais c'est une marchandise pour eux. Il n'y a aucune conscience des choses. Donc, notre travail à nous, au Parlement, c'est de faire ça, de voter ça, pour leur faire peur, comme on avait fait pour contrôler l'accès des films pornographiques gratuits aux petits-enfants.

Moi, je m'en souviens, ils m'avaient dit « Oh là là, tu t'attaques à un truc, tu n'y arriveras jamais. » Mais c'est parce que c'est difficile, que c'est intéressant et qu'il faut s'y mettre. Personne ne l'avait jamais fait ça. Il n'y a rien d'inaccessible, surtout en matière de net. Ils sont protégés, il y a des zones grises. Personne ne leur fait rien.

12:50
Présentateur

Alexandre, le rappelez, votre texte a été beaucoup modifié en séance par rapport à la version initiale. Est-ce que la version telle qu'elle est sortie du Sénat hier vous convient ?

12:59
Invité

Elle me convient en termes de droit, puisque la mienne n'aurait pas fonctionné. Donc, il faut être pragmatique. Si je m'étais arc-boutée en disant « Non, non, je vais absolument regarder mon texte. » Mais non, en termes de droit, il n'aurait pas subi son chemin. Le gouvernement, il aurait eu raison, ne m'aurait pas suivi. Donc, on n'aurait pas été en procédure accélérée. Il n'y aurait eu aucune chance qu'il arrive à l'Assemblée nationale. Là, on a toutes les chances de notre côté. Le gouvernement a rajouté cette pénalisation du client. C'est une bonne idée. C'est une bonne idée. Là aussi, on pourrait dire qu'on ne va pas y arriver. Mais si on commence à se dire ça, on ne fera jamais rien.

C'est notre travail de faire des choses.

13:31
Marie Mercier

Mais est-ce qu'il est applicable, ce texte, dans sa nouvelle version, largement modifiée ? C'est-à-dire qu'il faudra prouver qu'il y a eu contraintes, violences, abus de la vulnérabilité de la créatrice de contenu. Et puis, le client, pour être pénalisé, devra dire « Oui, oui, j'étais conscient qu'il y avait une exploitation des créatrices. »

13:46
Invité

Alors, comme on crée une infraction, ça va être maintenant le rôle des policiers. Ils vont faire des enquêtes, ils vont avoir des moyens pour ça. Et ces moyens, c'est quoi ? C'est de prendre des pseudos, c'est d'aller prendre la place des clients sur les plateformes, c'est de s'infiltrer, comme je l'ai vu faire pour la traque des pédocriminels. C'est comme ça qu'ils procèdent. Ils vont pouvoir mettre des gardes à vue prolongées. Ils vont avoir des moyens. Jusqu'à présent, ils ne pouvaient pas. En plus, moi, j'avais proposé quelque chose qui était trop faible. Là, c'est fort ce qu'on propose. 7 ans de prison, 150 000 euros d'amende.

Et j'ai tenu à ce que ce soit bien augmenté quand les mineurs sont dans la boucle. Parce que c'est très pervers, ces systèmes. Vous savez ce qu'ils font au modèle ? On leur demande de devenir vraiment de plus en plus jeunes. Donnez l'apparence d'être vraiment un enfant, quasiment, une gamine. Et puis, ça ne suffit pas, alors on va mettre des enfants à passer derrière. Ce qui fait que certains pédocriminels pourront aussi assouvir différents fantasmes et augmenter leurs collections. Parce que ce sont des collectionneurs. Un collectionneur, il en veut toujours plus. Il veut toujours celle qu'il n'a pas comme vidéo. Donc, plus il y a quelque chose qui va les moustiller, plus il va être friand.

Et plus il va retourner, plus il va demander. C'est le système infernal, le piège infernal pour la modèle.

14:59
Présentateur

On va passer à l'actualité dans nos régions. Et avant de parler de la viticulture, chez vous en Saône-et-Loire, on va aller dans votre département sur un autre sujet. Y a-t-il trop de restaurants McDo en France ? L'enseigne compte plus de 1500 points de vente dans le pays avec un objectif d'avoir un restaurant à moins de 20 minutes de chez soi. Il s'installe donc dans les zones rurales, dans les villages. Et on va aller justement en Saône-et-Loire. Bonjour Bernard Vaud, merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes maire de Tournus, vice-président du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, chargé de la culture et du patrimoine. L'implantation des McDo, ça divise la population.

Comment c'est perçu chez vous ?

15:39
Invité

Écoutez, chez moi à Tournus, ça fait 15 ans qu'il y a un McDonald's. Je me souviens très bien, il y a 15 ans, comme à chaque fois que ce type de restaurant ouvre, il y a des débats, il y a des pours, il y a des contres. Et puis une fois que c'est ouvert, à peu près tout le monde y va, il faut être honnête. Je me souviens même, moi qui suis originaire du Charolais-Brionnet, il y a une quarantaine d'années, l'ouverture des premiers McDonald's de France à Rouen. Et tout le monde disait, mais jamais ça fonctionnera ici, au cœur du Charolais. Et je crois qu'il n'a jamais désempli.

16:09
Présentateur

Oui, donc il rencontre un succès. Alors, je l'ai dit, l'objectif de McDo, c'est d'avoir un restaurant à moins de 20 minutes de chez soi. Ça rappelle un peu l'objectif des maisons de santé et du gouvernement. Est-ce qu'aujourd'hui, c'est plus facile du côté de chez vous de trouver un McDo qu'un médecin ?

16:27
Invité

Malheureusement, je suis obligé de vous répondre que oui. J'aimerais bien vous répondre que non. Ça me fait un petit peu mal au cœur de vous répondre comme ça. Mais c'est vrai que pourquoi McDo fonctionne, alors que tout le monde critique ce modèle de l'hégémonie des multinationales américaines qui produisent de la malbouffe. Mais en fait, c'est simple d'aller chez McDo. C'est quasiment tout le temps ouvert. Les horaires ne changent jamais. Les prix changent rarement. Les produits sont toujours les mêmes. Cette uniformité, tout le monde la décrit. Mais en fait, elle rassure. C'est pour ça qu'on y va. Un médecin, aujourd'hui, c'est difficile de trouver.

Mais vous avez vu, les maisons France Santé, la promesse du gouvernement, c'est un médecin à moins de 30 minutes des Français. McDo, c'est 20 minutes. Ils sont plus forts. Marie, merci. Oui, ça me fait sourire. Parce qu'en fait, heureusement, notre pays est quand même pas trop mal maillé en termes de médecine et que nous sommes à peu près déjà à 28 minutes quand il y a une urgence d'un hôpital, d'un centre de soins. Alors, les McDo, oui, ça fait rêver. Et les enfants, moi, j'ai mieux qu'ils rêvent avec un McDo que de rêver sur leur iPhone et aller sur des sites qui ne sont pas du tout faits pour eux.

Je crois, sans les défendre, qu'ils ont fait beaucoup de progrès chez McDo, effectivement, dans la qualité des produits qui sont très frais. J'espère que les gens qui y travaillent sont bien traités. Moi, c'est plus ce côté-là, puisque ce n'est pas forcément la législation française qui est vraiment en vigueur dans l'esprit. Dans l'esprit. C'est ma seule petite inquiétude. Et puis, c'est bien qu'aussi, dans nos campagnes, dans nos ruralités, eh bien, nos jeunes puissent avoir des enseignes comme ça, qui sont internationales. Monsieur le maire. Ça remplace, en fait, les bars, malheureusement. Autant les bars ferment depuis 30 ans et les McDo ouvrent.

Et quand on regarde aujourd'hui comment est utilisé un McDonald's, c'est avant tout un lieu de rencontre. Et tout est conçu pour ça, avec du Wi-Fi open et gratuit, avec des petits prix pour des gens qui vont passer assez peu de temps et rencontrer leurs amis. Donc, voilà, le succès, il est sur la simplicité et la facilité d'accès. Et je pense qu'il faudrait qu'on prenne modèle là-dessus pour des services publics, en réalité.

18:41
Présentateur

Est-ce que vous parlez des bars, des lieux de rencontre ? Est-ce que l'implantation d'autant de McDo et dans des zones rurales, c'est aussi un coup dur pour les commerces de proximité, pour les circuits courts ?

18:53
Invité

Non, je ne pense pas forcément. D'ailleurs, l'enseigne travaille sur les circuits courts, donc ils ont la réponse à ça. Pour moi, c'est plus un problème d'uniformisation de nos paysages, puisque aujourd'hui, dans chaque ville, grande, petite, à l'entrée de la ville, vous avez un restaurant de cette enseigne. Et dans le monde entier, c'est la même chose. Donc, moi, ce qui me pose problème, c'est plutôt l'uniformisation. Après, effectivement, ce qui est proposé, les produits, ils ont leur touche aussi de local. Ils savent très bien mettre en valeur un produit local. Ils ont 95 % de ce qu'ils proposent, qui est la même chose dans le monde entier. Et ils savent très bien faire du marketing.

Et avec quelques pourcentages de produits locaux, penser qu'ils travaillent les circuits locaux. Alors, ils essayent quand même de le faire. Il faut reconnaître à McDonald's des efforts en la matière.

19:42
Présentateur

Merci beaucoup. Merci Bertrand Vaud. Merci d'avoir été avec nous, maire de Tournus, vice-président du Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté. On va rester chez vous, dans votre département de Sauné-Loire. On va passer des McDo au vin. Bonjour Philippe Lapierre. Merci d'être là, rédacteur en chef du groupe Radio Scoop. Et Philippe, vous vouliez interpellier, Marie Mercier, sur la situation des viticulteurs, alors qu'Emmanuel Macron est venu afficher son soutien à la filière agricole. C'était lundi au Salon du Vin à Paris.

20:09
Invité

Effectivement. Bonjour Madame la sénatrice Emmanuel Macron, qui promet de défendre les exportations, alors que les ventes à l'étranger ont reculé de 7% l'an dernier, et même de 20% vers les Etats-Unis. C'est la principale menace qui plane sur le secteur en ce moment, cette guerre des droits de douane, et qui vient s'ajouter, bien sûr, au dérèglement climatique. Le président a aussi vanté le vin comme un art de vivre à la française. Mais on le voit, il y a une évolution des habitudes de consommation, avec moins d'alcool et plus de vin frais. Et puis, il y a un plan d'arrachage qui a été lancé aussi vendredi dans des régions en surproduction.

Alors, ces déclarations d'Emmanuel Macron étaient très attendues, bien sûr, en Saône-et-Loire, où les professionnels attendent un soutien concret. D'ailleurs, entre le Maconais, la Côte-Chalonaise, ou encore le Beaujolais, les producteurs se disent parfois un peu oubliés au profit des grandes régions viticoles. Alors d'abord, Madame la sénatrice, est-ce que vous êtes convaincue par ces déclarations d'Emmanuel Macron ? Et puis, quels sont les enjeux spécifiques dans votre département qui nécessiteraient, d'après vous, une intervention urgente ? Alors oui, je suis dans un département où on aime bien manger, on aime bien boire.

Le vin, il faut rappeler que c'est une culture que moi j'ai apprise. Originaire du Cotentin, on n'a pas de vigne dans le Cotentin. J'ai appris cette culture, j'ai appris comment on fabriquait, on travaillait la vigne et le vin, combien les viticulteurs étaient attachés à leur terre et j'ai suivi aussi cette diminution de la consommation. Mais parallèlement, maintenant, il n'y a plus de mauvais vin chez nous. Il y a toujours du bon vin. On parlait de piquettes, non, non, ils travaillent leur vin. Maintenant, ils font du bon vin. Alors, on ajoute avec modération, mais je crois que le vin a subi aussi cette espèce de mauvaise publicité.

Alors qu'on le sait bien, on ne boit pas pour oublier, on déguste pour se souvenir. Il faut aussi apprendre cette culture-là. Alors, effectivement, si la production diminue, il y a ce procédé de proposer des arrachages de vignes, je crois qu'il faut travailler avec les filières. La filière, elle est extrêmement dynamique chez nous. Ils ont des propositions. Ils peuvent vraiment entraîner dans des voies qui vont être intéressantes pour tout le monde, faire en sorte à la fois de faire de la prévention, parce qu'il ne faut pas trop boire, sauf que nos jeunes, ils boivent de la bière en termes d'alcool. C'est pareil, c'est exactement pareil. Leur apprendre ce que c'est le vin.

Évidemment, Donald Trump, il va mettre des droits de douane très, très, très élevés. Mais ça, c'est le travail, effectivement, du président de la République, de nous défendre un petit peu. Il faut qu'il existe un international pour défendre nos viticulteurs qui sont une identité chez nous.

22:44
Présentateur

Mais il ne vous défend pas suffisamment, Emmanuel Macron ? Je pense qu'il peut faire plus. Ou est-ce que la France ne pèse plus suffisamment pour que la voix d'Emmanuel Macron soit entendue ?

22:51
Invité

Moi, je crois que c'est ça. Je crois que la France ne pèse pas assez. Parce que des mots, des mots, des mots chez nous, mais ça ne va pas suffire. C'est vraiment une filière qui est en danger. Chez moi, des viticulteurs, ils ont vraiment des soucis. Ils ont du mal. Les caves ont été vraiment pleines après les Covid, plus de mariages et tout ça. Mais la vigne, il faut la vendanger. Donc ça arrive toujours. Il faut exporter. Il faut exporter. Ça fait vraiment partie de quelque chose qui pourrait rendre à notre pays aussi une forme d'ouverture et de reconnaissance. Alors, il faut s'en saisir davantage qu'avec des imprécations.

23:27
Présentateur

Philippe ?

23:30
Invité

Merci beaucoup pour cette réponse. Effectivement, on suivra les prochaines semaines qui seront certainement scrutées par les producteurs de vin dans notre région.

23:38
Présentateur

Et on suivra ça avec vous, évidemment. Merci Marie Mercier. Merci beaucoup d'avoir été notre invitée ce matin. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.