"Un jour de gloire" : pour la première fois, un hommage national est rendu à Alfred Dreyfus
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
C'est un nom qui a divisé la France pendant de longues années. Une affaire qui a montré la fragilité des institutions de la République et qui s'est achevée symboliquement il y a 120 ans, jour pour jour. Le 12 juillet 1906, la cour de cassation innocentée Alfred Dreyfus, cet officier juif alsacien qui avait été condamné pour haute trahison sur la base de preuves trafiquées. Alors pour marquer ce 120e anniversaire, une cérémonie aura lieu tout à l'heure présidée par Emmanuel Macron. Qui souhaite faire du 12 juillet désormais une journée pour commémorer, je cite, la victoire de la justice et de la vérité contre la haine et l'antisémitisme.
Deux invités avec nous ce matin dans le studio de France Inter. Bonjour Philippe Collin. Bonjour Céline, bonjour à tous. Vous êtes producteur de podcast et du podcast Face à l'Histoire. Vous aviez consacré une série à Dreyfus et vous lui avez consacré aussi un livre. Ça s'appelle Alfred Dreyfus, le combat de la République chez Albain Michel, coédition France Inter adaptée récemment au théâtre. Et bonjour à vous Périne Simon-Aoum. Bonjour. Bienvenue, vous êtes historienne spécialiste de l'histoire du judaïsme et directrice de recherche au CNRS. On va peut-être parler d'abord de temporalité. Tiens avec vous peut-être Périne Simon-Aoum. Est-ce qu'elle arrive trop tard cette cérémonie ?
Est-ce qu'elle a encore un sens ? On est plus de 120 ans après, presque 130 ans même après le début de cette affaire.
Elle n'arrive pas trop tard et je dirais qu'elle arrive même à point dans un pays comme le nôtre divisé. On le voit dans le débat public où la République est prise en étau entre deux forces, une force d'extrême droite et une force d'extrême gauche. Elle arrive à point parce qu'elle rappelle un double lien. D'abord le lien des Juifs avec la République. Je crois que c'est très important la présence charnelle de la figure de Dreyfus, l'individu Dreyfus.
Parce que l'affaire Dreyfus, il faut bien se souvenir que, contrairement à ce que dit Blum en 1935, le 12 juillet 1935, le jour de la mort, et là aussi c'est symbolique, du capitaine Dreyfus, Blum dit finalement que le capitaine Dreyfus a été un obstacle à son affaire. Or, ce que montrent les historiens, notamment Vincent Duclair, et je voudrais ici saluer tout le travail qu'il a accompli depuis maintenant une trentaine d'années, parce que d'une certaine façon, et je le dis avec émotion, cette journée est aussi la sienne, c'est aussi la nôtre.
Et c'est important pour des intellectuels d'avoir, c'est comme il le dit, la gloire de Dreyfus, mais c'est aussi d'une certaine façon la gloire des historiens. Je me souviens du colloque que nous avons organisé en 2006 à la Cour de Cassation, pour rappeler cet arrêt de l'affaire Dreyfus. C'est vraiment la victoire d'un homme. Et c'est la victoire d'un homme allié à la victoire des institutions. Or, dans le débat public polarisé qui est le nôtre, il est très important de savoir que les institutions sont là pour défendre les valeurs de la République. Alors c'est vrai que vous parlez du travail des historiens,
qui a remis effectivement l'affaire Dreyfus au cœur des préoccupations de l'époque. On peut aussi penser au podcast qui est le vôtre, Philippe Collin, au livre, à toute cette attention autour du destin d'Alfred Dreyfus. Est-ce que cette journée de commémoration, c'est la fin d'un travail engagé finalement depuis de longues années ?
Sans doute que c'est une très belle journée. Je crois que c'est une grande journée républicaine. Aujourd'hui, vous savez, Dreyfus avait une foi républicaine, vraiment ancrée en lui, qui lui permet de tenir sur l'île du diable et de défendre son cas jusqu'au bout. Et je crois que, vous savez, la République, c'est comme une religion. Si vous ne la pratiquez pas, elle disparaît. Et je crois qu'aujourd'hui, c'est une journée républicaine au sens presque sacré du terme et que c'est une commémoration qui est importante parce qu'elle dit à quel point l'affaire Dreyfus est fondatrice de notre société, plus qu'on ne le pense d'ailleurs aujourd'hui encore.
Et je crois que c'est une grande journée républicaine et ça me rend très joyeux que cette journée existe aujourd'hui.
Alors Emmanuel Macron va prendre la parole pour raconter un peu justement ce qui va se passer tout à l'heure sur l'île de la cité au cœur de Paris, à côté de la cour de cassation justement. Et c'est là que sera installée définitivement la statue en hommage à Dreyfus. Alors c'est une statue qui représente un homme au sabre brisé, ce qui rappelle ce qui s'est passé lors de la cérémonie de dégradation militaire. Périne Simon-Naoum, est-ce que vous y voyez là un bon symbole ? Est-ce que c'était cette image qu'il fallait garder ?
Oui, je crois que c'est cette image qu'il fallait garder. Donc la statue, vous savez, a une histoire compliquée. Elle avait été...
Une longue errance.
commandée à Louis Mittelberg en 1984. Et Louis Mittelberg dit Tim, le dessinateur, il faut savoir que ça n'est pas n'importe qui. C'est un juif polonais qui s'est engagé pendant la guerre, qui a été fait prisonnier et qui est l'un de ceux qui, avec Jean-Louis Crémieux-Briac, a rejoint de Gaulle à Londres. Et on sait qu'il y a en ce moment une forte actualité de Gaulle. Donc, cette statue, elle montre en fait tout ce qui fait la force de l'individu Dreyfus. À savoir, à la fois son innocence et son patriotisme.
Elle représente, c'est en fait, ce que le directeur du musée d'art et d'histoire du judaïsme, dans lequel, vous savez, dans la cour duquel, ce très bel hôtel de Saint-Aignan, il y a une réplique en résine de la statue. Et Paul Salmona, le directeur, a beaucoup travaillé sur l'ensemble des documents que possède le dessin et qui montrent, en fait, l'élaboration de la réflexion de Tim sur cette statue. Au départ, c'est une sorte de représentation christique de Dreyfus.
Et puis, on arrive à cette statue slogan sur le style du dessinateur Daumier, qui représente à la fois un homme qui représente une situation qui n'a jamais existé, puisque c'est le présenté sabre, donc, je dirais, la position militaire, mais avec un sabre brisé. L'idée, donc, du patriotisme de Dreyfus, dont on sait qu'il va se réengager au moment de 1914, et en même temps, l'innocence. Donc, Dreyfus n'est plus une victime, Dreyfus n'est plus un martyr, c'est un innocent qui se bat au nom des valeurs de la République.
Cette statue, justement, elle a passé de longues années à se demander où est-ce qu'elle allait s'installer.
Vous avez dit définitivement, Céline, à la cour de cassation, mais on n'en sait rien. J'imagine que, je me souviens, pardon, que dans une archive que j'ai écoutée il y a quelques semaines, où Tim racontait, un jour, elle finira dans la cour de l'école militaire. Je ne serai plus là pour le voir, dit Tim, mais un jour, ça finira là. Et c'est vrai qu'elle a beaucoup erré. D'abord, elle était au Tuileries, puis ensuite, Jacques Chirac, en 2006, la transfère au boulevard Raspail, tout près du Cherche-Midi, là où Dreyfus a été incarcérée. Et puis maintenant, elle est déplacée devant la cour de casses, et c'est une très bonne chose.
Et peut-être que dans 50 ans, 100 ans, elle finira là où elle doit atterrir dans la cour de l'école militaire, en effet.
Est-ce que c'est un pisalet, finalement, cette cérémonie, parce qu'il n'y a pas de panthéonisation ?
Je ne crois pas que ce soit un pisalet. En tout cas, j'imagine que ça n'est pas conçu comme cela. Il y a, me semble-t-il, chez les pouvoirs publics, la nécessité de trouver, à travers le symbole que représente Dreyfus, le ferment d'une unité nationale, et de rappeler, finalement, encore une fois, ce que je disais, le lien entre les Juifs et la République, et le rôle de défense de la République que jouent les institutions. Donc, il me semble qu'il faut le prendre comme un jour de gloire, et non pas du tout comme un pisalet.
Philippe Collin, je vous soumets cette question de François, justement, qui nous écoutait parler de la longue errance de cette statue. Pourquoi l'armée ne veut-elle pas de la statue de Dreyfus ?
Ah, très bonne question. Écoutez, je crois qu'aujourd'hui, l'armée a à peu près cheminé. J'imagine qu'il n'y a plus grand monde, j'imagine, dans l'armée française, qui pense que l'armée était coupable, par exemple. Mais ça doit rester une sorte de plaie, j'imagine. Vous savez, par exemple, à Polytechnique, il n'y a pas un seul amphithéâtre qui s'appelle Alpha Dreyfus. Ce serait intéressant d'imaginer qu'un amphithéâtre, dans cette école de l'excellence de la République, qui a été une école militaire, et dont Dreyfus est issu, puisse s'appeler l'amphithéâtre Dreyfus. Bon, ce n'est toujours pas le cas.
J'ai vu une discussion une fois avec un polytechnique, il m'a dit, oui, mais tu comprends, c'est une victime, Dreyfus. Donc, je dis, non, ce n'est pas une victime, c'est un héros. C'est un héros civique. Donc, après tout, pourquoi pas ? Alors, après, je pense que l'armée, aujourd'hui, a cheminé, mais ça doit rester une blessure, peut-être une tâche, un peu, sur l'histoire de l'armée française. Mais je suis persuadé qu'à la fin, cette statue de Tim finira dans la cour de l'école militaire à Paris, j'en suis persuadé. On ne sera peut-être pas là pour le voir, mais en tout cas... Exactement, exactement. Ce sera la fin de l'histoire, j'en suis sûre.
Emmanuel Macron, Périne Simonahoum, a voulu aussi faire de cette journée d'hommage une journée d'hommage au Dreyfusard. Alors, on pense toujours à Émile Zola, au Jacques Hus, mais il n'a pas été le seul, bien sûr, et pas le premier à soutenir Alfred Dreyfus, à tous ceux qui se sont battus contre cette machination. Est-ce que c'est important aussi ?
Oui, c'est important, parce que ça veut faire passer un message au pays, à savoir que la France n'est jamais aussi forte que quand elle se lève pour défendre des valeurs de vérité et de justice. Donc, je dirais qu'il y a peut-être un message subliminal pour la classe politique, mais j'espère qu'elle la verra, pour ce qu'on appelle les intellectuels, puisque vous savez que cette notion d'intellectuel, elle prend naissance au moment de la protestation du j'accuse de Zola publié dans leur oeuvre, mais aussi pour le pays tout entier, en montrant finalement que les valeurs de la République restent le fondement le plus solide sur lequel elles puissent compter.
Et c'est pour ça aussi que vous avez voulu faire ce livre, adapté au théâtre, Philippe Collin, c'est pour montrer que ce combat-là, il est toujours d'actualité. Il est d'actualité et on pourrait ajouter
que finalement, un pays n'est jamais aussi grand que lorsqu'il reconnaît sa faute et qu'il la répare. Et je crois que c'est aussi la grande leçon de l'affaire Dreyfus. La République le condamne deux fois quand même, il faut quand même le dire les choses. Un conseil de guerre, c'est deux fois la République qui dit Dreyfus coupable. Elle finit par dire, en fait, nous nous sommes trompés et nous réparons. Et je crois qu'une nation n'est jamais aussi grande et aussi exemplaire quand elle prend ce chemin-là. Et je crois que rendre hommage au Dreyfusard, c'est aussi rendre hommage à cette nation qui peut reconnaître ses fautes et les réparer.
Vous étiez Vincent Duclair tout à l'heure qui a signé une tribune pour expliquer pourquoi c'était important. Si de se souvenir que la Cour de cassation, à ce moment-là, a pris sa responsabilité, a dit oui, on va faire cet acte très fort d'innocenter Alfred Dreyfus. C'est se souvenir aussi du courage des institutions, comme le disait Philippe Collin.
Oui, absolument. Donc, vous savez que Vincent Duclair, dans sa tribune, fait un parallèle entre l'actualité de la Cour de cassation aujourd'hui, qui est saisie par Marine Le Pen. Et donc, c'est cette idée, finalement, qu'il y a un moment où les institutions se voient porteuses des valeurs de la République. et on ne sait pas ce que va juger la Cour de cassation, mais il montre très bien dans sa tribune comment, finalement, il y a une sorte d'inversion qui se passe.
Et c'est ça qui est dangereux en ce moment, c'est-à-dire de voir les ennemis de la République, ceux qui l'attaquent à l'extrême droite, se réfugier, je dirais d'un point de vue formel, dans les institutions, d'une certaine façon pour mieux les subvertir de l'intérieur. Parce qu'on ne sait pas. Et c'est l'un des problèmes qui a été posé, vous m'interrogiez tout à l'heure, sur la panthéonisation ou la journée mémorielle. La difficulté, c'est de savoir si les ennemis de la République arrivaient au pouvoir, que ce soit l'extrême gauche ou que ce soit l'extrême droite, qu'est-ce qui resterait de cette mémoire républicaine ? Qu'est-ce qui resterait de nos institutions ?
Je crois que le message du président de la République, c'est aussi pour alerter le pays sur ce danger.
Alors, je ne voudrais pas faire de vous, Philippe Collin, le porte-voix d'Alfred Dreyfus, même si vous avez beaucoup travaillé, évidemment, sur son histoire. Mais est-ce qu'on peut imaginer qu'il aurait souhaité, justement, que son affaire serve ainsi à reconsolider la République ?
Je pense que oui. Je pense que oui, mais je vais avancer un peu parce que c'est un peu étrange de répondre à sa place, bien sûr. Je pense qu'il a conscience des enjeux de son affaire, évidemment. Ses écrits le disent. Son témoignage le dit. On a une archive de 1912 où il parle de son affaire et il a bien conscience des enjeux de l'affaire. Il parle de solidarité sociale, de dignité humaine, de justice. Donc, il sait très bien de quoi il s'agit. Et je crois qu'il s'est beaucoup battu. Vous savez, en 1900, il est gracié. La grâce n'étant que la suspension de la peine, donc il restait coupable. C'est lui qui se bat beaucoup pour qu'il soit enfin réhabilité.
Donc, je pense qu'il a entièrement conscience de l'enjeu de son affaire. Et je pense qu'une journée comme celle-ci n'aurait pu lui faire que plaisir, évidemment. Et je pense que la famille est ravie de cette journée aujourd'hui.
Périne Simon-Aoum, sur ce point.
Oui, il me semble qu'il y a un point important aussi ici que je voudrais souligner. C'est la singularité de l'antisémitisme. Il ne s'agit pas de défendre un groupe sociologique. Il s'agit de montrer que, contrairement au racisme auquel on a tendance à identifier l'antisémitisme, et je comprends très bien le projet d'Aurore Berger dans la loi qu'elle va faire passer d'élargir, en fait, le spectre. Mais l'antisémitisme, il existe, il fait signe vers le lien tout à fait singulier qui unit les Juifs à la défense de la République. Ce n'est pas du tout pour minorer le racisme.
Mais il faut bien voir que dans les attaques antisémites, ce sont non seulement les Juifs qui sont attaqués, mais ce sont les institutions républicaines. Et de ça, on voit que Dreyfus a parfaitement conscience, et il en a conscience dès le départ, je vous renvoie au volume d'œuvres complètes publié par Philippe Auriol et Vincent Ducler, où on a l'ensemble des écrits de Dreyfus. Il perçoit tout de suite ce danger, c'est-à-dire qu'il ne se défend pas en tant qu'individu seul. Ce qu'il défend à travers lui, c'est l'image de la République.
D'ailleurs, le 12 juillet, enfin le 20 exactement, il est décoré de la Légion d'honneur dans la petite cour de l'école militaire. À la fin de la cérémonie, tout le monde crie « Vive Dreyfus ! » Et il dit « Non ! Vive la République ! » Donc il a vraiment conscience de ce qui est en train de se passer.
Et est-ce que cette journée, ou des journées comme celle-ci, en tout cas, peuvent vraiment être un outil au service de la lutte contre l'antisémitisme ? Périne Simon-Aoum.
Alors, évidemment, c'est un outil, mais il ne faut pas se faire d'illusions. C'est un événement politique, c'est un événement parisien. On voit très bien que la parole politique est aujourd'hui déconsidérée et qu'elle a beaucoup de mal à passer dans le pays. Il me semble que ce qu'il faudrait faire, et c'est ce que notre groupe de travail avait préconisé l'année dernière, quand nous avions travaillé autour d'Aurore Berger, c'est en fait de changer les programmes scolaires. Ce qui est très important, en fait, c'est l'éducation, c'est la pédagogie. Et voilà, là on fait de la pédagogie, je dirais, au plus haut niveau. Il faut la faire au niveau quotidien, en changeant les programmes d'histoire.
Quand vous voyez les programmes d'histoire, les Juifs qui sont en France depuis l'Antiquité n'apparaissent qu'à deux moments, voire trois éventuellement, en cinquième pour les religions, le judaïsme, puis pour l'affaire Dreyfus, puis pour la Shoah, l'extermination, c'est-à-dire chaque fois de façon négative. Et ce qu'il faut arriver à montrer, je dirais, ce qu'il faut arriver à culturer dans les esprits des lycéens, des collégiens, parce qu'on voit que c'est là que s'ancre le préjugé antisémite, c'est que les Juifs ont participé depuis toujours à la construction de la France, évidemment, dans des épisodes dramatiques, mais au cours aussi de ces épisodes les plus glorieux.
Donc, l'éducation nationale ? L'éducation nationale, le changement des programmes d'histoire, les changements des programmes de géographie, même, je dirais que ça, ça me paraît très important et c'est sans doute ce qui sera le plus efficace. Alors, il y a le volet judiciaire sur lequel va intervenir la loi Berger, mais il y a le volet de l'éducation nationale et celui-ci me paraît absolument fondamental. Donc, l'école, le théâtre, est-ce que ça participe un peu
aussi de cette même démarche ? Moi, je crois aussi qu'on peut passer par un biais émotionnel. Je crois beaucoup à ça. Les podcasts peuvent générer de l'émotion, le spectacle aussi. En fait, je suis persuadé que par l'émotion, on peut recréer des conditions qui permettent de comprendre la situation historique du passé et pour éclairer le présent, évidemment. Je suis persuadé de ça, j'en suis absolument convaincu parce que l'éducation nationale, c'est fondamental, vous avez raison, mais il y a aussi le présent, il y a aussi des gens qui sont dans leur vie aujourd'hui à qui il faut réexpliquer les choses, mais avec un biais émotionnel et je pense que le théâtre offre ça.
Vous savez, le théâtre, c'est un moment de partage. On peut être différent dans la salle mais on peut se retrouver autour de valeurs partagées et je crois que l'affaire Dreyfus, c'est aussi ça. Quelles sont nos valeurs ? Qui voulons-nous être en tant que français ? Quelles valeurs voulons-nous défendre ? Et je crois que le théâtre peut permettre ça.
L'idée, c'est de se faire de ce 12 juillet vraiment une journée de commémoration qui aujourd'hui n'est que la première. Est-ce qu'on peut croire effectivement à ce que tous les ans on repense à cette affaire, on remette cette affaire au cœur des préoccupations ou est-ce que c'est trop en demander finalement au devoir de mémoire Périne Simon-Naoum ?
Non, je crois que le devoir de mémoire est important mais en même temps on voit ses limites et il ne s'agit pas de penser à Dreyfus seulement le 12 juillet, le 12 juillet 2027 dont on ne sait pas dans quelle situation politique nous serons et je crois qu'il faut saluer le génie pédagogique de Philippe Collin c'est-à-dire Merci Périne. Non mais je veux dire saisir des instruments de la modernité comme il a fait avec son podcast pour éclairer les gens, pour expliquer.
Ce qu'il faut c'est expliquer et il le fait sur 8 ou 10 épisodes je ne me rappelle plus ce qui est le contraire de ce qu'on fait maintenant c'est-à-dire non pas en 400 mots mais en 10 heures et quand on parle aux gens on s'aperçoit qu'ils ont été saisis par ça et que pensant juste écouter le début ils ont écouté les 10 heures donc si vous voulez faire ce que fait comprendre l'affaire Dreyfus au-delà de l'antisémitisme c'est que la défense du vivre ensemble c'est quelque chose de complexe et c'est quelque chose qui nécessite un état de connaissance la possibilité de débattre même et de le faire sur le temps long qui est le temps de la République la République n'est pas un régime de l'urgence la République c'est un régime de conflit ce n'est pas un régime de consensus c'est quelque chose qui demande le temps long le temps long de la discussion et de l'échange
moi j'ai écouté les 10 heures je les conseille à tous les auditeurs de France d'Inter qui ne l'ont pas encore fait j'ajoute c'est Hélène sur l'application Radio France qui nous recommande cette visite d'une exposition permanente au musée de Bretagne les Champs Libres l'affaire Dreyfus oui excellente exposition la recommandation est validée par Philippe Collin merci à tous les deux merci beaucoup Philippe Collin d'être venu nous en parler de cette journée de commémoration consacrée à la réhabilitation d'Alfred Dreyfus la revue de presse à suivre
Emmanuel Macron