Emmanuel Macron fera-t-il durer le suspens ?, avec Brice Teinturier - C à Vous - 04/02/2022
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C'est le casting qui fait que le désintérêt est peut-être particulier pour cette présidentielle ?
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Si on prend le miroir totalement inverse, 2007, où il y avait eu un record de participation...
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Mais là, il y en a un qui casse les codes, Éric Zemmour, non ?
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Vous n'avez pas reçu de casserole Tefal encore ?
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On a de plus en plus de mal à capter l'attention des Français...
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Donc les candidats devraient parler de sexualité ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Nicolas Sarkozy, à l'époque, Ségolène Royal et François Bayrou, on l'a un peu oublié, mais qui avait fait 18,6% et qui était sur un autre positionnement. »
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« on a aujourd'hui 70% de Français qui nous disent puisque la campagne est intéressante, ils étaient 80% il y a 5 ans à la même date. »
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C'est le casting qui fait que le désintérêt est peut-être particulier pour cette présidentielle ?
C'est un des éléments. Il y a d'autres facteurs, je crois, mais c'est un des éléments incontestablement. Si on prend le miroir totalement inverse, 2007, où il y avait eu un record de participation, on avait au niveau du casting trois personnalités qui intéressaient les Français parce qu'elles cassaient les codes. Nicolas Sarkozy, à l'époque, Ségolène Royal et François Bayrou, on l'a un peu oublié, mais qui avait fait 18,6% et qui était sur un autre positionnement. Vous prenez 2017, deux personnalités cassées les codes, Jean-Luc Mélenchon et puis Emmanuel Macron.
Mais là, il y en a un qui casse les codes, Éric Zemmour, non ?
C'est le seul. Je pense qu'effectivement, c'est le seul et qu'il n'y a pas, au niveau des personnalités, suffisamment de gens qui accrochent, qui intéressent. Mais il n'y a pas que ça, dans les faits que j'ai appelés Tefal et j'ai été débordé par l'image.
Vous n'avez pas reçu de casserole Tefal encore ?
Non, je pense qu'il y a aussi des facteurs extérieurs à la campagne structurelle. D'abord, pour citer Gérald Bronner sur Apocalypse Cognitive, on a de plus en plus de mal à capter l'attention des Français parce qu'il y a des tas de choses qui captent leur attention. La peur, le recours à la peur, la sexualité, ça intéresse beaucoup plus que les propositions politiques des candidats. Et ça, c'est structurel. C'est-à-dire, arriver à capter...
C'est-à-dire la sexualité, ça, que ça les intéresse plus, les questions de...
Il y a un certain nombre d'objets, de sujets, qui permettent d'attirer l'attention. Dès que vous êtes sur le registre de la peur, de la catastrophe, les gens dressent l'oreille. Dès que vous êtes sur un registre, c'est documenté, c'est prouvé, de la pornographie ou de la sexualité, qu'on le déplore, qu'on s'en réjouisse, peu importe, ça attire l'attention.
Donc les candidats devraient parler de sexualité ?
Les candidats, en tous les cas, ont beaucoup de mérite et beaucoup de mal à capter l'attention en parlant de fiscalité, de sujets plus austères. Mais c'est une difficulté centrale et inquiétante pour la démocratie. Donc ça joue aussi. Il y a le Covid, bien évidemment.
Qui a anesthésié en quelque sorte.
Le Covid a congelé beaucoup de choses. Les Français sont focalisés sur du quotidien. Il y a la fatigue. Les Français, je l'ai souvent dit, ne sont pas en colère, ils sont fatigués. Quand vous êtes fatigué, vous mettez le paquet sur la reconstitution individuelle, physique, mentale de votre famille et de vous-même. Et de votre quotidien. Et pas sur la scène collective. Donc tout ça, c'est extérieur et ça peut bouger. En revanche, ça peut accrocher un peu davantage. Les propositions, effectivement, les Français nous disent que c'est un peu un ronron qu'ils ont entendu depuis 20 ans. Mathieu Roy a raison.
Et ça aboutit, même si vous avez raison de souligner qu'on le dit pratiquement à chaque élection présidentielle, que ça n'accroche pas. Mais dans ce qu'on peut mesurer et comparer, on a aujourd'hui 70% de Français qui nous disent puisque la campagne est intéressante, ils étaient 80% il y a 5 ans à la même date. Et c'est même pas la même date parce que comme...
L'élection présidentielle arrive tôt là. On devrait comparer...
Un jour d'avance. Donc il y a quand même bien quelque chose cette fois-ci qui fait que ça n'accroche pas, peu ou moins en tous les cas que les fois précédentes.
Ça pourrait changer avec l'entrée en campagne officielle d'Emmanuel Macron ?
C'est une des conditions, je crois, oui. Il faut qu'un acteur déterminant quand même de la scène soit là, dise ce qu'il veut faire pour que les autres puissent se positionner. Donc ça, ça peut bouger. On va sortir malgré tout un peu du Covid. Je crois que ça va permettre aussi que ça monte. Et puis des responsables, des candidats peuvent se révéler quand la campagne va commencer à continuer. Dans le dur, quoi. Dans le dur.
Mais elle sera forcément très courte, cette campagne.
Elle sera en revanche, exactement. Elle sera en revanche beaucoup plus ramassée dans le temps.
À l'avantage d'Emmanuel Macron ?
Pas forcément. Parce qu'il peut avoir aussi... L'élection d'Emmanuel Macron n'est absolument pas jouée. Il peut très bien, au moment où tout cela va se décanter, y avoir un effet beaucoup plus brutal, où il redevient un candidat parmi d'autres, où tout le monde le critique. C'est le principe du sortant. Tous contre lui. Donc les choses sont loin d'être jouées. Et on a une qualification de premier tour qui reste très compliquée entre Le Pen, Pécresse et même Zemmour.
Vous êtes d'accord, vous, quand les Français jugent que peu des candidats sont présidentiables. Vous les trouvez, vous aussi, peu présidentiables ?
Ce n'est pas moi qui les trouve.
Non, mais vous, votre avis de politologue, par exemple.
Non, moi je trouve qu'il y a des candidats qui ont la compétence pour exercer cette fonction présidentielle. Là où parfois les Français nous disent que non, je crois que leur jugement est quand même très sévère. et que nous avons heureusement dans une présidentielle encore des candidats qui peuvent décemment, intelligemment exercer cette fonction. En revanche, ils ont du mal à le montrer. Ils ont du mal à s'imposer pour la plupart d'entre eux. Et puis encore une fois, à interpeller. Donc on est toujours confrontés où il faut un peu provoquer pour arriver à capter l'attention. Et en même temps, c'est le sérieux, j'en suis persuadé, qui restera le discriminant de cette présidentielle.
Accrocher les électeurs, notamment les jeunes électeurs qui s'intéressent bien peu à cette élection, ils l'ont confié à Mickaël Robert. Ça ne m'intéresse pas du tout ce qui se passe, je ne me sens pas du tout concernée. Je ne sais pas si vraiment on nous écoute. Notre avis ne vaut pas beaucoup. J'ai l'impression qu'il n'y a personne pour l'instant qui se présente et qui est là et qui est prêt à aider les jeunes. On ne comprend pas forcément toujours tout ce qu'ils essaient de nous dire. Donc du coup, parfois on peut se faire un peu berner.
Je trouve qu'en fait, on élit notre bourreau, c'est-à-dire qu'on va élire la personne qui est la moins pire, celle qui va la moins être contraignante pour nous en fait. Ce n'est pas celle qui va nous sauver. Nous les jeunes, on s'informe de différentes manières, que ce soit par les réseaux sociaux ou des choses comme ça. C'est peut-être pour ça qu'il y a aussi une cassure parce qu'au final, dans le monde politique, c'est quand même des gens d'une autre génération. Quand on voit les candidats à la présidentielle, c'est des gens beaucoup plus âgés et du coup, les moyens de communication sont encore différents. Un commentaire sur ce qui vient d'être dit ?
C'est très juste. Je pense qu'il y a de multiples raisons qui expliquent un phénomène vraiment qui s'amplifie, qui est que la jeunesse ne va pas voter. Et de plus en plus, elle nous le montre et elle nous explique pourquoi. Mais là, dans ce dernier commentaire, l'idée aussi d'un décalage total, j'allais dire en termes de modernité, mais ce n'est même pas de la modernité, en termes de style des candidats à la présidentielle et de ce que ressentent les jeunes de ce pays, il est abyssal. Donc aucun ne leur donne le sentiment d'être un peu proche, de comprendre un peu plus. Enfin, aucun, il y a des différences entre Emmanuel Macron. Il y arrive assez bien pour les 18-24 ans.
Jean-Luc Mélenchon, en 2017, les avait bien accrochés.
Mais ça se joue à quoi ? À Emmanuel Macron qui reçoit des Youtubers à l'Elysée ? À Jean-Luc Mélenchon qui transforme ses meetings en happening avec des hologrammes ? Là, maintenant, c'est des meetings olfactifs. C'est ce genre de « gadget » entre guillemets ? C'est ludique ?
Ce n'est pas que du gadget. Je pense que si justement on considère que ce n'est que du gadget, on rate quelque chose. C'est aussi une capacité à entrer en relation avec une partie de la population à travers les codes, la façon dont elle s'exprime, ses sujets d'inquiétude, les réseaux sur lesquels elle s'exprime et sur lesquels elle s'informe. Il y avait quelque chose de très juste qu'on sait, que disait votre interviewée, qui est que la jeunesse, elle ne regarde pas les JT. Elle est sur d'autres canaux. Et si vous n'allez pas sur ces canaux leur parler, vous êtes totalement en dehors du film. Et bien des candidats ont du mal, en réalité, à aller parler aux jeunes.
Je ne dis pas qu'il faut faire du jeunisme, mais aller parler aux jeunes là où ils se trouvent.