Patrick Kanner - L'interview politique du 25/09/25
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
David Revodalone qui reçoit aujourd'hui donc Patrick Cannaire, président du groupe socialiste, écologiste et républicain au Sénat. Bonjour messieurs.
Bonjour Patrick Cannaire. Bonjour monsieur Revodalone. Alors vous avez participé à la première réunion des responsables du PS avec le nouveau Premier ministre Sébastien Lecornu, c'était mercredi dernier. Et si mes informations sont bonnes, vous êtes un peu perplexe après cette réunion. Expliquez-nous.
Perplexe déjà parce que depuis une semaine nous n'avons plus de son, plus d'images de la part de Matignon qui continue ses consultations, notamment avec les amis politiques du socle commun, ce qui est bien normal. Mais nous savons bien que c'est par le PS, ses partenaires naturels, les Verts et aussi le PS que nous pourrons trouver une solution politique au chaos qui est le nôtre aujourd'hui. Donc oui, ils consultent, ils consultent pour ne pas dire grand chose manifestement.
Quand on écoute les organisations syndicales qui ont été reçues hier pour la deuxième fois, j'ai lu un communiqué de presse qui est tombé hier soir, très tard, disant qu'il y avait des chantiers à ouvrir avec les organisations syndicales. Et puis surtout la conclusion de ce communiqué de presse qui est de dire, « Je présenterai mon projet global en temps et en heure ». Je cite bien, « Je présenterai mon projet global en temps et en heure ». Ma perplexité, M. Wadalone, c'est de savoir qu'il y a quand même une échéance qui est début octobre, peut-être le 6 octobre, me dit-on, à savoir la déclaration de politique générale, et qu'il faudra bien que là, le Premier ministre s'engage.
Attendez, Patrick Cannaire, c'est quand même un peu normal qu'il prenne son temps, le Premier ministre, vu la complexité de la situation et l'équation politique impossible à laquelle il est confronté, non ?
Prendre son temps ne me choque pas. Ce qui est assez étonnant, c'est qu'il ne peut pas bâtir tout seul les réponses et consulter sans jamais donner de pistes de travail. Excusez-moi, mais je n'ai jamais vu ça dans ma vie politique. Il écoute, il écoute, il prend note et il va peut-être décider tout seul avec le président de la République. J'ai entendu l'intervention très humoristique précédente de Mme Nakache. Effectivement, il parle, le président de la République, mais la question c'est, quelle action pour les Français ? Vous savez, nous, on a fait des propositions en matière de justice fiscale, en matière de relance, en matière de pouvoir d'achat, en matière aussi de justice sociale.
Tout ça a été largement approuvé. Nous avons fait un sondage il y a exactement une semaine. Nous avons fait un sondage avec l'IFOP, pour ne pas le citer. Et qui montre que les Français veulent du changement. Et d'ailleurs, le changement, c'est M. Lecornu lui-même qui l'a évoqué.
Et il a promis la rupture.
Et la rupture, sur la forme, mais aussi sur le fond. Il a promis de renverser la table dans la presse quotidienne régionale, il y a aussi maintenant une dizaine de jours. Donc nous, on est prêt à le prendre au mot. C'est quoi l'inflexion majeure, les inflexions majeures qu'il a envie de mettre en œuvre par rapport aux politiques qui ont échoué de la part de son patron ? Nous, on peut lui faire confiance dans ses propos. Mais il nous faut vraiment des réponses précises sur tous les thèmes que nous avons abordés. Les Français n'en peuvent plus.
Alors, justement, vous avez un paquet qui porte sur trois types de revendications. Vous en avez un peu parlé. La suspension de la réforme des retraites, une mesure de justice fiscale sur les hauts revenus, type taxe Zuckmann, et une mesure forte sur le pouvoir d'achat. Ça veut dire que ça, c'est à prendre ou à laisser ? Il doit acheter toutes vos revendications ? Sébastien Lecornu, c'est tout ou rien ?
Ce n'est jamais tout ou rien dans une négociation. Surtout quand on n'est pas nous-mêmes en responsabilité politique à Matignon, même si on était prêt à y aller, vous le savez, et surtout quand on n'a pas de majorité absolue, ni lui, dit nous d'ailleurs, à l'Assemblée nationale. Donc, c'est l'objet, après ce dialogue républicain, d'une négociation dans le dur, permettez-moi l'expression, qui permette de vraies évolutions.
Parce que nous, nous avons, au travers des trois sujets que vous avez évoqués, retraite, justice fiscale, justice sociale, au travers du pouvoir d'achat, nous avons une ligne, alors je ne sais pas si elle est rouge, violette ou je ne sais quoi, mais en tout cas, nous avons une ligne politique qui est simple. C'est qu'on ne veut pas faire payer aux plus modestes de ce pays, et ils sont nombreux, de plus en plus nombreux malheureusement, y compris en dessous du seuil de pauvreté, on ne peut pas leur faire payer les erreurs, les errements, l'incurie de huit ans de politique libérale qui aboutissent aujourd'hui à cette colère profonde qui est en train de s'exprimer dans le pays.
Et quand je vois la réaction des plus grandes fortunes, allez, je vais le dire, Bernard Arnault, qui dit, mais ne touchez pas à ma cassette, excusez-moi, c'est quand même un petit peu indécent, quand on voit l'étalement des richesses qui existent. Alors, il n'y a pas de malentendu, moi j'ai gouverné avec François Hollande, j'ai été ministre pendant trois ans, je connais les contraintes d'un gouvernement, et je sais qu'il faut trouver des bases d'équilibre.
Mais demandez un peu à ceux qui ont tout, qui ont créé de la richesse, je ne le nie pas, ils ont créé de la richesse, mais créer de la richesse, ça veut dire qu'à un moment donné, on est prêt à en perdre un tout petit peu pour permettre l'apaisement de ce pays. On ne peut pas sacrifier la paix sociale et la stabilité politique de ce pays sur l'autel des intérêts de quelques familles les plus privilégiées, c'est ça la justice, oui, je demande, je réclame de la justice pour notre pays.
Alors, vous avez des revendications, c'est bien normal, mais le parti socialiste, c'est un parti responsable, c'est un parti de gouvernement dans l'histoire de la Ve République, est-ce qu'il serait bien raisonnable d'ajouter de la crise à la crise, d'ajouter de l'instabilité à cette situation déjà explosive, en censurant le gouvernement Le Cornu, alors que la guerre, on va en parler, est aux portes de l'Europe et que le monde entier s'interroge sur notre situation ?
Nous n'avons pas la censure compulsive, M. Vaudallone, ni encore moins la dissolution. Ce n'est pas nous qui avons dissous une assemblée qui fonctionnait en juin dernier, le 9 juin 2024, pas dernier, le 9 juin 2024. C'est M. Macron qui a commis l'acte vengeur d'un homme vexé. Et depuis, nous en sommes au troisième Premier ministre. On est en train de battre les records de la Quatrième République. L'instabilité, ce n'est pas nous qui l'avons installée, c'est bien M. Macron au travers de ses différents gouvernements. Donc, nous n'avons pas envie de voir cette instabilité exploser. Et vous avez raison, dans le contexte international qui est le nôtre, on y reviendra.
Donc, moi, je souhaite qu'on trouve une voie de passage. Mais pour trouver une voie de passage, il faut écouter sa principale opposition. Nous sommes la principale opposition, mais une opposition constructive, une opposition qui a des propositions, une opposition qui va être utile aux Français, encore une fois les plus modestes. Et nous ne sommes pas l'opposition infertile, protestataire de l'EFI, qui va déposer dès le 1er octobre, jour de rentrée parlementaire, une motion de censure. On ne va pas s'associer à une motion de censure avant même d'écouter le Premier ministre. Le seul problème, c'est que pour l'instant, on n'a pas d'élément qui nous permet de dire censure ou pas censure.
Et donc, il faut aller vite.
D'ailleurs, vous les citiez, les membres de l'intersyndicale qui a été reçue hier par Sébastien Lecornu à Matignon ont déploré que le Premier ministre n'apporte, je cite, aucune réponse claire aux attentes des travailleurs et ont annoncé une nouvelle journée de grève et de mobilisation le 2 octobre. Alors, très franchement, ça sent un peu le roussi, non, pour Lecornu ?
J'écoutais, il nous reste quelques jours, il nous reste quelques jours, et quand Mme Marie-Lise Léon, la CFDT, Premier syndicat de France, qui a passé des semaines, des mois avec le MEDEF pour aboutir à malheureusement pas grand-chose, même à rien pour l'instant dans le conclave des retraites qui avait été installé par M. Bayrou, si Mme Marie-Lise Léon, qui représente un syndicalisme réformiste, qui est capable de porter des solutions à moyen et long terme pour notre pays, dit cela, puisque vous l'avez cité en fait, ça montre qu'il y a quelque chose qui ne va pas.
Alors, on peut encore se ressaisir, moi je demande au Premier ministre de se ressaisir et de nous faire des propositions concrètes, elles seraient annoncées ce soir dans un grand journal, Le Parisien, pour ne pas le citer. Voilà, mais moi je suis un petit peu tombé de ma chaise quand j'ai lu effectivement ce communiqué de presse, disant que les propositions viendront en temps et en heure, donc j'ai l'impression qu'on est en train de procrastiner.
En tout cas, nous ne nous voulons pas être les variables d'ajustement, en tant que socialiste, des accords politiques avec LR, parce que c'est bien ça dont il s'agit, c'est comment préserver le socle commun, comment respecter les équilibres très fragiles de ce socle commun, mais la vraie question, ce n'est pas le devenir du socle commun, c'est le devenir de notre pays, de nos concitoyens.
Et pour cela, encore une fois, les socialistes proposent des solutions qui, à mon avis, peut-être vont faire mal à quelques-uns, mais faire mal à quelques-uns en touchant à leur portefeuille, si c'est pour permettre aux pays d'avancer, de se projeter et de préparer tranquillement l'échéance principale, qui est celle de 2027, après les municipales, donc l'échéance présidentielle, j'ai envie de dire, ça vaut le coup. Moi, au premier entretien que vous évoquiez tout à l'heure, j'avais le sentiment qu'il avait compris ce message, je l'ai connu. Mais depuis une semaine, plus rien, et donc l'attente devient longue pour nous.
Alors, un mot sur la situation internationale. Emmanuel Macron, a-t-il eu raison, selon vous, de reconnaître l'État de Palestine, lundi dernier, lors de l'Assemblée Générale des Nations Unies ?
Vous savez, il l'a reconnu avec des conditions. La question, c'est, est-ce que ces conditions, les reconnaissances mutuelles, la libération des otages, il a commencé par la libération des otages, qui est pour moi un élément essentiel, est-ce que ces conditions seront respectées par ceux qui bénéficient, entre guillemets, de l'annonce qui a été faite ? C'est à voir. J'ai trouvé son discours équilibré, même si je sais que, notamment sur Radio-G, ça peut choquer des auditeurs que d'entendre cela.
Il essaye de se refaire une cerise sur le plan international, mais il faut reconnaître qu'il n'est pas le seul et qu'il est suivi aujourd'hui par de nombreux pays européens qui considèrent qu'il faut trouver une voie politique à ce conflit qui dure depuis trop longtemps. À partir de là, cette reconnaissance correspond à ce que nous, socialistes, nous avons toujours demandé, à savoir une solution à deux États, avec une autorité palestinienne digne de ce nom qui gère démocratiquement un État, un État démilitarisé. Le Hamas, naturellement, n'a aucune responsabilité. C'est ça l'objectif qui est le nôtre.
Alors, un mot pour conclure, il nous reste une minute. Je crois que vous étiez en Pologne il y a quelques jours. Est-ce que vous avez entendu là-bas sur le niveau de tension et d'inquiétude avec la Russie ? C'est très préoccupant.
Oui, nous étions dans une rencontre format Weimar, comme l'on dit, avec des parlementaires de gauche, socialistes, polonais, allemands et français. Et nous avons rencontré le vice-premier ministre. Je suis vraiment obligé de vous dire que c'est une rencontre qui m'a beaucoup, beaucoup marqué. Le vice-premier ministre nous a dit, mais la guerre de haute intensité à caractère conventionnel, elle est à nos portes dans le temps et dans l'espace. Et la Pologne est bien sûr notre premier rempart de l'OTAN et pour l'Union européenne. Donc, c'est des propos très graves, très pesés néanmoins politiquement, demandant à l'Union européenne de se ressaisir. Il nous faut nous ressaisir.
Il nous faut que...
Merci, Patrick Cannaire. Merci. On doit rendre l'antenne, désolé. Mais on aura l'occasion de reparler de cette situation très préoccupante. Et on vous remercie. On vous dit à bientôt sur Radio-J.
Merci, David. On vous retrouve lundi sur l'antenne de Radio-J. Demain, comme chaque vendredi, ce sera Paul Amart à votre place. Merci.
Merci. Merci. Merci.
Patrick Kanner