Jonathan Cohen & Alain Chabat racontent Quentin Dupieux, Le Vertige, Astérix, les comédies françaises…
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Ah ! Un oiseau. Regarde, il a atterri là.
Oh putain ! Allez, vole ! C'est marrant ce qui se passe. Vous les reconnaissez, on ne les présente plus. Alain Chabat, Jonathan Cohen, actuellement deux des plus grands acteurs de comédie en France, réunis dans Le Vertige, premier film d'animation de Quentin Dupieux, et œuvre, disons, singulière.
J'ai la certitude absolue que le monde dans lequel nous vivons n'est pas réel.
Vous jouez dans Le Vertige, de Quentin Dupieux. Alain, vous êtes Jacques, Jonathan, vous êtes Bruno. Je trouve que c'est important, les prénoms des personnages dans les films, et je pense que Jacques et Bruno, pour vos rôles, c'est les prénoms idéaux. C'est tout à fait vrai que les prénoms des personnages
sont très importants. Ils correspondent bizarrement très bien à nos personnages,
ils sont très bien choisis. Et ça m'a fait marrer, en fait. Jacques et Bruno, ça me fait marrer, et je ne sais pas pourquoi ça me fait marrer. Il est possible que les gens en commentaire, ça ne fassent pas du tout marrer. Est-ce que vous, ça vous fait marrer, le fait de s'appeler Jacques et Bruno ? Oui, moi, ça me fait beaucoup.
Il y a un truc normal. Il y a un truc hyper normal et rassurant, et genre, il n'y a rien de bizarre. Parce que tout est bizarre à côté. C'est ça qui est génial. Donc, je ne sais pas, il y a quelque chose de cohérent avec ce que le film raconte. C'est deux personnages qui se posent des questions existentielles dans un univers où le spectateur dit « Non mais les gars, vous êtes dans une fucking simulation. »
Alors, c'est un peu particulier pour moi de faire cette interview, parce que j'ai discuté une heure avec Quentin Dupieux, qui m'a, lui, parlé de sa vision du film. Comment il vous a parlé du film, la première fois ?
Moi, il m'a dit « C'est des Sims, comme des personnages de Sims qui se rendent compte qu'ils vivent dans une simulation. » Évidemment, tout de suite, ça m'a excité. Et après, il nous a envoyé le scénar. Mais moi, j'adore le concept de personnages qui se rendent compte qu'ils vivent dans une simulation, un peu à la Truman Show. Pareil, il m'avait juste montré une image de à quoi on allait ressembler dans le truc. Et il me dit, voilà, c'est ces deux persos-là qui se demandent s'ils sont dans une simulation.
On pourrait imaginer le même film, mais que ça soit un drame avec un gars qui dise, en fait, je me suis rendu compte que le monde était une simulation. À quel niveau se joue la comédie ? Le postulat de comédie,
très souvent, tu me dis si je me trompe, parce que c'est quand même un des maestros de la comédia de l'art. Ils en parlent dans mon livre « Profession Patience ». Exactement, « Profession Patience ». Et dans « Profession Patience », ce qui est assez beau, c'est que quand même, la comédie vient d'une situation dramatique. Donc, en fait, la comédie, elle est là parce que les personnages vivent quelque chose de dramatique dans leur vie. Elle ne peut pas admettre de quelque chose qui serait anecdotique, simple. Elle vient du drame, en fait, la comédie.
Selon la culture, on ne rit pas des mêmes choses. Est-ce que vous avez une explication pourquoi, selon où on est né, selon la culture qu'on a, on ne rit pas aux mêmes choses ?
Les Américains, ils ont bien exporté leur comédie. Ils ont craqué un code là-dessus. En France, on n'a pas craqué encore, à part quelques... Le dîner de cons, ils l'ont adapté. Oui, voilà, c'est ça. Mais je veux dire, à part quelques exceptions, c'est pas... On ne dit pas, tiens, la comédie française, c'est elle qui s'exporte. On a beaucoup une comédie de texte aussi, nous.
Oui, c'est vrai. De verbe. De verbe et de dialogue. Et s'il y avait des comédies françaises en anglais, exactement la même chose, mais en anglais, est-ce qu'elles s'exporteraient ou est-ce que c'est l'esprit qui ne s'exporte pas ? En fait, j'ai l'impression que les comédies, nous, qui sont exportées,
c'est des pitchs qui sont exportables. Exactement. C'est-à-dire, les dîner de cons qui sont exportés, c'est un pitch, tu peux le mettre dans n'importe quel pays, ça marche. Pareil pour les visiteurs, des gars d'une autre époque viennent dans ce monde-là et ils vivent ce qu'ils vivent. Donc, c'est des bons terrains
à comédie. Je poursuis sur les comédies françaises parce que vous, Alain, vous aimez les jeux de mots. Ça, c'est hyper français, les jeux de mots.
Oui, c'est pour les Américains, je pense, la forme la plus pauvre de l'humour.
Oui. Mais vous le défendez quand même ?
Non, les jeux de mots dans Astérix, les noms des personnages, c'est aussi parce qu'il y a des trucs qui me font marrer et aussi pour respecter le code. Oui, ce code. Voilà, exactement. Et puis, Cossini. Voilà.
Moi, j'ai revu récemment le film avec le Père Noël. Le titre m'échappe avec...
Oui, Santa et compagnie.
Exactement. Et là, pour le coup, l'idée, c'était de toucher les enfants. J'imaginais, c'était de faire un film...
Mais c'était bizarre, en fait. Je ne l'ai pas revu depuis mille ans, évidemment. Mais oui, c'est un film avec le Père Noël et sur le Père Noël. Donc, il y a plein d'endroits où je me suis dit non, je ne peux pas aller là parce qu'en fait, il y a des enfants qui vont voir ça. Et du coup, je me promène un peu de temps en temps quand je vois le film. Je me dis je vois que je suis un peu coincé. Il est... Tu vois, il y a des endroits que je trouve réussis et plein d'endroits bien foirés.
C'est marrant, ça. Je ne pensais pas que vous... Enfin, je me trompe peut-être, mais j'ai l'impression qu'il y a des trucs que vous aimez dans le film, d'autres moins. Oui, oui. Il y a des films comme ça que vous auriez aimé refaire et qu'est-ce que vous referiez ?
Non, mais alors là, pour le coup, je me suis détendu là-dessus aussi sur... Je préfère faire que... Parfait, quoi. Enfin, comment dire. C'est ma fille qui m'a dit ça. Elle m'a dit Better done than perfect. Elle a raison. Non, mais... Je referais, moi, si c'est pas mardi que je dois rendre le scénar, je suis encore en train d'écrire Didier. Je suis toujours en train d'écrire et de vouloir changer un truc pour que ce soit encore mieux. Et le truc ne part jamais dans les tuyaux. Il y a un moment, il faut que quelqu'un vous dise c'est parti.
Il y a toujours cette volonté de vouloir que ce soit parfait qui est totalement stupide parce qu'au final, même quand on a l'impression que ça l'est, ça l'est absolument pas et c'est une illusion. Mais je suis un peu comme toi. Si on ne dit pas stop, c'est ad vita et aeternam mais c'est bien un truc qui ne se concrétise jamais.
Après, ce que je trouve intéressant dans les comédies, je trouve que les films vieillissent plus ou moins bien. Souvent, c'est lié au rythme. Mais les comédies, c'est encore plus dur. Je trouve qu'il y a des comédies qui font plus rire. La comédie, ça vieillit mal.
Mais toi, la tienne, elle ne vieillit pas. Je trouve que l'Astérix que tu as fait là, il ne vieillit pas. Je l'ai encore vu il n'y a pas longtemps. Il est intemporel. C'est miraculeux. C'est incroyable. La DA, tu as fait une DA qui est celle de l'époque. C'est vraiment tout est cohérent. Tu l'as fait comme on faisait les films à l'époque. Les grands films d'action. Moi, je vois du Stargate dedans. J'ai que ça. Tu as raison. Je n'ai pas plus. Non, mais la momie. Je vois ce que tu veux dire. Il y a toute cette imagerie. C'est exactement des trucs que je regardais à fond à l'époque. La momie était une full référence complète. Tu as parfaitement vu le truc.
Après, vous avez des références communes.
Je pense que les Zuckers,
j'imagine que vous partagez ça. La Psycrète. Top Secret, c'est un chez-deux. Alors là, pour le coup, dans les trucs où tu dis « Moi, ce film est parfait, je n'enlève pas une image », Top Secret, moi, je le mets dedans. Mais il est exceptionnel. Il y a-t-il un pilote ? Il y a-t-il un pilote ? Il y a des trucs fous.
Même la suite. Il y a-t-il enfin un pilote ? Moi, je préfère « Il y a-t-il enfin un pilote dans l'avion ? » Mais les deux sont super. Je veux aussi qu'on parle un peu de Quentin Dupieux. Ce n'est pas la première fois que vous tournez avec lui. Vous le connaissiez. Je pense que ça aide aussi. Je me suis dit que tous les acteurs n'accepteraient pas forcément de voir leur gueule comme ça.
Si, si, tous les acteurs. Ah oui, tous les acteurs. Ok. Ah, je pense. Ils n'ont rien à foutre. En vrai, il n'y a pas tant qu'ils sont sur l'image que ça. Ce n'est pas le côté égo où on se dit « je suis moche ». Ah non, non, non. Bon, si, on l'a eu... Il y en a eu une parmi le casting. Ce n'est pas sa tête. Non, ce n'est pas sa tête. De Moustier, c'est fou. À quel point ce n'est pas sa tête ? Non, non, non. Ça n'a rien à voir. Beaucoup plus joli que ça. Ils l'ont complètement massacré. Ah oui, mais en rousse, déjà, tout est fou. Et c'est drôle, donc, de voir ce perso avec sa voix. Parce qu'en même temps, tu vois un peu Anaïs, mais tu ne la vois pas. Oui, c'est vrai.
En quoi c'est différent de tourner avec Quentin Dupieux ? C'est ludique. Ce n'est pas grave. C'est hyper agréable. C'est très clair. C'est libre. Quand il aime et quand il n'aime pas. Ah oui, c'est très clair. C'est le lien. Ah oui ? C'est-à-dire, il le dit... C'est quoi cette merde ? Il peut sortir comme ça. Et du coup, tu rigoles parce que c'est hilarant. Oui, parce que c'est bien. Il n'a pas pris de gants. Il me regarde, il fait « Oh non, nul, nul. » Non, nul, nul. Là, tu fais « Oh bon, ok. » De la merde. Allez, on reviendra. Génial, du génie. Donc, c'est où mythique ? Ou vraiment... Oui, c'est mythique. C'est ça, son nom. C'est super enthousiaste aussi. Puis c'est clair.
Au moins, tu vois, c'est... Et puis, c'est super inspirant. Enfin, moi... Et puis, c'est fait à la main. Enfin, j'ai un côté, t'es chez un artisan qui fabrique un meuble. C'est une petite équipe, quoi. C'est une petite équipe. Il a vraiment réduit ça à l'essentiel. Et puis, il est à l'œilleton. Il fait la lumière lui-même. Il n'y a pas de script. Donc, du coup, il a réduit ça et tout est fait main. Il va regarder ce qu'il a tourné dans son petit ordi à côté. Attendez, je reviens deux secondes. Il fait très bien quand on regarde comme ça. Génial, génial. Et donc, tout est fait en temps réel fait à la main, à la louche, à l'ancienne même, les Frères Lumière. Je pense qu'il les a rencontrés.
Mais il y a un truc comme ça, très artisanal qui est jubilatoire. Et c'est très bien préparé. Le film, il est ultra bien préparé. C'est fou, ça. Parce que vu qu'il en fait deux par an... Non, non, non. C'est super bien préparé, super bien pensé. Même si, sur le moment, il regarde et il aime bien être dans l'excitation du moment. C'est ça qui l'électrise et qui fait qu'il n'y a pas un storyboard et des trucs comme ça. Mais, non, on ne t'attend jamais. Le truc, il sait ce qu'il veut.
C'est très écrit, je crois qu'il n'y a pas trop de marge à l'impro.
Mais tu n'as pas envie de faire... Enfin, moi, en tout cas, j'ai envie de faire... J'ai envie de faire le texte à la virgule tellement ce texte, il me plaît. Oui, tu n'as pas envie d'improviser.
Je crois qu'en fait, vous lisiez le texte et que vous avez eu assez peu de temps de prépa finalement. Jonathan lisait. Moi, j'avais appris parce que je ne suis plus professionnel.
Mais c'est vrai. Moi, j'ai été un peu flemmard sur le coup. Je me suis dit ça suffira de dire. des pièces radiophoniques. C'est-à-dire qu'on est avec le texte ou ça et on le joue en temps réel. Il nous dirige et on reprend.
Mais vous êtes face à face. Donc, il y a quand même une force de jeu tous ensemble. Avec effectivement
les textes à la main et tout. Parce qu'on avait, je pense, en tête que c'était un peu comme je dirais un peu une démo. Quelque chose pour... Un peu de la matière pour qu'il puisse travailler ses images. Et qu'on s'est dit de toute façon, on le refera après. Et on n'a jamais pu refaire. Moi, je l'ai supplié. Je suis dit mais non, je m'en fous. C'est bancal. C'est ça que j'aime. Et il aime bien quand c'est bancal. Ouais, ouais. Je peux rien faire. Ouais, moi aussi. Comme là, j'ai un chat dans la gorge dans une phrase dans la bande-annonce. J'ai dit mais t'es sérieux ? J'ai un chat dans la gorge à ce moment-là. Non, non, c'est bien. C'est ça qui fait le film. Carrément, il a dit ça.
Ouais, ouais.
Il a dit ça. Il dit non, c'est bien quand vous jouez même un peu nul.
En tant que spectateur, parfois, je trouve que l'acting de la voix il fallait que ça soit légèrement à côté. Dans quelle mesure
c'est voulu ? Je pense que c'est parfaitement voulu de la part de Quentin. Oui, oui, oui. On ne l'a pas vu venir. Non, on ne l'a pas vu venir. Mais je pense que oui, c'était sa volonté. C'est pour ça que nous, on voulait refaire après pour coller au mieux au personnage la manière dont il bouge. Mais lui, ça ne l'intéresse pas. Ce qui l'intéresse, c'est ce décalage. Et je pense qu'il a raison parce que c'est ça qui est intéressant. Mais bien sûr. C'est qu'il soit décalé dans leur propre simulation. Exactement. Un truc efficace aurait été moins bien. Il a 100% raison. C'est bizarre parce que moi, je ne trouve pas ça du tout ni barré, ni bizarre. Je rentre dedans comme un film grand public.
J'ai toujours envie qu'il fasse 7 millions d'entrées. Parce que je me dis non mais les gars, franchement, allez-y. Je vous allez voir, ce n'est pas si niche que ça. Non, ce n'est pas du tout. Tu me sers un scotch. Tu me dis stop. Encore, encore. Encore. Encore. Stop. Merci.
Délicieux. C'est une tâche, là. Oui. Dans les films de Quentin Dupieux, souvent, on retrouve un peu les acteurs qui reviennent. Je ne sais plus, l'analyse de Moustie, on l'a vu plusieurs fois. Tous les deux, vous avez déjà joué avec lui. Est-ce que ça... Plusieurs fois aussi. Cinq fois, six fois. Incroyable, mais vrai. Le premier, c'était réalité. Reality, oui. Réalité. Et vous en rappelez, d'ailleurs, parce que c'est...
C'est un super film. C'est un truc qui m'avait aussi... Oui, il m'a fait mal une scène de rêve, d'ailleurs. Une scène de rêve. Et je devais la jouer un peu, genre rêve. Tu vois ? Horrible. La pire option. Et il s'arrête et il fait Ah non, non, nul. Juliesco. Je fais OK. Très bien. Donc à chier ? Oui, à chier. Non, non. Pas par là. Mais en fait, au bout d'un moment, tu te dis... C'est aussi... Presque, il parle lui en se disant on est dans la mauvaise direction. C'est pas toi qui as fait un truc à chier. On n'est pas sur la bonne... On n'est pas dans le truc.
Pas au bon endroit. C'est inclus dans le problème.
J'avais pris une patate avec mon film.
Ouais. C'est le premier moyen-métrage qui est dispo d'ailleurs sur... Moi, je l'ai vu sur Vimeo.
OK. J'avais trouvé le film dingue. Et en plus, je trouvais que ça jouait hyper bien. Et on s'était rencontrés après. Et puis... Et c'est un film qu'ils voulaient faire depuis un moment quand même qui a changé plein de fois d'histoire. Enfin, il y avait l'essentiel qui était là. Mais à un moment, ça devait se tourner en Corée. Après, c'est en France. Finalement, on a fini à un moment où moi, j'avais une petite bulle de temps pour le faire un peu à l'arrache. Enfin, pas à l'arrache, mais à sa manière. C'est-à-dire dans son budget, dans son timing et aux Etats-Unis.
Donc, c'était super. Et sur Dali ? Dali, c'est particulier aussi. Donc, il y a plusieurs personnages qui jouent le même rôle. Moi, je me régale. C'est un... Il est beau.
J'aime beaucoup Dali. En fait, je ne devais pas faire Dali, moi. À la base, je devais faire un autre rôle. Et puis, il y a eu quelqu'un qui s'est désisté à un moment donné pour faire un des rôles de Dali. Donc, j'ai remplacé... J'ai fait un Dali un peu au pied levé. Et c'est génial. En plus, ce qui est super, c'est qu'il te détend très vite. Il ne te dit pas « Hey, ce n'est pas un biopic sur Dali. » On n'est pas en train de faire sa ville. C'est onirique. C'est un geste sur ce que représente... Donc, il te détend. Et pareil, à un moment donné, il me dit « Hey, ce n'est pas un pizzaïolo non plus. » Parce que tu pars dans des accents. « Hey, il ne vend pas les pizzas. » « C'est Dali, mon gars.
» Donc, je ne sais pas. Très vite, on est à l'aise. Très vite, on est bien. Très vite, on a envie de tout lui donner. Très vite, on a envie de lâcher prise aussi. Et c'était génial. Ça a été immédiatement génial comme expérience. Il n'y a pas de peur, le fait de se retrouver dans un truc si différent ? Ah non, non. Moi, c'est tout ce qui m'attire. C'est justement cette différence-là. C'est ces univers-là qui m'attirent et qui ne me font pas peur. Au contraire, parce que je pense que ça résonne chez moi. Les univers un peu à part, cet endroit un peu artistique, moi, ça résonne très, très fort.
Après, il y a quelque chose qui m'intéresse, particulièrement par rapport à vous deux. C'est que vous êtes des créateurs. Vous écrivez et tout. Je me suis toujours posé la question, c'est quand on se met au service d'un autre gars qui a quand même une grosse personnalité, Quentin Dupieux, comment on se positionne ? Est-ce qu'on arrive à se dire « Ok, je suis au service du gars »
ou est-ce qu'on essaie d'apporter sa touche ? Avec lui, il n'y a même pas une seconde où ça devient à l'esprit de lui dire quoi que ce soit. C'est tellement un univers marqué, tellement un univers clair, c'est tellement son univers qu'en fait, il t'invite. Quand tu es invité chez les gens, tu ne vas pas leur dire « Dis donc, la table, elle est mal dressée ». Au contraire, tu es là, tu bouffes, tu es content de bouffer et tu te régales. Et puis tu veux une personne qui a une vision, la personne qui a la tête du film avec Quentin ou avec d'autres metteurs en scène, tu es content là ? C'est bien ça que tu voulais dire ?
Lui, il a son film complet dans la tête, toi, tu as des bouts de scène et des trucs, tu as l'impression que ce truc-là est super, sauf que ce truc-là n'est pas du tout super dans le...
Oui, mais je me demandais moi si on n'a pas envie d'exister quoi ? Non, on existe comme ça. On est au service
de cette histoire qui nous a plu. Il y a une vision qui est tellement présente et qui nous séduit parce qu'il y a une vision, comme tu dis, l'envie d'intervenir ou de dire tu ne crois pas que tu l'as pas. Ça reste léger, je trouve son cinéma, il est léger. Moi, pour le coup, je trouve ça très, très grand public, en fait. Enfin, tu vois, très léger, très ludique, très marrant.
Il veut divertir. J'ai l'impression qu'il a aussi un truc de se challenger à chaque film, d'essayer un truc un peu différent. Est-ce que vous, aujourd'hui, vous êtes au top tous les deux ? Au top du cinéma, en France, quelque part, dans l'humour. Exagère. Non, non, lui, oui, c'est le... Mais justement, c'est ça la question. Quand on est au top, qu'est-ce qu'il y a après ? De quoi vous avez envie dans votre carrière de cinéma ?
Déjà, on n'est pas au top. Déjà pas, on n'est pas au top. C'est ça qui est faux. De toute façon, peu importe, même si tu dis que tu es au top, ce n'est pas ça qui va te donner l'idée pour le truc suivant. Ça peut même être fatigant, d'ailleurs, de se dire ça. Quelle question on se pose ? Moi, c'est qu'est-ce que j'ai pas fait ? Quel truc j'ai pas exploré ? Enfin, tu vois, il y a des trucs que je me dis, ça, j'ai déjà un peu fait là. Ça, ce truc-là, j'ai déjà un peu traité comme ça. Ouais, c'est quoi la zone de surprise là-dedans et de trucs, en tout cas pour moi, que j'ai pas fait ? Après, il ne faut pas que ce soit 100% un truc que j'ai pas fait parce que je ne sais pas tout faire non plus.
Donc, j'ai mes petites zones de confort avec de la comédie, j'ai envie que ça fasse marrer et voir un film que je paierais pour voir aussi. Ouais, et Jonathan ? Pareil. C'est une envie de surprendre, de me surprendre aussi là-dedans, d'explorer. Moi, il y a plein de choses que j'ai envie d'explorer que j'ai pas encore fait, que j'ai pas eu l'occasion de... En comédie, en comédie, je trouve que il y a... La comédie, c'est quand même cette envie d'être innovant, de proposer quelque chose encore d'un peu plus nouveau, tout ça, ou de bousculer les nids. Après, moi, j'ai envie en tant qu'acteur de... Là, j'ai tourné un film qui est un drame. Ouais. Sors quand ?
Où je vois un vrai méchant, je sais même pas quand ça sort, mais avec Vincent Lindon. Et donc, du coup, je me retrouve dans un univers, celui de Nick Lou, que j'adore, et jouer avec Vincent Lindon et je suis le méchant du film, bon, c'est une zone que j'adore, enfin, que j'attendais, que j'ai adoré explorer. J'imagine que t'as ces trucs-là aussi, où tu dis... Pas en comédien, mais en... En réel ? En réel, ouais. Enfin, en écriture, en réel, ouais. Vous êtes sur un truc ? Je suis en train d'écrire un film, justement, qui est, je pense, différent de... Mais une comédie, quand même. Enfin, différent de ce que j'ai fait avant. Je sais pas s'il y a un genre, d'ailleurs, mais...
Plus adulte, voilà.
OK.
C'est justement, par rapport à Santa et compagnie, ce truc de enfant-adulte, c'est où... Enfin, pour le coup, maintenant, je mets c'est où enfant ou adulte. Après, dans les trucs d'enfant, tu peux mettre plein de... Plein de choses qui parlent aux parents, enfin, aux grands. Mais là, c'est pas forcément un film pour enfants.