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interviewLe Média (sur YouTube)· 8 octobre 2020 13 min

LA CROISADE DE MACRON CONTRE L'ISLAMOGAUCHISME

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Ce à quoi nous devons nous attaquer, c’est le séparatisme islamiste. Trois jours après, on a déjà la première reculade sur la sémantique. Ma maman m’a appris à ne pas montrer du doigt.

C’est très très impoli. Le contenu est insuffisant. Vous contournez les problèmes sociaux et sanitaires qui déchirent notre pays en saturant l’opinion d’une question obsessionnelle : l’Islam, l’Islam, l’Islam.

Je n’ai pas le sentiment d’avoir tenu un discours contre les musulmans mais tout le contraire. Moi, je pense que c’est pas Verdun non plus hein. Les dessous du projet de loi contre le séparatisme, l’allongement du délai pour recourir à l’avortement et le retour des pesticides tueurs d’abeilles, les néonicotinoïdes.

C’est le sommaire du numéro 90 du P’tit coup de Bourbon. Ça y est, la campagne présidentielle est lancée. Et elle sera puante.

Vendredi dernier, aux Mureaux, en région parisienne, Emmanuel Macron a dévoilé son principal axe de campagne : Ce à quoi nous devons nous attaquer, c’est le séparatisme islamiste. C’est un projet conscient, théorisé, politico-religieux. Le problème c’est cette idéologie qui affirme que ses lois propres sont supérieures à celles de la République.

Ce combat contre le séparatisme islamiste prend la forme d’un projet de loi qui sera présenté en Conseil des ministres le 9 décembre. Avant d’être examiné par l’Assemblée nationale, début 2021. L’ambition de ce projet de loi est de limiter l’enseignement à domicile et contrôler le financement des mosquées.

Les enfants devront être scolarisés dès l’âge de 3 ans. Et la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État sera modifiée pour “libérer l’Islam des influences étrangères”. Le texte du projet de loi a été dévoilé par Gérald Darmanin sur… Twitter.

Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour être dans le coup ! Et là, surprise : la lutte contre le séparatisme islamiste s’est transformée en projet de loi “visant à renforcer la laïcité et à conforter les principes républicains.” Un changement de pied qui a déçu ceux à qui le texte était destiné : la droite et l’extrême droite.

Moi, j’ai salué le discours du président de la République que j’ai trouvé plutôt juste, équilibré, et courageux à certains égards. Aujourd’hui, trois jours après, on a déjà la première reculade sur la sémantique. On a un président de la République qui a évoqué le séparatisme islamiste, et qui a eu le courage de le faire il y a trois jours, et aujourd’hui on a la première reculade en transformant ce mot par le mot laïcité.

Le président de la République a eu une intuition, on lui a accordé le courage d’avoir parlé du fondamentalisme islamiste. Bon, moi je pense que c’est pas Verdun non plus hein? Ce serait quand même dommage qu’au bout de quelques heures il commence déjà à reculer.

C’est révélateur mais pour moi l’important c’est le contenu. Ce qui est beaucoup plus grave, c’est que le contenu est insuffisant. On a compris.

L’idée du Président avec ce nouveau débat sur l’Islam était de couper l’herbe sous le pied à tous ceux qui sont à sa droite. Et de ne surtout pas évoquer son propre bilan. Mais Emmanuel Macron a un second objectif.

Pilonner la France insoumise et Jean-Luc Mélenchon. Écoutez cette tirade du discours des Mureaux : D’abord, je tiens à saluer de manière républicaine ce que Pascal appelait l’esprit de finesse chez monsieur Mélenchon. Je n’ai pas le sentiment d’avoir tenu un discours contre les musulmans mais tout le contraire.

Mais vous voyez que son projet politique est la caricature pour impuissanter la République. Et c’est là où nous ne nous retrouvons pas. Pourquoi cette charge soudaine contre Mélenchon ?

Le Journal du dimanche en a livré la clé ce week end avec la publication d’un sondage sur la présidentielle de 2022. À 18 mois de ce rendez-vous, Jean-Luc Mélenchon apparaît être le candidat le plus rassembleur à gauche en cas de candidature unique. Il est aujourd’hui donné à 15 %.

Et si l’on sort la calculette, on s’aperçoit que, sur le papier, le total des intentions de vote à gauche permettrait à un candidat unique d’être au second tour. Hypothèse qui reste une fiction aujourd’hui, mais sait-on jamais… D’où l’urgence pour l’Élysée de disqualifier Mélenchon et la France insoumise. Ça n’a pas tardé d’ailleurs.

Pour preuve cet incident lors de la séance des questions au gouvernement, mardi. Alexis Corbière pose une question à Gérald Darmanin. Il nous semble évident que vous voulez fabriquer un agenda médiatique où durant des mois vous répétez des mots qu’ensuite vous peinez à définir, tel le séparatisme puisque vous l’avez abandonné dans le titre de votre projet, futur projet de loi.

Ainsi, vous contournez les problèmes sociaux et sanitaires qui déchirent notre pays en saturant l’opinion d’une question obsessionnelle : l’Islam, l’Islam, l’Islam. Vous voulez lutter contre les islamistes ? Agissez chaque fois qu’ils ne respectent pas la loi.

On peut exiger autre chose en République. J’affirme ici que les lois actuelles permettent déjà largement de régler les problèmes pointés par Emmanuel Macron vendredi dernier. Réponse de Darmanin.

Si vous n’avez pas vu monsieur Corbière, de là où vous êtes élu et le scrutin uninominal que vous combattez a quand même quelques avantages, celui de vous mettre normalement au milieu de vos concitoyens. Et dans votre circonscription, vous le savez fort bien, on aura peut être l’occasion de se voir. Alors moi j’ai appris… Ma maman, ma maman m’a appris à ne pas montrer du doigt.

C’est très très impoli. Un parti comme le vôtre, qui a dénoncé pendant longtemps l’opium du peuple, en soit désormais lié avec un islamogauchisme qui détruit la République. Voilà la réalité monsieur Corbière.

Ce que nous faisons ce n’est pas simplement, manifestement, de gêner quelques islamistes radicaux, mais quand j’entends vos propos et ceux du président Mélenchon, je sens qu’on gêne aussi beaucoup de votre corps électoral. À la sortie de la séance des questions, Alexis Corbière ne décolèrait pas. Le point de départ de mon courroux d’aujourd’hui c’est quand on est ministre de l’Intérieur on ne dit pas à un député que dans sa circonscription il ne voit pas des éléments de radicalisation alors que le représentant du ministre et de l’Etat qui s’appelle monsieur le Préfet me dit l’inverse.

On peut pas jouer avec ça. Dans ma circonscription, à Montreuil et Bagnolet, il y a des honnêtes gens qui bien sûr pour certains ont différents cultes y compris pour entrer dans le détail sont des musulmans mais ils ne méritent pas qu’à cette tribune de l’Assemblée Nationale un ministre de l’Intérieur sous entende qu’il y a des fanatiques religieux que je refuserais de voir. C’est un sujet trop sérieux.

La manière dont, à mon avis un peu hâtive, le ministre m’a répondu démontre qu’en vérité derrière leur baratin et leur buzz il y a du flan, il n’y a rien. Et le député de Seine Saint-Denis n’oublie pas au passage de rappeler à Gérald Darmanin ce qu’est la laïcité. Il y a peut être des gens, terroristes, violents, armés, mais il y a surtout des gens après qui sont dans des logiques de rapport radical à la religion.

Mais il y en a dans toutes les religions par ailleurs. Je vais prendre un exemple. Par exemple les grandes religions monothéistes, religion catholique, le judaïsme n’est pas d’accord avec le droit à l’IVG.

Les grandes religions monothéistes n’acceptent pas le mariage homosexuel. D’accord ok. Vous pourrez dire ce que vous voulez, elles ne l’accepteront pas et ça n’est pas conforme à ce culte.

Il faut le respecter en demandant une chose : ok vous pensez ça mais vous devez respecter la loi. Si par contre vous ne respectez pas la loi évidemment elles doivent être sanctionnées. Ce rapport là doit être le même vis à vis de toutes les religions.

Emmanuel Macron entend jouer sur les peurs pour l’emporter en 2022. Peur de l’Islam, peur du musulman, peur du terrorisme. Le revers de cette stratégie, c’est qu’elle crédibilise Marine Le Pen.

À ce petit jeu, les électeurs pourraient bien préférer l’original à la copie de l’Élysée. Aujourd’hui jeudi, les députés examinaient une proposition de loi rallongeant les délais de l’interruption volontaire de grossesse. À l’heure où nous enregistrons cette émission, la teneur des débats en séance et le résultat du vote ne nous sont pas connus.

Mais cette proposition de loi a suscité une énorme tension entre l’Élysée et Matignon d’un côté, et de l’autre, le groupe parlementaire de la République en marche. Point de départ, la niche parlementaire du groupe Écologie démocratie solidarité (EDS). Une niche parlementaire, c’est une journée au cours de laquelle un groupe d’opposition peut proposer au vote plusieurs propositions de loi.

Celle qui sème le trouble en l’occurrence est portée par la députée Albane Gaillot. Cette proposition de loi ne répond pas à tout mais elle lève des freins sur les délais, allongement des délais de 12 à 14 semaines et effectivement la clause spécifique de conscience qui stigmatise et fait de l’IVG un acte à part. Environ entre 3 000 et 5 000 femmes chaque année partent à l’étranger parce qu’elles ne peuvent pas avorter en France.

Quand on dit qu’il y a entre 3 000 et 5 000 femmes qui partent chaque année à l’étranger pour avorter, ce sont celles qui ont les moyens. Quid de celles qui n’ont pas les moyens ? Comment se passe la grossesse ?

Une grossesse qui est menée à terme par quelqu’un qui ne voulait pas la mener. Quels sont les risques psychosociaux ? L’impact sur la parentalité ?

Donc, on parle de ces femmes là et puis on parle de toutes les femmes qui arrivent entre 10 et 12 semaines de grossesse qui sont des personnes les plus précaires et souvent les plus jeunes. Elles sont moins informées et elles arrivent parfois refusées et balancées d’un praticien à un autre. L’examen préalable en commission a fait apparaître un large accord autour de ce texte.

L’essentiel du groupe de la République en marche s’y est montré favorable. Mais voilà, l’Élysée et Matignon ont fait valoir leurs réserves. Pas tant sur le fond que sur la forme.

Ils craignent en effet que l’adoption de cette mesure d’allongement, au détour d’un texte présenté par l’opposition, ne froisse une partie de l’opinion et du corps médical. Ce qui se traduirait par des conséquences fâcheuses lors des prochaines élections. Il n’empêche : en début de semaine, les députés marcheurs ont réaffirmé leur intention de voter la proposition de loi du groupe EDS.

Même Christophe Castaner, le nouveau président du groupe, leur a emboîté le pas. Pour sortir du bras de fer, Stanislas Guérini, le patron de La République en marche et le Premier ministre Jean Castex ont trouvé un moyen terme : la consultation du Conseil national d’éthique qui devrait rendre un avis en novembre. Stanislas Guérini est venu l’expliquer devant les caméras : Il me semble que le gouvernement va solliciter l’avis du Conseil national d’éthique.

C’est une bonne chose. Encore une fois le texte que nous ferons, le vote que nous ferons jeudi, n’est pas un vote définitif pour le projet de loi puisque ce projet de loi ira au Sénat, reviendra à l’Assemblée Nationale et entre temps ce sera une bonne chose d’avoir justement l’avis du Conseil national d’éthique. Vous avez entendu, le vote d’aujourd’hui ne sera pas définitif.

Autrement dit, en seconde lecture, la République en marche pourrait changer son fusil d’épaule. À condition, bien sûr que les députés suivent le gouvernement. Et justement, un vent de fronde agite les rangs du groupe LREM.

On a pu le mesurer mardi soir avec le vote du projet de loi autorisant le recours aux néonicotinoïdes pour endiguer un virus qui frappe les plantations de betteraves. Un vrai poison qu’une loi, votée en 2016 a interdit. Le gouvernement veut pourtant instituer une dérogation qui permettra aux betteraviers d’utiliser ces produits jusqu’en 2023.

Avec des risques sanitaires réels. Écoutez Delphine Batho, du groupe Écologie démocratie solidarité évoquer quelques minutes avant le vote, les dangers de ce pesticide : Comment une telle aberration qui consiste à remettre sciemment dans la nature un poison qui tue les abeilles, les oiseaux, les papillons et qui continuera de produire des effets bien au delà du terme de cette législature est une décision qu’il est possible d’assumer politiquement et moralement. Depuis l’autorisation des néonicotinoïdes dans les années 90, 85% des populations d’insectes qui peuplent les campagnes de France ont disparu en moins d’un quart de siècle et un tiers des oiseaux des champs en moins de 15 ans.

Ces chiffres donnent le vertige. La voilà la vraie pénurie qui menace notre souveraineté et notre sécurité alimentaire, celle d’une pénurie de pollinisateurs et d’insectes, d’une nature morte vide de toute cette richesse du vivant qui fait la beauté de nos paysages et qui travaille gratuitement avec nos agricultrices et nos agriculteurs. Les arguments de l’ancienne ministre de l’Écologie ont visiblement fait mouche.

Au sein du groupe de la République en marche, 32 députés se sont prononcés contre le projet de loi du gouvernement et 36 se sont abstenus. Le texte n’a été adopté qu’avec le renfort des voix du Modem et de la droite. L’exécutif en est réduit, aujourd’hui, à la navigation à vue.

Ne disposant plus de la majorité absolue à l’Assemblée, confronté à un groupe qui s’émancipe d’autant plus que la fin du mandat se rapproche, il doit désormais composer avec les uns et les autres. Il lui reste encore 18 mois à tenir…