Premier ministre, manifestation du 7 septembre...L'interview en intégralité de Fabien Roussel (PCF)
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonsoir Benjamin Duhamel, vous allez bien ?
Et vous ? Vous en rassentez ou pas ?
Comme beaucoup de Français, et j'entends aussi beaucoup de nos concitoyens qui commencent à rigoler de ce cinéma et quelque part à se détourner de ce feuilleton, de cette série, cette mauvaise série. Vous savez à quoi ça me fait penser ? Ça me fait penser un petit peu au feu de l'amour. C'est quelqu'un qui m'a glissé ça. Qui est qui ? Les feux de l'amour, parce que vous savez dans la série Les feux de l'amour, il se passe à chaque épisode quelque chose. Mais si jamais on aura deux ou trois et qu'on reprend la série, on a l'impression d'avoir rien perdu et on en est toujours au même point.
Là c'est pareil, tous les jours il y a un épisode nouveau, il se passe quelque chose, mais on peut avoir coupé la télé pendant 3-4 jours et on se rend compte qu'on en est au même point. Alors qu'il y a urgence quand même.
Vous avez mis deux semaines à trouver une candidate pour Matignon pour le nouveau Front Populaire, ça a mis du temps aussi pour trouver Lucie Casté, non ?
Je dirais même qu'on a mis 15 jours et qu'on s'est fait vraiment chambrer d'avoir mis 15 jours, mais là ça en fait 50 quand même. Et tout le monde se pose la question, pourquoi avoir dissous l'Assemblée de manière brutale au mois de juin, à la veille des Jeux aux Olympiques, tout de suite trois semaines après des élections européennes, et attendre deux mois pour nommer un Premier ministre ? Il y a un petit peu, c'est un peu se moquer du monde quand même.
Mais donc juste, je rappelle cette information BFM TV, pas de nom de Premier ministre ce soir, est-ce qu'on est vraiment à 24 heures près ? Est-ce que les Français dans votre territoire, à Saint-Amand-les-Eaux, se réveillent le matin en se disant tiens on n'a pas de Premier ministre ? Au fond, ce que l'on comprend c'est que le Président de la République cherche une solution qui ne sera pas renversée immédiatement après avoir été nommé. Mais ça peut avoir du sens ça, d'attendre pour être sûr de faire le bon choix ?
Non mais alors nous, quand on met 15 jours pour se déterminer sur une proposition de Premier ministre, on nous dit vous êtes bien long et vous n'allez pas vous entendre, mais là vous me dites, lui il peut se prendre 24 heures. Vous savez, dimanche, j'étais à un concours de pétanque dans ma ville de Saint-Amand-les-Eaux pour aller saluer l'association qui a organisé ça, parler avec les gens, et les gens qui m'interpellent me disent ça justement. Mais alors, mais qu'est-ce qui se passe ? Ils se moquent de nous ? Pourquoi on n'a toujours rien ? Comment va se passer la rentrée ? Les gens s'interrogent. Certains s'inquiètent. Je sais que les chefs d'entreprise s'inquiètent.
Je sais que dans beaucoup de professions, on s'inquiète. Les enseignants, la rentrée scolaire, comment elle a lieu ? Il y a eu le Président de la République qui nous dit tous les jours, et il nous l'a dit au téléphone, je suis soucieux de la stabilité institutionnelle, je suis le garant de la stabilité. On n'a toujours pas de gouvernement, on ne sait pas, les salariés ne savent pas à quelle sauce ils vont être mangés, les chefs d'entreprise non plus. Dans l'éducation nationale... Les chefs d'entreprise, ils ne voulaient surtout pas du programme du Nouveau Front Populaire. Non, mais les chefs d'entreprise... Non, non, non. Ah, si. Non, non.
En tout cas, leur représentant, c'est ce qu'ils disaient. Oui, mais les chefs d'entreprise, ils ont besoin de continuité, de lisibilité, et de savoir quelle est la politique publique, politique sociale, auxquelles ils vont devoir faire face dans les années qui viennent. Aujourd'hui, ils ne le savent pas.
J'aimerais qu'on revoie à l'instant la liste des prétendants, si j'ose dire. Il y a un petit nouveau qu'on a rajouté récemment. Les informations du service politique de BFMTV font état du fait que Michel Barnier fait partie des personnalités qui sont évoquées par l'entourage du président de la République, par un certain nombre de ministres. Est-ce que ce serait un bon profil, selon vous ?
Excusez-moi, je me retiens de rire. Mais il y en a qui s'amusent à ce que leur nom soit dans le paysage aussi, pour être dans le paysage. Mais bon, il faut être sérieux. En fait, à travers les profils que l'on voit, franchement, ce que l'on peut remarquer, ce que les Français ressentent, c'est qu'on a surtout un président de la République qui se mêle de tout. C'est sa responsabilité de nommer un Premier ministre, mais il veut surtout quelqu'un qui va continuer la politique qu'il mène depuis 7 ans, alors qu'elle a été rejetée, battue dans les urnes. Quelqu'un qui ne va pas remettre en cause les réformes qui lui sont chères, comme la réforme des retraites. Je le sais parce qu'il nous l'a dit.
Et donc des profils comme M. Barnier, qui était un ardent défenseur de la retraite à 64 ans, voire 65 ans, qui est celui qui défend bec et ongle l'Europe libérale, celle de Bruxelles, de la Commission européenne, les politiques d'austérité, alors oui, c'est un profil qui va tout à fait à M. Macron. Mais c'est le profil... Mais c'est le profil... Mais c'est le profil... Censure... C'est les profils que les Français... Censure du Parti communiste... Écoutez, qui que ce soit, nous, on a un principe et une règle. On ne dit pas censure a priori, sans écouter les politiques en juge sur pièce.
Ce que j'ose espérer, c'est que si demain, il y a un Premier ministre de nommer, c'est qu'il recevra les formations politiques, les groupes pour discuter avec. Si Lucie Casté, que nous avons proposé, avait été nommée, c'est ce que nous avions prévu de faire. C'est ce que nous ferions si demain, c'était le cas. Mais pardon, Fabien Roussel. Fabien Roussel, laissez-moi finir là-dessus. C'est que nous, nous aurions rencontré tout le monde, nous aurions cherché à construire des majorités, nous aurions, par le dialogue et par l'échange, essayé de trouver le moyen d'avoir une stabilité et mettre en œuvre notre politique.
J'essaye d'écouter attentivement les discours des uns et des autres au sein du nouveau Front populaire. C'est intéressant ce que vous dites. Vous dites, nous, on ne censure pas a priori, on regarde la feuille de route. Oui. Manuel Bompard, coordinateur de la France Insoumise, il ne dit pas la même chose. Il dit, c'est Lucie Castet, ou si ce n'est pas Lucie Castet, on censure.
Oui, ça c'est Manuel Bompard et c'est la France Insoumise.
D'accord.
Nous, moi, c'est le Parti communiste français, et c'est le groupe GDR à l'Assemblée nationale, et le groupe CRCEK au Sénat, présidé par Cécile Kuckerman, et notre politique à nous, les parlementaires, les élus communistes, veulent être combatifs, utiles, chercher des compromis sans la compromission, gagner des avancées pour le monde du travail, pour nos communes, pour nos services publics. Et à chaque fois que j'ai eu, et que j'ai eu l'occasion d'échanger avec le président de la République, j'ai eu l'occasion d'échanger aussi avec Xavier Bertrand, à chaque fois, j'ai été clair, j'ai précisé nos lignes rouges. Donc c'est quoi, par exemple ? C'est pour l'espèce ?
Nous, ce que nous attendons à défaut, que ce soit Lucie Casté, et je le regrette encore une fois que le président de la République n'ait pas choisi de nommer un gouvernement issu de la coalition arrivée en tête, celle du nouveau Front populaire, voilà, c'est comme ça, il fait le choix quelque part de ne pas respecter l'usage et les urnes. Mais nous, ce que nous disons, nous les parlementaires communistes, ce que nous voulons, c'est l'abrogation, la suspension de la réforme des retraites. C'est important parce que...
Donc abrogation, suspension, ça veut dire que si, au fond, quelqu'un arrivait en disant, on remet autour de la table pour négocier autour de la pénibilité des carrières longues, ça ne suffit pas. Il faut impérativement que ce soit ou abrogation ou suspension.
Mais c'est important parce que, d'abord, c'est 50 000, au bas mot, salariés, hommes et femmes, qui auraient pu partir à la retraite parce qu'ils avaient leurs 168 trimestres ou 62 ans. Et donc, c'est autant de jeunes qui auraient pu prendre leur place, c'est autant d'hommes et des femmes cassés par le travail qui auraient pu partir. C'est une réforme qui a fait l'objet d'un rejet de 80% des Français. Pour nous, c'est important.
Donc abrogation, suspension.
Abrogation, suspension et bien sûr, des mesures importantes pour tenir compte de la pénibilité des carrières longues. Ensuite, salaire, service public, ce sont deux sujets sur lesquels les Français nous interpellent tous, qu'ils aient voté à l'extrême droite ou qu'ils aient voté à gauche.
Je voudrais vous montrer une archive. Vous évoquiez il y a un instant Xavier Bertrand pour savoir si éventuellement vous pourriez, à défaut de cheminer, sinon du moins discuter avec lui. Regardez, c'était en 2021, débat d'entre deux tours à l'occasion des élections régionales dans les Hauts-de-France. Regardez.
Monsieur Chenu me reproche de dire qu'il vaut mieux choisir un candidat communiste qu'un candidat du Front National. Oui, je l'assume. Mais vous savez, monsieur Chenu, il vaut mieux être avec les communistes qu'avec les identitaires, l'extrême de l'extrême droite.
Si vous disiez ce soir à la télévision, on ne censurera pas, Xavier Bertrand, on est prêt à regarder avec lui, même si ce n'est pas exactement ce qu'on souhaite, mais pour un certain nombre d'avancées, ça pourrait débloquer la situation. Et lui dit là, moi je préfère travailler avec des communistes qu'avec des identitaires.
Xavier Bertrand, je le connais. Je l'ai affronté, y compris aux élections régionales en 2015. C'est un homme de droite. Il était 8 ans ministre de droite, de gouvernement de droite. Il a même été secrétaire général de l'UMP à l'époque. Il est président de la région. C'est un homme de droite. Je suis un homme de gauche. Donc on n'a pas les mêmes idées. Je sais aussi que sur un grand nombre de sujets, nous avons su batailler ensemble pour la défense de notre industrie dans la région, d'usines, que ce soit Bridgestone. On n'a pas gagné. Mais par contre, Ascoval, on a gagné. Valdune, pour l'instant, s'est sauvé.
Donc on a une volonté de préserver une industrie nationale indépendante dans notre région. Mais donc vous le censureriez ou pas ? Et ensuite, quand Xavier Bertrand m'interroge sur nos lignes rouges, les choses qui sont pour nous importantes, je lui ai dit ce que je dis là, ce que je dis aux Français, ce que je dis à tout le monde. Nous, ce que nous voulons, nous. Nous voulons être utiles au peuple, utiles au pays. Nous avons défendu des choses qui sont pour nous essentielles. Donc j'ai parlé des retraites. Les salaires, le pouvoir d'achat, c'est indispensable, y compris pour l'activité économique de notre pays, pour la relance de la consommation.
C'est important pour que les gens puissent vivre de leur travail. Je suis quelqu'un, je suis identifié comme quelqu'un qui défend le travail. Eh bien, défendre le travail, c'est d'abord revaloriser les salaires. Donc pour nous, c'est incontournable. Mais je l'ai dit, je l'ai écrit. Entre le SMIC à 1 600 euros que nous proposons, à mettre en œuvre tout de suite, ou la hausse de 10 points, du point d'indice des fonctionnaires, que nous voulons mettre en œuvre si nous étions en responsabilité. Entre ça ou rien des politiques d'austérité. Eh bien moi, je veux pouvoir en discuter. En discuter, bien sûr, avec les syndicats.
Et pour ça, il faudrait pouvoir dire à Bernard Cazeneuve, et dire jusqu'où vous êtes prêts à aller ? Jusqu'où vous êtes prêts à aller ? Et défendre, défendre le bout de gras des ouvriers, des agents des services publics, et interpeller un gouvernement, et peser de tout mon poids pour arracher, arracher des avancées, pour les salaires, pour le travail, pour nos services publics. C'est ça que je veux faire.
Et avec Bernard Cazeneuve, c'est la même logique. Mais bien sûr, pareil. S'il n'y a pas abrogation ou suspension de la réforme des retraites, on censure.
Bien sûr. Et en disant où on arrive à avancer ensemble, je précise tout de suite, ça ne veut pas dire que demain, d'ailleurs, loin de nous l'idée demain, de participer dans un gouvernement avec des macronistes, que ce soit avec M. Cazeneuve ou avec Xavier Bertrand. Ce que les communistes ont tout en fait en 1945. Oui, d'accord. Mais à l'époque, à l'époque avec le général de Gaulle et dans la résistance, nous avions écrit ensemble le programme des jours heureux, la création de la sécurité sociale, la reconstruction de la France, des investissements massifs et colossaux. Là, aujourd'hui, on est en train de nous vendre l'idée qu'il ne faut surtout pas augmenter le budget de la France.
Ça fait partie des choses que j'ai mises sur la table. Ça aussi, je l'ai dit au président de la République, comme à Xavier Bertrand, c'est impensable que demain, nous puissions nous retrouver avec le même budget, c'est-à-dire sans la possibilité de réouvrir des lits dans les hôpitaux, d'investir dans les urgences, de mettre plus de professeurs, d'enseignants devant nos enfants. Et donc, il faudra aussi augmenter le budget de la France. Pour terminer,
deux questions extrêmement précises. Je vous demande de répondre en pas trop de temps parce qu'il ne va pas avoir qu'on passe au jour. Première question, samedi, manifestation à l'initiative d'un certain nombre d'associations à laquelle les Insoumis participeront pour protester contre précisément le fait qu'Emmanuel Macron n'appelle pas Lucie Castet à Matignon. Est-ce que vous serez dans la rue ?
Oui, nous y serons. Je précise que nous avons un Conseil national en même temps et donc, personnellement, j'irai en délégation, j'y ferai un saut, je dirai bonjour, mais on retournera travailler au Conseil national. Mais nous appelons à y participer. Réponse courte.
Deuxième question. Ah là, j'ai fait court là. Absolument. La motion de destitution a officiellement été déposée par les Insoumis à l'Assemblée nationale. Pratiquement. Aucune chance d'être votée. Est-ce que le groupe communiste votera la motion de destitution
déposée par les Insoumis ? Vous avez raison que cette procédure de destitution n'a aucune chance d'aller au bout parce qu'il faut deux tiers des votes à l'Assemblée et au Sénat. Donc, on n'y croit pas. J'ai peur, en fait... Vous pourriez ne pas y croire, elle a voté. Oui, mais j'ai peur, en lançant ce processus, qu'une nouvelle fois, on va doucher les espoirs des citoyens, doucher les espoirs de ceux qui y croient, puis à la fin, ils vont voir que ça tombe à l'eau et ils vont nous dire, ben alors, vous nous envoyez dans le mur, encore une fois. Mais, ce sont les députés du groupe GDR qui décideront... Vous n'êtes pas du parti, donc... Mais, je vais vous dire.
Ils ont parlé de la signature de la proposition de loi, parce que c'est une proposition de loi, de résolution, qui est déposée à l'Assemblée nationale. Tout le monde ne la signera pas. Les députés communistes, en particulier, ne la signeront pas. Et quand ça arrivera au vote, vers à ce moment-là, et ceux qui n'ont pas voté...
Donc, on ne participe pas au fait de la déposer et on verra pour le vote.
Voilà, voilà. Et d'autres, mais il y en a d'autres dans le groupe qui la signent, voilà. Mais, ils sont libres et on sait que ce n'est pas ça qui va résoudre les problèmes. Voilà, nous, ce qu'on veut, c'est peser, discuter, trouver des compromis pour arracher des avancées pour le monde du travail. Merci beaucoup.
Fabien Roussel