Broderies et nationalisme, quand le vêtement traditionnel devient politique
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
La y la blouse traditionnelle roumaine en linc brodée de motifs multicolore est un trésor du patrimoine célébré par Matis Yve Saint-Laurent et l'UNESCO. Mais en 2025, elle est devenue l'uniforme inattendue de l'extrême droite roumaine en campagne. Vous l'avez peut-être déjà croisé dans un livre, sur une photo ou dans un musée.
La Y Roumaine a été peinte par Henry Matis et proposée par Yve Saint-Laurent dans sa collection haute couture printemps été 1981. À son propos, le couturier déclarait "Une blouse roumaine n'a pas d'époque, mais a-t-elle une couleur politique ?" Lailler, c'est sans doute le vêtement du vestiaire traditionnel roumain le plus connu.
Une blouse en coton ou en lin, brodé de motifs multicolore dont les couleurs et les dessins varient selon l'âge et la région d'origine de celui ou celle qui la pororte. Au printemps 2025, elle a fait éruption dans la campagne présidentielle roumaine comme accessoire politique de premier plan. Diana Chochoaka, député d'extrême droite et George Shimon, leader nationaliste et candidat malheureux à l'élection présidentielle en ont fait leur signature visuelle.
Mais tout le monde ne s'en réjouit pas. Des Roumains s'indignent de voir leur patrimoine accaparé. D'autant plus que ces leaders nationalistes porteraient souvent des versions bon marché et made in India de ce patrimoine textile qu'il prétendent défendre.
Dans un article du New York Times, un artisan roumain confie son malaise, voir son savoir-faire associé malgré lui à des valeurs qu'il ne partage pas. Le cas roumain n'est pas une première en Europe. En 2017, en Autriche, un candidat écologiste crée la surprise en s'affichant dans un costume traditionnel.
Une tentative jugée opportuniste pour capter un électorat rural et conservateur. Mais faut-il être d'extrême droite pour porter des culottes de peau à bretelle ? Pourquoi le vêtement traditionnel est associé à cette partie de la classe politique ?
En se parant de vêtements folkloriques, souvent peu précis historiquement d'ailleurs, l'extrême droite se tarque de cultiver l'amour des traditions, revendique des racines pures et en fait l'emblème d'une authenticité présumée. Parce qu'il incarne une idée d'authenticité, de racine, de continuité, le vêtement folklorique évoque l'amour des traditions et tant pis s'il est souvent mytifié. Dès le 19e siècle, l'idéologie nationaliste déplore le détachement de la vie rurale.
Le costume traditionnel, généralement d'origine paysane, s'inscrit dans cette logique d'un retour à des structures sociales du passé. Dans les années 1930, le régime nazi par exemple réinvente le costume bavarois pour construire une image de la femme arienne tout en interdisant aux juifs de porter les vêtements traditionnels allemands. Alors non, le vêtement traditionnel n'est pas d'une couleur politique en soi, mais il peut être utilisé pour en revendiquer une ou pour en imposer une aux autres.
En somme, ce n'est pas le tissu qui compte, c'est le discours qu'on brode dessus. M.
Christian Jacob