Hélène Perlant : "Je voulais me faire recenser comme victime, une victime parmi d’autres et fille du Premier ministre"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-10.
Et avec Léa Salamé, nous vous proposons ce matin un grand entretien exceptionnel sur l'affaire Notre-Dame de Bétarame. Nos invités pour en parler, Léa.
Alain Esquer, bonjour à vous. Vous êtes ancien élève de l'établissement catholique Notre-Dame de Bétarame. Vous êtes le fondateur du collectif des victimes de Bétarame. Et vous êtes l'auteur de ce livre qui sort aujourd'hui, Le silence de Bétarame, chez Michel Laffont. Co-écrit avec Clémence Badeau. Nous sommes également ce matin avec Hélène Perlant. Vous êtes ancienne élève de Notre-Dame de Bétarame. Vous êtes par ailleurs, et on parle beaucoup de vous ces derniers jours, la fille de François Bayrou. Vous témoignez dans le livre, un témoignage édifiant. Merci d'être là, merci d'avoir accepté notre invitation.
C'est la première fois que vous parlez, qu'on va entendre votre voix dans un média audiovisuel.
Bienvenue à tous les deux, une fois encore. Le système Bétarame, ce goulag des Pyrénées, est au cœur de votre livre témoignage absolument saisissant, Alain Esquer. On rappelle que Notre-Dame de Bétarame est un établissement catholique des Pyrénées-Atlantiques, qui fait l'objet depuis plusieurs mois de révélations sur des violences physiques, psychologiques et sexuelles, commises sur des élèves entre les années 50 et 2010. À ce jour, plus de 200 plaintes ont été déposées, impliquant des prêtres, des surveillants et parfois des élèves. Vous êtes, Alain Esquer, le fondateur, Léa le disait, du collectif des victimes de Bétarame.
Vous avez habité toute votre vie à quelques centaines de mètres de cette institution, où vous avez été scolarisé de 1981 à 1986. Et vous avez donc créé, il y a deux ans, un groupe Facebook intitulé « Les anciens du collège et du lycée de Bétarame, victimes de l'institution ». Dites-nous pour commencer, qu'est-ce qui vous pousse ce jour d'octobre 2023 à créer ce groupe Facebook qui va contribuer tout simplement à libérer la parole de centaines d'enfants de Bétarame ?
Bonjour à tous. Effectivement, le 10 octobre 2023, j'ai créé ce groupe Facebook des victimes de Bétarame. Parce que, jusqu'à présent, on avait vu les élèves de Bétarame ou les anciens élèves comme des personnes qui n'avaient pas la possibilité de s'exprimer sur ce qu'ils avaient vécu, sur les traumatismes incroyables qui étaient les nôtres. Je me sens tout seul, en fait, quand je commence. D'ailleurs, sur le groupe, je suis tout seul et je me demande ce que j'y fais, en fait. Parce que je me dis, il faut analyser cette question des victimes de Bétarame sous le prisme victimaire. On a trop souffert dans cette structure. Ça a été très difficile pour nous.
On a entendu toute notre vie que nous étions des pleureuses, des pleurnicheurs, que pour faire un homme, il fallait souffrir. Et donc, très vite, des témoignages sont venus appuyer ce que moi, j'avais vécu. Et ce qui est le plus édifiant, c'est que je vais découvrir tout le système de pédocriminalité qui a été mis en place à Bétarame pendant des décennies. C'est donc des générations d'enfants qui ont souffert dans cette structure. Et aujourd'hui, j'en porte la parole. Mais au-delà, je voudrais insister sur ces 5,5 millions de Français qui ont été abusés sexuellement pendant leur minorité, que ce soit dans des établissements scolaires ou ailleurs.
On a une responsabilité morale, aujourd'hui, de s'occuper de ces victimes. Et c'est pour ça que j'ai créé ce groupe. Et je suis très fier de les représenter.
Alain Esquer, vous parlez effectivement de ce scandale pédophile aussi, dont vous pensez que c'est peut-être la plus grande affaire de pédophiliers en France, l'affaire Bétarame. Mais c'est vrai qu'au moment, et on va y venir, mais au moment où vous créez cette page Facebook et vous racontez ça dans le livre, c'est la rencontre lors d'une balade. Vous êtes en train de vous balader avec un ancien surveillant général. On va donner son nom, Patrick Martin, qui est l'élément déclencheur. Vous le voyez à ce moment-là en train de vous balader et tout remonte. Vous redevenez l'enfant frappé, l'enfant violenté.
Vous réalisez que cet homme-là, en face de vous, qui est en train de se balader tranquille, est toujours en poste. Ce jour-là, vous vous retenez de vous en prendre physiquement à lui. Et c'est là où vous dites, il faut que je parle, il faut que je crée ce compte Facebook.
Il faut agir. En fait, je crois qu'on ne doit pas faire preuve de lâcheté quand nous sommes adultes. Nous devons assumer. Et en tant que victime de ce Patrick Martin, qui, au demeurant, était surveillant d'internat dans l'établissement de Bétarame, il y est resté 40 ans. 40 ans sans autre formation. Toujours au même poste. Et c'est ça qui était sidérant. Et quand je le croise, je revois la scène où il m'agresse, fin 1983. Je revis ça avec intensité. Et je le vois au contact de ces garçons de 10 à 12 ans. Et je me dis, c'est pas possible. Il faut effectivement agir. Et agir vite. pour qu'on puisse faire quelque chose contre lui.
Alain Esquerre, vous avez subi des violences physiques que vous racontez. La première fois, c'est un instituteur, un institute qui vous envoie deux énormes claques devant toute la classe. Puis ce sera un surveillant, on va donner son nom aussi, Damien Sager, sur le mécheval, qui vous envoie plusieurs gifles. La quatrième vous envoie au sol. Il vous donne un coup de pied dans le ventre. C'est une violence insensée.
C'est une violence insensée. Ce qui est très inquiétant avec ce cheval, ce Damien Sager, c'est qu'aujourd'hui, il se promène encore dans les rues en Bretagne avec son épouse, comme si de rien n'était. Et ça nous pose la question de l'imprescriptibilité, parce que ce monsieur aussi a agressé sexuellement des enfants, même s'il ne le reconnaît pas. Et vu le nombre de plaintes, il est visé à ce jour, tenez-vous bien, par plus de 100 plaintes. 100 plaintes. Et on a quelqu'un qui circule tout à fait normalement. Il est d'une violence inouïe. Il est surveillé en général. Il fera sa carrière par la suite. Il va justement quitter Bétharame pour une histoire de mœurs dans les années 1989.
Et il va continuer son chemin en passant par Nulli-sur-Seine, en passant par Orléans et Châteauroux.
Hélène Perlant. Hélène Perlant, Perlant, c'est le nom de votre mère, je précise. Votre père, c'est Bayrou. Vous racontez l'agression que vous avez subie à l'âge de 14 ans. Vous êtes en Kanskout, un prêtre qui est décédé il y a quelques années, en 2000, le père Lartiguet, qui vous avait dans le nez, dites-vous, parce que vous aviez perturbé une communion quelques mois plus tard. Et puis aussi, il vous avait dans le nez parce que vous étiez la fille Bayrou. il va littéralement vous tabasser. On lit votre témoignage et on est glacé des froids.
Il se jette sur vous, il vous tire par les cheveux, il vous traîne au sol, il vous frappe, coup de poing, coup de pied, une trentaine de coups, alors qu'il pèse 120 kilos. Vous gardez le souvenir précis de cette soirée d'horreur
au Kanskout. Oui, mais ce que je voulais dire avant de commencer, c'est que ce récit, je l'offre à Alain pour deux choses. Premièrement, pour me faire recenser. J'avais envie de poser ce geste, non seulement en Bétarame, bien sûr, de l'aventure, de l'aventure de la révélation, de ce soutien à tous ces enfants de Bétarame qui vont parler. Bien sûr qu'on en est tous et je peux dire à Alain, il ne le sait pas, derrière moi, il y a toute ma promo, il n'en manque pas un, je te le promets, il y a toute la région. On est tous avec toi pour accomplir cette œuvre incroyable de ce que tu vas montrer, de ce que tu vas prouver. Mais je voulais me faire recenser comme victime.
Vous dire, j'y suis, j'en suis de Bétarame, je vais pouvoir parler avec victime quelconque, une victime parmi d'autres. Ce récit, d'abord, entendez-le comme ça, une parmi d'autres, victime quelconque et fille du Premier ministre. J'ai passé toute ma vie à effacer ce nom, à en changer et on a réfléchi avec Alain. Je vais poser ce nom-là, le dire, parce qu'il y a quelque chose qui me fait souffrir beaucoup pendant tout ce temps, c'est d'entendre que les enfants de Bétarame, ceux du collège, moi j'expliquerai, je viens du lycée où on ne voit rien de tout ça, c'est le contraire. On rigole beaucoup, c'est le bazar intégral, on ne accède pas à cette souffrance des enfants du collège.
Ils sont là à 10 mètres de nous. Découvrir qu'à 10 mètres de nous, pendant qu'on fait les marioles, il y a ces visages d'enfants qu'on ne voit pas, battus, agressés sexuellement tous les jours, non-stop, torturés dans le froid, la nuit, jusqu'à certains risques d'amputation. Ces aurores qui sont là au milieu de nous, découvrir qu'il y a ça à côté de nous, ne l'avoir pas vu, je peux vous dire qu'on est tous abîmés indépendamment du fait qu'on ait été directement victimes ou pas. À quel moment vous avez décidé de parler, d'apporter votre témoignage ?
Alors, en fait, je suis tout de suite que j'irais dans ce collectif, mais je cherchais comment, pourquoi, et comment pouvoir transformer ce que fait Alain en quelque chose qui nous parle à tous. L'occasion m'a été offerte, vous le savez, par une plainte qui me nommait dans un journal, ce qui m'a permis de proposer, parce que vous parlez de mon agression, mais dans le livre, je voudrais que les gens écoutent, j'ai proposé une séquence. J'ai proposé une séquence pour commencer à comprendre comment ça se passe, ce fameux silence, c'est le titre du livre d'Alain Asker, Le silence de Bétharam.
Il y avait une approche jusque-là qui faisait du silence la responsabilité des parents, de l'entourage, de la famille. Personne n'avait essayé de comprendre ce qu'était le silence de l'intérieur. Ces enfants qui ne se parlent pas jusqu'à aujourd'hui, on est tous persuadés d'avoir été seul agressé et que le système n'est pas en cause. Et vous dites que l'agression dont vous avez été victime, il y a 40 témoins, personne ne dit rien, personne n'intervient. Et c'est le système précisément du silence, de l'omerta, tout simplement. Non, je ne suis pas d'accord avec ce mot. Non, ce n'est pas omerta. Parce que l'omerta, c'est un secret que tout le monde connaît et garde sous cap.
Et moi, je pars avec Léa, vous racontez ce témoignage, je pars avec ce que, vous me demandez quel est mon souvenir. Eh bien, mon souvenir le plus frappant, c'est les regards. Ce que j'appelle, c'est les regards épinglés au mur comme des papillons morts où ce miroir sans teint, c'est ces regards de 40 personnes, adultes, enfants, certains sont élus locaux, donc des gens quand même qui ont de la bouteille, des regards vides, des regards aussi alpagués que moi, dans son effroi, sur place, on lève les yeux, on cherche quelque chose qui nous dit ce qu'on est en train de vivre, on voit des yeux vides.
Et c'est ces yeux vides qui font que personne ne nous donnera le moindre signe pour dire « je suis en train de voir qu'il se passe quelque chose de pas normal ». Pas le moindre signe, même un signe, si vous voulez, sadique, ça m'aurait convenu, arabe, bien fait. Non, il n'y a rien. Il n'y a rien. Il n'y a rien qui se passe.
Il n'y a rien qui se passe. Vous vous faites passer à tabac. Vraiment, je ne vois pas autre chose. C'est une telle violence que vous vous urinez dessus. Vous allez dormir comme ça. On me laisse
un peu à l'écart du groupe toute la nuit comme ça. Je préfère la formule de ton livre, Alain, parce que je trouve que dans tous ces récits, il y a aussi, j'en ai parlé avec beaucoup de victimes, quelque chose qui pèse, c'est qu'il faudrait s'identifier à des récits laids, des récits pleins d'attouchements, pleins de choses qui salissent, des victimes qui nous disent que le plus dur, c'est de se remettre dans ces mots. Donc moi, je voudrais aussi, avec Alain, commencer à montrer qu'on peut ne pas coller à ces formules atroces. Effectivement, ce qui est horrible, c'est toute cette agression faite au corps, qui vous prend dans votre dignité, qui vous laisse dans une humiliation pas possible.
Mais on n'est pas obligé de coller à ces récits-là. On peut lever la tête. Est-ce que vous...
Allez-y, Nicolas. Oui, vous avez des mots.
Tu ne m'as rien fait, connard. Je ne montrerai pas que je souffre. Je ne serai jamais ta victime. Je vais sourire. Je vais sourire deux fois plus. Je ne suis pas cassé. Je ne suis pas cassé. Voilà vos mots. Si je dis je vais sourire deux fois plus, c'est parce que la seule phrase que j'entends de la part de mon agresseur, c'est en me rejetant par terre comme ça. Il dit ceci, qui est mon seul, la seule chose à agripper pour comprendre pourquoi on m'agresse moi. Il dit comme ça, peut-être, elle va arrêter de sourire. Voilà.
Et vous avez souri deux fois plus et vous n'avez rien dit. Je n'ai... A personne. A personne.
Pas à vos parents, pas à personne. Pas à moi-même. A moi-même, je sais que j'ai été agressée. Je me demande un peu pendant plusieurs années pourquoi je réfléchis alors sans aucune culpabilité, mais pourquoi je n'ai pas quitté ce groupe, été porté plainte. C'est quelque chose qui me travaille, mais comme une vraie question ouverte. Donc, à partir de là, moi, je fais partie des gens qui ont tout de suite commencé à réfléchir à ce qui se passait dans ce type de violence. Il a fallu tout le livre d'Alain pour que je comprenne comment ça fonctionnait et que je parte avec lui pour dire, ok, on va vous expliquer de l'intérieur, petit à petit. Comment ça fonctionne, ce silence ?
Vous parlez, et c'est ça qui est édifiant. Franchement, je vais vous le dire, quand on lit le livre, c'est le silence. C'est les regards indifférents et le fait que c'est comme ça et qu'on doit juste accepter de se faire tabasser et ne pas en parler. Ce qui est sidérant dans le livre, vous parlez de la séquence, Hélène Perlant, et effectivement, la séquence, c'est que vous avez cette agression à 14 ans et que quelques années plus tard, vous allez vous-même être témoin d'un passage à tabac d'une violence absolue d'un autre de vos camarades et vous ne bougerez pas, vous ne direz rien, vous ne ferez rien.
Voilà, je découvre ça, je me rappelle, j'avais complètement oublié cet épisode et je ne me le rappelle pas dans le détail puisque je découvre ça dans Sud-Ouest, un journaliste qui m'appelle sur le mode accusatoire puisque dans la plainte, je suis visée presque pour complicité ou c'est à peu près ça. Et cette plainte dit forcément, elle savait et forcément, elle a parlé puisque j'ai lu dans ses yeux un regard défroid.
Et là, tu emploies le mot Alain de vertige, oui, parce que c'est un souvenir qui remonte au moment où on me lit ce témoignage, je me retrouve dans la salle des thunes, je ressens physiquement ce que j'ai ressenti sur ce moment-là, donc c'est incorporé ce moment-là et je ressens que je bascule en fait dans mon propre effroi. Cette scène-là, je ne l'ai pas vue dès qu'on commençait les bruits des coups, j'ai été replacée sur mon propre trauma, ma propre scène. c'est mon effroi que ce garçon a vu dans ses yeux.
Alain Esquer, que représente le témoignage d'Hélène Perlan ? Qu'est-ce qu'il dit ?
Moi, je suis déjà très ému en entendant Hélène et ça fait très longtemps d'ailleurs que depuis 18 mois, je pleure souvent, c'est très compliqué parce qu'on reçoit comme ça au visage des traumatismes des uns et des autres cette violence institutionnelle et moi j'adore en fait cette rencontre avec Hélène parce qu'elle est authentique, elle est véritable, elle est sincère, il n'y a pas d'arrière-pensée et elle casse cette légende urbaine de croire qu'à Bétharam, parce qu'on était fils d'eux ou fille d'eux, parce qu'on était protégé soi-disant par des notables, eh bien on ne l'était pas quoi.
Et vous avez aussi dans le livre ce témoignage fou de Loïc qui est lui aussi fils de notables et qui va se faire attoucher longuement pendant plus d'un an et demi alors que moi-même je le croyais justement intouchable. Ça c'est très beau
parce que les pages sur Loïc dont vous parlez, Loïc c'était votre harceleur à vous Alain Esquer au collège et ce qui est fou c'est qu'il vous écrit sur le compte sur la page Facebook il y a quelques mois et vous revoyez le type qui vous a fait du mal et là il vous explique que lui-même a été abusé sexuellement et il vous dit cette phrase aujourd'hui j'ai une femme, j'ai des enfants mais j'ai fait une tentative de suicide à 17 ans et je ne sais pas ce que veut dire le mot bonheur. Ce type qui vous faisait du mal et bien il y a ses retrouvailles.
Tu peux interrompre une seconde ? Il ne le savait pas jusqu'à avant-hier soir. On a passé un moment en sens, je peux vous dire que dans les sorties de trauma se retrouver les uns les autres c'était génial. C'est-à-dire jusqu'à il y a trois jours qu'est-ce qui s'est passé ?
Parce qu'en fait
on s'est retrouvé avec Loïc ?
Avec Loïc, Hélène le connaissait également et en fait elle découvre cette histoire parce qu'on ne met pas forcément toutes les victimes en connexion les unes avec les autres.
Oui, c'est pour ça qu'il faut lire votre livre parce qu'il y a les connexions. On comprend mieux les connexions. Nicolas ?
Oui, vous parlez évidemment dans ce groupe Facebook du nombre effrayant d'agressions pédocriminelles commises en série par plusieurs figures de l'établissement laïc ou prêtre de véritables prédateurs Alain Esquerre. vous disiez aux parisiens c'est probablement la plus grande affaire de pédophilie en France. La plus grande ?
En tout cas à ce jour je pense que c'est la plus importante. Il y en aura peut-être d'autres parce qu'on est aussi dans ce mouvement sociétal de libération de la parole qui a tout juste commencé parce que si vraiment tous les gens se mettent à parler comme le fait si courageusement Hélène aujourd'hui nous allons en avoir la nausée de toutes ces agressions à la fois physiques et sexuelles parce qu'on est des millions on est des légions et si on est des légions c'est qu'il y a aussi beaucoup d'agresseurs donc il faut aussi travailler sur la prévention et c'est aussi ce que les victimes souhaitent faire s'investir pour que de tels faits ne se reproduisent plus.
Depuis le début de l'année l'affaire a pris une autre dimension car elle touche le Premier ministre François Bayrou qui est désormais le père d'une victime également il est Premier ministre il était ministre de l'éducation en partie au moment des faits et aujourd'hui il est le père d'une victime quand est-ce que vous lui avez dit que vous alliez parler ?
J'étais obligée de lui dire parce que le canard enchaîné l'a contacté on avait l'intention de ne pas le dire avec Alain mais c'est aussi parce que je n'ai pas à lui faire porter ça nous Alain et moi on est partis parce que on est heureux de partir on a des choses à montrer on va vers une libération jusqu'à maintenant la libération de la parole c'était parler et finalement je connais beaucoup de gens qui sont venus me dire parler de ma païdée parler ma câble nous on va leur montrer que que ça fait du bien on n'est on n'est plus dans l'accablement on va vers quelque chose qui est une libération très forte c'est ce que je veux lui montrer aussi à votre père je veux oui lui montrer à lui et aux autres donc qu'il n'y a pas besoin d'attendre on n'a pas besoin de la reconnaissance des parents ou de la reconnaissance de l'état pour avancer nous on sait on y va et voilà donc oui il est le père d'une victime ce qu'il ne savait pas
il ne savait pas ce qu'il ne savait pas il ne savait pas il y a encore trois mois ni votre père ni votre mère savait que vous aviez subi ça non
il ne savait pas
et vos frères et soeurs
non il ne savait pas et d'ailleurs quand je leur ai dit qu'effectivement je témoignais dans le livre je n'ai pas donné le contenu il ne le savait pas et ce que je voulais dire aussi voilà il y a cette envie de répondre moi ça a été une de mes obsessions pendant qu'il m'a fait rester dans les starting blocks avant qu'il ne sorte le livre j'entendais tellement de gens écrasés par l'idée que les fameux pseudo notables auraient consenti à ce qu'ils soient battus ou violés sous prétexte il y a eu une phrase terrible que leurs enfants seraient d'une autre texture que les autres cette phrase elle m'est restée en travers de la gorge et j'ai envie de leur dire la libération ça commence par là on se libère du poids nous de croire enfants de nos tables et je veux dire à l'assemblée enfants de députés dans ma promo nous sommes deux et j'ai l'autorisation de l'autre de dire à l'assemblée 100% des enfants de députés à Bétaram ont été ou tabassés ou violés 100% des enfants de députés à Bétaram ont été ou tabassés ou violés n'ont pas parlé donc ce que je veux dire c'est moi je m'adresse je suis écrasée d'émotion devant le témoignage d'Arnaud Gallet c'est presque à lui que je veux parler tous ces enfants qui ont pensé qu'il y avait indifférence du pouvoir et des autres parce qu'ils étaient ils n'étaient pas de famille connue de famille soutenue non non au moins je ne sais pas où on va aller dans cette libération mais quand on se libère au moins de ça nous nous avons cru que les autres toléraient notre passage à tabac parce qu'on était les notables qu'il fallait se faire eux ont cru qu'on consentait à leur passage à tabac leur viol parce qu'ils ne comptaient pour rien dans la société j'ai envie de leur dire ça on est tous victimes tous à égalité
Vous dites dans Paris Match Hélène sur votre père lui comme les autres parents était très très intriqué ce mot intriqué politiquement localement lui davantage vous dites il n'a pas couvert il est juste paumé au milieu de ce dispositif pervers parce qu'il est intriqué plus que les autres ça veut dire quoi intriqué ?
Ça veut dire que j'aborde pour commencer à comprendre je propose deux paradoxes plus il y a de témoins moins ça parle et plus on est intriqué moins on voit Jean-Rémy qui a une formule très belle il dit c'est un trou noir toute information se détruit c'est à dire qu'en fait ce que vous voyez dans votre avec vos enfants vous voyez des enfants qui vont super bien et qui vous racontent que Bétharam c'est cool vous voyez des élus qui travaillent à Bétharam qui sont hyper sympas vous voyez vous avez en fait tous les relais normaux qui font qu'on comprend ce qui se passe ces agresseurs dont vous parlez vous de façon abstraite nous on les voit mais je suis tombé de ma chaise en voyant les noms que donnait Alain je suis tombé de ma chaise
Alain sur François Bayrou vous avez déclaré sur TF1 hier sur les violences physiques il aurait pu faire les choses autrement sur les violences sexuelles il ne pouvait pas savoir lui François Bayrou devant l'Assemblée nationale a dit je n'ai évidemment jamais au grand jamais été informé de quoi que ce soit en matière de violence a fortiori de violence sexuelle il pouvait ne pas être au courant
François Bayrou quand il prend la parole à l'Assemblée nationale c'est un homme en colère c'est un de nos parents en fait et il ne veut pas voir en tout cas il ne veut pas qu'on remette en cause un système qu'on a pensé efficace à une époque et dont certains d'ailleurs souhaiteraient le retour ce que moi je veux expliquer à tous c'est que de donner des coups à un enfant les châtiments corporels ça ne marche pas ça ne crée que des traumatismes
Comment vous avez jugé vous sa ligne de défense à l'Assemblée nationale votre père ?
Moi j'ai regardé sa ligne la ligne de tous les autres les accusations les enquêtes avec une distance très calme parce que quand on a réfléchi depuis des années à ce qu'est un dispositif pervers je peux vous dire qu'il est impossible de s'en tirer du pervers à personne comme du dispositif on ne peut être que partenaire qu'on soit pour qu'on le soutienne qu'on soit contre comme ce que j'ai fait moi de l'intérieur on est pris dans le jeu c'est-à-dire que ce système c'est absolument génial à la fin ça se retourne contre les parents qui n'ont rien vu qui sont accusés or non il ne peut pas s'en tirer comme ça il faut qu'il comprenne que lui comme les autres ne pouvait pas comprendre parce que ça fonctionne comme ça en fait on a tout sous les yeux et c'est ce que j'aimerais développer peut-être dans d'autres émissions on a tout sous les yeux quand on nous dit il y a des pédophies on se dit mais c'est sûr on avait tout ça sous les yeux sauf qu'on l'a tellement sous les yeux qu'on ne voit rien on ne voit rien on ne peut pas comprendre et donc peut-être déplacer un petit peu les choses au lieu de dire les gens ne veulent pas comprendre ils ne peuvent pas comprendre donc ils ne peuvent pas se défendre ils ne peuvent rien faire le livre se conclut sur une question vertigineuse Alain Esquer quels adultes serions-nous devenus sans bétarame certains auraient peut-être été des hommes plus ouverts moins renfermés donc plus disponibles avec leurs conjoints et enfants beaucoup n'auraient pas connu de problème avec l'alcool ou les stupéfiants il y aurait eu moins de divorces et moins de dépression assurément plus de bonheur
Effectivement et je crois que ce livre c'est un outil dont on doit tous se servir c'est un livre qui délivre et qui n'assassine pas c'est ça l'idée et vraiment je le redis je suis vraiment très très fier de toutes ces victimes aujourd'hui qui parlent à visage découvert et qui n'ont plus honte parce que la honte elle doit changer de camp et c'est nous-mêmes chacun des auditeurs qui m'écoutent aujourd'hui qui doivent être plus empathiques plus bienveillants plus à l'écoute de toutes ces victimes qui ont souffert
Merci infiniment pour vos mots à tous les deux je suis sûre qu'ils ont touché en plein coeur tous les auditeurs ce matin et vos mots dans le livre aussi qui nous ont touché en plein coeur quand on l'a lu hier merci infiniment
J'en rappelle le titre Le silence de Bétaram chez Michel Laffont co-écrit avec Clémence Badaud avec la collaboration de Tiffen Piojet en librairie donc aujourd'hui merci à tous les deux Alain Esquer et Hélène Perlan Sous-titrage Société Radio-Canada
François Bayrou