La laïcité, un combat à poursuivre et à gagner ! - Discours d'introduction de Fabien Roussel
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« Entre septembre et décembre 2024, 1848 faits d'atteinte à la laïcité ont ainsi été recensés »
- 5:47PrésentateurFait
« l'homme d'affaires Bolloré, qui vont jusqu'à soutenir officiellement des candidats à l'élection présidentielle. »
- 5:55PrésentateurFait
« Ils l'ont fait en 2022 et ils vont le refaire pour 2027. »
- 8:17PrésentateurFait
« député communiste, Étienne Fajon, que le préambule de la Constitution proclame la République »
Temps de parole
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Merci à vous toutes, à vous tous d'être présents à l'occasion de l'anniversaire de l'adoption de la loi de 1905 de séparation des églises et de l'État. C'est effectivement un moment important que nous avons voulu célébrer parce que ce thème nous est particulièrement cher, parce que 120 ans après son adoption, au terme d'un long et passionnant débat qui a honoré notre démocratie parlementaire, et je salue Aristide Briand, députée, qui a défendu ce texte et les cinq mois de débat qu'il y a eu à cette occasion. Cette loi de séparation des églises et de l'État reste un texte fondateur dans notre République.
C'est un trésor national qu'il convient aujourd'hui de protéger et plus encore de faire prospérer tant il porte en lui des valeurs pour lesquelles nous luttons depuis maintenant plus d'un siècle. Et nous serons, comme toujours, aux avant-postes pour livrer cette bataille qui est à nos yeux la mère de toutes les batailles. Je ne reciterai pas l'ensemble des personnes, personnalités qui vont s'exprimer ce soir et débattre devant nous, mais je vous remercie encore une fois d'avoir accepté ce principe et d'avoir cet échange dans notre Assemblée. Pourquoi cette bataille, pourquoi cette question est essentielle ? Parce que pour nous, la laïcité n'est pas une valeur à défendre parmi d'autres.
Elle est la pierre angulaire de nos combats pour l'émancipation, pour l'émancipation humaine, pour l'émancipation des femmes. C'est la pierre angulaire de notre combat pour la démocratie, pour la défense du monde ouvrier, pour l'égalité des citoyens, des citoyennes. Et c'est la pierre angulaire pour faire respecter la liberté pour chaque citoyen de croire ou de ne pas croire en République. La laïcité, pour nous, ce n'est pas une composante de la République. Elle est la République elle-même. Parce que la République, au fond, qu'est-ce que c'est ?
C'est une communauté de citoyennes et de citoyens égaux en droit, libres et égaux en droit, quelles que soient leurs origines, leurs genres, leurs orientations sexuelles, leurs croyances et leurs convictions intimes. La laïcité est ce principe qui garantit la liberté absolue de conscience et donc la liberté de croire ou de ne pas croire. Elle se trouve au fondement de la liberté d'expression dans notre pays, de la liberté artistique, qui implique aussi, chez nous, le droit de critiquer toute religion et toute philosophie. Et c'est une particularité de la République française, parmi d'autres pays, notamment de l'Union européenne. C'est, par exemple, chez nous.
Le délit de blasphème n'existe pas. Et sans méconnaître le fait religieux, elle n'entend ni reconnaître ni financer aucun culte, notre République. Elle récuse toute prétention à faire prévaloir des préceptes religieux sur les lois de la République. Cette laïcité, c'est, en somme, la condition de la souveraineté du peuple. Et voilà ce que garantit la loi de 1905, la possibilité pour chaque Français, chaque Française, de vivre selon ses convictions, ses croyances, ses opinions, sans craindre pour sa sécurité, sans craindre pour sa liberté. C'est grâce à cette séparation entre les Églises et l'État que nous avons pu préserver jusqu'à aujourd'hui notre pacte social républicain.
Mais, et c'est tout le sens de notre rencontre de ce soir, l'édifice subit depuis de nombreuses années maintenant des attaques qui mettent à l'épreuve sa solidité. Des attaques qui prennent parfois les formes les plus violentes, les plus insoutenables, les plus dures. Je pense aux massacres de nos amis de Charlie Hebdo. Je pense aux assassinats de Samuel Paty, de Dominique Bernard, qui sont des meurtrissures ineffaçables. Pour eux, pour tous ceux qui ont payé de leur vie leur attachement viscéral à la liberté d'expression, nous devons poursuivre sans relâche le combat pour préserver ces valeurs, nos valeurs républicaines.
C'est pourquoi nous disons, je l'ai dit, je le redis ce soir, nous nous tiendrons toujours debout face à tous ceux qui n'hésitent pas à prendre les armes pour s'en prendre à notre mode de vie et pour imposer le leur. J'évoque aussi, bien sûr, les attentats terroristes du 7 septembre 2015, dont nous avons célébré le triste anniversaire. Et en même temps, nous disons que le fondamentalisme religieux, qui grandit dans toutes les religions, d'ailleurs, est une menace majeure pour la laïcité de notre pays. Et nous ne pouvons l'ignorer, mais cette question déborde largement les limites de notre pays.
Le danger de la montée en puissance de ces idéologies, porteuses de visions essentialistes et religieuses totalitaires, quelles que soient leurs origines, doit être aujourd'hui bien mesuré. Toutes prennent en effet pour cible les principes de l'égalité des citoyens entre eux, de l'état de droit, de la séparation entre sphère publique et privée, et donc de la mission d'éducation qui incombe à la puissance publique. Il n'y a pas que l'islamisme ultra-réactionnaire qui met au défi notre laïcité républicaine. Par exemple, l'offensive des évangélistes aux États-Unis est puissante depuis le retour aux affaires de l'administration Trump.
Elle trouve ses relais à la droite et à l'extrême droite du champ politique. En France, les courants intégristes catholiques qui veulent peser sur le destin du pays ont eux aussi des relais puissants. Et je pense notamment aux milliardaires à l'ex-terrain, à l'homme d'affaires Bolloré, qui vont jusqu'à soutenir officiellement des candidats à l'élection présidentielle. Ils l'ont fait en 2022 et ils vont le refaire pour 2027. Que ce soit Trump aux USA, Bolloré ici en France, dans les deux cas, c'est le camp des milliardaires qui se mobilisent contre le monde du travail. Et c'est une église fondamentaliste qui est à leur côté.
Il nous faut, nous, plus que jamais, être fermes sur nos principes, rappeler encore et toujours les contours de la loi de 1905. Pas plus, mais pas moins. Car la liste est longue, en réalité, de ces remises en cause du quotidien dans nos villes, dans nos villages, dans nos services publics, dans nos hôpitaux, dans nos écoles. Entre septembre et décembre 2024, 1848 faits d'atteinte à la laïcité ont ainsi été recensés dans les écoles, collèges et lycées du pays. Ces chiffres que nous devons regarder sans excès, mais avec lucidité, traduisent une mise à l'épreuve de notre modèle républicain.
D'autant qu'à l'école, là où se construisent les consciences et s'ouvrent les esprits, ces contestations touchent désormais presque toutes les disciplines de l'histoire-géographie aux sciences de la vie et de la terre, en passant par le sport ou la musique. D'ailleurs, à ce titre, j'ai toujours trouvé un normal que notre pays accepte, en plus de ses attaques, dans nos écoles, sous contrat. J'ai toujours trouvé anormal que notre pays accepte sur son sol des écoles hors contrat, dirigées par des intégrismes religieux, des congrégations, qui peuvent dispenser un enseignement à nos enfants sans que nous n'ayons rien à dire, strictement rien, sur leur contenu.
Et après, on s'étonne des dégâts que ça peut provoquer dans la société. Face à une telle montée en puissance, face à de telles remises en cause, quelles réponses pouvons-nous apporter ? D'abord, celui de ne pas tomber dans les pièges tendus par les extrémistes de tout poil, pièges qui conduisent à l'exclusion, replis sur soi à l'individualisme et pour en finir à la violence. C'est d'ailleurs leur but, à tous ceux qui n'acceptent pas notre modèle de société ouvert, accueillant, généreux et tolérant. Le rejet de l'autre, pour nous, et pour tous les Républicains, n'a jamais constitué une option.
Au contraire, nous tenons plus que jamais à notre devise nationale qui érige la fraternité en valeur fondatrice. Et rappelons-nous que c'est à la suite d'un amendement déposé par un député communiste, Étienne Fajon, que le préambule de la Constitution proclame la République laïque. Mais je dis aussi qu'à tous ceux qui voudraient utiliser la laïcité pour ériger des murs entre nous, entre nos concitoyens, je dis que nous serons toujours là pour nous opposer à cela et construire des passerelles. La laïcité n'impose pas l'uniformité, mais elle garantit un cadre commun. Elle ne nie pas les différences, mais elle refuse qu'elles deviennent des lignes de fracture.
La laïcité ne doit pas être mise au service d'une politique de discrimination à l'égard des religions. Si la laïcité doit être un rempart contre le fondamentalisme religieux, elle ne doit pas être non plus le prétexte d'un combat contre une religion, quelle qu'elle soit. Je cite par exemple dans l'actualité de notre pays, l'actualité hebdomadaire, je dirais, ces députés de l'extrême droite qui demandent l'interdiction du voile dans l'espace public comme signe religieux, mais que du voile et ne parlent que du voile comme signe religieux sans parler des autres religions. Ce n'est pas notre conception d'une république laïque.
La laïcité, ce n'est donc pas la stigmatisation d'une religion, et en France, et en ce moment, ce n'est pas la stigmatisation des musulmans, qui est insupportable, indigne et source de fractures profondes dans notre société. Tout comme, pour d'autres, il serait faux d'utiliser la laïcité, le principe de la république laïque en France, pour faire la promotion des racines chrétiennes françaises. De la même manière. Car pour nous, la laïcité, c'est d'abord le moteur du vivre ensemble. C'est une garantie qui permet à nos enfants, à nos enfants, d'apprendre ensemble, de jouer ensemble, de faire du sport ensemble.
La laïcité, c'est elle aussi qui protège les femmes contre les pressions communautaires, d'où qu'elles viennent. Nous ne pouvons accepter que, sous prétexte de respecter du respect des cultures, on tolère des pratiques qui bafouent l'égalité et la dignité humaine. La laïcité doit rester un rempart. Elle n'est pas une contrainte, mais une libération, celle de pouvoir choisir sa vie sans que la communauté, la famille ou la religion ne l'impose. Et ceux qui, à gauche comme à droite, veulent affaiblir la laïcité au nom du multiculturalisme ou du retour des traditions se trompent. Une société où chacun vivrait selon ses règles serait une société du conflit permanent.
Alors oui, 120 ans après l'adoption de la loi de séparation des Églises et de l'État, le combat pour la laïcité est plus que jamais d'actualité. Nous sommes dans un nouveau mouvement laïque. Et la gauche doit être attentive, fidèle à ses convictions. Elle doit aussi être à l'offensive contre tous les rétrécissements communautaristes, contre tous les intégrismes, contre tous les séparatismes. Le survie de notre République, de la capacité des classes populaires à résister aux tentatives de division dont elles sont l'objet, d'agir pour l'émancipation de toute l'humanité, c'est bien cela qui est en jeu.
Il nous revient donc de mener fermement cette bataille idéologique afin de redonner à la gauche et au mouvement ouvrier cette boussole indispensable qui lui permettra de relever le défi de la République et de ses promesses d'émancipation. Je salue d'ailleurs le travail de nos parlementaires qui mènent bien souvent ce combat à l'Assemblée et au Sénat et avec des propositions concrètes, notamment celles portées par Pierre Ouzoulias au Sénat. Il aura l'occasion d'en parler ce soir. Comme le proclamait Jean Jaurès dans son discours de Castres en juillet 1904, la laïcité est une nécessité nationale, une nécessité vitale. Elle est l'âme, le souffle, la respiration de la République.
C'est toujours le cas 120 ans plus tard. C'est le ciment de notre modèle social. Alors préservons-la et faisons la vivre chaque jour, partout et pour toutes et pour tous. Et sachons aussi en débattre entre nous et dans la diversité de nos opinions. Alors ce soir, place à la discussion. Et merci à nos conférenciers et nos conférencières d'être là avec nous. Vive la République laïque et sociale. Vive la France.