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AutreFrance Culture — Le Temps du débat (sur Site radio)· 19 janvier 2026 38 minContradictoireMixteEurope & internationalInstitutions & élections

Europe : quelle stratégie pour faire plier Trump ?

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  • 34:04PrésentateurFait
    « Est-ce que selon vous c'est le bon terme pour illustrer la position qui est celle aujourd'hui de l'Union Européenne? »

Temps de parole

  • Invité28 %
  • Présentateur26 %
  • Invité 222 %
  • Présentateur 222 %

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0:00
Présentateur

Il ne se sent plus contraint de penser uniquement à la paix et ce parce qu'il n'a pas reçu le prix Nobel de la paix. Voilà ce qu'a écrit Donald Trump dans une lettre destinée au Premier ministre de la Norvège comme si le comité Nobel était placé sous la coupe de ce dernier. Et alors que l'idée même de paix est visée, que le président américain avance toujours plus en phrases et en menaces pour acquérir et exploiter le Groenland, une question ce soir. Europe, quelle stratégie pour faire plier Donald Trump ? Quelle dissuasion militaire ? Quels instruments économiques ? Quelles alliances nouvelles ? Et trois invités pour nous éclairer, David Cadier. Bonsoir. Bonsoir.

Vous êtes chercheur en sécurité européenne à l'IRSERM, enseignant à Sciences Po et au Collège d'Europe. Face à vous, Yves Bertoncini, bonsoir. Bonsoir. Vous êtes consultant en affaires publiques et européennes, enseignant à l'ESCP Business School et au Corps des Mines. Avec vous également, Adrien Abécassis. Bonsoir. Bonsoir. Vous êtes directeur des initiatives politiques au Forum de Paris sur la paix, ancien conseiller à l'Elysée. Merci à vous tous les trois d'être présents ce soir dans Questions du Soir.

Et avant évidemment d'entrer dans le détail des différentes opérations militaires de la réaction économique de l'Europe, que se joue-t-il en ce moment en Europe, au-delà de notre sécurité collective, au-delà même de l'idée et du principe de souveraineté ? Est-ce la crédibilité de l'Europe qui est en jeu dans sa réaction, Yves Bertoncini ?

1:45
Invité

C'est un test très important effectivement pour l'Europe. Les Européens, la construction européenne, la construction européenne, elle a été très largement façonnée par les rapports avec Moscou et Washington. On s'est unis parce qu'on avait d'abord peur de se refaire la guerre, mais surtout on avait peur de la menace stalinienne, Moscou. Et à l'époque, Washington nous a aidés à lancer la construction européenne. Puis après, il y a eu un deuxième grand moment au moment de la chute du mur de Berlin, la fin de la guerre froide, Moscou vaincue. Et puis là, il y a eu nouveau un petit peu un vertige des Européens pour savoir ce qu'on fait maintenant.

Ça a été l'Union européenne, l'ancrage des Allemands dans l'Europe, l'euro, la définition. On a essayé d'une politique étrangère et de sécurité commune. On est dans un troisième moment maintenant parce que ça bouge à Moscou. Moscou a envahi l'Ukraine et l'Ukraine, on les aide à se défendre. C'est la ligne de front pour les Européens. Et puis de l'autre côté, et ça c'est effectivement extrêmement préoccupant pour les Européens, l'allié traditionnel, Washington, ne se comporte plus comme un allié et pire, est hostile, y compris jusqu'à vouloir annexer par la force, dit son président, un parcelle du territoire européen. Donc oui, il y a un test identitaire pour les Européens.

Que faire face à un double défi ? Alors sur l'Ukraine, c'était bien engagé. Sur le Groenland, c'est plus nouveau. Et de la réponse qu'ils vont formuler au cours des prochaines semaines dépendra largement l'avenir de la construction européenne.

3:11
Présentateur

David Kadi, est-ce qu'il vous semble que désormais l'Union Européenne assume le rapport de force, l'idée de puissance, la possibilité même un jour de faire usage de la force face à un pays que l'on considérait il y a quelques mois à peine comme un allié ? Alors je dirais que l'Union Européenne est devenue géopolitique, mais il lui reste à devenir stratégique. Qu'est-ce que ça veut dire ? Alors c'est-à-dire que jusqu'à 2022, l'Union Européenne ignorait en fait les rapports de force, la puissance politico-militaire. Elle considérait qu'en exportant des normes à travers le dialogue, on pouvait discipliner, influencer son environnement.

Il y a eu un réveil brutal au son des canons, au son des missiles russes qui tombaient sur l'Ukraine. Et depuis, l'Union Européenne a pris tout un ensemble de mesures qui vraiment signalent un changement de paradigme, une prise en compte de ces lignes de tension géopolitique. Pour donner un exemple concret, l'Union Européenne continue à financer la construction de ponts, de routes. Mais maintenant, ce qui est pris en compte, c'est que ces ponts soient assez solides pour permettre à des tanks, à des chars de passer d'un pays européen à l'autre pour se défendre. La vraie bascule, pardonnez-moi, elle se passe au moment du déclenchement de la guerre en Ukraine.

Il y a évidemment la Crimée en 2014, mais du déclenchement de 2022. Ou bien cette bascule, elle se joue bien plus par l'action, le discours de Donald Trump ? Alors, c'est les deux faces d'une même médaille. Puisqu'effectivement, du côté de l'Est, ça a été dit, il y a la menace. Mais du côté de l'Ouest, du côté de l'Atlantique, il y a l'incertitude. Lorsque Trump est arrivé à la Maison Blanche pour la deuxième fois, les Européens s'inquiétaient de savoir si, sous son leadership, les États-Unis défendraient leur territoire. Aujourd'hui, ils s'inquiètent de savoir si les États-Unis vont se saisir d'un territoire qui est aux Européens.

Et aujourd'hui, mais je pense qu'on va en parler, le déploiement au Groenland marque un changement ou un début de changement de stratégie à l'égard des États-Unis, non plus dans l'apaisement, en tout cas à chercher une conciliation, à chercher à faire comme ce qui avait été fait sous le premier mandat, lorsque Donald Trump disait l'OTAN est obsolète, je ne vais peut-être pas défendre tous ces pays s'il ne peut pas davantage. Réaction européenne, on augmente les budgets de défense. Depuis début 2025, c'était un petit peu la voie qui était choisie.

Là, nous sommes à la croisée des chemins et on va voir ce que les Européens vont faire dans les prochains jours, mais c'est vraiment un moment crucial. Sommes-nous, Adrien Abekassi, se contraint, forcés de rompre cette alliance atlantique que l'on avait construite pas à pas, notamment depuis 1945 ? Alors, ce n'est pas une alliance sans ombre, mais c'est une alliance tout de même que l'on imaginait solide jusqu'alors.

5:45
Invité

Elle n'est pas rompue, l'alliance atlantique.

5:48
Présentateur

Est-ce qu'on est en train de la rompre ? C'est la question, peu à peu.

5:50
Invité

Il faut espérer que non, sinon on rentrerait dans un autre monde. Mais quand même, prenons un pas de recul. On est fait une situation où un président américain menace un allié et un territoire européen d'annexion en assumant le chantage économique, en n'excluant pas l'usage de la force. C'est dit et répété plusieurs fois.

6:08
Présentateur

Pardonnez-moi, mais ça, ce n'est pas un grand coup de canif dans, justement, cette alliance transatlantique ?

6:13
Invité

De la part du président Trump lui-même, c'est une volonté qui est orthogonale à cette alliance. Ce qui se passera dépend de la réaction. Oui. Et pour l'instant, la réaction était plutôt bonne. Imaginez, un scénario aurait pu être que les Européens soient dans le déni ou ne fassent rien, qu'ils aient peur de représailles commerciales, que les États-Unis lâchent complètement l'Ukraine, qui laissent faire, que Washington puisse extorquer un accord au Danemark qui serait isolé. Ça, la conséquence, aurait été une vassalisation de l'Europe. Là, tous les discours sur l'autonomie stratégique, tout ce qu'on a fait depuis des années, la pousse européenne aurait parlé du carton pâte.

Ce n'est pas la voie qui a été prise. Dans une alliance, il y a des partenaires qui se respectent et la base. Les Européens ont pris, à mon avis, des mesures pour se faire davantage respecter, rétablir un rapport de force et jouer avec les leviers de politique intérieure américaine. Je pense qu'on y viendra tout à l'heure. Il y a quand même une grande partie du système américain qui ne veut pas rompre cette alliance. Yves Bertoncini, vous souhaitez y réagir ? L'Union européenne est un partenaire privilégié des États-Unis, à la fois du point de vue militaire, dans le cadre de l'OTAN, puis du point de vue économique.

On le rappelle souvent, c'est le plus grand flux économique et financier du monde, entre Atlantique et US. Donc, évidemment, il y a une dépendance, d'abord militaire, technologique, on le voit en Ukraine, sur certains segments, notamment les satellites de renseignement. Et puis, il y a une interdépendance économique et financière qui est très forte. Donc, les Européens hésitent. Ils hésitent en premier lieu sur ce qui est existentiel, c'est-à-dire la défense face à la menace russe. En Ukraine, l'Ukraine n'est ni dans l'Union européenne ni dans l'OTAN, mais pour les autres.

Et puis, ils hésitent à réagir sur le plan des conséquences que ça pourrait avoir du point de vue économique et financier. Mais, maintenant, ils ont quand même une situation meilleure en Ukraine, puisque les Européens, à la demande de Trump, et là-dessus, il n'avait pas tort, en font bien davantage, militairement. Il y a une coalition des volontaires qui pourrait se déployer en cas de cesser le feu, même s'il a un cesser le feu du point de vue de Poutine est improbable. Ils ont réussi à financer 90 milliards d'euros sous la base d'un emprunt pour continuer à aider l'Ukraine à partir du printemps, alors que les États-Unis ne voulaient plus.

Donc, je dirais qu'ils sont en tout petit peu meilleure posture du point de vue de ce qui est existentiel pour eux, c'est-à-dire l'évolution de l'invasion russe de l'Ukraine et le fait de repousser la menace russe. Quand on se déplace au Groenland, on pourrait dire que c'est moins important. Là, on est sur des sujets de principe. C'est un territoire européen, je crois qu'ils ont fort bien réagi, et que Trump, d'une certaine manière, nous a laissé deux mois, il n'aurait pas dû.

Parce que si Trump avait envoyé directement 5 000 bonhommes au Groenland, ce qu'il a d'ailleurs tous les droits de faire, parce qu'il y a une base américaine à Pitoufik depuis longtemps, il y a eu jusqu'à 10 000 soldats américains pendant la guerre froide, alors on nous aurait devancé. Et là, les Européens, je trouve, ont très bien joué, en envoyant des troupes, y compris des chasseurs alpins, sur lesquels on s'est gaussés.

Mais ça veut dire qu'en faisant mine de prendre au sérieux l'allié américain qui pense qu'il y a une menace russe et chinoise, en faisant mine de s'inscrire dans le cadre de la volonté exprimée par l'allié américain, ils ont placé Donald Trump dans une situation difficile du point de vue intérieur. Parce qu'effectivement, il n'est pas évident pour le peuple américain et les représentants de ce peuple de voir un président utiliser la force contre des alliés pour prendre le contrôle d'une banquille.

9:39
Présentateur

La voix du général Søren Andersen, le commandant du commandement conjoint de l'Arctique. Nous constatons bien sûr que la Chine et la Russie collaborent dans l'océan Arctique.

9:54
Invité

Nous partageons donc les préoccupations des Etats-Unis, du Canada et d'autres Etats arctiques. Et si nous voulons défendre le flanc nord de l'OTAN, nous devons simplement intensifier nos efforts. Nous devons travailler ensemble. Nous menons actuellement un exercice appelé Arctic Endurance. Cet exercice se déroulera tout au long de l'année 2026 et peut-être aussi l'année prochaine. Et ça nous permettra de renforcer notre présence ici, au Groenland et dans les environs. Nous le faisons avec les troupes danoises, mais aussi avec les troupes alliées. Pour l'instant, nous avons des troupes de l'armée danoise et des commandos français ici.

10:26
Présentateur

Arctic Endurance, quel est l'objectif, David Cadié, de cette opération au vu de la petitesse des contingents européens qui ont été envoyés sur le territoire groenlandais ? C'est du signalement politique et du signalement stratégique. C'est-à-dire qu'il ne s'agit pas avec cette force d'imaginer une dissuasion au sens d'envisager un combat potentiel entre des soldats européens et des soldats américains qui viendraient être déployés sur l'île, sur le Groenland. Plutôt, en fait, elle sert deux fonctions qui correspondent aux deux stratégies dont je parlais.

Première stratégie, un peu plus de conciliation, de dialogue, de principe, qui est en fait le logiciel sur lequel fonctionne l'Union Européenne, et qui consiste à dire que les Etats-Unis demandent à ce que la menace stratégique russe et chinoise dans le Grand Nord, en Arctique, soit davantage jugulée que les Européens fassent davantage en la matière. En déployant un petit nombre, certes, de soldats, les Européens peuvent signifier à Washington « Nous prenons en compte vos désidératas et nous prenons au sérieux ces menaces de sécurité ». Mais c'est également, à mon avis, partie prenante d'une deuxième stratégie, qui peut être une stratégie, en fait, transactionnelle. À la Trump.

Négociation, coup de bluff, levier. Et là, il s'agit en fait d'augmenter le coût potentiel, le coût politique, économique, stratégique d'une éventuelle annexion du Groenland, puisqu'on crée un dilemme stratégique pour les Etats-Unis qui, s'ils souhaiteraient annexer ce territoire par la force, ils se retrouveraient confrontés à la question de savoir comment gérer ces soldats européens déployés sur le sol. Plus qu'un déploiement en tant que tel, il faut bien comprendre que c'est une participation d'un certain nombre de pays européens à un exercice organisé par le Danemark et à la demande du Danemark.

C'est vraiment le Danemark qui est à l'initiative, qui a demandé un soutien, et plusieurs pays européens ont répondu présents. C'est d'ailleurs intéressant de voir lesquels, voir ceux qui sont présents et ceux qui ne sont pas présents. Alors justement, d'un mot sur ce point précis, David Cadier, ces pays qui se sont engagés, pourquoi l'ont-ils fait ? Pourquoi la France et la Grande-Bretagne plutôt que d'autres ? Le choix est large en Europe. Alors, la France et la Grande-Bretagne sont les deux principales puissances militaires sur le continent européen.

Elles ont aussi ce qu'on appelle une culture stratégique de projection de force, c'est-à-dire si beaucoup de pays européens sont plutôt entraînés ou préparés à défendre leur territoire, la France et le Royaume-Uni sont habitués à faire de telles missions. C'est aussi pour ça qu'ils sont en train de diriger une éventuelle force de réassurance qui serait déployée en Ukraine. D'autres pays sont des pays particulièrement solidaires du Danemark, les autres pays scandinaves, mais également les Pays-Bas et l'Allemagne. Mais il faut aussi remarquer que ces exercices étaient préparés, étaient même en cours de longue date. Simplement, ils n'étaient pas aussi publics.

En septembre, la France a contribué à faible échelle à ce type d'exercice, déjà aux côtés des Danois au Groenland. Simplement, puisque Donald Trump hausse le ton, les Européens montrent qu'ils sont prêts à s'engager auprès du Danemark. Comment analysez-vous, Adrien, avec Assis, cette opération ? On est plus, au fond, dans le brouillage stratégique que dans la volonté pure de dissuasion ?

13:46
Invité

Ça dépend de ce que vous appelez dissuasion. C'est une forme de dissuasion.

13:49
Présentateur

La volonté de montrer les muscles et de dire, voilà, après tout, on pourra éventuellement se confronter à l'armée américaine. Évidemment, non.

13:55
Invité

Alors, le but, ce n'est pas de faire la guerre aux Etats-Unis. C'est de rendre un déploiement de troupes américaines politiquement très coûteux. Tout le but, c'est de trouver des cordes de rappel pour que Trump ne puisse pas faire ce qu'il a en tête. Et donc, d'activer à l'intérieur du système américain ces cordes-là. Une dissuasion européenne, elle n'a pas besoin d'être massive. Il suffit souvent, une dissuasion, c'est un petit verrou placé au bon endroit. Le fait d'avoir des forces, si elles sont positionnées là, le président Trump veut envoyer des forces. Qu'est-ce qu'elles vont faire ? Elles ne vont pas tirer sur des Européens. Il ne peut pas donner cet ordre-là.

Sinon, c'est sûr que là, ça créerait une crise politique énorme. Donc, le but n'est pas la confrontation. C'est ce qu'il faut éviter. On peut faire des scénarios.

14:36
Présentateur

Je vais pas vous poser cette question, peut-être naïf, pardonnez-moi, mais vous êtes certain qu'il ne donnerait jamais cet ordre-là ?

14:42
Invité

Non, on ne peut pas en être certain. Mais faisons tous les scénarios. Le plus probable est quand même qu'à partir du moment où il y a une présence européenne qui était avant la présence américaine, comme le soulignait Hubert Ansini tout à l'heure, ce qui est un élément très important. Soit ça suffit à dissuader. À ce moment-là, on passe sur autre chose. C'est ce qui semble être le cas pour l'instant. Il ne parle plus de recours à la force. Pour l'instant, il partit sur des mesures commerciales, sur la coercition économique, etc.

Si ça revient là-dessus, s'il envoie des troupes et qu'il veut à un moment prendre le Groenland par la force, les Européens ne pourront pas résister face à une invasion. Mais le coup politique serait tel que... Alors là, ce serait la fin de l'Alliance Atlantique. Et très probablement, ce serait un scénario moins pire pour l'avenir de l'Europe que de n'avoir rien fait. Ils peuvent forcer une évacuation amicale, désarmée. Tout le monde verra que ça aurait été une annexion par la force. Et ce n'aurait pas été la même chose que s'ils avaient simplement négocié un accord bilatéral, un truc commercial ou quoi.

15:45
Présentateur

Vous êtes d'accord, Yves Bertoncini, au fond, tout l'enjeu d'Arctique Endurance, c'est d'augmenter le coût politique de Donald Trump.

15:52
Invité

Interne, d'abord. Il y a quand même des initiatives bipartisanes, comme on dit, pour empêcher le président d'utiliser un dollar d'argent public pour déployer des troupes contre des pays de l'OTAN. Des démocrates sont venus au Groenland ? Oui, mais pas que des démocrates. Il y a des républicains qui commencent à... qui ont rejoint le mouvement en disant que tout ça n'avait aucun sens, qu'ils empêcheraient de le faire. Et il faut rappeler que les majorités à la Chambre sont très très courtes. Au Sénat, c'est trois voix, 53, 47. Et à la Chambre des représentants, c'est 208, 213, c'est 5. Et les militaires m'arrivent là. Donc, on joue là-dessus, sur le coût politique interne.

Et je dirais que oui, il y a eu une dissuasion parce que Donald Trump, d'ailleurs, a changé de registre, vous venez de le souligner, il est reparti sur le commercial. Alors, pourquoi il ne continuait pas sur le militaire ? Pourquoi il n'envoie pas comme Venezuela des troupes qui, effectivement, plieront le match en 10 minutes et les Européens partiront ? Cela signifie que cette opération fait déjà un petit peu ses preuves ? Moi, je crois, oui.

Et je crois que, d'ailleurs, les Européens doivent prolonger les choses maintenant parce que confrontés à cette instrumentalisation de la politique commerciale à des fins politiques, cette coercition venant de l'extérieur, ils sont en train de préparer des riposes. Il y a eu un sommet européen, un conseil européen extraordinaire qui aura lieu jeudi. Et donc, je crois que Donald Trump est allé un pont trop loin au Groenland, dans la manière de s'y prendre, je dis bien. Parce que s'il avait créé le fait accompli en envoyant 5 000 parachutistes au Groenland, on serait dans la déploration. Il a laissé le temps aux Européens de s'organiser.

Je le répète, les Européens sont un peu moins dépendants de lui en Ukraine parce qu'ils ont eu un an pour se préparer au retrait annoncé des Américains. Donc, il n'est pas exclu que les Européens affichent leur fermeté et de manière efficace et puis que sinon, si c'est un fiasco européen, ils en tirent des conséquences mais au moins, ça aura clarifié les choses. J'ajoute juste d'un mot, pas forcément sur l'Alliance Atlantique, n'oublions pas nos alliés canadiens qui en font partie et qui sont tout à fait sur notre ligne, mais en tout cas, sur la participation à l'Alliance Atlantique de sa poutre maîtresse qui est les Etats-Unis d'Amérique.

17:58
Présentateur

Certains diront par ailleurs que ce n'est pas la première fois qu'il va un peu trop loin Donald Trump. David Cadier, vous souhaitez réagir ? Effectivement, il faut quand même bien garder en tête que pour l'instant, on est dans l'enregistre de la menace de la part de Donald Trump. C'est un négociateur qui cherche toujours à déstabiliser son adversaire et donc pour, en fait, mettre ferme un bas sur le Groenland, il souligne que peut-être qu'il arrivera à cette option. Mais à mon avis, ce n'est pas du tout une option qui est favorisée par les élites stratégiques américaines.

Le Pentagone, à mon avis, n'a pas envie d'avoir à planifier ce genre d'opérations et par ailleurs, je suis d'accord avec ce qui vient d'être redit, la réponse européenne, en fait, sa force, ça a été sa rapidité puisque Donald Trump est un homme de coups. Il fait des coups, il déstabilise, il prend par surprise. Là, normalement, les Européens mettent un petit peu de temps à réagir sur ces questions stratégiques, notamment lorsqu'ils passent par des institutions comme l'Union Européenne et l'OTAN. Le fait qu'elle soit une coalition de pays, là, ça a permis d'être plus rapide.

Et dernier point pour ajouter sur la vertu, en fait, de ces exercices conjoints ou de ces déploiements, ça permet aussi d'avoir plus de transparence. Avec des Européens présents, on se prévaut contre un scénario où les États-Unis prétendraient qu'il y a des troubles au Groenland qui nécessitent une intervention américaine. Donc, en fait, cette présence aussi permet cette transparence et de désamorcer une excuse qui est souvent donnée pour des annexions ou pour des coups de force, soit protéger des minorités, soit rétablir l'ordre et ainsi de suite. L'autre transformation de fond, Adrien Abekassis, n'est-elle pas diplomatique, celle-ci ?

Lorsqu'on songe, par exemple, au positionnement des Britanniques de Keir Starmer qui tentent quand même depuis plusieurs semaines, depuis plusieurs mois, de faire le pont entre l'Union Européenne et les États-Unis. On a senti depuis quelques jours une transformation dans son discours, une véhémence qui n'existe peut-être pas auparavant. Véhémence, le terme est peut-être un peu fort, mais du moins, il a raffermi son discours, le Premier ministre britannique.

19:55
Invité

Oui, je pense qu'il sent aussi le coût possible, y compris pour le Royaume-Uni, d'une rupture possible de cette alliance-là. Il sent absolument central là-dedans. Donc oui, je veux juste revenir sur ce que disait Yves-Altonsigny avant, sur comment faire monter le coût domestique. Il y a, comme ça a été souligné, une action au Congrès qu'on peut faire, tout le débat existe, il faut qu'on aille voir, il faut qu'on envoie des délégations, il faut qu'on envoie...

20:23
Présentateur

Le coût domestique, c'est le coût interne aux Etats-Unis.

20:24
Invité

Oui, c'est ça. Il y a toute une action envers les think tanks et autres pour que tout l'establishment washingtonien essaye de dire non, on ne peut quand même pas aller jusque là. Il y a deux autres leviers sur lesquels il faut qu'on joue. Le premier, c'est le levier économique, le monde de la finance, les industries. Je pense que c'est une erreur de penser qu'elles sont indifférentes au sujet de sécurité pure, même sans rentrer dans la guerre commerciale. C'est fondamental dans leur modèle à long terme et beaucoup de ces gens-là ont quand même une sorte de pensée à long terme. Et il y en a un dernier qui est l'opinion publique américaine.

L'opinion publique américaine, y compris la base MAGA du président Trump, est en fait très isolationniste. Donc ils n'ont pas envie de se lancer là-dedans. Ils ont des préoccupations domestiques. On voit, il y a des sondages qui ont été faits. 80% des Américains ne veulent pas utiliser la force pour aller au Groenland. Ce n'est pas leur sujet. Leur sujet, c'est le pouvoir d'achat aujourd'hui, pour certains, l'immigration, l'inflation. Il n'y a pas d'appétit pour une crise majeure. Il y a des idéologues autour de lui qui pensent ça, y compris de leur propre base. Et là aussi, il y a beaucoup d'actions à faire en direction de ça. Il faut être sur place.

Enfin, on a des réseaux diplomatiques pour ça.

21:32
Présentateur

On va revenir sur les sujets économiques centraux depuis ce week-end. Un mot avant cela sur l'OTAN elle-même, Yves Bertoncini. Pourquoi parlez-vous de varsovisation de l'OTAN, de l'Alliance Atlantique ? Et par ailleurs, quel est le positionnement aujourd'hui de l'OTAN ? Il est complexe à décrypter.

21:50
Invité

Alors, l'OTAN c'est une alliance de pays libres à la différence historiquement du pacte de Varsovie qui consistait pour Moscou à mettre sous son joug tous les pays satellites. Donc la varsovisation, ce serait une modification de la conception de l'OTAN du point de vue de l'oncle Sam, en l'occurrence l'oncle Donald, qui considérerait que lui décide et les autres s'exécutent. C'est déjà ce qu'on a laissé s'introduire comme idée sur le fait qu'on ne payait pas, ce qui n'a pas de sens quand il dit qu'on ne paye pas ce qu'on doit dans l'OTAN. Ce qui a du sens, c'est que les Européens n'en faisaient pas assez en termes d'efforts de défense en général et pour l'Ukraine en particulier.

Ils ont été encouragés à faire plus. Mais vous voyez, il y avait déjà quand même de la part de Donald Trump cette idée que le centre, lui, Washington, devait donner des instructions aux membres de l'OTAN. Là, c'est la même chose pour l'Ukraine. Et donc effectivement, c'est une conception impérialiste, disons les choses, de l'OTAN et puis, y compris qui s'expriment par la capture, qui s'exprimerait par la capture d'un des territoires, d'un des pays qui est dans l'OTAN et qui pourtant, il faut le rappeler, le Danemark était un allié exemplaire, y compris en termes du prix du sang payé par ses soldats lorsque, pour l'unique fois, l'article 5 de l'OTAN a été activé après le 11 septembre.

Il y a beaucoup de Danois, 39 je crois, qui sont allés mourir en Afghanistan, ce qui rapportait à la population du Danemark faisait une perte substantielle. Mais visiblement, Donald Trump n'en a cure.

23:20
Présentateur

Le secrétaire général de l'OTAN qui a échangé dernièrement avec Donald Trump n'a par ailleurs pas rappelé explicitement le principe d'intégrité territoriale. David Cadier manquait, oubliait de rappeler ce principe fondamental. Est-ce que cela vient raffermir la thèse d'Yves Bertoncini de varsovisation de l'alliance transatlantique ? En tout cas, l'alliance transatlantique est vraiment empêchée par cette nouvelle posture de l'administration américaine. Effectivement, le manque de réaction du secrétaire général de l'OTAN a été noté et lui a même été reproché.

Mais il est dans une situation où le principal contributeur à l'OTAN d'un point de vue militaire, le principal garant de la sécurité européenne, est en train de, peut-être pas changer de cap, mais en tout cas vraiment de donner des signaux qui inquiètent. Pour rebondir sur votre point sur le Royaume-Uni, je trouve que c'est effectivement très intéressant. Le changement de positionnement de Kirsten? Alors, il est encore prudent. Mais effectivement, c'est la véritable question. Pour l'instant, on est vraiment dans l'hypothétique sur l'éploiement, une éventuelle confrontation. Ça a été dit, on n'est pas dans une confrontation. Les Etats-Unis restent nos alliés. On les espère sur l'Ukraine.

Le 6 janvier, à la réunion de Paris, on a souhaité que les Américains soutiennent les efforts européens en la matière. On attend la révision des déploiements de forces américains en Europe et on ne s'attend pas à ce qu'il y ait un retrait total. Mais le défi pour les Européens, c'est véritablement de repenser leurs politiques étrangères. L'atlantisme a été le logiciel sur lequel opéraient toutes les politiques étrangères des différents Etats européens depuis des décennies. L'atlantisme, au sens de se rapprocher au maximum politiquement et stratégiquement de Washington pour assurer sa sécurité, mais aussi soutenir un ordre international qui est plutôt en lien avec les objectifs de Washington.

Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Donald Trump est en fait un bug dans ce logiciel atlantiste et c'est très difficile de changer de logiciel, de le mettre à jour. Un bug ou l'illustration d'un changement de fond, notamment le fait que les Etats-Unis, depuis Barack Obama, se tournent vers l'Indo-Pacifique, ils se détournent peu à peu de l'Europe ? Je suis d'accord avec vous. Ce n'est pas un bug, c'est le symptôme en fait que ce logiciel est un petit peu caduque. Et il y a eu des signes avant, simplement Donald Trump le fait de manière plus brusque, plus frustre.

Mais la question, encore une fois, pour les Européens et aussi pour la France, puisque la France était peut-être sur un positionnement un peu différent. Elle a été la première à théoriser cette idée d'autonomie stratégique sans pour autant réussir à entraîner un effet d'entraînement auprès des autres Européens sur ce thème. Et là, des Etats comme le Royaume-Uni, des Etats comme la Pologne aussi, c'est intéressant de voir les réactions à Varsovie face au changement de pied américain sur l'Ukraine ou sur le Groenland amènent à repenser un petit peu ces logiciels des politiques étrangères. Un mot d'économie maintenant.

Samedi, le président américain a annoncé une augmentation des droits de douane contre 8 des pays européens que nous avons évoqués jusqu'à la vente totale du Groenland. Groenland, à partir du 1er février, le Danemark, la Norvège, la Suède, la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande se verront appliquer une surtaxe de 10% sur les marchandises envoyées aux Etats-Unis. Face à cela, le président de la République française a dégainé, si je puis dire, un outil, l'outil anti-coercition.

Ce matin, dans la matinale de France Inter, Stéphane Séjourné, vice-président exécutif de la Commission européenne à la prospérité et à la stratégie industrielle évoquait cet outil nouveau dont on fera peut-être usage.

26:55
Invité

L'outil anti-coercition est en quelque sorte une arme de dissuasion. Une arme de dissuasion qui doit permettre le dialogue et surtout d'éviter l'application des droits de douane. Et donc, c'est ça aussi l'objectif que nous donnons. Encore une fois, les choses sont par étapes. Il faut constater la coercition. Je crois aujourd'hui être clair ce matin. Et puis après, ce sont les Etats membres qui doivent décider aussi et de trouver des majorités pour pouvoir l'utiliser. L'outil anti-coercition, c'est une arme de dissuasion et un certain nombre de mesures que nous pouvons paramétrer.

27:29
Présentateur

Je vois déjà sourire, Adrien Abécassis. Alors faites preuve d'une extrême clarté. Qu'est-ce que cet outil anti-coercition, c'est pas très très simple à comprendre, notamment parce qu'il n'a jamais utilisé, mais même parce que, j'allais dire, ces retombées concrètes sont difficiles à mesurer. Alors,

27:47
Invité

cet instrument précisément, c'est un règlement qui est entré en vigueur il y a deux ans, qui est tout récent, qui n'a jamais été utilisé, qui est conçu pour dissuader et pour répondre à des pressions économiques visant à forcer un Etat à faire un choix qu'il ne voudrait pas faire sous des menaces économiques. Concrètement, ça veut dire quoi ? Ça peut toucher des services, des investissements, des marchés publics, même la propriété intellectuelle. Ça peut être par exemple restreindre l'accès des entreprises américaines à des marchés publics européens. Il y a 2 trillions de flux chaque année. Ça peut être ciblé des services où les Etats-Unis ont un avantage, le numérique ou autre.

Ça peut être mettre des quotas ou des licences sur certains échanges. Ça peut durcir des conditions d'investissement. Ça peut être tout ça. Donc, c'est un instrument qui est très large. Donc, si je résume,

28:30
Présentateur

c'est contraindre de diverses manières les entreprises américaines sur le marché européen.

28:34
Invité

C'est des rétorsions économiques. Fondamentalement, c'est des rétorsions économiques. C'est fermat. C'est un bazooka. Alors, l'utiliser contre Washington, ça abîmerait très vite aussi l'économie européenne. Donc, c'est d'abord un outil de dissuasion. Ce n'est pas fondamentalement fait pour être employé. Mais avant d'en arriver là, il y a quand même tout un tas de choses. D'ailleurs, dans les discussions, bien que ce qui est discuté aujourd'hui, en plus de ça, il y a d'abord réactiver les contre-tarifs que l'Union européenne avait discuté après... Remettre en cause

29:04
Présentateur

l'accord du printemps du printemps 2025, en tout cas, amoindrir...

29:07
Invité

Cet accord, de fait, il est déjà... Si les États-Unis n'appliquent pas leur part, c'est-à-dire qu'ils réimposent des droits de douane de 10% en plus des 15% de cet accord, il n'existe déjà plus. Donc ça, on peut le dire. Mais il y avait des paquets de représailles. Il y avait 93 milliards de paquets de représailles qui sont prêts à être dégainés tout de suite. On n'a pas besoin d'aller rechercher des nouvelles actions. Ils sont suspendus. Il y a les engagements de l'accord de Turnberry. On s'engageait aussi, nous, à baisser un certain nombre de tarifs. Il y a tout ça à faire. Si ça ne suffit pas, on pourra aller plus loin.

Je rajoute que sur ces questions commerciales, le principe, dans ces cas-là, pour un État européen, c'est de jamais être isolé. Les questions commerciales se décident au niveau européen. Il faut des majorités qualifiées. On sait qu'il y a énormément de débats dedans parce que tous les États européens n'ont pas les mêmes intérêts. Et évidemment, les récipiendaires possibles de ces sanctions se font un plaisir de diviser les États européens entre eux. Donc, par principe, quand il y a quelque chose comme ça, on se parle beaucoup en européen. Et on dit des choses dont on pense qu'il peut y avoir une majorité qualifiée dessus.

30:13
Présentateur

Sur ce point, d'ailleurs, Yves Bertoncini, l'outil anti-coercition, j'y reviens, il a été brandi par le président de la République française hier. Les Allemands n'y sont pas nécessairement favorables. D'autres pays sont peut-être plus réticents à y recourir.

30:30
Invité

Oui, en effet, c'est peut-être la passion de notre président pour les manœuvres disruptives. Il a bien fait au Groenland en envoyant des troupes, en brandissant cet outil qui est utile, qu'on avait d'ailleurs forgé contre les Chinois, parce que les Chinois voulaient sanctionner les Lituaniens qui avaient reconnu Taïwan au point d'y placer une représentation diplomatique. Donc là, on se retourne vers les États-Unis, mais vous avez raison de dire qu'il y aurait des réticences. Et donc, je pense comme Adrien avec Assis, qu'il faudrait déjà utiliser les outils qu'on a à notre disposition.

Et en effet, les représailles commerciales qui avaient été préparées quand Trump avait fait sa grande offensive de printemps, les représailles commerciales, elles ont été décidées, mais on a décidé de geler leur application. En fait, c'est fabuleux, il n'y a absolument rien à faire, parce que si jamais on ne prolonge pas le gel au mois de février, elles s'appliquent. Donc là, c'est fabuleux du point de vue européen, vous n'avez besoin de convaincre personne, il faut juste laisser ce gel fondre comme la banquise du Groenland et à ce moment-là, il y aura 93 milliards d'euros.

31:32
Présentateur

Pourquoi l'Allemagne est-elle contre le recours à cet outil ? Ces intérêts sont-ils à ce point orthogonaux avec l'usage

31:39
Invité

de ce dispositif ? Compte tenu d'abord l'instinct atlantiste culturel de l'Allemagne, et ce n'est pas que de la culture, qui défend aujourd'hui l'Allemagne des missiles russes ? Ce n'est pas la dissuasion nucléaire française, jusqu'à preuve du contraire, c'est la dissuasion nucléaire américaine. Je dis bien jusqu'à preuve du contraire. Il y a aussi des intérêts économiques et commerciaux. C'est pour ça qu'elle est directement grimpée au niveau de l'outil en coercition, ce qui suppose qu'on est clairement dans une posture coercitive de Donald Trump, mais ce qui supposerait déjà de le constater. Et puis ensuite, il faudrait regarder les mesures.

On voit bien comment Stéphane séjourné est dans un verbiage pas très compréhensible sur le paramétrage des mesures. Et Adrien a tout à fait indiqué quelles mesures pourraient être prises. Mais prenons-les quand elles existent déjà. Représailles commerciales. Au printemps, les Européens avaient hésité parce que quand vous mettez des droits de douane, qui les paye ? Ce sont les Européens. Ce sont les importateurs qui payent les droits de douane. C'est d'ailleurs bien pour ça qu'aux Etats-Unis, ça va mal, y compris du point de l'inflation, parce que les droits de douane de Donald Trump pèsent sur l'économie américaine. Et donc, prenons ça. Prenons autre chose.

On parle des GAFA, mais il y a des règlements européens, le DSA, le DMA, qui avaient été forgés d'ailleurs sous impulsion française avec un rôle important de Thierry Breton.

32:55
Présentateur

La législation sur le numérique.

32:56
Invité

Appliquons-les tels qu'ils sont. Dernièrement, il y a eu des amendes. Bon, c'est vrai qu'elles auraient pu être un peu plus grandes. Appliquons ça. Vous avez parlé tout à l'heure de la finance. Bon, il y a un sommet à Davos. Les investisseurs n'aiment pas tout ce qui se passe. La dernière fois que ça a été très tendu entre l'Europe et les Etats-Unis, il y a eu un problème sur le marché obligataire américain parce qu'on a arrêté d'acheter des bons du trésor. On en a acheté moins et ça n'a pas duré longtemps. Et Trump a tout de suite arrêté avec les droits de douane à 100% ou à 50% qu'il brandissait.

Donc, en d'autres termes, il y a d'autres façons de réagir de manière un tout petit peu moins frontale mais tout aussi efficace sans forcément aller à ce stade dans l'usage de l'outil anticoercition. Mais s'il faut y aller un peu plus tard, dans quelques semaines, dans quelques mois, il ne faudra pas exclure d'y aller. Mais la dissuasion a commencé à fonctionner avec le déploiement de quelques chasseurs alpins au Groenland. Continuons. C'est ce qu'on appelait pendant la guerre froide la riposte graduée.

33:55
Présentateur

Le mot qui revient que l'on parle de défense, David Cadier, ou d'économie ou de guerre commerciale, c'est celui de dissuasion depuis le début de notre échange. Est-ce que selon vous c'est le bon terme pour illustrer la position qui est celle aujourd'hui de l'Union Européenne ? Alors, dissuasion, ça peut vouloir dire beaucoup de choses et en France, quand on pense dissuasion, on pense nucléaire. il ne s'agit évidemment pas de ça, il s'agit d'affecter plutôt le calcul coût-bénéfice de notre adversaire. Et là, c'est ce qu'on essaye de faire avec Donald Trump. D'augmenter les coûts pour Donald Trump.

En fait, chaque décision de politique étrangère est basée sur une évaluation des coûts et des bénéfices à la suivre et donc on essaye de modifier ce calcul pour Donald Trump. Mais peut-être plus encore que la dissuasion, on va commencer par de la diplomatie. Et l'ancien président américain disait que la diplomatie, c'est parler doucement tout en maniant un gros gourdin. Et finalement, en aiguisant les instruments économiques, en passant en revue les leviers, les Européens se mettent dans une position pour avoir une telle discussion. Mais ça a été dit, l'unité va être fondamentale. Et vous parliez de l'Allemagne qui est en fait moins prompte à vouloir aller au conflit.

Il y a eu une déclaration du président roumain, de la première ministre italienne qui sont aussi eux pour qui c'est vraiment un impensé que d'être dans une position de conflit avec Washington. Et l'autre chose, c'est que toutes les mesures devront être clairement liées à ce qui se passe au Groenland. C'est-à-dire, il faudra signifier aussi aux Américains que si ces actions n'ont pas lieu, ces mesures ne seront pas mises en place. Si une prochaine administration venait à revoir ces positions, ces mesures seront aussi levées. Vraiment, ça doit être un instrument. 2026, Adrien Abécassiz, 2026, c'est aussi l'année où aura lieu un G7 en France.

Est-ce que cet événement, ces rencontres peuvent être l'occasion de nouer de nouvelles alliances pour là aussi compléter cette stratégie européenne face à Donald Trump plus qu'aux Etats-Unis, face à Donald Trump ?

36:02
Invité

Oui, certainement. La présidence du G7 a déjà commencé en réalité. Elle a commencé au 1er janvier et elle se déroule jusqu'à la fin de l'année. La présidence du G7, ça veut dire que la France a un convening power pour mettre les sujets de discussion sur la table qu'il veut avec tous ses homologues.

36:16
Présentateur

Il y a de l'événement concret à Evian.

36:18
Invité

Il y a un sommet de chefs d'État à Evian. Ce ne sera pas le seul événement. Il y a des discussions ministérielles tout le temps et des discussions de Sherpa tout le temps. Ça peut être une très grande opportunité pour la France dans ce cadre-là. On voit bien que le président Trump menace d'imposer des tarifs tout de suite en février et d'escalader les tarifs en juin. C'est l'intérêt de personne d'escalader les tarifs. Les Européens ne sont pas les seuls à chercher des réponses face aux déstabilisations de l'ordre international que provoquent les États-Unis aujourd'hui. Là, il y a une opportunité de proposer des mesures de stabilisation.

Les Européens les refuseront très certainement et ça peut passer par plein de choses. Quand on est réunion, mettons un texte avec des mesures de confiance comme disent les investisseurs. proposons un moratoire partiel ou temporaire sur des nouvelles mesures commerciales, proposons un cadre de consultation sur des négociations bilataires. Les États-Unis le refuseront très probablement mais il est probable que les autres pays soient plutôt intéressés pour ça. Donc on peut utiliser cet instrument pour montrer aux États-Unis le coût qu'aurait également d'aller au bout de ça qui serait au fait de s'isoler eux-mêmes.

Et dans le grand schéma géopolitique, fondamentalement, il y a deux catégories de pays aujourd'hui qui ont des intérêts convergents communs à essayer de ne pas subir les coûts américains de ce système ni l'agressivité commerciale chinoise. Ce sont les Européens et les grands pays émergents. Si on arrive à bâtir une sorte d'axe de stabilisation avec ça, la présidence française du G7 peut être un bon levier pour ça. Et ça serait un vrai effet global.

37:56
Présentateur

Merci beaucoup à tous les trois de ces explications limpides qui parfois même donnent à espérer David Cadié, chercheur en sécurité européenne à l'IRSERM, Yves Bertoncini, consultant en affaires publiques européennes, enseignant à l'ESCP Business School et au corps des mines, Adrien Bécassis, directeur des initiatives politiques au Forum de Paris sur la paix. Merci également à celles et ceux qui ont préparé cette émission. Diane Devancet, Stéphanie Villeneuve, Antoine Hérald, Mathias Mégy. À suivre après le journal municipal, les citoyens ordinaires font-ils de meilleurs maires ?

38:28
Locuteur

Merci à tous. Sous-titrage Société Radio-Canada