Mobilisation étudiante : le président de France Universités "pas certain" que les étudiants soient en cours lundi
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 1:09FerméeRéponse partielle
Est-ce que vous pensez que lundi, à 9h, les étudiants seront devant leurs professeurs, comme le demande le gouvernement aujourd'hui ?
- 3:24OuverteRéponse directe
Est-ce que le reproche de manque de transparence sur Parcoursup est justifié selon vous ?
- 4:14RelanceRéponse partielle
Pourquoi ne pas mettre plus de transparence sur les critères de sélection de Parcoursup ?
- 5:39OuverteRéponse partielle
Parcoursup organiserait la sélection sociale, raciale, des futurs étudiants. Quel est votre point de vue ?
- 7:16OuverteRéponse partielle
Parcoursup, c'est un outil d'égalité ou d'inégalité ?
- 9:34OuverteRéponse directe
Est-ce que 15 000 places, c'est assez ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:15PrésentateurFait
« Le gouvernement a annoncé lundi le remplacement de Parcoursup en 2028 après une évolution forte de la plateforme. »
- 0:15PrésentateurChiffre
« Dès 2027, il promet aussi 15 000 places supplémentaires dans le supérieur, l'indexation des bourses et 1 milliard d'euros pour rénover les universités. »
- 3:35Invité politiqueChiffre
« Parcoursup, c'est avant tout un outil qui permet de mettre en relation quand même 1,5 million de candidats qui ont fait l'an dernier 14 millions de vœux. »
- 3:42Invité politiqueFait
« Quand vous allez sur Parcoursup, vous trouvez un certain nombre d'attendus et vous trouvez des critères pour l'acceptation à une formation. »
- 3:57Invité politiqueFait
« L'outil peut être amélioré. Je ne nie pas que l'outil génère du stress. »
- 4:57Invité politiqueFait
« Les premiers contempteurs de la plateforme Parcoursup, j'aime rappeler que ce sont les établissements supérieurs privés lucratifs qui ont fait toute leur communication sur le fait de dire « Il n'y a pas de stress, venez chez nous, vous ne passerez pas par la plateforme. » »
- 5:19Invité politiqueFait
« Parce que vous avez des formations qui sont évaluées, vous avez des enseignants-chercheurs qui sont sélectionnés sur des critères extrêmement rigoureux. »
- 5:51InvitéFait
« Parcoursup organiserait la sélection sociale, raciale, même des futurs étudiants. »
- 7:42InvitéFait
« On a promis que Parcoursup serait transparent. Le problème, c'est que presque dix ans après sa mise en place, on constate que les critères de pré-classement automatisé des candidats ne sont toujours pas rendus publics. »
- 8:28InvitéFait
« Les mécanismes correcteurs qui avaient été prévus au départ pour essayer de limiter les inégalités d'accès à l'enseignement supérieur, que ce soit les quotas de boursiers, les quotas de bacheliers professionnels, de technologiques, en fait, ils n'ont pas produit les effets attendus. »
- 8:52InvitéChiffre
« Si on regarde dans les statistiques, on s'aperçoit que la part d'enfants d'employés, d'ouvriers dans ces filières n'a pas bougé d'un iota avec la mise en place de ces quotas. »
- 10:37Invité politiqueChiffre
« On accueille 1,7 million d'étudiants dans les universités aujourd'hui. »
- 13:46InvitéChiffre
« Alors que lorsqu'ils sont en BTS, c'est plutôt 40 à 50%. »
- 15:11Invité politiqueChiffre
« Le bâti universitaire en France, c'est 25% du bâti immobilier de l'État. C'est 16 millions de mètres carrés à rénover. »
Temps de parole
- Invité25 %
- Invité politique23 %
- Invité 221 %
- Invité 317 %
- Présentateur11 %
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Après
plus d'un mois de mobilisation lycéenne et étudiante, le gouvernement a annoncé lundi le remplacement de Parcoursup en 2028 après une évolution forte de la plateforme. Dès 2027, il promet aussi 15 000 places supplémentaires dans le supérieur, l'indexation des bourses et 1 milliard d'euros pour rénover les universités. Cette semaine, à l'Assemblée nationale, l'accès à l'enseignement supérieur était au cœur du débat parlementaire. Faut-il sélectionner les étudiants ? Et si oui, sur quels critères ? Comment orienter les jeunes dans un monde du travail incertain ?
Et
puis le bac ? Doit-il donner droit à une entrée à l'université sans condition ? Ou faut-il assumer que ce diplôme ne peut pas ouvrir toutes les portes ? Pour en parler ce matin dans le grand entretien de la matinale, nous recevons avec Quentin Laffey trois invités. Julien Grenet, économiste, directeur de recherche au CNRS et directeur adjoint de l'Institut des politiques publiques. Lamrie Hadoui, président de France Université et président de l'Université Caen-Normandie. Et en duplex, Frédéric Béraud, président de l'Université de Strasbourg. Bonjour à tous les trois. Bonjour. Chers auditeurs, auditrices, vos questions et vos réactions au 01-45-24-7000 ou via l'application Radio France.
Lamrie Hadoui, est-ce que vous pensez que lundi, à 9h, les étudiants seront devant leurs professeurs, comme le demande le gouvernement aujourd'hui ?
Je l'espère, mais je n'en suis pas certain. Pourquoi
vous
doutez ce matin
?
Deux premières annonces ont été faites, qui vont dans le sens de ce que les étudiants réclamaient. Mais je pense que, pour certains nombres de personnes, le compte n'y est pas tout à fait. Qu'il s'agisse d'ailleurs de l'amont ou de l'aval de Parcoursup, c'est-à-dire de l'enseignement scolaire ou supérieur.
On va revenir dans le détail sur ces annonces. Mais avant cela, Frédéric Béraud, est
-ce
que vous partagez ce sentiment à Strasbourg aussi ? Il y a très très peu de chances de revoir la majorité des étudiants dans les salles de classe, lundi à 9h.
Alors
ça, je ne saurais pas vous donner une réponse précise à ce stade. On n'en sait rien. Il est probable, néanmoins, si j'en crois en tout cas, les déclarations d'un certain nombre de syndicats étudiants, qu'un certain nombre d'actions soient toujours programmées pour cette semaine de rentrée. Un mot sur Parcoursup, avant d'entrer, encore une fois, dans le détail des mesures gouvernementales. Julien Grenet, pourquoi c'est devenu cet objet un peu étrange de sélection, le totem de ces manifestations ? Comment vous le comprenez ? Aujourd'hui, Parcoursup à 8 ans, ça aurait pu surgir avant quand même.
Oui,
alors en fait, Parcoursup, c'est un peu devenu le bouc émissaire des failles structurelles de l'enseignement supérieur en France. Et je pense que ça émerge aujourd'hui parce qu'il y a objectivement une dégradation de la capacité de cette plateforme à jouer son rôle de régulation à l'entrée dans le supérieur. On le remarque depuis trois ans maintenant. La situation notamment des bacheliers professionnels, des bacheliers technologiques se dégrade. Le nombre de ces bacheliers qui n'obtiennent aucune proposition et qui n'obtiennent pas de proposition dans les filières qui demandent principalement, c'est
-à
-dire les BTS, les BUT. Cette proportion augmente et ça traduit pour l'essentiel une inadéquation entre l'offre dans le supérieur et le profil des bacheliers.
Lamré Hadoui, on a reproché beaucoup à Parcoursup le manque de transparence quant à la sélection des candidats. Est-ce que c'est un reproche justifié selon vous ?
Alors,
j'ai l'habitude de dire que Parcoursup, c'est avant tout un outil qui permet de mettre en relation quand même 1,5 million de candidats qui ont fait l'an dernier 14 millions de vœux. C'est quand même quelque chose d'extrêmement important et qui met à la connaissance de l'ensemble des élèves 25 000 formations du supérieur. Quand vous allez sur Parcoursup, vous trouvez un certain nombre d'attendus et vous trouvez des critères pour l'acceptation à une formation. Vous avez tout un tas de statistiques sur l'insertion professionnelle notamment. Et donc, l'outil peut être amélioré. Je ne nie pas que l'outil génère du stress.
Chez les élèves comme chez les prescripteurs de l'orientation que sont les parents, évidemment. Mais je pense que les problèmes que nous vivons aujourd'hui dans l'enseignement et dans l'enseignement supérieur proviennent particulièrement des enjeux d'orientation en amont et des questions des moyens aux universités en aval pour accueillir dans de bonnes conditions l'ensemble de
nos étudiants. Et tout de même,
Lamré Hadoui, sur Parcoursup, sur l'objet lui-même, pourquoi ne pas mettre plus de transparence sur les critères de sélection ?
On
sait que des algorithmes permettent de présélectionner le nombre gigantesque de dossiers reçus par les universités. Ça crée du stress. Les étudiants, les parents des futurs étudiants ne savent pas sur quoi fonder leur dossier. Pourquoi ne pas mettre plus de transparence, encore une fois ? Alors, si
vous allez sur Parcoursup, vous verrez que les critères sont sur la plateforme, que vous avez y compris les coefficients de pondération d'un certain nombre de ces critères. Vous nous dites que c'est transparent ? Non, je dis qu'on peut toujours améliorer les choses et qu'on a intérêt effectivement à travailler plus, mieux, à continuer à améliorer la plateforme. Mais néanmoins qu'il
y a
un certain nombre de statistiques qui s'y trouvent aujourd'hui. Vous savez, les premiers contempteurs de la plateforme Parcoursup, j'aime rappeler que ce sont les établissements supérieurs privés lucratifs qui ont fait toute leur communication sur le fait de dire « Il n'y a pas de stress, venez chez nous, vous ne passerez pas par la plateforme. » Et ce sur quoi on a échoué collectivement, de mon point de vue, c'est d'arriver à faire comprendre aux jeunes et à leurs familles qu'être sur Parcoursup, c'est un gage de qualité.
Parce
que vous avez des formations qui sont évaluées, vous avez des enseignants-chercheurs qui sont sélectionnés sur des critères extrêmement rigoureux. Et je pense qu'il aurait fallu faire, et il faudrait faire de Parcoursup, un gage de qualité de l'ensemble des formations.
Frédéric Béraud,
il
y
a
un argument qui revient très régulièrement dans la bouche et sur les pancartes des manifestants. Parcoursup organiserait la sélection sociale, raciale, même des futurs étudiants. Quel est votre point de vue ? Est-ce qu'on peut objectiver les choses sur ce sujet ? Alors, ça ne permet pas de faire une sélection, au plein sens du terme.
Non, mais c'est l'argument des étudiants.
Oui, mais parce que les étudiants peuvent se fixer effectivement sur certaines propositions, effectivement de licences ou de formations qui sont en tension. On évoquait par exemple les BUT tout à l'heure. Ça,
c
'est un élément qui est important. Après, il y a certainement un certain nombre de biais qui peuvent faire l'objet de corrections et qui ont déjà fait l'objet d'un certain nombre de corrections pour éviter effectivement de favoriser trop, je ne
sais
pas moi, des lycées de ville par rapport à des lycées de campagne par exemple. Ça,
c
'est des choses effectivement qui peuvent certainement encore être améliorées. Moi, je dirais simplement que Parcoursup, et c'est ce que disent beaucoup d'étudiants qui pratiquent cette plateforme, sa caractéristique, c'est surtout qu'elle a démultiplié le nombre d'informations auxquelles doivent faire face les différentes étudiantes et étudiants et que c'est finalement un accompagnement dans les lycées qui permettent de réduire le stress qui effectivement est généré souvent aussi par des fausses représentations qui peuvent se faire soit au travers des réseaux sociaux. On le sait, c'est un des éléments, et puis parfois aussi dans l'esprit des familles.
Julien Grenier, Parcoursup, c'est un outil d'égalité ou d'inégalité
?
Alors,
d
'abord, Parcoursup, je pense qu'un des reproches qui est adressé à cette plateforme, c
'est le
chercheur qu'on interroge,
son
manque cruel de transparence. Je rappelle que Parcoursup a remplacé admission post-bac qui avait succombé à son opacité.
D
'une certaine manière, les étudiants ne savaient pas qu'ils étaient tirés au sort en licence quand il y avait trop de demandes, ça a été révélé, ça a été un énorme scandale et on a promis que Parcoursup serait transparent. Le problème, c'est que presque dix ans après sa mise en place, on constate que les critères de pré-classement automatisé des candidats ne sont toujours pas rendus publics. Alors, il y a un peu plus de... on explique un peu mieux, mais il faut quand même savoir que plus de la moitié des formations utilisent des formules pour classer les candidats sur la base des notes avec des coefficients. Pourquoi ne pas les rendre publics ?
On peut aussi s'interroger sur la légitimité de ne pas utiliser les mêmes critères, par exemple pour une licence de droit, d'histoire d'une académie à l'autre. Et puis, surtout, les mécanismes correcteurs qui avaient été prévus au départ pour essayer de limiter les inégalités d'accès à l'enseignement supérieur, que ce
soit
les quotas de boursiers, les quotas de bacheliers professionnels, de technologiques, en fait, ils n'ont pas produit les effets attendus. Donc, il y
a
de la sélection sociale, c'est
ce
que vous nous expliquez ?
En
tout cas, il y a d'immenses inégalités sociales dans l'accès à Parcoursup, et Parcoursup n'a pas du tout joué son rôle de réduction de ces inégalités. Je pense par exemple aux quotas de boursiers, qui avaient été annoncés comme une manière vraiment de diversifier le recrutement social, par exemple des filières sélectives, les classes préparatoires notamment.
Si on regarde dans les statistiques, on s'aperçoit que la part d'enfants d'employés, d'ouvriers dans ces filières n'a pas bougé d'un iota avec la mise en place de ces quotas, pour des raisons qu'on comprend beaucoup mieux aujourd'hui, et pour lesquelles il y a des propositions très concrètes qui sont faites, qui permettraient d'augmenter le nombre de boursiers recevant une proposition de 10 000, de mieux satisfaire, de mieux remplir les quotas de boursiers, et je n
'ai
pas vu ces propositions sur la table. Alors, venons-en aux propositions justement formulées par le gouvernement. 15 000 places supplémentaires, 10 000 en BTS dès leur entrée 2027, puis 4 000 en BUT et 1 000 places universitaires liées à la licence santé. Lamriadou, est-ce que vous êtes satisfait ? Est-ce que 15 000 places, c'est assez ? On est bien en deçà des chiffres demandés par les lycéens, les étudiants, par les jeunes. On est aussi bien en deçà de nombreuses propositions formulées par différentes oppositions.
Alors
déjà, nous, on se réjouit que des places soient créées en BUT et en BTS, c'est ce qui a été dit à l'instant, parce que la situation est très hétérogène sur le territoire national, et on a vu en particulier un certain nombre de bacheliers professionnels ou technologiques qui auraient voulu avoir une place en BTS et en BUT, qui ne se voient pas proposer une place, et qui vont se retrouver par conséquent en licence générale, sur lequel ils ont moins les attendus d'une licence générale, et qui peuvent se trouver en situation d'échec. Donc il faut renverser un petit peu ce paradigme, et le fait qu
'il
y
ait
des créations de places en BUT et en BTS sont, de ce point de vue-là, une bonne chose. Donc c'est mieux que rien, mais est-ce que c'est assez ? Alors ça,
c
'est une vraie question. La question pour moi, qui est très importante, c'est de savoir quels moyens on donne pour les
universités. Oui, parce qu'est-ce que vous avez les moyens
de les accueillir, ces étudiants supplémentaires
? Il va probablement y avoir un petit peu de moyens, avec un peu d'emploi et un peu de moyens supplémentaires financiers pour accompagner ces étudiants, mais évidemment, on accueille 1,7 million d'étudiants dans les universités aujourd'hui, et ce dont on a besoin, c'est de moyens suffisants pour accueillir tous les étudiants, et pas seulement les 15 000 places qu'on va obtenir en supplément. Frédérique
Béraud,
15 000 places pour vous, c
'est bonne nouvelle ? Peut mieux faire
? C
'est bonne nouvelle sur des filières de type BUT, dont on sait qu'elles sont des filières très très en tension. Après, je rejoins tout à fait ce qui vient d'être dit, c'est-à-dire que ce n
'est
pas tant le nombre de places qui est à discuter, c'est l'adéquation d'abord de ce nombre de places avec les besoins en emploi, qui n
'est
pas question non plus d'aller ouvrir des places pour former des étudiants qui ensuite n'auraient pas accès au marché de l'emploi, et puis ça suppose effectivement des équipes pédagogiques et des bâtiments qui soient des bâtiments prêts à les accueillir. Et ça, en fonction de la licence par exemple à laquelle vous pouvez vous destiner, évidemment les investissements ne sont pas les mêmes. Ce n
'est
pas la même chose de faire des TP en chimie que de suivre un cours de droit de ce point de vue-là. Donc il est important effectivement d'avoir cette vision d'ensemble et pas juste de se fixer sur un nombre de places qui est une petite partie de la réponse aux revendications. Je précise simplement que les BUT dont on parle depuis le début de l'échange, ce sont les bachelors universitaires de technologie, ce sont un peu les nouveaux IUT dont on parlait quand j'étais
jeune. Pour donner
une idée quand même de l'ampleur, de l'écart qui reste à combler l'année dernière, on avait 30 000 bacheliers technologiques qui ont fait un vœu de BUT et qui n'ont eu aucune proposition au BUT, enfin 50 000 pardon, et 30 000 bacheliers professionnels qui ont fait un vœu de BTS qui n
'ont
eu aucune proposition. Donc on est plutôt à 80 000 étudiants, bacheliers, qui foncent des vœux vers ces filières, qui sont adaptés à leur profil, qui ne reçoivent aucune proposition. Et bien sûr, ça va dans le bon sens, mais on est très loin de la cible.
Je
voudrais qu'on donne la parole à Bernard qui vient de nous appeler au Standard de France Inter. Bonjour Bernard.
Oui, bonjour.
Vous vouliez témoigner, vous êtes un ancien professeur, c'est ça ?
Voilà, c'est ça. Je suis à la retraite depuis 9 ans, donc je lui ai donné des mots qui n'existent plus, comme le bac S. Oui. Le bac scientifique,
donc.
Le bac scientifique, oui. Donc à l'époque, moi j'étais professeur de BTS, on remarquait qu'il y avait
de
plus en plus d'élèves qui venaient du bac S
et
qu'il prenait des places dans le BTS.
Alors
il était excellent, bien sûr,
mais
en même temps, il enlevait ses places aux élèves qui venaient de lycées professionnels.
Réaction de
Julien de René.
Ce qui est vrai, c'est que ce manque de place, il se traduit par une situation assez dramatique pour les bacheliers, notamment professionnels, qui, eux, souhaitent pour l'immense majorité poursuivre en BTS. C'est que, pour une part non négligeable, ils se retrouvent, malgré eux, en licence, où je rappelle que leur taux de réussite, la chance d'obtenir la licence. C
'est
important de répéter
ces chiffres. C'est
6%. Alors que lorsqu'ils sont en BTS, c'est plutôt 40 à 50%. Pour l'essentiel, une grande partie de ces bacheliers-là, l'année suivante, vont refaire des voeux dans Parcoursup,
c
'est-à
-dire
les demandes de réorientation, ce qui va encore plus engorger le système. Et il est parfaitement légitime pour ces étudiants, parce qu
'ils
ont de bien meilleures chances de réussir en BTS, que de demander à se réorienter vers ces filières. Et ce problème, il n'est pas nouveau. Ça fait des années que la Cour des Comptes, le comité de Parcoursup, le défenseur de droit, demandent l'ouverture de places supplémentaires. Autre proposition, même recommandation du gouvernement, 1 milliard d'euros sur 3 ans pour rénover les universités sur l'immobilier. Lamré Hadoui, on imagine là que c'est une bonne nouvelle.
Ce
milliard d'euros, où est-ce qu'ils devraient être fléchés prioritairement
?
Déjà, pour 2027, pouvoir décaisser des financements sur de l'immobilier en 2027, il faut que ce soit déjà des coups partis, j'allais dire. Ça veut dire que ce sont forcément des mesures d'urgence, de sécurité, de mise aux normes, de transition énergétique.
Ça, c'est ce que vous
demandez, ou vous en avez la garantie ? Non, je pense que de toute façon, ce sera ce qui va se passer, parce que pour payer sur des constructions immobilières en 2027, ça va être la réalité des choses. Après, je rappelle que le bâti universitaire en France, c'est 25% du bâti immobilier de l'État. C'est 16 millions de mètres carrés à rénover. Donc, si à un moment donné, l'État veut réussir, j'allais dire, sa propre transition énergétique et écologique, il va falloir aider les universités. Ce milliard est le bienvenu. C'est très clair. C'est le début d'un plan pluriannuel, à mon avis, qu'il faut projeter sur un temps beaucoup plus long que ces trois prochaines années. Mais c'est effectivement
un bon début. Et c'est une revendication, là aussi, au centre des revendications des jeunes qui déplorent des conditions d'accueil universitaire justement extrêmement graves.
Frédéric Béraud, on reçoit un message de Amélie, par exemple, qui nous dit « Que pensez-vous du taux d'échec en première année et même en licence à l'université ? Est-ce qu'il
n'y a
pas aussi un problème de niveau des élèves ? Qu'en pensez-vous
? »
Alors, il y a un taux d'échec, d'ailleurs, qui n'est pas nécessairement celui qu'on voit sur un certain nombre de pancartes. Ce n
'est
pas un étudiant sur deux en licence qui échoue en première année. C'est beaucoup moins. Mais effectivement,
il
y a dans ce taux d'échec toute la question de l'adéquation entre l'attente de l'étudiant et ce qu'il peut ensuite faire dans telle ou telle formation. Et donc, je crois qu'il faut non seulement travailler à la réussite de l'étudiant en première année mais aussi à la réussite de sa réorientation tout simplement parce que je pense qu'on l'a tous vécu,
c
'est-à-dire entre les attentes que l'on avait à la sortie du bac, même si moi, ça fait très longtemps, mais il n'empêche que les attentes que j'avais à la sortie du bac et ce que je fais aujourd'hui a probablement assez peu à voir parce qu'au fur et à mesure, effectivement, il
y
a ce qu'on fait en licence, et ensuite ce qu'on fait en master. Il y a toutes ces différentes opportunités. Donc, c'est ça qu'il faut regarder de manière à accompagner l'étudiant le mieux possible et surtout à l'accompagner à des rythmes qui ne sont peut-être plus les rythmes qu'on avait en tête de passer tout du premier coup dès la première session d'exam. Il y a effectivement aussi beaucoup d'attentes de la part des étudiants de pouvoir faire une année de césure pour aller découvrir le monde du travail, pour partir faire un certain nombre d'expériences.
Et ça, je pense qu'il faut que l'université apprenne aussi à mieux l'incorporer dans le parcours d'études de nos étudiantes et nos étudiants. Mais je reviens quand même sur cette notion d'échec, Julien Grenet. Est-ce qu'il n'est pas là, au fond, le nœud du problème sur cette sélection qui ne dirait pas son nom ? Au fond, il y a un contrat très tacite dans la République française. Si t'as ton bac, tu peux aller à la fac. On peut le résumer ainsi. Or, on voit bien qu'il y
a
une sélection indue qui se fait au niveau de la première année, parfois de la troisième année de licence. Est-ce que cette sélection non assumée, c'est aussi un problème qu'il faut affronter
?
Alors, oui, il faut l'affronter, mais il faut commencer par prendre le problème dans le bon sens.
C
'est-à-dire, déjà, commencer par régler le problème des étudiants qui ne souhaitaient pas être là,
qui
avaient de bien meilleures chances de réussite dans d'autres filières, et pour lesquelles on n'a pas proposé les places nécessaires. Donc, mieux orientées. Un quart de l'échec en licence, ça vient de bacheliers qui ne souhaitaient pas y être, en fait, déjà. Donc, commençons par régler ce problème. Ensuite, il
y
a quand même le problème des taux d'encadrement en licence. La dépense, les moyens qu'on investit par étudiant sont extrêmement faibles. Je rappelle quand même que depuis 2009, la dépense par étudiant en France, d'après les chiffres du ministère, elle a baissé en euros constants de 8%.
C
'est-à-dire qu'il y a objectivement une dégradation des conditions d'apprentissage. Ça n'aide pas à la réussite.
On
a le sentiment, par ailleurs, Lamri Hadoui, que cette crise portée par les revendications lycéennes, les revendications de jeunes est beaucoup plus profonde. Il s'interroge aussi sur les mutations en profondeur du marché du travail. On pense évidemment à l'intelligence artificielle, mais à quoi servira le diplôme dans 10 ans ? À quoi servira ce qu'ils apprennent aujourd'hui dans 15-20 ans ? C'est ça aussi, au fond, la crise à laquelle ils doivent faire face
? Là
où nous ne sommes pas surpris par le mouvement et la mobilisation actuelle, c
'est
que ça fait des mois, sinon des années, que nous disons qu
'il
n'y a pas en France de politique publique cohérente, articulée sur la place de la jeunesse dans la société. Parce qu'en fait, on parle d'éducation, on parle d'enseignement supérieur, mais la problématique des jeunes, c'est aussi la question du logement,
c
'est aussi la question de la santé, c'est aussi la question du transport, des mobilités, de la culture, du sport. Et donc, en fait, il faut une politique publique cohérente, articulée, interministérielle sur la place de la jeunesse. Et donc, c'est bien tout ça, toutes ces angoisses finalement aussi sur des transitions numériques, sociétales, écologiques, auxquelles il faut essayer d'aujourd'hui d'apporter des réponses.
À ce sujet, je voudrais qu'on prenne un exemple précis. Huit ans après la loi d'orientation et réussite des étudiants, où sont les psys ? On compte un psychologue de l'éducation nationale pour environ 1500 élèves au lycée et à la fac, un psychologue pour 14 889 étudiants en moyenne. Peut-on accompagner l'orientation et la santé mentale des jeunes dont vous venez de dire que c'est si important avec si peu de professionnels ?
On a fait énormément d'efforts dans les universités avec ce qu'on appelle les services de santé étudiante. Nous avons aujourd'hui des professionnels qui accompagnent les étudiants. Mais c
'est assez ? Non, ce n
'est
pas assez. Quand on voit les dégâts dans la santé mentale des jeunes aujourd'hui, l'incertitude à laquelle ils font face justement sur cette question ?
C
'est une réalité concrète.
Je
vous donne un exemple. Dans une université comme la mienne de 35 000 étudiants, nous avons eu l'an dernier plus de 20 000 consultations. Dans notre service de
santé
étudiante, 65 % sont rattachés à la santé mentale. Donc c'est un sujet qui est un sujet absolument majeur. On a beaucoup recruté des psychologues, des psychiatres, des professionnels de santé. On a été accompagné par des chèques psy, etc. Évidemment, ce n'est pas assez. J'allais dire, dans vos statistiques, à peu près deux fois mieux qu'avant la période du Covid qui a été une mise en lumière de ces difficultés. Mais oui, il faut encore aller plus loin.
Julien Grenet, en quelques mots, cette crise générale, ces difficultés liées à Parcoursup, à quel point favorisent-ils par ailleurs l'enseignement privé,
l
'enseignement supérieur et ces écoles post-bac, justement, ce marché qui se concentre de plus en plus
? C
'est clair que c'est une tendance très lourde du système actuel puisqu'on est passé de 63% d'une cohorte au bac à 80% depuis le début des années 2010. Et l'offre publique d'enseignement supérieur a pour l'essentiel stagné. Donc, c'est l'enseignement supérieur privé qui a pour beaucoup accueilli ces nouveaux bacheliers, en particulier l'offre privée professionnelle, notamment les CFA et BTS privés. La difficulté, c'est que certaines de ces formations, notamment les écoles post-bac, sont coûteuses. Donc, ça n'aide pas à la réduction des inégalités sociales. Et puis, il
y
a une vraie interrogation sur la qualité de ces formations et sur l'insertion professionnelle réelle qu'elles offrent.
Merci. Merci à vous trois, Julien Grenet, Lamry Radouille et Frédéric Béraud. Merci d'avoir accepté notre invitation ce matin et merci à nos confrères de Strasbourg qui ont assuré le duplex. Avec vous, Frédéric Béraud.