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DébatFrance Inter (sur YouTube)· 27 août 2025 25 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsBudget & impôtsÉconomie & entreprisesSolidarités & famille

Vote de confiance pour Bayrou, vers une nouvelle crise politique et sociale ?

Au micro : Nicolas DemorandSource d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 92 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:15OuverteRéponse directe

    Avez-vous compris cette décision de François Bayrou ? Est-ce du panache ou une forme de suicide politique ?

  • 2:32OuverteRéponse directe

    Compareriez-vous cette annonce à la décision de dissoudre du président de la République ?

  • 4:47OuverteRéponse directe

    Est-ce que François Bayrou est à la recherche de son moment Mendès France ?

  • 6:14OuverteRéponse directe

    Si le gouvernement tombe, que peut-il se passer ?

  • 6:47OuverteRéponse directe

    Crise de régime, partagez-vous ce diagnostic ?

  • 10:06OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'il y a quelque chose d'italien aujourd'hui dans la vie politique française ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:33InvitéFait
    « François Bayrou anticipe ce qu'il pensait inéluctable au mois de décembre. »
  • 1:58InvitéFait
    « En passant par le vote de confiance, il s'expose à une majorité simple qui le fasse chuter. »
  • 3:46PrésentateurFait
    « François Bayrou s'est toujours battu sur la question de la dette. »
  • 5:53InvitéChiffre
    « Seuls 18% des Français font confiance à François Bayrou comme Premier ministre. »
  • 10:33InvitéFait
    « Nous expliquer que c'est parce que les Français consomment trop que nous en sommes là est assez inconcevable. »
  • 10:59InvitéFait
    « Il y a eu un excellent rapport d'Alexandre Loubet, député RN, cet été. »

Temps de parole

  • Présentateur31 %
  • Invité19 %
  • Invité 218 %
  • Invité 312 %
  • Présentateur 211 %
  • Auditeur6 %
  • Auditeur 24 %

2,4 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

France Inter, Nicolas Demorand, Benjamin Duhamel, la grande matinale. Et avec Benjamin Duhamel, nous vous proposons ce matin une table ronde sur la situation politique, peut-être la crise ouverte par la décision de François Bayrou de solliciter la confiance des députés. J'attends vos questions évidemment au 01 45 24 7000 et sur l'application de Radio France. Trois invités au micro d'Inter pour en parler, Benjamin.

0:30
Invité

Marc Lazare, bonjour, merci d'être avec nous. Historien, professeur émérite à Sciences Po, vous publiez chez Gallimard en novembre pour l'amour du peuple, histoire des populismes en France, 19e, 21e siècle. Bonjour Néla Latrousse, merci d'être avec nous, éditeuriste politique à BFM TV. Et bonjour Jérôme Sainte-Marie, sondeur en charge du campus Émera, c'est l'école de formation des cadres du Rassemblement National.

0:51
Présentateur

Soyez les bienvenus et revenons donc à cette conférence de presse de François Bayrou. Lundi, la seule annonce d'envergure a été cette décision de solliciter le vote de confiance des députés. À ce stade, les oppositions ne lui accorderont pas la confiance et sa chute est donc probable. Première question, la même à tous les trois. Avez-vous compris tout simplement cette décision de François Bayrou ? Est-ce du panache ou une forme de suicide politique ? Néla Latrousse.

1:26
Invité

François Bayrou anticipe ce qu'il pensait inéluctable au mois de décembre. Au fond, il fait ce qu'Emmanuel Macron avait fait un an avant avec la dissolution. Dissolution pour éviter la censure au moment du budget. François Bayrou utilise le seul outil institutionnel qui est à sa disposition. Enfin, l'un des seuls. Il aurait pu annoncer qu'il ferait un premier 49-3 pour mettre au défi les oppositions de le faire tomber via une motion de censure. Il choisit une voie qui, pour tout vous dire, m'a étonné car l'issue est bien plus lisible que celle d'une motion de censure. Une motion de censure, il faut absolument 289 députés pour le faire chuter.

En passant par le vote de confiance, il s'expose à une majorité simple qui le fasse chuter. Et donc, de ce point de vue-là, je l'ai analysé, peut-être me trompe, j'ai peut-être l'avenir me donnera tort, j'espère raison. Je l'analyse comme une anticipation d'une issue inéluctable et un François Bayrou qui préfère finalement choisir sa date de sortie. Marc Lazare, Néla Latrousse, comparerait cette annonce de François Bayrou à la décision de dissoudre du président de la République. On a vu le résultat et les conséquences politiques aujourd'hui. Y a-t-il la moindre rationalité dans cette décision du Premier ministre de se soumettre à un vote de confiance le 8 septembre ?

2:42
Présentateur

Alors, c'est difficile à être dans le cerveau de François Bayrou. Manifestement, d'après ce que vous, journalistes, nous dites, il y a eu un entretien fort de prévention avec le président de la République. Donc, ce serait en accord avec le président de la République. Je pense qu'il y a plusieurs calculs. Je crois qu'il ne s'attendait pas à une réaction aussi immédiate des oppositions, du Rassemblement National et du Parti Socialiste, même si le Parti Socialiste a mis un peu plus de temps que la France Insoumise. On voit bien qu'hier, lors de son réunion avec la CFDT, où il est allé à la CFDT, il a essayé de lancer quelques signes. Donc, il essaye de se battre comme un chien.

Dites-vous, vous, les journalistes, ou plus exactement, paraît-il, c'est les termes...

3:22
Invité

C'est François Bayrou qui le dit à nos confrères de l'Express. Je me battrai comme un chien.

3:25
Présentateur

Exactement. Mais moi, je crois qu'il y a un calcul politique. C'est clair. Prendre les Français... Expliquer aux Français qu'ils mettent les autres partis politiques devant leurs responsabilités, c'est en ce sens-là qu'on pourrait parler d'une forme de panache. Attention, je pense aussi que c'est quelqu'un qui n'a pas renoncé à d'autres ambitions, notamment pour 2027. Il faut quand même rappeler que François Bayrou s'est toujours battu sur la question de la dette, donc il y a une certaine cohérence. Je crois que c'est un calcul très incertain. Mais surtout, je pense que c'est du réalisme. Ça vient d'être dit. C'est l'analyse de la situation au Parlement.

Et moi, je vois deux points comme historien qui me frappent. D'une part, que la Ve République ressemble de plus en plus étrangement à la Ve République. Quatre Premiers Ministres depuis 2022. C'est absolument inédit. Et surtout, c'est le constat de quelque chose de très grave, y compris pour nos institutions. C'est-à-dire que François Bayrou était peut-être celui dont on pouvait penser, un peu aussi avec Michel Barnier, qu'il pouvait créer une forme de « démocratie parlementaire », d'essayer de redonner du pouvoir au Parlement, qui est une des grandes obsessions. On dit que le pouvoir exécutif est trop fort et qu'il fallait un peu plus de Parlement.

Il faudra essayer de comprendre ce qui s'est passé. Je pense que c'est un peu trop tôt. parce que c'est l'échec aussi de cette pratique parlementaire dont on dit souvent qu'il existe dans d'autres pays. C'est impossible.

4:41
Invité

On va y revenir sur ce point. Jérôme Sainte-Marie, retour à la Quatrième République, disait Marc Lazard. Est-ce que François Bayrou est à la recherche de son moment Mendès France, président du Conseil, qui a œuvré pendant quelques mois et qui a fini par partir bloqué par les contingences politiques ? Est-ce que c'est ce que revise, ce que recherche François Bayrou ? Je trouve cette rhétorique extrêmement indulgente. En réalité, François Bayrou se trouve dans une impasse politique totale. Il le sait parfaitement et il pratique une forme de refus d'obstacle.

Puisque j'ai le plaisir de débattre avec l'historien Marc Lazard un tout petit peu d'histoire politique, ça m'a un petit peu rappelé, voyez-vous, le refus d'obstacle de Jacques Delors quand il renonce à être candidat en décembre 1994, donc pour l'élection de 1995. Et il le dit d'ailleurs dans cette émission, il le dit, donc il y a un effet de surprise, et il déclare, oui les sondages sont bons pour moi, mais je n'aurai pas la base politique pour mener la politique que je souhaite. Là, de manière encore plus évidente, François Bayrou sait bien qu'il n'a pas cette base politique au Parlement. Et une des raisons pour lesquelles il ne l'a pas au Parlement, c'est qu'il ne l'a pas dans le pays.

Je rappellerai un sondage IFOP tout à fait récent montrant que seuls 18% des Français font confiance à François Bayrou comme Premier ministre. Donc ce n'est pas un problème d'absence de dialogue au Parlement, c'est le fait que les Français ne veulent pas de la politique qui a été proposée à travers ce budget relativement punitif et sans réforme de structure proposée par François Bayrou.

6:14
Présentateur

Et maintenant alors, si le gouvernement tombe, que peut-il se passer ? Jean-Luc Mélenchon était à ce micro hier, il a parlé de crise de régime. Vous faisiez un point d'histoire, lui aussi a fait un point d'histoire. Il évoquait 1788, soit la veille de la Révolution française, et 1957, quand la Quatrième République était à bout de souffle. Crise de régime, a-t-il dit. Est-ce que vous partagez ce diagnostic, cette analyse, Marc Lazard ? Non. Non, je crois qu'on n'en est pas encore là. Pas encore. On est dans une crise politique particulièrement grave, donc encore une fois, quelque chose qui évoque la Quatrième République, mais on n'est pas sous la Quatrième République.

Le président de la République a encore, justement, toute la Constitution à sa disposition pour agir. Donc, on est dans une situation... Évidemment, Jean-Luc Mélenchon, c'est son espérance. Ce n'est pas la première fois qu'il annonce et qu'il fait ce type d'annonce. Il est dans cette idée, j'allais presque dire obsession, de la Révolution citoyenne, en plus, avec le mouvement social du 10 septembre, donc la combinaison d'une action sociale plus d'une action politique. Il insistait sur le fait qu'on vivait un moment de bascule historique. C'est certainement un moment important.

De ce point de vue-là, je le rejoins, parce qu'en tout cas, on va voir ce que va décider le président de la République. On sait ce qu'il a comme possibilité. Il va essayer de nommer un autre Premier ministre. Normalement, avec Emmanuel Macron, il y a toujours des surprises, donc il faut faire très attention. Quel type de Premier ministre il peut trouver ? Quelqu'un de son camp ? Quelqu'un d'un autre camp ? Vous vous souvenez peut-être, Nicolas Demran, que vous aviez eu l'amabilité de m'inviter pour la notion de gouvernement technique à l'italienne ? Bon, on en avait parlé, mais tout ça est très incertain pour deux raisons.

D'une part, parce qu'il se retrouvera dans la même position qu'il est, dans la même situation qu'il est depuis 2022, pas de majorité. Et d'autre part, et là je rejoins Jérôme Sainte-Marie, oui, parce qu'il y a une impopularité, une défiance politique considérable dans ce pays.

8:12
Invité

Sinon, crise de régime n'est la latrousse, du moins, blocage institutionnel. Un budget qui doit être voté, au risque de se retrouver dans la même situation qu'il y a un an, une majorité introuvable. C'est le résultat et la donne politique que François Bayrou et le Président de la République doivent gérer aujourd'hui. Oui, et quand on dit majorité introuvable, ce que l'on dit, c'est pas de budget alternatif. C'est-à-dire qu'à ce stade, qu'est-ce qui se passe après le 8 septembre, que François Bayrou reste ou ne reste pas, votre invité Gabriel Attal le disait il y a quelques instants, il faudra trouver un budget.

Et pour l'instant, en l'état des forces politiques à l'Assemblée nationale, il n'y a pas de budget alternatif qui réussisse à convaincre une majorité de députés ou qui, en tout cas, puissent à ce stade éviter la censure du gouvernement. Et donc c'est à la lumière de cette donne-là qu'effectivement réapparaissent ces notions de gouvernement technique. Emmanuel Macron, ce qui lui incombe institutionnellement, c'est de nommé un Premier ministre.

Si ce Premier ministre est exposé à la même méfiance des députés, à cette même impossibilité de faire passer un budget dans un contexte compliqué qui est aussi celui de municipal qui arrive l'année prochaine et donc pour un certain nombre de groupes politiques, de projections dans des élections et dans une possible sanction des Français. Dans le refus du Parti Socialiste de voter la confiance et même dans l'annonce qui est faite de voter contre, il y a cette idée que 7 Français sur 10 sont opposés et que cela pourrait avoir des conséquences au moment des municipales prochaines. Donc pour l'instant, effectivement, blocage institutionnel.

Ce qui fait dire à Jean-Luc Mélenchon, mais pas seulement, mais aussi à Jean-François Copé du côté des Républicains que la solution se trouve du côté du Président de la République et que c'est à lui de reprendre l'initiative. François Copé dit carrément qu'il programme sa démission au lendemain des municipales. Sinon démission, en tout cas, Emmanuel Macron, qui avait évoqué lors de ses voeux la possibilité de référendum, peut peut-être essayer de trouver là une sortie institutionnelle. Reste à trouver la question. Jérôme Sainte-Marie ? Oui, j'ai envie de tirer encore le fil historique puisque vous me dites que Jean-Luc Mélenchon a parlé du 1788. On peut faire quelques parallèles.

Le 1788, c'est une crise financière qui est due à l'impérissie du régime, enfin d'ancien régime. Il l'a dit, hein ? Voilà. Ah bon, vous voyez, je ne l'ai pas entendu. Vous parliez comme Jean-Luc Mélenchon. Voilà. Et donc, je ne l'ai pas entendu. Mais de fait, vous avez effectivement une crise financière que le régime en place essaye de faire payer au peuple. Nous en sommes exactement là avec le discours moralisateur et assez indécent à mes yeux de François Bayrou.

10:38
Présentateur

Vous ne l'avez pas trouvé réaliste, ce discours ? Non, pas du tout. Quand on regarde les chiffres, ce n'est pas glorieux.

10:43
Invité

Nous expliquer que c'est parce que les Français consomment trop que nous en sommes là est assez inconcevable. Quand on a un pays qui, à l'issue des choix, notamment européens, prôné par François Bayrou et ses amis, par Emmanuel Macron, nous sommes dans une situation de désindustrialisation dramatique. Il y a eu un excellent rapport d'Alexandre Loubet, député RN, cet été. Jérôme Sainte-Marie, pardon, mais plutôt que de dire que c'est les Français qui consomment trop. Un problème de production, un problème, etc. est lié au choix des majorités antérieures. François Bayrou dit surtout que l'État dépense trop. Là-dessus, nous sommes d'accord. Mais c'est aussi les problèmes budgétaires.

Et si nous sommes sous la menace des marchés financiers, c'est bien parce qu'on a un problème de production qui est massif. Je continuerai la comparaison de 1788, si vous me permettez, sur le fait que 1788, ce n'est pas encore la révolte populaire. C'est la crise avec ce qu'on appelait les parlements et la journée des tuiles à Vizille, proche de mon département des Hautes-Alpes.

11:34
Présentateur

Marc Lazare, vous qui êtes un grand spécialiste de l'Italie, pays qui a la réputation d'être instable politiquement, est-ce qu'il y a quelque chose d'italien aujourd'hui dans la vie politique française ? Est-ce que nos institutions dysfonctionnent ou est-ce qu'elles se rapprochent tout simplement d'un modèle parlementaire plutôt banal ? Alors, mon cher Nicolas Demerand, cette idée que l'Italie est instable... Réputation ! Oui, réputation, mais ça s'arrête à partir de 1993-94. Voilà, donc ça remonte dans le temps. Donc il faut actualiser vos connaissances historiques, permettez-moi de vous le dire. Je ne l'aurais pas dit. Non, depuis les années 90, on a un système d'alternance en Italie.

Alors c'est vrai que depuis le début du XXIe siècle, il y a eu des moments de très grande instabilité parce qu'il n'y avait pas de majorité parlementaire. Quand même ! Voilà ! Quand même ! Merci de le reconnaître ! Je vous rattrape, je vous rattrape. Merci beaucoup ! Mais depuis 2022, justement, après plusieurs années où à chaque élection, il n'y avait pas de majorité, est sorti un gouvernement de droite dirigé par Giorgia Meloni, qui est le résultat d'une majorité de votes.

Et c'est vrai que quand on regarde les médias italiens, il y a un certain sourire un peu narquois de la part des Italiens en disant que la France est dans une situation de grave instabilité alors que nous, nous sommes stables. Donc incontestablement, et ça renvoie d'ailleurs, toujours vu d'Italie, mais je reviens juste après à votre question, que pendant longtemps, un certain nombre de partis politiques, y compris du côté de la gauche, regardaient du côté de la Ve République comme un modèle pour essayer d'avoir un pouvoir exécutif plus fort pour sortir des instabilités parlementaires. Dont je parlais ! Voilà !

Donc moi je crois que justement, ce qui est intéressant d'un point de vue historique, c'est quoi qui va se passer, quelle que soit la situation qui va sortir, quelle que soit la solution, s'il y en a une qui va sortir, je crois qu'il y a une réflexion sur les institutions, ça c'est incontestable. Certains veulent la VIème République comme Jean-Luc Mélenchon, mais quoi qu'il en soit, je pense qu'il y aura une nécessité de repenser, en tout cas les institutions de la Ve République, incontestablement.

13:38
Invité

Néla Latrousse, pour tenter d'éclairer les auditeurs qui se posent la question de l'après, au-delà du symptôme et de ce que cela dit d'une éventuelle crise des institutions de la Ve République, il se passe quoi ? Il y a un nouveau Premier ministre qui est nommé le lendemain, pourquoi il ou elle réussirait mieux ou davantage que François Bayrou ? Est-ce qu'au contraire on rentre dans l'inconnu ? Le 8 septembre au soir, si François Bayrou tombe, que se passe-t-il ? Un Premier ministre est nommé, institutionnellement. Ce Premier ministre est chargé, ça peut prendre un peu de temps.

Et puis, j'ai le souvenir que l'été dernier, l'été 2024, cela avait pris du temps pour Emmanuel Macron, pour espérer trouver le Premier ministre qui pouvait résoudre cette équation politique, c'était Michel Barnier. Il a duré trois mois. François Bayrou a réussi à passer l'écueil du budget, mais dans ces circonstances particulières d'une censure que l'on n'avait pas vue depuis plus de 60 ans. Et donc, de ce point de vue-là, le nouveau Premier ministre pourrait espérer aller à un moment de sidération dans le pays qui lui permette de faire passer un budget. Mais là encore, la perspective des municipales me fait douter de cette possibilité-là.

Et puis surtout, plus l'on approchera de la présidentielle, puisqu'on n'a pas encore prononcé la date de 2027, mais qui est de fait dans tous les esprits, plus il deviendra coûteux pour un mouvement politique d'accepter des choix difficiles. Pour tout vous dire, au-delà de ce budget 2026, ce qui m'inquiète, c'est également le budget 2027. Dans les prévisions qui sont faites par le gouvernement, l'objectif, c'est de trouver pas moins de 120 milliards d'économies, 160 même, il me semble, d'ici 2030. On est bien au-delà des 44 milliards qui sont proposés par François Bayrou. Tout cela sous le regard des marchés financiers.

De fait, pour répondre à votre question Benjamin, un nouveau Premier ministre devrait non seulement passer l'écueil de l'Assemblée nationale, mais également passer l'écueil des marchés financiers, passer l'écueil des prochaines municipales. Que se passe-t-il s'il passe un budget et si son mouvement politique est balayé aux prochaines municipales ? Est-ce que l'on n'en tirera pas tous la conclusion que là encore, les Français ont de nouveau exprimé une défiance ? Juste, d'un mot Marc Lazard, puisque là encore je sollicite votre expertise et notamment comparaison avec l'Italie, Néla Latrousse parlait de la situation financière.

Hier à ce micro, le ministre de l'économie et des Finances, Eric Lombard, pointait et pariait sur le fait que dans les 15 jours qui allaient arriver, l'Italie se financerait moins cher que la France sur les marchés financiers que ce qu'on appelle les OAT, les obligations pour refinancer la dette à 10 ans, eh bien, serait à des taux plus avantageux que la France. Là encore, pour un pays l'Italie qu'on qualifiait d'homme malade, femme malade de l'Europe, cela montre bien que cette crise, elle est beaucoup plus large qu'une seule simple crise politique.

16:25
Présentateur

Non, incontestablement. Et justement, en Italie, on en parle beaucoup de ce renversement de situation. Oui, du côté italien, ça avait commencé avec le gouvernement Mario Draghi. Alors, il y a une série de circonstances exceptionnelles. L'Anne-Georgia Meloni, du point de vue de sa politique économique, est dans la continuité de ce qu'a fait Mario Draghi. Et par ailleurs, elle bénéficie d'énormes fonds venus de la Commission européenne, ce qu'on appelle, je suis désolé de ce que je vais dire, on en est, le Next Generation EU, c'est-à-dire le programme d'aide considérable. En même temps, l'économie italienne présente aussi beaucoup, beaucoup de faiblesses en Italie.

En France, actuellement, il y a une sorte de mélanimania qui m'étonne. On la considère comme femme absolument pro-européenne, ayant réussi d'un point de vue économique, etc. Les analystes économiques en Italie sont beaucoup plus prudents. Mais incontestablement, il y a un renversement. On est à front renversé en ce moment entre la France et l'Italie sur ce sujet. On va passer au standard inter où nous attend Gérard. Bonjour Gérard, bienvenue.

17:19
Auditeur

Bonjour.

17:20
Présentateur

On vous écoute.

17:21
Auditeur

Je vous remercie. Bon, moi, je voulais dire un truc très court, très simple. Depuis hier, sur tous les plateaux de télé, on voit déjà tous les politiques de tous bords qui s'engueulent pour pouvoir dire « C'est moi qui ai raison, c'est toi qui as tort ». Moi, moi, Français, j'ai besoin d'avoir la stabilité. Moi, ce que je veux, c'est le vote de confiance à François Bayrou. Moi, ce que je veux, c'est que les entreprises ne licencient pas. Moi, ce que je veux, c'est la sécurité pour moi, les enfants et l'avenir de mon pays.

17:59
Présentateur

Vous redoutez autrement le chaos ?

18:03
Auditeur

Le chaos, nous y sommes là. Là, aujourd'hui, nous y sommes dans le chaos. J'écoute votre émission depuis le début, là, bien sûr, parce que je vous écoute tous les jours. Là, vous êtes en train de parler de l'Italie. Je crois rêver. On compare. On compare. Nous, ici, en France, nous avons des problèmes par-dessus la tête depuis des années. On a pris les gilets jaunes en pleine gueule. On a pris la Covid. On a pris des tas de trucs. Maintenant, nous devons avoir face à nous les solutions permettant de régler des problèmes liés aux intérêts de la dette, en sachant que quand nous allons faire des crédits pour l'achat d'une voiture ou d'une maison, les taux seront augmentés.

Et que font nos politiques, là, depuis hier ?

18:56
Présentateur

Ils se disputent, comme vous le disiez, Gérard. Merci infiniment pour cette intervention. La parole à Jérôme Saint-Marie, qui veut réagir.

19:08
Invité

Je retiens de cette intervention, effectivement, le fait que la plupart des Français ne souhaitent pas le chaos. Et constatent à la fois, c'est dit à l'instant par l'auditeur, que le chaos est déjà là. Donc il y a effectivement un problème, une crise politique se surajoute à la crise sécuritaire, à la crise économique, etc. Et qui, effectivement, ne me semble pouvoir être raisonnablement résolue que par un recours au vote. C'est ce qu'a dit Jordan Bardella hier. Mais effectivement, un recours au vote, notamment à l'issue d'une dissolution, voire plus.

19:38
Présentateur

Vous pensez que c'est ça la solution ?

19:40
Invité

C'est la seule façon, si vous voulez, de retrouver une légitimité pour un pouvoir qui puisse, effectivement, mener sereinement une politique. C'est pour ça, d'ailleurs, que le Rassemblement National n'est pas sur des problématiques d'agitation, mais, encore une fois, de résolution. Il y a eu toute une série de démarches. Je vais les rappeler, par exemple, la lettre écrite et envoyée par Marine Le Pen le 25 juillet dernier, qui soulevait toute une série de problèmes, dont on voit la concrétisation aujourd'hui.

Dernière chose, il faut quand même rappeler, quel que soit le propos de l'auditeur, que quand même, les trois quarts des Français, d'après les récents sondages, ne sont opposés au vote de la confiance à François Bayrou.

20:17
Présentateur

Retour au standard. Bruno, bonjour, bienvenue.

20:21
Auditeur

Bonjour, bonjour à vos invités. Oui, voilà, je voudrais savoir, pour le coup d'après, comment vont-ils s'entendre ? A l'effet, François Bayrou s'est roulé par terre pour avoir le poste. Il l'a eu, il a démontré son incompétence. Maintenant, il s'en va en jouant les victimes du genre « vous me reverrez bientôt ». Et on sait très bien que le 8 septembre, il ne va pas obtenir la majorité. Plus de 350 députés se sont déjà prononcés contre du LSI au Rassemblement National. Mais ça va être évidemment le mariage entre la carpe et le lapin. Entre le loyer de Mélenchon et le roi des selfies du Rassemblement National, ils n'ont pas une compétence.

Est-ce que là, le temps d'une émission, s'il vous plaît, ils peuvent nous montrer sur quelle décision ils seraient d'accord ? Là, maintenant, tout de suite, pendant votre émission, la dernière minute qui reste, s'il vous plaît.

21:16
Présentateur

Eh bien, écoutez, merci. Et je passe le témoin à Marc Lazard. Ça tombe sur vous pour commencer. C'est bien difficile de répondre. Dans l'état actuel, malheureusement, je ne vois pas les accords qu'il pourrait y avoir. Ce que je constate, c'est qu'effectivement, la dissolution semble inévitable. Parce que, quel que soit, encore une fois, le gouvernement qui soit en place, un Premier ministre suggéré par le Président de la République, avancé, le non avancé par le Président de la République, je pense qu'il aura de grandes difficultés à avoir une majorité. Je remarque quand même qu'il y a un parti qui n'a pas envie de la dissolution. C'est le Parti Socialiste. Boris Vallaud l'a dit hier soir.

On voit bien que le Parti Socialiste redoute la dissolution immédiate. Il n'est pas prêt. Et donc, est-ce qu'il y a là une possibilité de compromis autour peut-être d'un gouvernement technique ou d'une figure d'un Premier ou d'une Première ministre qui pourrait faire un certain nombre de concessions ? C'est peut-être la toute petite marge de manœuvre qui reste. Sinon, il y aura dissolution et effectivement, les Français trancheront.

22:19
Invité

Bruno, des tentatives ont été essayées au cours du précédent budget pour voir s'il pouvait y avoir un budget alternatif. Elles se sont soldées par beaucoup plus de recettes, mais pas beaucoup de taille dans les dépenses. Et les économistes étaient plutôt circonspects sur la faisabilité de ces budgets alternatifs. Il y a ce vote de confiance le 8 septembre. Et le 10 septembre, cette journée de mobilisation sociale, bloquons tout. Une journée de mobilisation sociale qui est vue avec pas mal de prudence du côté du Rassemblement National dont vous êtes proche, Jérôme Sainte-Marie. Est-ce que cette journée de mobilisation a encore du sens ?

Est-ce qu'elle peut encore prospérer maintenant que François Bayrou va vraisemblablement chuter le 8 septembre ? Alors, il faut toujours être très prudent avec les mouvements sociaux. On ne les voit pas venir ou quand on les annonce, ils ne se produisent pas. Mais là, on a vu cette émulsion largement médiatique autour de cette journée assez mystérieuse, ce qui n'a pas de mot d'ordre. Ce n'est pas la même chose du tout que les Gilets jaunes. Ce n'est pas une protestation assez vague, qui est désormais prise en charge par des partis de gauche qui risquent de dissuader de fait beaucoup de la base de ce qu'a été les Gilets jaunes. C'est quelque chose de profondément hybride.

Et surtout, vous savez, pour qu'il y ait un mouvement social assez puissant et sur des motifs plus ou moins politiques, il faut qu'il y ait un blocage pour le coup électoral. S'il y a eu les Gilets jaunes, c'est qu'on était en début du premier mandat d'Emmanuel Macron, qu'il n'y avait pas de représentation des forces populaires à l'Assemblée nationale. Rappelez-vous, le Rassemblement national et la France insoumise ne représentaient à eux deux que 4% des députés. Ce qui n'est pas du tout le cas aujourd'hui, où il y a une représentation assez correcte des forces politiques à l'Assemblée nationale. Et puis, ça a été dit à l'instant, il y a aussi des élections qui vont avoir lieu.

Les élections municipales, peut-être les élections législatives plus tôt que prévu, en tout cas au pire dans un an et demi. Et donc, je ne crois pas, si vous voulez, qu'il y ait les ingrédients nécessaires pour une forme de conflagration sociale.

24:13
Présentateur

Votre analyse rapide, Marc Lazard, du mouvement du 10 septembre. C'est très difficile à dire parce qu'effectivement, c'est très difficile de comprendre ce qui est en cause. Mais moi, je fais de constat, d'une part, ça exprime incontestablement une colère sociale parce qu'il n'y a peut-être pas des mots d'ordre, mais il y a des revendications. Il y a l'idée, il faut supprimer les deux jours, il faut avoir des services publics plus importants, selon les sites, quand on fait une petite recherche. Et puis, il y a l'idée, en gros, de protestation. Et moi, ce qui me frappe, c'est le fait que ça illustre une fois de plus la difficulté de médiation.

C'est quand même étonnant de voir que les organisations syndicales, les confédérations, parce qu'il y a beaucoup d'organisations syndicales de base qui participent au mouvement, mais que les confédérations, une fois plus, comme au moment des Gilets jaunes, sont un peu désarçonnées par ce mouvement. On a vu Sophie Binet, la leader de la CGT, essayer de dire c'est nébuleux, je m'en méfie, ça vient un peu de l'extrême droite. On sent que la CFDT n'y adhère pas, une partie du FO est plus favorable. Mais on voit bien que là, c'est un éternel problème, en tout cas c'est un problème historique en France, de la difficulté à avoir une forme de médiation sociale.

Merci à tous les trois, Marc Lazard, Neila Latrousse et Jérôme Sainte-Marie. Merci d'avoir été à ce micro ce matin.