La politique énergétique d'Emmanuel Macron
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Questions et réponses
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- 2:59OuverteRéponse directe
Quel est le poids de la Russie dans la campagne présidentielle et la relance du nucléaire annoncée par Macron ?
- 3:54OuverteRéponse directe
Aurélie Filippetti, vous critiquez la venue de Macron à Belfort. Pourquoi ?
- 7:03OuverteRéponse directe
Brice Couturier, vous répondez sur l'affaire de Belfort. Quel est votre point de vue ?
- 9:59OuverteRéponse directe
Gérard Courtois, politiquement ce plan est-il solide ?
- 12:59OuverteRéponse directe
Giuliano da Empoli, quel est votre regard politique sur cette annonce ?
- 18:23OuverteRéponse directe
Aurélie Filippetti, vous parlez de faille béante en Europe. Expliquez.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:13PrésentateurChiffre
« La France possède aujourd'hui l'électricité la plus nucléarisée à 70% et donc la plus décarbonée. »
- 2:20PrésentateurFait
« Mais ce pourcentage va mécaniquement diminuer, même si on construit de nouveaux réacteurs, on ne sera pas dans le tout nucléaire et la loi prévoit toujours 50% en 2035. »
- 2:29PrésentateurChiffre
« Enfin, les énergies renouvelables alimentent 19% de la consommation française, bien en dessous de l'objectif de 23% que nous avait fixé l'Union Européenne. »
- 4:03IntervenantChiffre
« 5000 suppressions d'emplois, 1200 rien qu'à Belfort. »
- 7:25IntervenantFait
« Il faut rappeler qu'en France, aucun nouveau réacteur n'a été mis en service depuis 1999. »
- 8:43IntervenantFait
« Il est bien évident que nous avons besoin d'une indépendance énergétique et cette indépendance énergétique, le nucléaire peut nous la fournir. »
- 9:28IntervenantFait
« Macron, qui n'a jamais été foncièrement hostile au nucléaire, vous vous souvenez que la Convention citoyenne pour le climat, comme par hasard, avait fait l'impasse sur l'énergie nucléaire. »
- 10:42IntervenantChiffre
« Il faut un très gros effort de sobriété énergétique dans les 20-30 ans à venir, moins 40% de consommation d'énergie globale. »
- 15:41IntervenantFait
« Il faudra des investissements publics considérables. »
- 15:46IntervenantChiffre
« EDF est endetté à hauteur de 40 milliards actuellement. »
- 15:51IntervenantChiffre
« 1 EPR 2, sur le... d'après les estimations actuelles, se situe autour de 8-9 milliards par unité. »
- 31:46IntervenantChiffre
« La production d'électricité a été assurée en France par l'énergie nucléaire à hauteur de 67%, en baisse de 4 points d'une année sur l'autre. »
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Bonjour et bienvenue pour ce nouveau numéro de l'Esprit Public en direct jusqu'à midi avec la professeure de littérature à Sciences Po et ancienne ministre Aurélie Filippetti, le journaliste essayiste Brice Couturier, auteur de Hockey Millennials, le président du groupe de réflexion Volta Giuliano da Empoli et le journaliste Gérard Courtois qui nous racontera à partir de demain sur le site de France Culture ces journées qui ont fait basculer les campagnes présidentielles. Premier épisode à suivre, le moment clé qui a entraîné la mise en ballotage du général de Gaulle en 1965. J'avais envie de vous demander Gérard si ce moment était arrivé en 2022 mais on ne le sait qu'après, par définition.
Il arrive qu'on le sache pendant la campagne, quand François Bayrou se sacrifie pour Emmanuel Macron au mois de février 2017, ça fait bouger les lignes de manière tout à fait significative. Quand Jacques Chirac en 1974 soutient en réalité Valéry Giscard d'Estaing et non pas le candidat de son grand chabon d'Elmas, ça fait aussi bouger les lignes. Et donc ce moment n'est pas encore arrivé.
Arrivée là en 2022, Bayrou 2017, c'était il y a exactement 5 ans, c'était le 22 février 2017. 65 2017 donc le jour où la campagne a basculé à découvrir dès demain sur franceculture.fr. Au sommaire de nos débats aujourd'hui, le poids de la Russie dans la campagne présidentielle et la relance de l'énergie nucléaire annoncée ou promise par le président et quasi-candidat Emmanuel Macron.
Il nous faut, à côté de cet effort historique en matière d'énergie renouvelable, il nous faut reprendre le fil de la grande aventure du nucléaire civil en France.
Emmanuel Macron jeudi à l'usine générale électrique de Belfort, discoursant devant une immense turbine arabelle, celle qui devrait équiper les 6 futurs réacteurs EPR de deuxième génération, pour une première mise en service en 2035. D'ici là, pour faire face à l'augmentation attendue de nos besoins électriques, Emmanuel Macron a promis d'accélérer sur le renouvelable et notamment sur l'éolien en mer avec l'objectif d'une cinquantaine de parcs en 2050. Quelques chiffres repères avant d'entamer nos tours de table. La France possède aujourd'hui l'électricité la plus nucléarisée à 70% et donc la plus décarbonée.
Mais ce pourcentage va mécaniquement diminuer, même si on construit de nouveaux réacteurs, on ne sera pas dans le tout nucléaire et la loi prévoit toujours 50% en 2035. Enfin, les énergies renouvelables alimentent 19% de la consommation française, bien en dessous de l'objectif de 23% que nous avait fixé l'Union Européenne, mais au même niveau que l'Allemagne qui avait un objectif moins élevé. Ce pari nucléaire est déjà l'un des grands sujets du débat présidentiel, sujet éruptif notamment, mais pas seulement, notamment parce que le mouvement écologiste en France et en Allemagne s'est largement construit sur le refus du nucléaire. Qui veut commencer ? Aurélie Philippetti.
Oui, alors d'abord plusieurs choses. Tout d'abord peut-être un petit mot quand même sur Belfort et sur le lieu de cette annonce du président de la République. Puisque quand même il faut rappeler l'histoire de Belfort. Moi je trouve que là, Emmanuel Macron, on le voit, il est avant tout en campagne électorale et donc le candidat Emmanuel Macron veut essayer de faire oublier le passé, le passif du ministre de l'économie Emmanuel Macron qui est quand même celui qui a signé la vente de la branche énergie d'Alstom à General Electric en 2015-2016, c'est la signature. Donc c'est, et auparavant il avait appuyé cette vente lorsqu'il était secrétaire général adjoint de l'Elysée.
Donc c'est quand même assez étonnant, voire culotté de sa part je dirais, d'aller à Belfort alors qu'il y a eu depuis cette vente et contrairement à tous les engagements qui avaient été pris par General Electric, 5000 suppressions d'emplois, 1200 rien qu'à Belfort. Donc ça a été une catastrophe pour l'emploi, pour les salariés et une absurdité en termes de politique industrielle. Donc je crois que s'il y a vraiment un domaine sur lequel le président Emmanuel Macron peut et doit être critiqué, c'est vraiment sa politique industrielle. Et il a initié un mouvement inverse qui va faire revenir cette branche de General Electric.
Il fait racheter par EDF, il oblige EDF à racheter donc les turbines Arabelle, c'est-à-dire le fleuron qui avait été vendu en 2015. Donc on est dans une espèce de mécano industriel qui relève plus d'ailleurs de l'activité presque de la banque d'affaires, j'allais dire. On achète, on revend, on achète, on vend. Au passage, il y a des milliers de suppressions d'emplois et une perte de savoir-faire, une déstabilisation de ce qui était un fleuron français avec Alstom.
Donc vraiment, aujourd'hui, venir nous vanter la souveraineté industrielle, la reconquête industrielle de la France par le nucléaire, indépendamment du fonds et de la question de la politique énergétique, mais je trouve que c'est quand même gonflé. Il aurait pu au moins faire un mea culpa. Et en fait, on nous a servi tout le contraire, on nous a servi une légende comme quoi, en fait, il n'aurait pas été celui qui, au fond, a poussé par une certaine vision. La vision qu'on connaît bien, qu'on a beaucoup entendue en France, d'ailleurs, au cours des 30 dernières années, du fait que, finalement, l'industrie, ce n'est pas moderne, l'industrie, ce n'est pas l'économie de l'avenir, etc.
Et aujourd'hui, il y a une espèce de changement de pied, mais parce qu'on est en campagne électorale. Donc finalement, qu'est-ce que sera la politique industrielle d'Emmanuel Macron s'il avait un deuxième mandat pour 5 ans ? On n'en sait rien, puisque de toute façon, il change de pied en permanence. Voilà. Ça, c'est vraiment pour, je dirais, l'aspect, le lieu, Belfort, et rappeler cette histoire qui a quand même été absolument tragique. Par ailleurs, le cadre Frédéric Pierucci a été en prison pendant 14 mois aux Etats-Unis. Il y a des histoires d'influence des Etats-Unis dans cette vente. Et le directeur général de General Electric, Hugues Bailey, est un ancien conseiller d'Emmanuel Macron.
Donc on est aussi dans des questions de conflits d'intérêts qui, à mon avis, sont au cœur d'un certain nombre de problèmes dans la construction de notre politique industrielle aujourd'hui. Il faut défendre les intérêts de la France, de notre pays, en matière industrielle, les intérêts des travailleurs, des salariés français, les intérêts des ingénieurs. Il faut avoir une vision qui soit au service de l'intérêt général et non pas au service de quelques intérêts particuliers. Je crois que ça, c'est vraiment essentiel, et c'est ça qui a failli et qui a pêché au cours des dernières années.
Qui veut répondre ? Brice Couturier.
Oui, alors pour répondre sur l'affaire de Belfort, moi, Belfort, c'est un autre symbole. Il y avait derrière le président de la République, il y avait Jean-Pierre Chevènement, qui est quand même le grand homme de Belfort, et que le président avait amené dans ses bagages et qui approuvait manifestement la décision prise de renouveler avec l'énergie nucléaire. Maintenant, quant au problème de compétence, de la perte de savoir-faire qu'on a dans le domaine du nucléaire, elle est une évidence. Il faut rappeler qu'en France, aucun nouveau réacteur n'a été mis en service depuis 1999.
Donc, ça fait déjà longtemps que cette filière, en réalité, souffre d'un manque, d'un désamour, en réalité, de la classe politique toute entière. Et le fait qu'il y ait un tournant, de ce point de vue-là, du président Emmanuel Macron sur ce sujet, me paraît plutôt une bonne nouvelle. Maintenant, quant au fait qu'il s'agit de la campagne électorale et que c'est une annonce qui peut-être sans lendemain, parce que si Emmanuel Macron n'est pas réélu, les engagements qu'il prend aujourd'hui ne seront évidemment pas tenus nécessairement par ses successeurs. Moi, je pense qu'il s'agit plutôt d'une affaire de conjoncture historique.
Il ne faut pas oublier que le plan Mesmer de 1974, 1974, c'est justement l'année qui suit l'embargo pétrolier de l'OPEP, le plan Mesmer de construction de centrales nucléaires, de plus grands travaux jamais entrepris dans ce domaine dans un pays en France, ce plan Mesmer, donc, il était lié, effectivement, au fait qu'on manquait de pétrole. Aujourd'hui, nous sommes dans une situation historique à peu près comparable avec la menace que Poutine, si nous osons protester contre l'invasion et l'annexion de l'Ukraine, risque de nous couper le gaz, en particulier le Nord Stream 2, que les Allemands chérissent et qui fournit la majorité de leur gaz.
Dans cette conjoncture, il est bien évident que nous avons besoin d'une indépendance énergétique et cette indépendance énergétique, le nucléaire peut nous la fournir. C'est une énergie propre, c'est une énergie bon marché et il était urgent qu'Emmanuel Macron se débarrasse de ces ministres qui luttent au sein de son gouvernement contre cette tendance et réhabilite, en réalité, la filière nucléaire qui a été un des grands succès industriels de ce pays. De qui s'est-il débarrassé ?
Il ne s'est pas débarrassé, mais disons qu'il a cessé d'être sous l'influence de Nicolas Hulot qui était, comme chacun sait, très hostile au nucléaire, qui est parti et c'est plutôt une bonne chose pour l'équilibre interne au sein de ce gouvernement puisqu'on voit que Macron, qui n'a jamais été foncièrement hostile au nucléaire, vous vous souvenez que la Convention citoyenne pour le climat, comme par hasard, avait fait l'impasse sur l'énergie nucléaire. Et tout le monde s'en était avisé, on disait que c'était plutôt bizarre. Et je pense qu'il y avait quelques conseillers élyséens qui avaient suggéré qu'on n'aborde pas trop cette question, qu'elle reste ouverte.
Voilà, elle n'est plus ouverte, maintenant elle est fermée et les décisions sont prises. Encore une fois, ces décisions n'auront d'effet que si Emmanuel Macron est réélu ou si son successeur éventuel accepte de prendre en charge un programme qui, ne l'oublions pas, porte jusqu'en 2050, d'après les déclarations du Président de la République. Gérard Courtois, sur le papier, ce plan dévoilé par Emmanuel Macron à Belfort, il y a trois jours, paraît solide, sur le papier. Politiquement, il est habile. La seule question, et ça renvoie, ça rejoint une des observations d'Aurélie Filippetti au début, c'est est-ce que sur ce terrain, Emmanuel Macron est crédible ?
Alors, moi le plan me paraît solide pour des raisons, voilà, il rejoint grosso modo les principales recommandations du rapport RTE, le transporteur d'électricité en France du mois d'octobre, un rapport très fouillé, qui disait trois choses que reprend Macron. Un, il faut un très gros effort de sobriété énergétique dans les 20-30 ans à venir, moins 40% de consommation d'énergie globale, sans, ajoute Emmanuel Macron, sans perte de qualité de vie ou sans perte, sans décroissance, pour dire les choses rapidement.
Pardon de le préciser, 40% moins de notre consommation pour nos usages actuels, sachant que l'augmentation des besoins en électricité sera très forte, et notamment dans l'industrie pour verdir ou pour électrifier tous les secteurs de l'industrie lourde. Donc globalement, ça fait une augmentation importante de la consommation électrique.
C'est une augmentation qu'il fait d'un effort très significatif sur les renouvelables. Les annonces sur le nucléaire ont un peu éclipsé cet aspect-là du plan. Alors, toujours, encore une fois, sur le papier, multiplier par 10 le photovoltaïque avril en trois décennies, créer 50 parcs éoliens marins, tout ça paraît tout à fait, voilà, aller dans le bon sens. Et il rejoint également le rapport RTE pour dire le tout renouvelable serait trop coûteux, demanderait un effort que même les plus dynamiques en Europe sur ce terrain-là n'arrivent pas à fournir. Donc il faut relancer effectivement le nucléaire. Et avec, bon, c'est 6 EPR annoncés à horizon de 2035, plus 8 ultérieurement, etc.
Alors, politiquement, moi je pense que c'est habile, pour des tas de raisons. Parce que ça permet au président de continuer à dévoiler, à décliner son programme sans se déclarer. Bon, c'est ce qu'il fait depuis maintenant trois mois, grosso modo. À chaque fois qu'il intervient, il intervient en tant que président, mais au passage, il dit voilà, voilà mon projet sur la sécurité, voilà mon projet sur le nucléaire, enfin sur l'énergie, etc. Bon, c'est pas, c'est pas, c'est pas, il n'est pas interdit d'être habile dans ce genre de situation.
Ça permet également à Macron, et là c'est beaucoup plus précis, à mon sens, de couper là sous le pied des propositions de la droite et de l'extrême droite, qui les uns et les autres, que ce soit Mme Le Pen, M. Zemmour ou Mme Pécresse, se sont prononcées pour la relance du nucléaire. Et au fond, Emmanuel Macron, voilà, Mme Pécresse dit 6 EPR nouveaux, Mme Le Pen dit 6 EPR nouveaux, M. Zemmour dit 14 EPR tout de suite, ah, formidable, et que fait Emmanuel Macron ? Il dit, on va en faire d'abord 6, puis ensuite 8, et ben voilà, je fais la synthèse au fond. Et d'une certaine manière, il apparaît comme, j'allais dire, le mieux disant sur ce terrain-là. En tout cas le plus équilibré,
parce que Le Pen et Zemmour ont promis d'en finir avec l'éolien.
Avec l'éolien, en tout cas, avec l'éolien terrestre. Et enfin, et sur le plan politique, je pense que ça permet à Emmanuel Macron d'installer dans la campagne des thèmes qui seront, à mon sens, des thèmes structurants de son, voilà, du discours à venir du candidat. Confiance dans la science et la technologie pour affronter le problème du dérèglement climatique, maîtrise de la souveraineté énergétique, maîtrise de la facture énergétique des Français. On sait actuellement à quel point elles pèsent sur le pouvoir d'achat qui est leur préoccupation numéro un. Alors, la question, effectivement, derrière tout ça, c'est Emmanuel Macron est-il crédible ?
Alors, Aurélie rappelait tout à l'heure l'épisode Belfort et les fameuses turbines vendues à General Electric. Mais on peut quand même ajouter que ce qu'il propose aujourd'hui est aux antipodes exacts de ce qu'il proposait il y a 5 ans. Bon, première chose. Et la deuxième chose...
C'est-à-dire, il y a 5 ans, pour préciser, il était fixé sur la loi de programmation énergétique et la fermeture d'une douzaine de... D'une douzaine de réacteurs et la fermeture de Fessenheim qui a été enterrinée par lui.
de François Hollande précédemment. Donc, ses adversaires ont parfaitement beau jeu de dénoncer cette espèce de volte-face, soit électoraliste, soit opportuniste, etc. Bon, ça c'est évident. Mais plus sérieusement, me semble-t-il, tout ça est quand même suspendu à une série de conditions énormes, conditions de financement. Et sur toutes ces conditions, Emmanuel Macron a été très évasif. Bon, à ce stade, en tout cas. Financement, il a dit, il faudra des investissements publics considérables. Oui, y compris parce que EDF est endetté à hauteur de 40 milliards actuellement et que 1 EPR 2, sur le... d'après les estimations actuelles, se situe autour de 8-9 milliards par unité.
Donc, à l'arrivée, 50 milliards pour les 6, à peu près. Aujourd'hui, ce qu'on évalue aujourd'hui... Aujourd'hui, sans compter, évalué par EDF. Et on sait que Flamandville... C'est comme pour le PR1, on est passé de 3 milliards à 19 milliards. À 12-13 milliards de coûts de construction, plus les frais financiers. Donc, quel financement ? Quelles ressources humaines ? Maurice Couturier le disait, il y a eu... Ce secteur a été en jachère pendant 2 ou 3 décennies, en réalité. Et il y a eu une perte, effectivement, quand on... Les rapports sur pourquoi Flamandville a rencontré autant de difficultés, une des conclusions, c'est une perte de qualité des ingénieurs et de... De savoir-faire.
De savoir-faire. Et enfin, et j'ajoute, parce que ça a été glissé comme ça par Emmanuel Macron, il a dit, il faudra accélérer les procédures, et notamment sur l'éolien. Bon, eh bien, on va voir. On sait qu'en Allemagne, il faut grosso modo 3 ans pour mettre en chantier et réaliser un parc éolien. En France, c'est à peu près 7 ans. Comment fait-on pour surmonter les réticences ? Alors, il ne le fait pas. Oui, il le fait beaucoup moins sur l'éolien terrestre, mais même sur l'éolien marin, on sait que les pêcheurs, notamment, sont vent debout contre ces projets. Et j'ajoute un point qui est quand même assez singulier, c'est que, dans toute cette histoire, on est à horizon de...
Allez, 8 à 10 ans pour les renouvelables et 15 à 25 ans pour le nucléaire. Qu'est-ce qu'on fait entre-temps ? Qu'est-ce qu'on fait entre-temps ? Et entre-temps, on sait quel est le constat aujourd'hui. C'est les risques de pénurie, c'est le risque que les robinets du gaz soient fermés par la Russie, c'est l'augmentation vertigineuse de la facture énergétique des Français. Donc, qu'est-ce qu'on fait dans les 5 ? Par exemple, je dirais tout bêtement, pendant la durée d'un prochain mandat.
Je crois que pour l'éolien en mer, les échéances sont un peu plus rapprochées. Il y a 7 parcs en projet, un qui sera mis en service l'an prochain. Cette année, oui. A la fin de l'année, celui de Saint-Nazaire. Giuliano Daempoli, le nom de votre think tank Volta ne doit pas laisser croire que vous êtes un spécialiste de l'électricité ou du nucléaire. Néanmoins, quel est votre regard ?
Écoutez, justement, n'étant pas un spécialiste d'énergie, je me posais plutôt la question politique. Et maintenant, en écoutant Gérard Courtois, je me demandais, alors, quel est le degré d'habileté d'avoir posé ce thème aujourd'hui de la part de Macron ? Parce que, d'un certain point de vue, dans une campagne électorale, on a quand même plutôt intérêt à poser, à mettre au centre les thèmes sur lesquels on est fort. Donc, on va essayer d'imposer des clivages sur des sujets sur lesquels on peut penser d'avoir une majorité de l'opinion ou, disons, une expérience forte.
Alors que, justement, dans le cadre de la politique énergétique, on voit bien que, sur la base de ce qui a été dit, le bilan du président Macron n'est pas, disons, tout à fait linéaire. Donc, une belle expression. Je note cette expression.
Bilan pas linéaire.
A priori, l'intérêt de poser ce thème de façon forte à deux mois des élections, on pourrait un tout petit peu en douter. Je crois que, par contre, Macron a été forcé forcé de poser le thème parce que c'est un thème d'une urgence et d'une actualité dramatique. Bon, on connaît évidemment la question qui est liée à la transition climatique, à son bilan sur ce front-là aussi. Et donc, bon, ce thème, on sait que l'énergie nucléaire a été déclarée très récemment par la Commission européenne comme une énergie de transition qui peut conduire donc vers des politiques de réduction des émissions. Et donc, bon, il y a le versant climatique.
Mais après, il y a en effet deux urgences qui sont assez dramatiques. Donc, une, les deux, en réalité, ont été un tout petit peu évoquées. La première, c'est la crise ukrainienne et donc cet enjeu de souveraineté qui est immédiat parce que là, on va dans les prochains jours et dans les prochaines semaines connaître le dénouement de cette histoire-là. Il faut quand même se rappeler que le 50% de l'apprivoisonnement européen en gaz provient de la Russie. Et donc, l'idée qu'il puisse y avoir une interruption là pourrait avoir des conséquences dramatiques. Et sur ça, en effet, le nucléaire et la souveraineté ou la partielle souveraineté énergétique française a un poids considérable.
Mais après, surtout, il y a le thème politique et il y a le thème de l'inflation qui, dans tous les pays, qui est très lié à l'augmentation des prix de l'énergie. Par exemple, en Italie, qui est un pays qui dépend beaucoup des approvisionnements d'hydrocarbures de l'étranger. et le budget énergétique des familles a grimpé entre 80 et 100% l'année dernière. Donc, il a doublé les entreprises. Il y a des entreprises en Italie qui font faillite aujourd'hui parce qu'elles n'arrivent plus à payer le coût de l'énergie.
En Allemagne, on a vu que l'inflation est aujourd'hui entre 5 et 6% et on connaît non seulement le poids de l'inflation sur l'économie mais aussi le poids de l'inflation sur la psychologie allemande et là où ça peut mener. Et tout ça est lié de façon très nette à l'augmentation des coûts de l'énergie. Et ça risque de créer dans beaucoup de pays des mouvements qui, du coup, vont être instrumentalisés par des forces instrumentalisées ou chevauchées ou chapeautées par des forces politiques où il y aura un backlash, une réaction contre les politiques de transition énergétique et de réduction des émissions de gaz qui risquent d'être considérable. Alors là, ce sera les gilets jaunes puissance 10.
si on se rappelle quand même que le mouvement des gilets jaunes à l'origine était parti de la taxe carbone, là on parle de quelque chose qui risque d'avoir un impact politique beaucoup plus considérable à l'échelle européenne. Donc c'est un thème véritablement central aujourd'hui dans le débat politique.
Puisque vous prenez cette vision européenne Julien O'Dampoli, je suis frappé après le discours d'Emmanuel Macron de voir à quel point la France et l'Allemagne prennent des voies radicalement divergentes aujourd'hui puisque pour compenser l'intermittence des énergies renouvelables, la France fait donc le pari du nucléaire et de la construction de nouveaux réacteurs tandis que l'Allemagne fait le pari du gaz avec la construction de nouvelles centrales à gaz qui sont programmées et en espérant que ce gaz par des innovations technologiques devienne de plus en plus propre avec le renfort aussi de l'hydrogène. C'est vraiment un choix stratégique qui est en train de s'opérer Aurélie Filippetti.
Oui, c'est vraiment la faille béante de l'Europe puisque au fond chaque pays prend une stratégie différente de son voisin et presque comme si nous n'étions pas interconnectés. Ce qu'il faut comprendre en matière d'énergie c'est qu'on est tous interconnectés. la France fournit l'Italie, l'Allemagne, la Belgique en énergie nucléaire quand ces pays en ont besoin mais nous on importe aussi de ces pays. Si, ça arrive. Ça arrive, laissez-moi. Parce qu'en fait, le problème numéro 1 de l'électricité c'est le moment de la pointe.
Quand on est en pointe à ce moment-là on est obligé d'importer même nous en France on n'est pas complètement grâce au nucléaire on n'est pas complètement indépendant autarcique, autonome ce n'est pas vrai parce que quand on est en période de pointe on est obligé d'importer l'électricité qui vient d'Allemagne d'ailleurs du reste du réseau européen et c'est pourquoi d'ailleurs les prix augmentent. C'est pourquoi le nucléaire ne nous garantit pas des prix bas. Pourquoi ? Parce que en fait le prix il est fixé par le coût marginal de kWh c'est-à-dire le coût qu'on va payer au moment où on est en pointe donc ce prix est aligné vers le haut sur le prix du gaz.
Donc ça fait que le réseau européen d'énergie et d'électricité est totalement interconnecté mais que par ailleurs il y a des stratégies individuelles de chaque pays qui sont effectivement contradictoires. Avec le paradoxe supplémentaire c'est qu'aujourd'hui France et Allemagne viennent au prix d'un lobbying intense auprès de la commission européenne d'obtenir chacun de leur côté le fait que pour nous le nucléaire pour l'Allemagne le gaz soit considéré comme des énergies vertes donc susceptibles de recevoir ou de transition disons vertes pour simplifier mais pourquoi ?
Pour permettre justement qu'il y ait des investissements y compris privés qui soient en quelque sorte avalisés au nom de la transition écologique.
Donc voilà là il y a un problème européen deuxième problème c'est pour moi quand même un problème démocratique dans les annonces du président de la république c'est à dire qu'on a fait voter des lois ça fait un certain nombre d'années mais il y en a eu encore une à la fin de l'année 2019 qui établissait une méthode en disant on va faire une loi sur l'énergie et sur notre stratégie énergétique qui va nous permettre qui doit donc passer avant 2023 pour permettre de définir une stratégie bas carbone d'un côté et pour établir les grandes lignes de ce qu'on appelle la programmation pluriannuelle de l'énergie donc ça c'est un processus qui est discuté devant le parlement et là le président de la république fait une annonce qui engage la France pour les allez au bas mot 40-50 prochaines années et il le fait sans aucune concertation avec le parlement avec les partenaires
mais il est vraisemblable qu'il faudra une nouvelle loi
c'est ce qu'a fait savoir
l'Elysée
en tout cas c'est plus donc une annonce de campagne électorale c'est un programme de campagne électorale c'est pas vraiment un programme réaliste dernier point enfin dernier point c'est pas le moindre sur le réalisme de ce programme il faut quand même bien voir qu'on nous annonce 6 réacteurs EPR peut-être 8 en plus disons déjà 6 mais EPR deuxième génération sauf que l'EPR première génération pour l'instant il n'y en a aucun qui fonctionne c'est à dire que en Finlande le chantier n'est pas encore arrivé en son terme il y a 2 réacteurs en Chine qui fonctionnent enfin bon voilà sur Flamanville rappelons que c'est une catastrophe industrielle c'est à dire que le chantier a 11 ans de retard et surtout il y a un surcoût on le disait tout à l'heure qui est passé de 3-4 milliards à aujourd'hui 19 milliards c'est à dire que ça a été analysé il y a eu un rapport plusieurs rapports cours des comptes etc qui vont permettre
d'apprendre de nos erreurs
qui ont montré quoi ? qu'en fait l'un des problèmes numéro 1 c'est la question des compétences le président de l'autorité de sécurité nucléaire disait on devrait former recruter 4000 ingénieurs par an dans le nucléaire au cours des années à venir or comment faire ça d'un seul coup ?
ça semble totalement irréaliste donc cette question des compétences cette question évidemment de l'investissement par ailleurs je rappelle quand même même si on est très laïque sur le nucléaire il y a un problème qui n'est toujours pas réglé c'est la question des déchets en matière de nucléaire or on ne peut pas dire que on se prépare à affronter une transition écologique construire des nouveaux réacteurs sans se poser la question de ce que l'on fait de ces déchets donc moi je crois qu'il y a un point aveugle dans ce qu'a dit Emmanuel Macron c'est qu'au fond il nous dit bon on va faire monter en puissance ces énergies renouvelables mais 50 parcs éoliens offshore alors qu'aujourd'hui il n'y en a aucun qui fonctionne donc 50 parcs sur 15 ans je ne vois pas comment on va y arriver l'éolien terrestre il a cédé au lobby anti-éolien qui sont extrêmement puissants et de plus en plus d'ailleurs depuis 10 ans il y a une vraie une vraie je dirais récupération par l'extrême droite il n'a pas dit
qu'il fallait arrêter
non mais enfin bon il a dit que pour l'instant il a insisté essentiellement sur l'éolien offshore
ah oui non non mais il a dit qu'il fallait continuer à construire des éoliennes dans les régions qui n'en étaient pas pourvues
et quant au solaire c'est vraiment très marginal aujourd'hui en France donc la vraie question c'est comment on fait pour diminuer notre consommation d'énergie et ça il ne l'a pas dit puisqu'il a dit on va augmenter on va avoir besoin de plus d'énergie et on va avoir effectivement besoin de plus d'électricité dans les années à venir dans trois domaines c'est évidemment le chauffage bien sûr deuxièmement le un domaine qui est évidemment en croissance c'est la voiture la voiture électrique mais on oublie surtout le numérique c'est que les gros consommateurs d'électricité aujourd'hui ce sont ces fameux data centers c'est tout le réseau numérique qui est mais absolument dévorateur d'électricité donc si on n'a pas une réflexion et au moins à l'échelle européenne sur la manière dont on va finalement essayer de recycler ces besoins d'électricité d'utiliser ça pour faire du chauffage et de diminuer malgré tout notre consommation d'énergie en augmentant la productivité de chaque kilowattheure produit on n'y arrivera pas
rapidement avant de passer à notre deuxième thème Gérard et Brice un petit mot
sur la question démocratique c'est évident qu'une des difficultés ou un des défis plus exactement pour l'avenir ça va être d'articuler la planification volontariste et la concertation démocratique les uns et les autres invoquent l'exemple ou le précédent plutôt de la politique nucléaire engagée par Pompidou au début en 1973 1974 mais à cette époque le président décidait souverainement l'intendant suivait et les français applaudissaient grosso modo
et il y a même très peu de discours quand on va dans les archives absolument
on trouve qu'il y a très peu de communication publique là dessus on se rappelle du slogan des années 70 nous on n'a pas de pétrole mais on a des idées le problème aujourd'hui c'est de faire partager ces idées et on a bien vu au moment de la convention climat citoyenne que le mariage entre la démocratie participative et la décision politique il n'est loin d'être évident Brice Coturier quelques points de détail si j'ose dire l'an dernier la production d'électricité a été assurée en France par l'énergie nucléaire à hauteur de 67% en baisse de 4 points d'une année sur l'autre par l'hydraulique à hauteur de 13% par les éoliennes de 7,9% et des centrales à gaz et charbon à 7,5% or les objectifs écologiques qui sont ambitieux puisqu'il s'agit de faire passer l'électricité à l'intérieur de notre mix énergétique de 25 à 55% en 2050 impliquait de produire beaucoup plus d'électricité qu'aujourd'hui si on veut effectivement remplacer les chaudières à fioul qui sont très polluantes par des chauffages électriques si on veut remplacer comme le disait Aurélie Féipetti les voitures à l'essence par des voitures électriques il faudra produire énormément plus d'électricité or depuis une dizaine d'années les prévisions de demandes d'électricité avaient été il faut le savoir toujours délibérément sous-estimées sous l'influence des écologistes qui détestent le nucléaire et qui veulent en réalité nous infliger une cure de sobriété au nom d'un programme de décroissance or moi j'ai aussi quelques autres chiffres à vous donner le nucléaire est une énergie réellement décarbonée puisqu'elle n'émet que 6 grammes de CO2 par kilowattheure soit 70 fois moins que le gaz que les allemands aiment tant et qui sont soi-disant écologistes 130 fois moins que le charbon mais aussi 10 fois moins que le solaire quant à la question des déchets juste un mot il y a une interview formidable de Jean-Paul Bout qui est le chef économiste de l'EDF récemment paru dans l'opinion qui met en parallèle les déchets radioactifs et les déchets produits par l'industrie chimique et qui estime que les déchets chimiques toxiques comme l'arsenic et le mercure sont bien plus dangereux en réalité que les déchets produits par l'énergie nucléaire il dit que je le cite les déchets accumulés depuis une cinquantaine d'années par le parc existant et les parcs précédents nucléaires remplissent un cube de 20 mètres de côté c'est peu par rapport aux déchets chimiques toxiques voilà la vérité sur les déchets nucléaires
bon et bien on reprendra ce débat une autre fois merci le deuxième thème va porter sur le poids de la Russie hard et soft power à la fois sur la campagne présidentielle française des déchets