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ChroniqueRadio France (sur Site radio)· 13 novembre 2023 3 minActualité / polémiqueEurope & internationalDéfense

Pourquoi Israël s’en prend à Emmanuel Macron

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  • 0:42Emmanuel MacronFait
    « Ses bébés, ses femmes, ses personnes âgées sont bombardés et tués »

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Présentateur

Géopolitique, bonjour Pierre Haski. Bonjour Nicolas. Israël a sévèrement critiqué des déclarations d'Emmanuel Macron. Pierre, pour quelles raisons ?

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Invité

En pleine guerre à Gaza, les dirigeants israéliens, le Premier ministre Benyamin Netanyahou en tête, ont pris le temps de dénoncer des propos d'Emmanuel Macron. C'est une polémique inattendue. Il y a moins de trois semaines, le président français était aux côtés de Netanyahou à Jérusalem pour apporter la solidarité de la France contre le terrorisme. C'est une cause juste, point final, avait déclaré Emmanuel Macron. Mais vendredi, le président français a accordé une interview à la BBC dans laquelle, en termes directs, il estime qu'il n'y a aucune justification, aucune légitimité à bombarder des civils. Ses bébés, ses femmes, ses personnes âgées sont bombardés et tués, a-t-il constaté.

Il a appelé Israël à se conformer aux droits humanitaires internationaux, à décréter une pause pouvant se transformer en cessez-le-feu. Ce sont ses propos qui ont provoqué la colère de Netanyahou et celle, encore plus forte, de son ministre de la Défense, qui s'est demandé comment la France pouvait donner des leçons de morale à Israël au milieu d'une guerre. Emmanuel Macron s'est senti obligé d'appeler dimanche le président israélien Isaac Herzog pour expliquer ses propos et réaffirmer son soutien aux droits d'Israël à se défendre. Mais les comptes rendus français et israéliens de cet entretien sont très différents. Et pourquoi Emmanuel Macron a-t-il fait cette déclaration ?

Alors soulignons d'abord, Nicolas, que la France est le premier pays du G7 à critiquer aussi directement les morts civiles à Gaza et à évoquer un véritable cessez-le-feu. Les Etats-Unis ont déploré les victimes civiles en termes beaucoup plus mesurés. Emmanuel Macron a fait cette déclaration au lendemain de la conférence humanitaire qui s'est tenue à Paris. A cette occasion, il a pris la mesure à la fois de l'ampleur des victimes civiles, comme nous avons pu le faire nous-mêmes en entendant jeudi matin à ce micro le patron de l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens, Philippe Lazzarini.

Et il a pris la mesure du ressentiment que provoquait dans le monde le silence occidental face aux images de détresse en provenance de Gaza. Il a ainsi prononcé des paroles qui n'étaient pas pensables 48 heures plus tôt et qui viennent rompre l'unanimisme pesant d'un Occident faisant bloc autour d'Israël depuis le choc du 7 octobre mais coupé des émotions du reste du monde. Et cela peut-il avoir des conséquences ? Depuis le début des représailles israéliennes à Gaza, les dirigeants de l'État hébreu savent qu'ils sont engagés dans une course contre la montre. À un moment donné, les réactions mondiales seront telles que les États-Unis feront pression pour arrêter.

La crainte d'Israël, et c'est ce qui explique cette surréaction, c'est que la France, en rompant les rangs occidentaux, n'entraîne d'autres pays dans sa critique des bombardements massifs. En tapant fort, Netanyahou pense, à juste titre, que les autres Occidentaux s'abstiendront, au moins pour un temps. Cette mini-crise est en tout cas révélatrice du profond malaise que provoque le type de guerre qu'Israël a choisi de mener à Gaza, n'épargnant pas les civils. L'ampleur du massacre du 7 octobre n'autorise pas tout. C'est ce qu'a signifié Emmanuel Macron dans son interview, faisant écho à un sentiment très répandu. Israël aurait tort de ne pas l'entendre. Merci Pierre Aski.

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