"À la recherche du temps perdu", le chef-d’œuvre des chefs-d’œuvre ?
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
[Musique] [Musique] on ouvre aujourd'hui Gand les portes de notre boucle consacrée à Marcel Proust l'auteur de la recherche du temps perdu le livre d'une vie 15 ans d'écriture au moins de jours comme de nuit un sacerdoce littéraire pour l'auteur et pour les lecteurs là je mets un point d'interrogation au moins cette volume chardon de sigle me conserve confirmer je confie cette volume du côté de chez soi ce sera le tout premier tome qui paraît en 1913 chez Grasset les suivants chez Gallimard a commencé par à l'ombre des jeunes filles en flore en 1919 quel souvenir gardez-vous de votre lecture de la recherche qu'elle en fut pour vous le déclic êtes-vous allé chers auditeurs lecteurs jusqu'au bout quel souvenir gardez-vous tout simplement de cette expérience là si lecture il y a eu on en parle aussi avec mes invités qui se sont plongés dans cet océan de mot et de bonheur parfois de difficultés aussi Charles dancing tout d'abord bonjour vous êtes éditeur écrivain producteur sur France Culture de Proust le podcast une belle aventure radiophonique que vous avait mener toute l'année dernière jusque jusqu'à cette année un an d'une montagne consacrée à cet auteur pour rendre hommage 100 ans après sa mort à l'écrivain vous êtes par ailleurs l'auteur du Dictionnaire égoïste de la littérature française puis d'un dictionnaire tout aussi égoïste de la littérature mondiale et de Proust océan qui paraît en 7 rentrée littéraire chez Grasset une analyse inédite du style de Marcel Proust à vos côtés Christine Le Cerf bonjour productrice de la grande traversée qui nous a fait vibrer tous l'été autour de Marcel Proust bonjour à tous les deux et merci d'être venu partager avec nous votre Proust votre recherche surtout parce que c'est cette oeuvre qui sera au cœur de cette conversation discussion à mes côtés je vous présente quand même pierre Croce que vous ne connaissez peut-être pas encore qui est notre partenaire du vendredi chaque vendredi effectivement on lit on invite aux deux communautés de lecteurs celle de France Culture et celle de Babelio à se rencontrer Babelio c'est un réseau social de lecteurs une communauté d'un million 400 000 lecteur inscrit sur ce site pour donner leur avis sur leur lecture et on peut imaginer pierre bonjour on peut imaginer qu'une partie une bonne partie de vos lecteurs ont à un moment approché la recherche de Proust c'est aussi un océan sur babylio avec 824 critiques j'avais noté 823 il y en a une qui vient de tomber de son œuvre près de 20 000 lecteurs 2400 citations partagées et aussi ce n'est peut-être pas anodin 422 livres étiquetés Proust donc des œuvres dont il est l'auteur Proust mais aussi des œuvres qui parlent de lui donc voilà 422 livres sur Babelio et ce qui est intéressant avec prout c'est que de nombreuses critiques continuent d'être publiées semaine après semaine la dernière critique de la recherche date d'il y a quelques jours à peine il m'a fallu 30 ans pour rendre enfin rentré dans l'œuvre de Marcel Proust sa critique est très positive donc voilà il est jamais trop tard pour plonger dans cet océan les contributions des auditeurs de France Culture nous sont aussi d'ores et déjà parvenus via le hashtag Book Club culture merci beaucoup à vous à ceux qui qui participaient à ce partage avec nous plusieurs d'entre vous ont d'ailleurs mentionné le confinement comme un déclic pour se lancer dans la lecture de la recherche et parmi ceux d'entre vous aussi qui avait choisi de nous raconter votre expérience de lecture visiblement il faut préciser qu'il y a toujours ou très régulièrement une sorte de longue phase préparatoire qui a été nécessaire ou qui reste nécessaire avant de se lancer dans la lecture de prout c'est le cas de Barbara qui attend encore d'être prête j'ai le premier tome à la maison je l'ai acheté pour m'inciter à commencer cette oeuvre le jour où je le sentirai visiblement ce jour-là n'est pas encore arrivé mais il devrait pas tarder Charles dancig et pour vous c'était quand la première fois moi la première fois c'était à 17 ans en première année de droit où je ne faisais rien à part lire Proust et je l'ai lu du début à la fin et la première fois je dois dire que je n'ai rien compris c'est à dire que j'ai très bien compris ce qu'on me racontait qu'il y avait des histoires d'un jeune garçon insomnia qui veut devenir écrivain et des femmes du monde etc mais je ne voyais pas bien l'intérêt de la chose c'était un monde un peu derrière une plaque de buée et c'est à la deuxième fois quelques années plus tard que je suis rentré sur cette planète que j'ai vraiment pénétrer ça parce que je comprends tout à fait qu'on puisse se sentir éloigné de ce de ce monument j'avais 17 ans il me semble avoir trouvé le roman opaque c'était le souvenir qu'il vous avait laissé Charles d'antigoule raconter en ouverture de de Proust océan c'est un livre de vieillard d'un type qui ne ressemble pas au VIH que l'on connaît à cet âge les billards de nos 17 ans sont nos grands-pères le plus souvent de charmants radoteur ou bien des écrivains ronchons et non moins radoteur des radiateurs aigre et un vieillard à l'image de Proust qui mieux que de se souvenir invente gouvernant un monde de carré de grottes et de guidant parmi son œuvre troglodique peuplée de tritons de phoques de silure de nymphes qui circulent entre des coquillages recouverts de concrétions immémoriales un vieillard génial et une stupéfaction pour la jeunesse c'est donc à la deuxième lecture quelques années plus tard que vous vous êtes laissé complètement happer par ce livre et que la plongée fut totale et entière dans cette océan proustillant et de votre côté Christine leerf vous vous souvenez de cette première tentative proustillienne qui a peut-être été tout de suite une réussite alors je n'ai pas Proust ne fait pas partie de mes premiers et moi littéraires j'ai lu Proust en même temps que j'ai lu Moïse mozill c'est un auteur autrichien qui est l'auteur d'un d'un grand roman qui s'appelle l'homme sans qualité et qui est inachevée dans lequel l'auteur s'est ensablé et ça raconte aussi l'histoire d'un livre impossible et qui est seulement possible parce que le lecteur le tient dans ses mains et donc j'étais j'ai lu je suis passé de houle riche à ce narrateur proustillant assez facilement pour moi Proust et quelqu'un d'étrange et d'étrangers et il est resté c'est à dire quelqu'un qui est qui écrit comme aucun autre Français écrivain français ne le fait et qui habite cette littérature française dont on fait le parangon de manière assez étrange aussi et vous l'avez raconté quand la direction de France Culture vous a proposé cette grande traversée c'était pas parce que vous étiez une spécialiste mais au contraire parce que vous n'étiez pas une croustillante vous ne fais pas partie du club très restreint et peut-être un peu élitiste on va voir Charles Dantier avec vous des des amoureux des des grands lecteurs de proustes et des spécialistes de son œuvre et vous avez pu y aller y entrer dans cette œuvre nous la raconter avec un œil peut-être plus éberlué si on reprend toutes les métaphores autour de l'océan et du poisson au grand ouvert je crois qu'il faut tout de suite parler de la peur je pense que ça c'est quelque chose qui est consubstantiel à Marcel Proust et à son oeuvre et au moment où je vous parle mais j'ai peur de parler de Proust j'ai peur de trouver les mots justes pour quelqu'un qui a passé sa vie à corriger par une virgule par une parenthèse par un mot par un par un collage cette quête est perdue de de la justesse donc ce plonger dans cette dans cet univers c'est une peur pour pour celui qui écrit pour celui qui raconte pour celui qui lit et il faut pas supprimer cette peur parce que c'est la peur devant le devant l'oeuvre d'art par contre il faut essayer de supprimer la peur qui a été fabriquée au fil du temps par un océan je reprends votre terme de commentaires très érudique qui ont été essayés de domestiquer la peur mais qui en ont fabriqué une autre prousse n'est pas monumental Proust n'est pas parfait pro ce n'est pas achevé son oeuvre est trouée elle est rafistolée elle est l'oeuvre de quelqu'un qui à souffert et d'ailleurs il disait j'aime beaucoup on peut presque dire que les oeuvres comme dans les puits artésiens montent d'autant plus haut que la souffrance a pu plus profondément creuser le coeur je pense que on doit avoir peur de Proust parce qu'il risque de nous creuser le cœur et non pas de nous noyer sous un océan des redditions Charles dancing vous comprenez cette peur et Pierre Croce va pouvoir en témoigner les auditeurs lecteurs de France Culture aussi nous l'ont raconté qu'il y a à sa télé à une telle oeuvre comme lecteur je comprends qu'il puisse y avoir une timidité la peur me paraît quelque chose ou alors il y a pas plus de raison d'avoir peur de prousque de joys que de mozillk de Shakespeare en tant qu'une œuvre majestueuse et effectivement très commentée mais la différence entre Proust et des quantités de grands écrivains du XXème siècle comme Joyce par exemple que je viens de citer et que Proust est à mon avis un écrivain facile Proust n'est pas comme Joyce quelqu'un qui nécessite une très grande culture une très grande érudition il ne pose pas tout au long de ces phrases des allusions érudites il faut pas avoir lu l'hébreux le grec ancien pour lire Proust comme il le faut pour Joyce quand arriver en réalité pour lire Ulysse on a vraiment besoin des notes on bas de page et des références la seule réelle complication de Joyce et je comprends aussi ce que les lecteurs disent qu'ils attendent mais toute lecture d'un grand livre est un combat c'est un combat entre nous et l'auteur ça ne se gagne pas les livres faciles qui n'intimille qui n'intimide pas c'est les romans d'aéroport de 150 pages qui racontent une bluette c'est peut-être aussi la longueur qui impressionne au départ et l'idée qu'il va falloir trouver le moment dans une société qui nous en laisse de moins en moins pour pouvoir commencer la recherche et terminer cette oeuvre est-ce que vous diriez à certains aujourd'hui qui qui se sont laissés dissuader ou qui n'ont pas encore entamé cette lecture qu'on peut y aller tranquillement aussi qu'on peut prendre un volume et puis un autre des années plus tard qu'on peut même peut-être commencer par la fin tout à fait tout à fait d'abord je pense qu'il ne faut jamais avoir de sentiment d'obligation envers la lecture qu'à partir du moment où on se sent une obligation on est presque on met un degré de dégoût dans sa lecture il faut pas ça et effectivement il faut prendre on peut prendre la lecture de la recherche du temps perdu comme Proust l'a écrit c'est-à-dire aussi par bout par morceau on peut très bien commencer par Sodome et gomorrh car les les sept volumes sont liés les uns aux autres mais peuvent en réalité être lu indépendamment on peut très bien lire la prisonnière indépendant indépendamment et d'ailleurs Gallimard qui qui est un des éditeurs de proue sous la la cité Olivia a très bien compris ça en publiant séparément un volume à une partie de Du côté de chez Swann qui est publiée en livre de poche sous le titre un amour de soi et qui est une partie du livre donc ça prouve bien qu'on peut lire quand mais d'ailleurs comme tous les livres il faut pas se sentir dans une position d'élèves vis-à-vis d'un maître le mot maître en fait est très dangereux face à cette peur est-ce qu'on a été fidèle aussi au ressenti des lecteurs de Babelio peut-être la première s'entend que lecteur certains ont eu peur de la réputation de Proust je vais vous citer quelques exemples de lecteurs comme beaucoup la réputation de Proust l'avait précédé je craignais les phrases interminables et les descriptions détaillées mais j'ai été enchanté de ma lecture je me suis laissé bercer avec plaisir par cette peau sensible au coup beaucoup moins ardu que ce que je pensais avec une pointe d'humour très présente on y reviendra peut-être d'ailleurs et la peur elle est aussi présente d'une autre manière c'est dans la façon de critiquer aussi cette oeuvre certains ont eu un peu peur de s'attaquer de pouvoir critiquer l'oeuvre je vous je me sens petite fourmi nous dit une lectrice minuscule face à ce monument alors mon biais sur un témoignage car je veux juste partager quelques miettes de bonheur donc c'est quelque chose qui revient souvent dans les critiques c'est cette difficulté parfois appréhender cette oeuvre je cite aussi une auditrice lectrice qui évoque ce dôme et gomorph justement elle avait vu le titre sur les étagères de sa mère quand elle était petite et elle raconte que ça avait l'air très compliqué qu'elle s'était préparée pendant plusieurs années avant de le lire et que quand elle l'a lu elle est franchement devenue dingue et que ce livre est devenu une drogue pour elle très dure de reprendre la lecture actuellement après la fin de la recherche et je pense la relire plusieurs fois d'ici là beaucoup de témoignages effectivement emportés des auditeurs par rapport à cette œuvre de Marcel Proust qui est au coeur de notre boucle je voulais vous demander quand même à tous les deux votre rapport à cette œuvre aujourd'hui ce que vous diriez Charles dancing vous concernant obsessionnel je sais pas c'est à vous dire il se trouve que pendant il se trouve que pendant des années maintenant je crois que c'est fini et que ce livre est ma rupture avec Marcel Proust et que je n'en parlerai plus jamais que je ne lirai plus jamais de ma vie mais il se trouve que je l'ai lu plusieurs fois qu'avant d'écrire ce livre je l'ai même lu à l'envers que j'en ai lu quelques volumes en traduction donc ça c'est peut-être de l'obsession mais je crois pas je crois que c'est de l'amour moi je suis amoureux des écrivains que j'aime je suis amoureux de Samuel Beckett je suis amoureux de Marcel Proust c'est quelque chose de l'ordre réellement de l'amour et donc l'obsession fait peut-être partie de ça mais je ne crois pas c'est parce que je me sens mais elle est toujours restée extérieure à vous cette heure où elle vous a réellement habité c'est-à-dire que comme toutes les grandes œuvres mais celle-ci en particulier celle-ci m'élève au-dessus de moi-même c'est ça qui ce qui se passe avec Proust et comment le mentionner tout à l'heure la chose aussi que je trouve extrêmement prenante dans cette œuvre c'est que c'est en effet une oeuvre imparfaite et que on lit à la fois la recherche du temps perdu on lit charlu on lit Oriane mais on lit Proust et par moment à cause de ses imperfections on peut voir Proust écrivant derrière et ça c'est passionnant et c'est très rare et ça tient justement à l'effet de d'inachevé de certains passages et c'est ça on lit prouste en un qualificatif adjectif détaché critique quel serait votre votre de lave de Prous c'est qu'elle continue son travail une fois que le livre est refermé donc on en a jamais fini et on est on est on est plus jamais la même ou le même et pour moi Proust il m'élève pas je dirais qui me tend la main c'est un frère de papier et je le suis dans dans ces émerveillements dans ces souffrances dans son humour RA à l'égard de lui-même donc il est difficile aussi en tant que lecteur de de d'accepter aussi de se regarder aussi impitoyablement que lui l'a fait et donc non c'est un livre qui continue à s'écrire à l'intérieur de soi à chaque fois que on regarde l'océan à chaque fois qu'on découvre un coût ou une nuque de femmes à chaque fois qu'on lit une maxime philosophique ou qu'on écoute un morceau de musique proustella d'ailleurs c'est un auteur et une oeuvre qui vous a parlé aussi à vous d'antig et vous le racontez dans Proust océan comme écrivain il y a ce rapport de plumes aussi de faire dans ce que la chose passionnante dans pro c'est qu'il y a d'un point de vue purement littéraire c'est qu'il y a deux choses nous n'avons pas parlé jusqu'à présent c'est que on dit Proust mais nous parlons de la recherche du temps perdu et le narrateur n'est pas Proust et ça c'est une chose très importante que j'étudie entre autres dans mon livre et qui montre le degré rapidement et par moments un peu de perversité de Proust c'est à dire que le narrateur n'est vraiment pas lui pour des tas de raisons la première étant que le narrateur était hétérosexuel que ses parents sont tous les deux catholiques enfin des tas de choses qui sont très différentes de Prost et puis d'ailleurs que il est en train d'essayer d'écrire un livre et que proscrit le sien donc il y a ça ça c'est intéressant pour le rapport d'un auteur assez personnage et comment on crée un personnage et la distance qu'il faut mettre de soi au personnage et d'autre part ce que je trouve passionnant moi comme écrivain c'est que c'est Proust et quelqu'un qui écrit comme je n'aimerais pas écrire c'est à dire qu'il fait tout le contraire de ce que moi je fais moi en tant qu'écrivain je supprime les liaisons je n'aime pas les propositions temporelles fait des nœuds je fais des sauts bah voilà mais et c'est pour ça que je l'aime parce que il est tellement génial qui me fait admettre que je n'ai pas raison et qu'il n'y a pas de règle en littérature et ce style conjonctif de Proust cet aspect océanique de son de sa manière manière d'écrire est une chose qui ne m'apprend rien d'ailleurs parce que je crois qu'on apprend rien dans les très bons livres c'est juste quelque chose de tellement bien qu'on peut aimer alors que ça ne vous ressemble pas et je trouve que la littérature c'est ça aussi c'est hors du domaine du Soi j'aime Proust parce qu'il ne me ressemble pas vous l'auriez refusé peut-être le premier manuscrit s'il vous avez été envoyé on sait que Gallimard c'est ce qui lui est arrivé à refuser d'abord ce premier volume proustillant de la de la recherche vous imaginez dans un comité éditorial il y a un siècle de cela qu'est-ce que vous auriez fait face à ce texte si étrange évidemment je vais vous dire que je l'aurais pris et que j'aurai tout publié mais je crois que dans la mesure où j'aime les choses qui ne ressemblent pas en tout cas j'aurais eu un œil intéressé parce que Proust ne ressemble pas maintenant nous nous sommes habitués à son triomphe et à sa gloire et d'une certaine façon à sa manière d'écrire donc il a l'air d'aller de soi mais Proust était tout à fait aberrant il était vraiment en décalage complètement avec son époque il était enfin pas social c'est ça qui est intéressant parce que Proust est mélangé Proust était et c'est pour ça que son œuvre a mis tellement de temps à arriver à la gloire c'est qu'il y avait la personne de Proust et que Proust était un ancien petit jeune homme mondain qui courait la duchesse qui faisait des chroniques dans le Figaro sur les sur les salons des duchesses et donc on pouvait légitimement ne pas le prendre beaucoup au sérieux et le hiatus et l'héroïsme si je peux employer ce mot de Proust c'est qu'il s'est détaché de sa personne de petits mondain pour devenir cette espèce d'Hercule ou de Neptune qui crée son oeuvre et c'est ça que en réalité il portait en lui mais je crois que Proust était avait en lui aussi quelque chose de très je dis je crois dans mon livre que le plus grand roman d'espionnage du monde c'est la recherche du temps perdu éprouve c'était un espion quand il était ce petit jeune homme mondain il se renseignait vous dites que le vrai sujet du livre quand même aussi c'est la création cette un voyage un voyage de la pensée un voyage de l'imagination expliquez-nous quand même ce titre Proust océan plusieurs raisons parce qu'il est océanique de plusieurs façons par l'ampleur qu'a pris son œuvre suffisamment parlé par l'apport de sujets qu'il a fait à la fiction et qui est une chose extraordinaire un écrivain qui apporte un sujet nouveau à la fiction c'est déjà un génie et c'est très rare PRU ça n'apporte moins 3 il apporte le snobisme qui n'était pas étudié jusque là et qu'il étudie ça a l'air d'un sujet frivole mais pour lui c'est une passion à un moment il compare en des personnages le grand bain Saint-Sébastien tellement il souffre de son snipisme il a apporté l'étude de l'homosexualité qui n'était jamais étudié il y avait comme ça des personnages de deuxième plan de chez d'autres auteurs qui pouvaient l'être par exemple votre train dans Balzac mais Balzac est en Balzac c'est-à-dire avec toutes ses qualités réactionnaires il fallait que cette homosexuel soit ou fut un assassin et donc Proust a apporté ce sujet et il a porté un troisième sujet que je trouve passionnant qui est la tendresse chez les hommes chez des êtres du sexe masculin qui était un sujet qui était une chose qui n'était pas abordée jusque là et qui était très nouvelle et enfin je le crois qu'il est aussi Annick grâce à sa façon d'écrire qui était extrêmement extrêmement singulière je crois que Proust a fait à la langue française ce que Kafka a fait à la langue allemande dans l'autre sens Kafka a pris une langue allemande extrêmement ouvrage et travailler et qu'il a affûté comme un couteau et simplifié et Proust a pris une langue française que nous connaissons très régulières très les jardins de Versailles presque scolaires et il a assoupli étiré à un point inouïe il a bouleversé la langue française on va revenir sur le style de Proust de de cette recherche du temps perdu jusqu'à signe le cerf de votre côté dans la grande traversée que vous lui avez consacré et qui a charmé nos oreilles tous l'été vous racontiez justement dans cette première halte cette première session vous abordiez la question du monument du monstre qui est parfois intimidant est-ce que veut vraiment cette oeuvre et si élitaire et dans une troisième session de mémoire vous posez la question de de cette résonance avec l'époque c'était est-ce que la recherche est vraiment un livre presque daté qui raconte une époque et qui doit se lire en tant que tel ou est-ce qu'il se découvre et se redécouvre aussi aujourd'hui pour vous d'une toute autre manière je voudrais vous évoqué tout à l'heure le rapport de de Proust à la création à ce qu'est l'objet livre il a il a un feu d'artifice d'images utilisées dans la recherche pour essayer de de nous donner à sentir ce qu'est un livre et ce qui est une oeuvre d'art et la critique c'est longtemps arrêté au milieu d'une phrase comme souvent sans la lumière jusqu'au bout et n'a retenu que la cathédrale et alors on dit que les phrases de Prous sont longues mais encore faudrait-il les lire jusqu'au bout je la lis je bâtirai mon livre je n'ose pas dire ambitieusement comme une cathédrale mais tout simplement comme une robe et se met tout simplement comme une robe opposée à l'ambition de la cathédrale vous avez là tout Proust c'est-à-dire l'humour le rejet de la démesure le la valorisation du trivial du manuel du coup humain comme j'ai appelé ça c'est à dire que pour moi Proust c'est vraiment de l'ordre du tissu de la trame et il y a la trame de son écriture et à la trame du lecteur il y a la et c'est tout ce mirouettement qui fait l'actualité de son livre et c'est pour ça aujourd'hui que nous consacrons notre boucle à Marcel Proust et à la recherche du temps perdu recommandé par Charles dancing et vous le comprenez aussi par Christine Leers le cerf il est 13h14 je vais y arriver donc c'est vendredi sur France Culture [Musique] voilà il y a de l'érotisme aussi dans cette voie et dans cette plume de l'auteur un poisson dans cet océan quand on s'appelle Oriane par la force des choses on plonge on nage et parfois en se noi bonjour Oriane Delacroix programmatrice de bienvenue au book club alors forcément un jour ou l'autre on a dû vous tendre un exemple l'air un volume de la recherche et qui s'est-il passé oui bien obligé et puis relativement tard en fait moi j'ai commencé enfin j'ai essayé une première fois il y a deux ans j'ai lu une première partie pendant l'été puis j'ai ce qui arrive à tout le monde quand la rentrée a redémarré j'ai coulé moi j'ai coulé dans Guermantes et ce qui m'a vraiment le plus marqué par rapport à tout ce que j'en avais entendu moi j'ai été frappée par l'humour je m'attendais pas du tout à rire vraiment comme comme Jerry très sincèrement à voix haute à plusieurs reprises pendant ma lecture l'humour et la finesse de la plume de Proust de son style c'est aussi ce que nous dit auditrice lectrice de de Proust et de France Culture par ailleurs à propos d'un amour de Swan qu'elle a lu quand elle était étudiante elle a commencé à lire par curiosité elle a été emportée par l'humour de l'auteur et de du côté des lecteurs de la communauté de Babelio père creuse ça revient beaucoup en fait l'humour c'est parfois pour pour séduire les lecteurs qui seraient peut-être un peu réfractaires en fait il y a beaucoup de lecteurs qui ont cité le fait que c'était vraiment très drôle merci le prout à Vincent de l'humour qui ne dédaigné ni la férocité ni l'humour carrément noir n'ayez aucune crainte il y a là-dedans entre autre merveilles un humour aussi discret que féroce c'est vraiment quelque chose qui revient beaucoup dans les dans les critiques pas parce que c'est pas systématique parce que je pense que c'est pas forcément lié à Proust pour beaucoup de lecteurs et en fait c'est quand même très drôle alors on a demandé à Oriane Delacroix de nous lire un extrait de la recherche où on entend justement peut-être cet humour aussi de l'auteur vous avez choisi un extrait du côté de du côté de chez soi exactement c'est dans la deuxième partie de Du côté de chez Swann donc se rend à une fête chez la marquise de sainte verte dans laquelle se joue de la musique il s'ennuie et il observe autour de lui il observe notamment madame de Franco et Madame de Cambremer qui écoute le pianiste alors il y a quelque chose avec Bruce c'est qu'il faut prendre son souffle voir le reprendre [Musique] plein d'une mélancolie ironique soigne les regardait écouter l'Internet de piano saint François parlant aux oiseaux de liste qui avait succédé à l'air de flûte et suivre le jeu vertigineux du virtuose madame de Franko anxieusement les yeux éperdues comme s'il est touche sur lesquels il courait avec agilité avec été une suite de trapèze où il pouvait tomber d'une hauteur de 80 mètres et non sans lancer à sa voisine des regards d'étonnement de dénégation qui signifiait ce n'est pas croyable je n'aurais jamais pensé qu'un homme pu faire cela madame de Cambremer en femme qui a reçu une forte éducation musicale battant la mesure avec sa tête transformée en balancier de métronome dont l'amplitude et la rapidité d'oscillation d'une épaule à l'autre était devenu tel qu'à tout moment elle accrochait ses solitaires les pattes de son corsage et étaient obligés de redresser les raisins noirs qu'elle avait dans les cheveux sans cesser pour cela d'accélérer le mouvement de l'autre côté de Madame de Franco mais un peu en avant était la marquise de Gallardon occupé à sa pensée favorite l'alliance qu'elle avait avec les Guermantes et d'où elle tirait pour le monde et pour elle-même beaucoup de gloire avec quelques honte les plus brillants d'entre eux la tenait un peu à l'écart peut-être parce qu'elle était ennuyeuse ou parce qu'elle était méchante ou parce qu'elle était d'une branche inférieure ou peut-être sans aucune raison [Musique] merci Oriane Delacroix extrait du côté de chez Swan Charles dancing on se délecte aussi à l'entendre vous le lisez à voix haute non car je crois que je crois que les livres sont faits pour être muets car si on le lit à voix haute en impose déjà une lecture c'était très bien votre lecture c'est pas du tout la question c'était ça pour essayer de savourer et de remettre en bouche quelque chose mais écoutez un auteur lu par quelqu'un d'autre c'est une lecture déjà imposée mais enfin il n'en reste pas moins on parlait de l'humour et je voudrais même ajouter un mot qui me paraît peut-être plus exact pour Proust que humour c'est comique et il a une force comique qui est au-delà de l'humour qui peut avoir parfois quelque chose d'un peu serré et étroit Proust a une vraie force comique qui va jusqu'à la bouffonnerie enfin il y a un autre passage réellement communique ou une femme tombe dans une vase qu'elle ambassadeur de Russie applaudit en criant bravo la vieille et c'est pas toujours de très bon goût d'ailleurs je dis ça aussi parce que peut-être que les gens qui ne l'ont pas lu on l'idée d'un Proust très chichis très bien élevé etc il y a des choses ou pas maman brousse fait de l'humour tireront il se moque des moustaches des femmes il y a une femme qui bave un peu en écoutant en écoutant quelqu'un parler enfin il est pas toujours de très bon goût et c'est aussi une de ses qualités on peut peut-être pire cause rappeler que certains lecteurs ont essayé de lire prout on lui Proust et n'ont pas aimé on a aussi le droit de ne pas être convaincu et emporté par la recherche du temps perdu non tout à fait alors elles sont minoritaires mais il y a quelques critiques négatives sur sur Babelio ils retiennent toutes et tous les longues phrases de Proust et ses nombreuses digressions les rebondissements ne perdent pas dans l'intrigue seulement dans la syntaxe il faut avoir un niveau de concentration inexodable ou une frivolité souveraine pour ne pas sombrer bon quelques lecteurs qui ont ces qui qui ont été freinés dans leur lecture par ces éléments et alors vous allez sûrement peut-être pas être d'accord mais figurez-vous que certains lecteurs reprochent aussi un certain nombre de poésies au final imaginaire du lecteur est fort peu solliciter nous dire un lecteur à trop vouloir analyser les sentiments on perd la poésie de la lecture qui se transforme ici en classique à surmonter plutôt qu'en œuvre à savoir Christine lefe dentiste enfin c'est à la fois c'est vrai ce qu'on dit parce que il y a pas d'aventure dans pro si on veut lire des aventures l'aventure et l'écriture il ne se passe rien c'est ça c'est certain d'autre part l'analyse tout dépend du volume qu'on lit ce monsieur ou cette dame a peut-être lu La Prisonnière ou Albertine disparu qui sont à mon avis d'ailleurs dans la recherche la partie peut-être la moins intéressante parce que justement Proust devient analytique il y a une centaine de pages où il fait de l'analyse il est plus sec et plus plus étroit et plus serré alors que d'habitude il n'en fait jamais c'est un écrivain imagé et comparatif et qui ne fait pas à proprement parler d'analyse c'est une des idées reçues qu'on a depuis longtemps sur l'analyse donc effectivement si on tombe sur Albertine disparu ça peut être un moment où on peut être rebuté par les passages d'analyse il y a beaucoup d'auteurs pierre Croce de babylio qui ont aussi cherché le moyen de faire entrer la jeune génération de lecteurs dans l'œuvre de proustain par la bande dessinée par le manga oui tout à fait alors il y a une actrice par exemple qui a créé une sélection de 8 titres pour faire découvrir progressivement Proust à des ados alors on y retrouve donc effectivement des bandes dessinées et des ouvrages un peu plus accessibles qui permettent de découvrir l'oeuvre certains passages de l'oeuvre mais aussi l'homme qui était Proust et alors effectivement il y a un manga qui existe elle n'est pas dans la liste mais c'est une adaptation en manga de la recherche qui a vu le jour dans les années 2000 aux éditions Soleil alors c'est un survole assumé ce n'est pas une adaptation précise mais elle a donné envie à certains et à certaines de se plonger dans l'oeuvre je vous cite une critique par exemple l'oeuvre de Proust en manga c'est au premier abord étonnant mais au final cela aiguisé ma curiosité de lectrice et m'a donné envie de découvrir leur originale j'aimerais qu'on revienne juste sur l'idée et pour terminer de chez d'oeuvre est-ce que la recherche est un chef-d'œuvre le chef-d'oeuvre des chef-d'oeuvre vous qui avez Charles Dantzig travailler sur cette idée du chef-d'oeuvre je pose rapidement la question à Christine et ensuite on clôt avec vous Charles si vous le voulez bien est-ce que la recherche a détrôné pour vous l'homme sans qualité ou est-ce qu'elle est sur le même niveau dans l'étagère de votre bibliothèque Christine le cerf ce n'est pas un chef-d'oeuvre si on considère un objet parfait achevé monumental réservé et un lieu de savoir et des rudes c'est un chef-d'oeuvre si on considère que c'est un objet fabriqué par un être humain et qui porte à son comble l'expérience artistique l'auteur n'a pas pu aller plus loin le lecteur va aller très loin et il dynamite un moment dans l'histoire de la littérature donc pour toutes ces raisons là c'est un chef-d'oeuvre on est plus le même je l'ai dit et je crois que c'était pierre Bergougnou qui disait que Proust avait démesurément augmenté le monde que nous habitons en ce sens là c'est un chef-d'oeuvre Charton tigre j'ai écrit en effet un livre sur les chef-d'oeuvre est un peu pour contester cette notion qui est pour moi un peu artisanale et cette idée de chef il n'y a pas on peut pas comparer moi je dis plutôt grande œuvre Proust n'est pas meilleur que Shakespeare n'est pas meilleur que mozill n'est pas meilleur que Hermann more ils sont quelque part chacun est une planète et à créer quelque chose d'immense mais ce n'est d'ailleurs pas à cause de l'immensité seule qu'il est grand parce que genre racine écrit des pièces d'une heure et demie qui sont aussi immense non c'est un très grand auteur mais dont je comprendsrai que on soit là tous les trois tous les 5 dans 100 ans et qu'on les complètement oublié parce que les grands livres s'éteignent je pourrais citer un livre du XVIIe siècle était un équivalent de Proust qui était le Grand Cyrus qui était illustrissime qui était un peu néo Proust dans le genre littérature et qu'on a complètement oublié donc proust'éteindra peut-être un jour merci beaucoup à tous les deux d'être venu nous parler de la recherche du temps perdu de Marcel Proust à l'occasion de se bouclub qui lui était consacré Charles Dantzig Proust océan vient de paraître chez Grasset Merci à VOUS Christine ne servent on peut réécouter presque ad vitam æternam votre grande traversée consacrée à Proust qui a été réalisé et diffusée cet été il est 13h25 sur France Culture ce n'est pas l'heure de retrouver vos quadritems ce sera lundi chez un char d'Antic tout de suite ce sont les inkipit de Mathias Sena [Musique] les inkipitent une première phrase ça vous compare au monde mais aussi parfois un écrivain Matthias bonjour bonjour olivia bien désigne qui pittent sont une façon de poser vous me passerez l'expression ces choses sur la table Zola inkipit de la bête humaine en entrant dans la chambre robot posa sur la table le pain d'une livre le pâté et la bouteille de vin blanc pan là Zola pose ses effets au sens propre il arrive avec le dîner il campe son personnage parce qu'il pose des choses sur la table mettre ces choses sur la table c'est aussi affirmer une vérité bien fort et de façon péremptoire posons nos choses affirmant sans doute je forme une entreprise qui n'est jamais d'exemple et dont l'exécution n'aura point d'imitateur PAF pof les choses de Rousseau posées sur la table des confessions ou encore William sacrey au début de Barry Lyndon depuis Adam il n'y a eu guerre de méfaits en ce monde où une femme ne soit entrée pour quelque chose affirmation couillies imaginez depuis Adam ça ne date pas d'hier on pourrait alors parler d'inkipit viril qui se met facilement sur la table la vérité générale est l'arme de ce type de phrases testostérone et se joue d'emblée dans ce que l'on pose sur la table une certaine vision de la masculinité ironique ou non on sait que l'on entre dans un univers masculin le monde comme chez Zola du pain du pâté et du vin ou celui de facolay où les femmes sont responsables de nos malheurs mon brave monsieur à peu près comme dans l'ouestern Rio Bravo lorsqu'on explique l'alcoolisme terminal du cowboy Dinant par cette simple question d'où proviennent les malheurs d'un homme elle était descendue de la diligence cette question là et elle a rendu fou d'amour et de whisky le cowboy dan Martin parmi les inkipits qui assèdent des vérités sur les femmes qui doivent être forts nombreux se trouvent celui-ci la première phrase de blanche ou l'oubli roman de Louis Aragon publié en 1977 il ne suffit pas d'être belle pour qu'un homme s'attache à vous il y a dans cette sentence quelque chose de vertigineux dieu sait pourtant karagon s'y connaît en amour en passion et en langage d'ailleurs geoffroy-gué le narrateur de blanche ou l'oubli et linguiste et traducteur il comprend donc tout le mystère de cette maxime il ne suffit pas d'être belle pour qu'un homme s'attache à vous on pourrait a priori croire que la beauté est une condition nécessaire et non suffisante de l'attachement c'est-à-dire que l'ensemble des femmes attachées est un sous-ensemble des femmes belles le reste des femmes belles et non attachées flottant un peu triste dans leur bulle cherchant à rejoindre le sous-ensemble des femmes attachées et ce heurtant assez élégamment à la paroi du ballon Bong oh vous femme belles et détachées pourquoi vous attacheriez-vous d'où surgirait la nécessité d'une conjugalité dont vous ne posséderiez que la première des qualités la beauté mais dont la seconde inconnue vous échappe sans doute et quid de l'ensemble F' des femmes non belles ont-elles accès à l'attachement ou forme-t-elle un ensemble distinct ces questions tirent lupinantes peuvent être généralisées c'est-à-dire l'ensemble des hommes beaux est-il identique à celui des femmes belles la loi il ne suffit pas d'être beau pour qu'un homme s'attache à vous si vérifie-t-elle l'attachement est-il bijectif vertigineuse vérité viril je vous laisse à vos réflexions c'est l'heure du pâté sera radio France.fr merci beaucoup Mathias henar une émission programmée toute cette semaine bienvenue au club par Henri Leblanc et Oriane de la Croix merci alors à du Perez Joseph Julien et Didier Pineau qui l'ont préparé à l'isation Thomas beau avec Jacques et Hubert à la technique je vous dis à lundi avec en ouverture Jonathan Franzen de passage à Paris à l'occasion du festival America Khoury c'est à Vincennes en Île-de-France
Franck Proust