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interviewCNEWS· 17 mars 2026 20 min

La grande interview : Jérôme Guedj

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Jérôme Guedj

Et notre invité ce matin dans la grande interview CNews Europe 1, c'est Jérôme Gage. Bonjour à vous, député socialiste de l'Essonne. Merci d'être là, parce que c'est une journée pas simple pour vous. Est-ce que vous n'avez pas la nausée ce matin, Jérôme Gage ? Est-ce que vous ne vous sentez pas mal ? À Toulouse, une alliance entre LFI et le PS, Avignon, Idem, Limoges, Nantes, Clermont-Ferrand, Strasbourg, Tours, Besançon, je vais aller jusqu'au bout, c'est long, Brest, Lyon. Est-ce que vous en avez pas mal à la gauche ? Jérôme Gage.

0:27
Présentateur

D'abord, Laurence Ferrari, je sais en venant sur votre plateau ce matin que c'est pas un exercice simple. J'aurais pu rester à la maison et dans l'entre-deux-tours me carapater en disant, écoutez, il y a des accords locaux, on va regarder ailleurs et puis les gens auront oublié. Moi, j'aime trop la politique pour ce qu'elle est, c'est-à-dire la conciliation de convictions, de valeurs, parce que pour moi, la politique commence toujours par les valeurs et par des principes qui matricent notre engagement et puis qui se confrontent au réel dans le moment des campagnes électorales.

Et ces élections municipales ne sont pas un objet politique hors sol de la période politique dans laquelle nous vivons.

1:00
Jérôme Guedj

Mais vous avez mal à la gauche ou pas ?

1:02
Présentateur

J'ai mal à la gauche républicaine que j'essaye de porter, que j'incarne avec d'autres, qui motive ma candidature à l'élection présidentielle et qui fait un grand écart qui m'est insupportable. Ça fait mal aux adducteurs et ça fait mal à la cohérence politique. Le Parti Socialiste, il y a 15 jours à peine, a pris une position que j'appelais de mes voeux avec d'autres, de longue date, qui était la condamnation forte des dérives complotistes et des propos antisémites insupportables.

1:31
Jérôme Guedj

Vous avez même dit que M. Mélenchon était un salopard antisémite.

1:35
Présentateur

Je l'avais dit à la tribune du Congrès du Parti Socialiste en juin 2025. Pour vous, rien n'a changé.

1:41
Jérôme Guedj

Il est toujours un salopard antisémite ou pas ?

1:44
Présentateur

J'ai retiré, c'est un pléonasme que d'utiliser le terme injurieux, antisémite suffisait. Et moi j'avais rompu en 2024 et refusé tout accord électoral avec la France insoumise. Et aux élections législatives qui ont suivi la dissolution de 2024, je me suis présenté en refusant cet accord et en ayant même une candidature soutenue par la France insoumise face à moi. Ce que je veux dire, c'est que j'incarne cette combativité. et cette cohérence des convictions. Et au nom de tout ça, quand je constate qu'il y a un hiatus, qu'il y a un grand écart, je le dis, je ne me tais pas. C'est plus qu'un hiatus ?

Oui, après la déclaration du Parti Socialiste, je ne peux que regretter qu'au moment où nous avons pris cette position très nette, me semblait-il, de condamner ces dérives complotistes et ces propos antisémites insupportables, quelques jours après, au nom d'un combat politique local, on passe ça par-dessus bord. Alors, je ne suis pas là pour agonir d'injure ceux des camarades qui ont fait ça. Ils sont dans la preté du combat immédiat, ils sont soit pour maintenir la vie de la gauche, soit pour la conquérir. Mais je dis à un moment donné que l'intérêt général de la gauche et des socialistes, ce n'est pas la somme des intérêts particuliers des élus socialistes sur leur territoire.

C'est dur à comprendre, c'est dur à entendre pour certains d'entre eux, mais il faut se transcender, se sublimer, voire plus haut. Ce qui se noue à cet instant, c'est la crédibilité de la gauche républicaine. Vous savez, c'est un beau principe, c'est une éthique de comportement, c'est une éthique de responsabilité. Et moi, j'essaye, encore une fois, de dépasser cette contradiction et de le dire avec cette fermeté. Et dans ce moment-là, il y avait un autre chemin qui a été pratiquable.

3:27
Jérôme Guedj

Donc vous condamnez ces accords, LFI, PS.

3:30
Présentateur

Mais oui, pour une raison, oui, bien sûr, je les condamne, je ne les approuve pas, parce que... Non, mais vous les condamnez, c'est mieux en le disant. Oui, non, mais je... ça allait toi, mais d'abord, pourquoi ? Il y a plein d'endroits où ça ne se passe pas. Vous allez me lister probablement les villes dans lesquelles ça se passe, mais il y a d'abord des dizaines et des centaines de villes dans lesquelles ces accords n'ont pas eu lieu. Et parfois dans des très grandes villes. Les deux premières villes de France, je veux saluer Emmanuel Grégoire à Paris, Benoît Payan...

4:02
Jérôme Guedj

Là, on peut qui cache la forêt.

4:03
Présentateur

Non, c'est deux villes importantes. Et vous savez, moi je suis convaincu... C'est monsieur Delafosse. Non, mais je cite Benoît Payan à Marseille, je peux citer Nathalie Apéret à Rennes, vous avez mentionné Mickaël Delafosse à Montpellier, Mathieu Klein à Nancy. Et puis, dans plein de villes qui sont sous les radars, des villes de taille moyenne, etc. Et je ne voudrais pas que cela soit mis en difficulté par le fait qu'il y a eu ces accords à ces différents endroits.

4:29
Jérôme Guedj

Et je vais vous dire, les bons scores qui ont été faits par ces candidats s'expliquent

4:38
Présentateur

parce qu'ils ont été très clairs sur les valeurs et sur les principes. Et Emmanuel Grégoire et Benoît Payan, dès le début de leur campagne électorale, ils ont dit qu'il n'y aura pas d'accord avec Sophia Chikirou à Paris ou avec Sébastien Delogu à Marseille. Et je suis convaincu que les bons scores qu'ils ont faits s'expliquent par cette clairvoyance, cette clarté, cette rectitude.

4:58
Jérôme Guedj

Que d'autres n'ont pas. Écoutons Jean-Luc Mélenchon, monsieur Getsch. C'était le 4 mars à Bondy. Vous allez me dire s'il avait tout compris à ce qu'est le Parti socialiste.

5:05
Locuteur non identifié

Ils disent, au deuxième tour, non plus, il n'y aura pas d'accord. Alors tout le monde entend. Ah, ils rompent l'accord. Penses-tu ? Vous savez ce que c'est, c'est des gros combinards. Ils ne vont pas nous coûter trop cher, je pense, à acheter pour le deuxième tour, là où on les achètera. Mais quand même, quand ils disent qu'il n'y aura pas d'accord national, ça veut dire, faites votre tambouille. Faites votre tambouille localement. Et ils sont tous là à se dire, aïe aïe, aïe, pourvu qu'on y arrive avec la droite sans les insoumis.

5:34
Jérôme Guedj

Le 4 mars, Jean-Luc Mélenchon, les socialistes, ce sont de gros combinards. Ils ne seront pas trop chers à acheter, Jérôme. Qu'est-ce que vous lui répondez ?

5:43
Présentateur

Le problème principal de Jean-Luc Mélenchon... Qu'est-ce que vous lui dites ? Est-ce que vous êtes facile à acheter, vous ? Moi, non. Et les autres ? Moi, je pense qu'il ne s'agit pas d'acheter ou pas acheter, il s'agit d'être cohérent avec les principes proposés. Je vous l'ai dit, les valeurs, pour moi, c'est la porte d'entrée de l'engagement politique. C'est la crédibilité des propositions. Moi, j'essaie d'incarner avec d'autres la gauche du réel, la gauche des solutions. Pas celle, justement, qui est dans l'incantation, souvent stérile, qui nationalise des débats municipaux. Voilà. Mais le problème qu'on a avec Jean-Luc Mélenchon, c'est qu'il a décidé d'éradiquer le Parti socialiste.

Il a décidé de punir. Voilà, c'est le terme qu'il a utilisé. Il a dit, à l'occasion de ces élections municipales, il a présenté des candidats singulièrement dans des villes où il y avait des maires socialistes sortants. et qu'elle de la fausse, vous l'avez mentionné, a subi pendant des jours et des jours et des semaines et des semaines.

6:35
Jérôme Guedj

Et il ne retire pas ses candidats, Jean-Luc Mélenchon. Là, il y a le RN qui peut être en tête.

6:38
Présentateur

On va y venir. Et moi, ce que je dénonce, pardon de le dire, c'est une forme de masochisme des socialistes. Ceux qui veulent vous faire la peau, voilà, vous êtes là à tendre la joue après qu'il vous ait maltraité à ce point. Et moi, je trouve que c'est une faute politique et c'est une erreur politique. Parce qu'en permettant à ce qu'il y ait des mairies qui puissent être gagnées par la France insoumise, quand les socialistes se sont effacés ou ont fait des accords à Limoges ou à Toulouse, c'est valider la stratégie de Jean-Luc Mélenchon, celle de la conflictualisation et de la brutalisation au niveau national, pour apparaître propre sur eux dans ces mairies.

Et c'est introduire dans des conseils municipaux, dans tout un tas de villes, des conseils municipaux et des maires adjoints qui demain vont voter aux élections sénatoriales et dont les sénateurs feront la campagne de Jean-Luc Mélenchon où iront tailler des croupières et rivaliser avec des socialistes. Donc moi, cette espèce de masochisme, cette espèce d'emprise, cette espèce... Vous savez, Léon Blum avait cette... C'est la fin du PS. En 1948, au Congrès de la Mutualité, à l'époque, le parti très fort, c'était le Parti communiste, il avait dit « soyons socialistes nous-mêmes et n'ayons pas peur du candidaton communiste ».

Voilà, de savoir que vont dire les communistes sur nous, c'est à l'époque. Et bien moi, je dis, comme d'autres, comme Raphaël Glucksmann qui a repris cette image, « n'ayons pas peur du candidaton mélanchoniste ». Soyons nous-mêmes, c'est en étant nous-mêmes, cette gauche républicaine, universaliste, laïque, écologiste sociale, capable de construire des compromis dans les conseils municipaux. Il faut construire des compromis. Enfin, je pose une question un peu provocatrice. qui a été une fracture en 2023 avec Jean-Luc Mélenchon, avant même le 7 octobre. C'était déjà, rappelez-vous, au moment des émeutes qui ont suivi la mort du jeune Naël.

Cette phrase terrible qui avait été prononcée, « nous n'appelons pas au calme, nous appelons à la justice ». Bon, un maire dans une ville, quand il y a des émeutes, il appelle au calme, il appelle à protéger les bâtiments de la police municipale, du centre social, de la caisse d'allocations familiales, de la bibliothèque, etc. Et donc, est-ce que demain, si on a des maires insoumis, ou des élus insoumis, ils vont dire, « quand il y a des émeutes de cette nature, on n'appelle pas au calme ». Moi, je suis attaché à l'ordre républicain, parce que c'est celui qui protège les plus fragiles.

Et donc, quand vous voyez que vous avez des gens qui jouent sur les tensions, la conflictualisation, qui veulent à travers les pseudo-accords techniques, concept fumeux qui a été inventé par Jean-Luc Mélenchon, ça sert à quoi, les accords techniques ? Ça sert à introduire dans les conseils municipaux l'ingouvernabilité, et pour ne pas dire la bordélisation, qui existe à l'Assemblée nationale. Parce que ça veut dire, on est dans le conseil municipal, mais on n'est pas lié par un accord programmatique. Alors, je parle beaucoup de la France insoumise, parce que c'est elle qui nous met dans cette situation. Mais, encore une fois, ne tombons pas dans ce piège, cette centralité.

Ils n'ont pas gagné les élections municipales. Ils n'ont présenté que dans quelques villes. Leurs scores ne sont pas flamboyants. Vous vous rendez compte, il n'y a que cinq villes en France où ils sont arrivés en tête, des villes de plus de 30 000 habitants. Et on a l'impression qu'il y a un raz-de-marée de la France insoumise. Leur score aux élections est plus faible qu'aux élections européennes ou qu'aux élections présidentielles. Donc, ne cédons pas à la petite musique qui a été mise en place en disant que c'est un triomphe pour la France insoumise. Soyons nous-mêmes, nous, la gauche républicaine.

9:52
Jérôme Guedj

Thérôme Gage, on est sur CNews et sur Orpard. J'aimerais juste attirer votre attention sur Toulouse, où je vous rappelle la petite Myriam Monsonigo. Les enfants sans de l'heure et leur papa sont morts dans l'école juive aux Arathora sous les balles de Mohamed Merah. Le candidat socialiste qui s'appelle M. Brionçon dénonçait l'antisémitisme de Jean-Luc Mélenchon. C'est un poison, je le combattrai toujours. C'est le même qui se rallie à M. Pikmal qui lui brandissait un drapeau palestinien, faisait partie de la flottille pour Gaza. Il se partage la ville et la métropole.

Comment voulez-vous que les électeurs socialistes vous croient, vous accordent une once de crédibilité après de tels renoncements ?

10:26
Présentateur

Toulouse. Ça vous parle, Toulouse ? Il y a des élus qui étaient engagés sur cette liste et qui, au nom de cette contradiction, ont préféré...

10:35
Jérôme Guedj

Et ont la nuit, M. Stultzmann.

10:36
Présentateur

Exactement. Marc, qui a préféré se retirer, comme d'autres, de la liste. Et il l'a fait avec une expression très forte, justement sur ces questions-là. Voilà, je ne vais pas charger la mule encore. Voilà, pour moi, c'est une contradiction. Elle m'est insupportable. Et je pense qu'il y avait d'autres chemins pratiquables. À un moment donné, à un moment donné, à un moment donné, c'est une phrase qui est terrible à prononcer. C'est Michel Noir qui l'avait utilisée à l'époque où la droite était confrontée à la tentation, ou en tous les cas, au rapport avec le Front National. Parfois, mieux vaut perdre une élection que perdre son âme.

Moi, j'ai pris le risque, je vous l'ai rappelé tout à l'heure, de me présenter à une élection en refusant une étiquette. Et il y avait un risque de perdre l'élection. Mais à un moment donné, la politique, il faut être en harmonie avec soi-même parce que c'est comme ça qu'on est convaincant. Et que ce qui se noue là, c'est la préparation de l'élection présidentielle. Et que si une gauche républicaine n'est pas capable de s'affirmer quand elle pose un principe et qu'elle doit le décliner de manière opérationnelle, alors c'est toute la crédibilité de la parole. Encore une fois, voilà. Ce moment-là est important. C'est pour ça que je le dis.

Je le dis sans vouloir accabler les uns et les autres, mais avec la solennité et la gravité qui fait que moi, j'ai besoin de pouvoir être en harmonie avec mes convictions dans mon combat politique.

11:51
Jérôme Guedj

Donc vous, à Toulouse, vous ne votez pas pour M. Picmal, comme l'a dit Olivier Faure hier soir.

11:55
Présentateur

Je ne suis pas habitant à Toulouse. Il l'a dit, M. Faure.

11:59
Jérôme Guedj

Il a dit, je voterai M. Picmal.

12:00
Présentateur

Vous, vous dites quoi ? Je dis que...

12:02
Jérôme Guedj

Soyez cohérent.

12:03
Présentateur

Je ne suis pas habitant à Toulouse, donc je ne vais pas dire...

12:06
Jérôme Guedj

Vous refusez de me répondre ?

12:07
Présentateur

Mais parce que...

12:08
Jérôme Guedj

Est-ce que vous voteriez pour la France insoumise à Toulouse ?

12:11
Présentateur

Non, en l'espèce, je ne voterai pas pour la France insoumise à Toulouse.

12:13
Jérôme Guedj

Est-ce qu'il faut exclure ces candidats socialistes du Parti socialiste ?

12:15
Présentateur

Mais vous savez...

12:16
Jérôme Guedj

LR a été très clair. S'il y a des alliances avec le RN, exclusion. C'est clair du côté de la droite.

12:21
Présentateur

Oui, et vous pourriez dire que Raphaël Glucksmann, quand il a retiré ses candidats dans ses éléments, il a dit que ceux qui se maintiendraient seraient suspendus. Le drame, je vais vous dire, c'est que ce parti socialiste, et ce n'est pas que depuis cette élection, il faut avoir l'honnêteté de le dire, mais depuis quelques années, ne joue pas son rôle d'organisation, de coordination et de structuration des élections locales. C'est un peu... Chacun fait ce qu'il veut sur son territoire. Et je le redis, la force d'un parti, c'est la cohérence des positions qu'il prend. Il ne peut pas y avoir... Ce n'est pas open bar, si vous me permettez l'expression.

D'autant plus pour un parti dont la force est le socialisme municipal. Le fait d'avoir un maillage territorial. Vous savez, il y a 15 à 17 millions de Français qui vivent dans des villes dirigées par des socialistes. Ou par la gauche. Et il faut que ça continue, parce que c'est la gauche des solutions. Et moi, vraiment, dans ce moment-là, je m'adresse à tous les électeurs. Et notamment dans les endroits où il n'y a pas ces accords. Je leur dis, mais donnez la confiance à ces élus-là.

Donnez-leur, et puis partout d'ailleurs, donnez-leur la confiance, parce que c'est eux qui s'occupent de transition écologique, de lutte contre l'isolement des personnes âgées, des transports, de l'aménagement de l'espace public, des politiques sportives, des politiques culturelles, de ce qui fait au quotidien l'amélioration dans ces villes. Moi, je suis un nostalgique du clivage gauche-droite. Gauche républicaine et une droite républicaine. Il y a des villes où il y a une confrontation avec la droite républicaine. Assumons-la. Assumons cette confrontation. Elle est saine, elle est féconde pour le débat. C'est pas l'ancien monde ? Pour les débats publics ?

13:54
Jérôme Guedj

Jean-Luc Mélenchon appelle à une nouvelle France. C'est ça, la nouvelle France ? C'est celle qui, à Saint-Denis, scandait « Nous sommes tous les enfants de Gaza ». C'est ça, la nouvelle France ?

14:02
Présentateur

Je ne crois pas que... Alors, cette stratégie, elle a marché à certains endroits. Et ça doit nous interpeller.

14:07
Jérôme Guedj

Saint-Denis, par exemple.

14:08
Présentateur

Ça doit nous interpeller de se dire qu'à certains endroits, en ciblant les jeunes ou les quartiers populaires, on a eu l'irruption de thématiques dans le débat politique. Ça avait déjà marché au moment des élections européennes, dont le sujet avait été détourné, si j'ose dire. On parlait moins d'Europe que de la question du conflit israélo-palestien. Moi, ça ne me dérange pas qu'on parle de tous les sujets qui préoccupent l'ensemble de nos concitoyens. Mais vouloir agiter des thématiques en se disant « Ça va interpeller telle ou telle catégorie de la population », c'est une forme soit d'essentialisation du débat public, soit de dévoiement de celui-ci.

Moi, je m'adresse à des citoyens libres et émancipés, et j'en fais appel à leur libre arbitre. La politique, ça doit être un moment d'éducation populaire. On doit aborder l'ensemble des sujets. Donc, j'ai un désaccord. Nous avons des désaccords de fond avec la France insoumise, notamment sur ce rapport à la République, sur ce rapport à la France. Moi, je n'ai pas de problème avec une France métissée. Je n'ai pas de problème avec ça. Mais dans le cadre de l'universalisme républicain.

Et quand j'ai entendu certains revendiquer dans telle ou telle ville qu'il faut désormais qu'il y ait des élus racisés ou racialisés qui soient à la tête de ces villes, mais moi, je ne vote pas pour quelqu'un en fonction de sa religion ou de son origine, je vote en fonction de son projet politique. Et je ne suis pas pour remplacer telle ou telle. Parce que c'est ça, le message parfois qui est donné. Donc, si cette nouvelle France, c'est une juxtaposition de communauté, c'est le contraire de l'universalisme républicain. C'est le contraire de la laïcité. C'est le contraire de notre politique volontariste nécessaire de lutte contre les discriminations.

Et moi, je ne me reconnais pas dans ce projet politique-là, en plus des différences de formes, de brutalisations qu'on a déjà évoquées et qui font du mal au débat politique. Pour moi, la politique, c'est la dispute apaisée. Je peux avoir des désaccords majeurs avec tel ou tel, mais je ne cède pas aux jeux de mots nauséabonds qui sont faits à la tribune sur les consonances juives de certains noms, ou sur la brutalisation du débat, ou de traiter tel élu, comme ce qu'il avait dit, du maire qui a été battu à Saint-Denis, qui est un petit bourgeois visqueux. Visqueux ? Visqueux, voilà. Le terme est très connoté. Mais tout ça pue.

Moi, je sais reconnaître, je sais entendre, c'est le colibri dans la mine. On sait quand quelque chose abîme le pays. Moi, j'aime trop ce pays. Donc l'antifascisme, c'est le fascisme ? C'est ça ? La France, non, mais le problème de l'antifascisme, c'est qu'on devient un fasciste dès qu'on est à peine à la droite de Jean-Luc Mélenchon. Et le combat contre l'extrême droite est trop sérieux pour qu'il puisse être dévoyé ainsi. Et puisqu'on n'a pas encore évoqué la question de l'extrême droite, là, il faut assumer cette confrontation. Comment est-ce que vous allez dénoncer

16:54
Jérôme Guedj

d'éventuels accords entre eux ? Ce qui n'arrive pas, d'ailleurs, qui n'arrive pas entre la droite éventuellement ou le Rassemblement national, après ce qui se passe entre le PS et la France insoumise.

17:02
Présentateur

Quelle crédibilité ? Mais c'est précisément parce que je veux pouvoir le dire avec force, parce que j'ai entendu les déclarations au soir du premier tour de Bruno Retailleau qui ouvrait la porte à cette union des droites à beaucoup d'endroits. Alors, vous savez qu'il y a eu et on l'a vu à plusieurs endroits des listes dans lesquelles, même s'il n'y avait pas la somme des logos en bas à droite, si je veux dire...

17:27
Jérôme Guedj

Il n'y a pas de ralliement, là ? Il n'y a pas d'accord technique ?

17:30
Présentateur

Mais je suis d'accord avec vous. Les choses se sont faites de manière moins tonitruante, mais on a vu des convergences à bas bruit dans des villes où, tiens, comme par hasard, il n'y avait pas de liste de l'extrême droite, là, ils auraient pu en présenter ou ils en avaient présenté aux précédentes élections et on voyait telle ou telle figure. Donc, cette union des droites, elle s'organise, si j'ose dire. Éric Ciotti en est l'exemple le plus caricatural. Et à Nice, je trouve que, moi, mon réflexe de Front Républicain, il s'applique à Nice.

J'ai des désaccords avec Christian Estrosi, mais franchement, quand on a Éric Ciotti qui incarne cette union des droites, il vient de la droite, il a fait scission, il a rejoint Marine Le Pen et il se retrouve en situation, pas uniquement de gérer de la ville de Nice et de régler ses vieux comptes avec son ex-ami Christian Estrosi. Donc, moi, là-bas, pour moi, les choses sont claires. Ça doit être un Front Républicain qui s'applique.

18:19
Jérôme Guedj

Une dernière question, Jérôme Gage. Est-ce que vous avez toujours dans votre portefeuille la carte du Parti Socialiste ? Est-ce que, honnêtement, vous n'avez pas envie de la rendre aujourd'hui ? Et dire, ce parti ne représente plus les valeurs que moi, je porte. Est-ce que vous l'avez, cette carte ? Est-ce que vous allez la rendre ?

18:32
Présentateur

J'ai ma carte du Parti Socialiste. Et vous allez la garder ? Je suis ma carte du Parti Socialiste. Et je vais continuer à me battre. Et vous pourrez vous regarder dans le miroir ? C'est la vieille maison, comme disait Léon Blum. Et je vais continuer à me battre. Non, mais ça, c'est la raison pour laquelle je suis candidat à l'élection présidentielle. Parce que le grand rendez-vous de l'année prochaine, c'est précisément de savoir est-ce qu'il y a un chemin pour cette gauche républicaine. Parce que je ne peux pas croire qu'entre Jean-Luc Mélenchon et le macronisme finissant, il n'y est rien.

Non, il y a cet espace de cette gauche des solutions, de cette gauche concrète, de cette gauche du réel, de celle qui est sur les questions économiques, sur les questions sociales, est capable. Moi, ce que... Vous savez, mon modèle, c'est Jean Jaurès. La synthèse de Jean Jaurès, c'est un républicain intransigeant, celui qui a eu l'intuition de défendre le capitaine Dreyfus, alors que la gauche, à ce moment-là, n'était pas pour défendre ce petit bourgeois juif et qui, dans le même temps, a été l'acteur... Elle est antisémite. Et qui, en même temps, a été un acteur de la transformation sociale authentiquement de gauche. C'est ça dont nous avons besoin dans le pays.

On peut me reprocher d'être très à gauche. Je le revendique. Mais c'est une gauche sérieuse. C'est une gauche respectable. Et c'est aussi, pour ce qui va venir dans les mois et les années à venir, une gauche qui est capable de construire des compromis. Je l'ai fait avec Sébastien Lecornu à l'Assemblée nationale dans le débat sur le budget. Et je l'assume. On nous l'a tellement reproché, notamment les insoumis, parce qu'il fallait trouver une solution et arracher des victoires pour les Français. Et bien demain, moi, j'ai la conviction que personne ne pourra avoir raison tout seul.

Et donc, la culture du compromis et le courage de la nuance, pour citer le beau titre du livre de Jean Birnbaum, ça doit être aussi des fils rouges qui nous guident dans notre engagement politique.

20:05
Jérôme Guedj

Merci. Merci à vous. Vous ne vous êtes pas planqué et vous êtes venu ce matin.

20:08
Présentateur

Merci à vous.

20:08
Jérôme Guedj

Merci à vous. Jérôme Gage, c'était votre grande interview sur CNews et Europe 1. Bonne journée.