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AutreLe Média (sur Podcast)· 6 août 2026 39 minMixte

Pour la rupture écologique : écorégions, le projet radical de Mélenchon | Claire Lejeune

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

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0:01
Présentateur

Mais on s'autorise à penser dans les milieux autorisés. Alors ça, je n'ai pas un autre truc. Les milieux autorisés, vous y êtes pauvres. Bonjour à toutes et tous. L'instauration en France d'une république écologique passe par la transformation du territoire, sa réorganisation en 13 éco-régions découpées selon les bassins hydrographiques. C'est ce qu'a expliqué le candidat de la France Insoumise à la prochaine présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, lors de sa première conférence de presse après la déclaration de sa candidature au début de ce mois de juillet. Je reçois aujourd'hui Claire Lejeune.

0:51
Invité politique

Bonjour.

0:52
Présentateur

Bonjour Claire Lejeune, merci beaucoup d'être avec nous.

0:53
Invité politique

Pas de souci, merci de l'invitation.

0:55
Présentateur

Spécialiste de la planification écologique, députée de la France Insoumise depuis les législatives de 2024, députée de l'Essonne, co-responsable à l'Institut La Boétie du département consacré à la planification écologique. Tout à fait. Alors, Jean-Luc Mélenchon a fait presque une sorte de cours de géographie, de prospective géographique, lors de cette conférence de presse. Le projet de réorganiser, pour faire face aux nouveaux défis politiques et écologiques, selon des principes complètement nouveaux d'organisation du territoire, donc la France en 13 éco-régions, il existait déjà, je crois, en 2022, déjà dans le programme de la France Insoumise. En quoi est-ce que cela consiste exactement ?

1:41
Invité politique

Alors, notre constat, c'est qu'à chaque étape de l'histoire de notre République, à chaque étape de l'histoire de notre pays, à chaque fois que ce sont des nouveaux grands principes organisateurs de la société humaine qui sont advenus par des processus politiques, par des mouvements populaires, il y a eu des bougies en termes de délimitation de la cartographie administrative territoriale. Prenons juste la Révolution française, c'est le moment où on casse les baronies, les détentions territoriales foncières de la noblesse, en créant les départements, voilà, à ce moment-là, avec d'ailleurs beaucoup de départements qui prennent le nom de fleuves ou de cours d'eau.

Donc déjà, on a une correspondance entre le social et la nature qui est déjà présente et tissée dans notre histoire. Et notre constat, c'est que nous, on souhaite passer à la VIe République, donc on souhaite passer à une République écologique. Et c'est effectivement de nouveaux grands principes organisateurs qu'il va falloir faire advenir et imposer. Toute l'histoire de la gauche a été de dire que la République, c'est avant tout des droits concrets et c'est avant tout des solidarités interhumaines et que l'égalité est la résultante de ces solidarités.

L'étape d'après, quelque part, si on peut dire, cette gauche-là a été incomplète sans le dire, c'est que ces solidarités, elles se tissent pas seulement entre les êtres humains, mais qu'en fait, il y a une solidarité entre les humains et le vivant non-humain, le reste de la nature, l'environnement, parce qu'on voit, et on le voit de manière très violente en ce moment, à quel point on dépend de l'air, de l'eau, de la qualité des sols.

Et donc, l'idée, c'est de faire correspondre une nouvelle cartographie avec ces éco-régions à cette nouvelle étape, à ces nouveaux grands principes organisateurs et de formaliser, d'institutionnaliser quelque part ces nouvelles formes de solidarité autour de liens de dépendance qui existent de toute façon. Donc, l'idée fondamentale, c'est celle-là, c'est d'arriver à faire correspondre notre organisation administrative, territoriale, politique, surtout, au nouveau grand principe qu'on voudrait mettre en œuvre dans le cadre de la Sixième République.

Donc, le fait aussi de vouloir, pas seulement à un niveau administratif, au sens strict, mais de vouloir à un niveau de collectivité territoriale, donc avec un contenu démocratique, c'est également très important, parce que le passage à la Sixième, c'est une radicalisation de la démocratie, c'est une reprise, c'est une revitalisation démocratique par rapport à l'État de délabrement complet qui est la Cinquième République qu'on voit actuellement.

4:29
Présentateur

Alors, on va voir toutes les implications, puisqu'en fait, elles sont absolument radicales, de cette transformation, aussi bien au plan de l'économie que de la vie politique, mais peut-être qu'on peut rappeler d'où on part en revenant sur l'état actuel de la division administrative en région, sur ces évolutions récentes qui, en définitive, correspondaient à des principes de l'ancien monde qui ne devraient plus, en tout cas, aujourd'hui être prioritaires.

La régionalisation, c'était d'abord l'œuvre, je crois, des gouvernements du général de Gaulle, dans les années 60, c'était le premier moment, avec une notion qui a longtemps prévalu, celle de métropole, les métropoles d'équilibre, c'est-à-dire que le territoire était organisé en fonction de l'économie, dans une large mesure, de la polarisation entre un centre, une très grande ville, et puis sa périphérie. On a très longtemps vécu sur ce modèle, jusqu'à la réforme de François Hollande, 2015-2016, qui fait fusionner un certain nombre de régions et qui crée donc des régions plus grandes, avec parfois, au sein de la même région, plusieurs métropoles.

En quoi est-ce que les principes qui prévalaient dans ce modèle-là, finalement, sont caduques, ou en tout cas sont devenus presque, on pourrait dire, toxiques, au moment où on veut une transition écologique ?

6:06
Invité politique

Oui. Alors, je pense que, là, déjà, les germes de cette organisation régionale, ils existent dans les grands projets d'aménagement du territoire qui prévalent depuis, en gros, la sortie de la Seconde Guerre mondiale, parce qu'en fait, vous avez déjà une forme de régionalisation de l'agriculture lorsqu'on organise la fusion des entités qui étaient beaucoup plus petites. À la base, en 1945, on sort d'une France qui est beaucoup, beaucoup plus rurale, beaucoup plus paysanne. Donc, on a déjà des principes de spécialisation et de division selon les territoires à ce moment-là.

Également, ça va être l'arrivée de la voiture et donc d'une forme d'urbanisation qui se repose sur le fait qu'on peut faire les trajets domicile-travail avec la voiture, où, du coup, il y a l'étalement urbain qui va avec. Il y a effectivement cette concentration de plus en plus grande des richesses, du pouvoir, des flux matériels vers des grandes métropoles.

Et donc, quelque part, le processus de décentralisation, il vient accompagner cette étape-là du capitalisme, qui est un capitalisme de plus en plus productiviste, qui est un capitalisme, même si on ne peut pas délier le capitalisme du productiviste en tant que tel, mais qui va être un capitalisme aussi de plus en plus mondialisé, où les territoires, en fait, sont mis en compétition les uns avec les autres, les métropoles sont mises en compétition les unes avec les autres, et où on va avoir, effectivement, une logique, y compris de financiarisation, qui a des implications géographiques, territoriales, très, très concrètes.

Et donc, toutes les étapes de la décentralisation jusque-là et jusqu'à la réforme de 2015, effectivement, accompagnent ce mouvement-là du capitalisme plutôt que d'essayer de le modérer, de l'équilibrer. On va vraiment, en fait, l'État va jouer un rôle d'accompagnateur de cette dynamique-là, et les régions de 2015 sont l'exemple typique de ça, puisqu'effectivement, on va construire des grandes régions avec le but explicite, déjà, de réduire des coûts, ce qui n'a pas marché, par ailleurs, ça a été documenté. Comme souvent, comme souvent, le résultat, plein d'effets imprévus,

8:23
Présentateur

n'aboutit pas du tout à réduire les coûts.

8:24
Invité politique

Exactement. Et puis, il y a également le but que ces régions puissent peser, être compétitives, être attractives dans la compétition entre des grandes régions européennes. Donc, c'est aussi l'intégration européenne qui joue un rôle là-dedans, dans la mesure où l'intégration européenne est avant tout marchande. Donc, elle déplie ces logiques-là de manière incessante. et donc, ça donne effectivement des situations. On a fusionné des régions en vassalisant, en écrasant certains territoires et en ayant toujours cette logique de la métropole qui, finalement, exploite aussi sa périphérie. C'est un rapport de centre, la périphérie. En fait,

9:08
Présentateur

le capitale, la province, toujours. C'est-à-dire, le territoire, c'est le égal, s'exerce un pouvoir.

9:11
Invité politique

Quand vous avez, que ce soit les périphéries rurales par l'approvisionnement matériel, ou les périphéries qu'on appelle aujourd'hui les banlieues, quand vous avez des milliers de personnes qui font un déplacement d'une heure et demie dans des transports sous-financés pour venir rendre un service de nettoyage, d'aide à domicile dans la capitale, vous avez une logique d'exploitation de la périphérie par la métropole. Et donc, c'est des... Là, on voit très bien à quel point, sur toute cette dynamique-là, l'État est en fait complètement main dans la main avec les logiques du capitalisme. Et aujourd'hui, on fait face un petit peu au mur dans lequel cette logique-là nous a menés.

À force de faire de l'écologie un espèce de sous-thème, un truc résiduel qu'on fera si jamais on a l'argent, si jamais on a le temps, si jamais on y pense, en fait, on arrive à une situation...

10:10
Présentateur

Ou lorsqu'il y a une crise, à laquelle on arrive toujours à préparer. On l'a très bien vu récemment avec les incendies.

10:15
Invité politique

Et où, généralement, on arrive avec des pseudo-solutions techniques qui sont en fait typiques de la maladaptation et où, en fait, très souvent, on contribue à empirer le problème. Et il ne reste plus

10:25
Présentateur

qu'à faire de la com en disant on va tous être crunis, on va tous être saoulés pour faire oublier que c'était parfaitement prévisible et que rien n'était organisé en fonction de ça.

10:33
Invité politique

Donc, en fait, cette proposition des corrégions, elle vient à un moment où, en fait, c'est le cœur de la seconde canicule, il me semble. Et à ce moment-là, le débat politico-médiatique tourne autour de la clim. Donc, vraiment, de manière... Début juillet, hein. Donc, début juillet 2026. Encore une fois, un exemple de solution technique qui, en fait, déployée à large échelle correspond à de la maladaptation dans la mesure où, en fait, on crée des îlots de chaleur en plus. C'est une fuite en avant, en fait.

11:05
Présentateur

C'est une fuite en avant pour fou. C'est un désastre écologique.

11:08
Invité politique

De la même manière qu'aujourd'hui, en Gironde, on abat des arbres de manière préventive pour empêcher le feu de s'étendre. Donc, en fait, on est dans cette spirale infernale-là. Et donc, la proposition des corrégions, elle vient essayer d'amener un débat de fond sur la profondeur et la radicalité des transformations qu'il va falloir faire advenir si on veut faire face à ce mur climatique, tant sur le point de vue de l'atténuation des effets des gaz à effet de serre, tant sur le point de vue de la réparation du vivant.

Ce qu'on est dans un moment où on a tellement maltraité nos écosystèmes qu'il y a de la réparation à faire si on veut pouvoir y exister, y habiter de manière digne et décente dans les décennies à venir et que ce soit aussi du point de vue de l'adaptation. Et donc, l'idée qui a été mise sur la table, c'est de dire on prend ce fil conducteur de l'eau parce qu'en fait, l'eau, nous on y pense, c'est l'eau du robinet mais derrière ça, en fait, quand on commence à tirer ce fil, tout vient. L'eau est essentielle au système économique, l'eau est essentielle à l'industrie, l'eau en fait dépend, le cycle de l'eau dépend aussi de l'état de nos forêts, dépend aussi de l'état de nos sols.

Donc en fait, c'est un peu une matrice à partir de laquelle on peut déplier l'ensemble des écosystèmes vivants et sur lesquels les écosystèmes vivants ne sont plus très très vivants, on va dire. Et donc, les éco-régions auraient pour mission prioritaire de veiller à la préservation de la ressource en eau, des sols et de l'air. Et en fait, à partir de là, c'est des champs de politique publique très importants qui sont déployés mais la spécificité, c'est de dire que ce n'est pas une ligne budgétaire à côté de mille autres, ce n'est pas des enjeux qui peuvent être écrasés par l'impératif de développement économique.

Par exemple, le développement économique est une compétence aujourd'hui de la région. Bien souvent, elle va être priorisée par rapport à l'objectif de préservation des communs. Par exemple, lorsqu'on accompagne des projets de data centers partout sur le territoire alors qu'on sait que c'est déjà très énergivore et que ça consomme une quantité d'eau incroyable.

13:24
Présentateur

On va se déterminer par rapport à d'autres critères qui ne sont pas seulement ceux, je ne sais pas moi, de la taxe sur les entreprises qui va rapporter localement, de l'emploi qui va être suscité. On va prendre toute une série de considérations. On voit bien, d'après ce que vous décrivez par opposition avec la situation actuelle, à quel point il s'agit de réorganiser le gouvernement en fonction d'un changement de ses fins dernières, de ses objectifs finalement. Ça n'est plus la compétitivité économique qui déterminait la mise en compétition entre les régions. C'est autre chose. C'est justement l'intérêt, bien compris, des populations qui résident dans ces espaces.

14:08
Invité politique

Oui, oui. Alors, les éco-régions telles qu'on les propose, elles s'inscrivent dans le cadre d'une idée qu'on porte depuis longtemps, celle de la planification écologique. Donc, l'idée, c'est qu'il y ait un processus démocratique préalable qui aboutit à la formulation d'une planification écologique qui se situe au niveau national. Et ensuite, les éco-régions jouent un rôle parfois de mise en œuvre de certaines dimensions du plan, peuvent aussi jouer un rôle d'alerte, de vigie sur la bonne mise en œuvre de certaines dimensions du plan.

Éventuellement, elles peuvent servir de ça aussi pour réajuster des choses parce qu'en fait, le plan national va fixer des grands objectifs et la mise en œuvre, elle va dépendre aussi des conditions écologiques qui existent dans chaque bassin de vie. Mais oui, ce qui est en fait la base de notre raisonnement, c'est de dire qu'en fait, il n'y a pas de raison pour laquelle on ne peut pas avoir de politique publique qui priorise la santé le long terme, qui priorise le fait qu'on puisse boire une eau qui n'est pas polluée, de PFA, qu'on puisse manger sans avoir la crainte que dans dix ans on va développer un cancer, qu'on puisse respirer sans avoir les poumons complètement pollués.

Donc ça, c'est les principes de base, c'est les priorités absolues. Le premier principe

15:33
Présentateur

de gouvernement, ce n'est plus la croissance de l'ensemble de la production de richesses sans savoir à qui elle profite, sans savoir à qui elle coûte et ce genre de choses.

15:44
Invité politique

D'ailleurs, toute l'histoire de l'État dans son implication avec le capitalisme a été aussi une histoire de simplification, de spécialisation productive des régions, y compris sur des choses comme la forêt, comme l'agriculture, etc. Et tout ça dans un contexte où on va avoir des indicateurs extrêmement simplistes pour évaluer est-ce qu'une économie va bien ou pas. Le PIB, qui est une invention dont le fondateur Kuznets disait bien ne l'utilisez surtout pas pour évaluer le bien-être d'une société, ça ne correspond pas à ça. Résultat, ça a été globalisé à l'échelle

16:28
Présentateur

de la planète

16:29
Invité politique

et ça reste l'indicateur universel. Nous, on pense que si on veut faire la planification écologique, il va falloir pluraliser les indicateurs déjà et puis surtout faire des indicateurs prioritaires et des boussoles finalement des politiques publiques, les indicateurs qui correspondent à la santé humaine, au bien-être humain, à l'état écologique de nos communs. Et donc ça, ça renverse complètement la table et ça fait que les modèles économiques et le type d'activité économique qu'on développe doivent en fait s'inscrire dans ce cadre-là au lieu d'avoir une activité qui se développe et puis on essaye vaguement de compenser les externalités en plantant des pains en rangée. Il y a tout ça.

Donc c'est vraiment un renversement de paradigme et pour le coup, ce n'est pas antagonique avec et même au contraire avec par exemple l'objectif de l'emploi. Le chantier de la planification et de la bifurcation écologique va être massivement producteur d'emplois qui ont du sens parce que ça contribue au chantier de juste nous permettre de bien vivre dans les années à venir et puis des emplois qui peuvent être des emplois de qualité aussi. Donc en fait, on travaille aussi dans cette perspective-là. par exemple, prenez juste l'ONF, l'Office National des Forêts. Sur la vingtaine d'années précédentes, là, ils ont eu des coupes de 40% de leurs effectifs.

Alors que l'ONF, en fait, aujourd'hui, on a les incendies massifs en Gironde. L'ONF est chargée des travaux d'entretien, du dépoussaillage, de l'entretien des forêts, de la prévention des incendies. Ce qui prévient ce type de catastrophe. Donc on a beaucoup parlé des canadaires, etc. Mais on a peu parlé du fait que la Macronie a complètement, et les gouvernements précédents, il ne faut pas non plus les laisser passer comme ça, mais ont complètement dézingué l'ONF qui a pourtant une fonction vitale dans la prévention des incendies et dans la préservation de nos forêts.

18:37
Présentateur

C'est-à-dire que derrière ce désastre écologique récent en Gironde, en réalité, il y a des causalités de courte durée qui sont des choix politiques qui consistent à démanteler les services publics, les observatoires aussi. C'est une politique générale du néolibéralisme, on le sait bien. Et là encore, on voit à quel point, comme vous le disiez, c'est un changement de paradigme auquel appelle cette république écologique, c'est-à-dire un changement de manière de penser les choses, un changement d'état d'esprit, un changement de modèle.

Alors, on parlait du fait qu'une idée directrice, c'est d'utiliser les bassins hydrographiques, la géographie des bassins hydrographiques, pour fonder la nouvelle géographie administrative des régions.

Est-ce qu'il y a derrière autre chose que finalement, ce qui serait déjà très important, une affirmation symbolique au sens fort, c'est-à-dire que c'est désormais le critère de l'eau, un critère naturel mais aussi le critère de la vie tout court, le corps humain est constitué essentiellement d'eau, donc c'est vraiment le critère de la vie par excellence et non plus de la richesse évaluée monétairement, quantitativement à l'échelle nationale éventuellement ou impériale, c'est ce critère qui prévaut.

On sait qu'il y avait les structures territoriales des agences de l'eau qui, elles, étaient déjà organisées logiquement en fonction de ce qu'on appelle les bassins versants, c'est-à-dire les bassins hydrographiques, le réseau de tous les cours d'eau qui finissent tous sur un même fleuve ou un fleuve principal en tout cas et qui déterminent un espace géographique. Est-ce qu'il n'y a pas, c'est des objections qui sont faites parfois, est-ce qu'il n'y a pas des inconvénients à ne prendre que ce critère pour organiser la région ?

20:21
Invité politique

Alors, c'est loin d'être seulement symbolique. Je pense que toute cartographie est profondément politique. Donc, c'est là où, en fait, les régions actuelles, dans leur délimitation, seraient des outils mal ajustés à ce qu'on veut faire et, par ailleurs, le changement de répartition de compétences est tel et l'objet qu'on veut créer est d'une telle nouveauté qu'en fait, ce serait vraiment très peu de sens de conserver les régions existantes.

D'ailleurs, aussi parce que on n'a pas encore tranché le sujet de la cartographie à ce stade et, donc, la carte qui a été présentée par Jean-Luc Mélenchon, c'est une des hypothèses possibles, mais il pourrait aussi y avoir une cartographie qui suit les bassins versants de rivières et, donc, ça correspondrait davantage à 23-24 éco-régions qu'à 13. Donc, plusieurs hypothèses sont possibles, mais, en fait, il faut une correspondance fonctionnelle et politique et c'est aussi une question des imaginaires politiques et démocratiques dans lesquelles on projette les habitantes et les habitants parce qu'en fait, en réalité, les régions actuelles, elles tournent tous les imaginaires vers la métropole.

C'est j'habite où par rapport à la métropole. Comment je me définis par rapport au centre où je vais travailler, vers lequel je vais potentiellement en ayant une heure de voiture ? Enfin, c'est ce genre de dynamique qui se passe dans l'imaginaire collectif.

Je pense que si on veut réellement instaurer un nouvel imaginaire collectif et institutionnaliser des nouvelles manières d'habiter le monde qui sont compatibles avec les limites planétaires, il va falloir que les imaginaires politiques bougent et que ceux-ci se concentrent davantage sur quels sont les réseaux dont je dépends, quels sont les réseaux naturels, en plus des réseaux numériques, énergétiques, etc., dont je dépends pour ma survie. Et en fait, le fait de définir une cartographie administrative autour des passants versants de rivière, ça permet aux habitantes et les habitants de se situer par rapport à ce cours d'eau, par rapport à où est-ce qu'on se situe, à l'amont, à l'aval.

Du coup, on dépend de ce que font les gens à l'amont, ça détermine les usages qui peuvent en être faits à l'aval. La quantité d'eau disponible dans tel endroit va dépendre des usages qui en sont faits un peu plus haut. Il y a tous ces liens de codépendance qui sont mis à jour lorsqu'on commence à essayer de définir des cartes à partir des éléments des communs du vivant, on va dire, et pas en fonction de critères strictement économiques au sens très étroit du terme. Donc, à mon sens, ce n'est pas seulement symbolique.

le but est d'avoir aussi une étape supplémentaire dans l'invention de notre démocratie où on se pose aussi la question de comment on arrive à avoir une représentation des intérêts du vivant, une représentation des intérêts du long terme, donc des générations à venir, parce que sans cette transformation démocratique, on risque de pêcher aussi, on risque de ne pas arriver à faire aboutir le projet qu'on a en tête.

23:50
Présentateur

Précisément, c'est cette nouvelle logique géographique, on a vu à quel point elle correspond à une autre logique économique. Il y a une dimension politique très forte dans le sens d'une redémocratisation via une importance bien plus grande qu'aujourd'hui de la démocratie locale, de la citoyenneté active de tout un chacun, nécessairement donc d'abord au plan local.

par opposition avec la représentation politique telle qu'on la connaît, qui est une représentation de délégation, c'est-à-dire que je vote pour quelqu'un une fois de temps en temps et puis ensuite il va faire, puisqu'il n'y a pas de mandat impératif de toute façon, ce qu'il jugera bon selon des démêlés, en fonction de démêlés sur lesquels j'ai aucune prise. On peut aussi considérer que c'est une représentation confiscation du pouvoir par ceux qui en sont investis périodiquement et qui ensuite font ce qu'ils veulent. Là, il s'agit de s'auto-gouverner dans une large mesure localement.

24:49
Invité politique

En plus, c'est intéressant parce que nous, le rôle de la commune, on y accorde une importance très très grande, notamment parce que c'est l'échelon démocratique de base, concret, du quotidien, du face-à-face et donc on lui accorde aussi une très grande importance dans le cadre de l'élaboration de la planification au niveau national. Donc, on n'est pas du tout dans une logique d'élaborer le plan sur un bureau à Paris et ensuite d'essayer d'appliquer ça. Ça n'aurait aucun sens. C'est l'image de la planification soviétique,

25:24
Présentateur

on peut le dire clairement. Ça n'aurait aucune effectivité de toute façon.

25:27
Invité politique

Voilà. La planification pour nous et l'aboutissement, la cristallisation, l'institutionnalisation d'un mouvement populaire sans quoi, en fait, on rencontrera des résistances trop fortes pour l'appliquer. Et le rôle de l'éco-région, c'est aussi d'arriver à réinjecter de la démocratie à un échelon qui est plus fin que celui de l'État. Donc, il peut avoir une vision sur concrètement ce qu'est-ce qui se passe, où sont les points de blocage, etc. Mais qui est quand même un échelon beaucoup plus structurant que la commune qui a un rôle très important sur plein de domaines mais qui va avoir du mal à déployer la construction d'une filière ou autre, des choses de ci plat.

Mais c'est intéressant parce qu'en fait, l'histoire du biorégionalisme, elle a plusieurs racines. C'est une tradition assez longue, en fait. Oui, il y a une école californienne qui, elle, pour le coup, est assez déterminée. C'est-à-dire que, en fait, c'est vraiment les coordonnées naturelles qui doivent, dans leur logique, qui doivent primer et déterminer la manière dont les humains doivent s'organiser. Les humains doivent reprendre leur place modeste dans le cadre des écosystèmes.

26:39
Présentateur

C'est un mouvement radical qui a plus de liens

26:42
Invité politique

avec l'écologie profonde, etc. Avec, parfois, des excursions un peu douteuses. C'est-à-dire que Peter Berg, par exemple, qui est l'un des penseurs du biorégionalisme californien, a donné une interview en 2001 dans une revue qui s'appelle Éléments et qui est plutôt située à droite. Voilà. Très à droite. Très à droite. Mais vous avez une école italienne avec Magnaghi, notamment, qui, elle, est beaucoup plus constructiviste, qui parle de biorégion urbaine, par exemple. Donc, il voit beaucoup plus la production du territoire comme une espèce de coproduction dynamique entre ce qui se passe au niveau naturel et ce qui se passe au niveau des sociétés humaines.

les deux étant, de toute façon, complètement entre-midi. Et cette tradition-là, elle a une exigence démocratique très forte avec parfois même des incursions ou des croisements avec le municipalisme, etc. Donc, en fait, cette tradition-là, elle est intéressante par l'exigence qu'elle fait porter à, effectivement, une revitalisation démocratique. Et, en fait, le mouvement dans lequel ça s'inscrit, c'est, en fait, de récupérer, de reprendre la main sur des choses que le libéralisme puis le néolibéralisme avaient établies comme la chasse gardée du marché, avaient dit tout ça, la démocratie, le politique, vous ne vous en occupez pas.

C'est la main invisible du marché, c'est les logiques capitalistes qui s'en occupent et qui le déterminent et qui l'organisent.

28:21
Présentateur

Et si, au nom de la démocratie, vous voulez vous opposer à ces principes directeurs, ça donne le coup d'État de Pinochet, ça donne la fin de la démocratie et des régimes autoritaires.

28:31
Invité politique

Voilà. Et tout le mouvement, et nous, on assume complètement de parler de collectivisme et de parler de commun, etc. C'est de dire, en fait, non, ces choses-là, ces éléments-là, ne doivent pas être laissés au marché. Elles sont, elles déterminent nos conditions de vie, elles déterminent notre santé, elles déterminent la possibilité pour nous en tant que société de vivre dans les décennies à venir. Et donc, c'est le politique et par extension la démocratie qui doivent le prendre en main. Et la planification, c'est exactement ça. Parce qu'en réalité, si vous n'avez pas de planification publique, démocratique, étatique, vous avez une planification privée.

Parce que les grandes multinationales, aujourd'hui, ont une puissance qui leur permet complètement de planifier. D'ailleurs, elles ont des plans d'investissement à 10-20 ans.

29:20
Présentateur

Mais leur priorité n'est pas du tout le bien-être des populations. D'ailleurs,

29:21
Invité politique

elles ont parfois davantage de capacité à centraliser des savoirs, à avoir du monde de la recherche et développement. Exactement. Donc, en fait, je pense qu'aujourd'hui, Total a un plan très clair pour les 10-20 ans à venir. Amazon, tous les GAFAM l'ont également. C'est un impact énorme sur la population. Et ils ont probablement en termes de connaissances et de degrés de développement de ces plans-là de l'avance sur les États. Et donc, l'idée avec la planification et leur prise en main par les éco-régions, c'est de reprendre en main ces savoirs et ce pouvoir-là et de dire, en fait, ce qui détermine nos vies, on doit en décider nous-mêmes. Voilà.

Et je pense que c'est ça qui est très important et qu'on essaye de mettre en avant avec cette idée de planification.

30:12
Présentateur

C'est important de revenir sur cette affaire de démocratie, sur d'éventuels aspects tout à fait incompatibles avec la gauche qu'ont pu prendre un certain nombre d'idées radicales écologiques. Parce que, comme toujours, lorsque le néolibéralisme est menacé, il se met tout à coup à alléguer de beaux principes politiques pour essayer de discréditer les contre-modèles.

et en l'occurrence, il y a des objections qui sont avancées contre l'idée des éco-régions et la tradition biorégionaliste qui consistent à dire « Ah, mais attention, c'est une idéologie de l'enracinement puisque donc il s'agit bien de considérer les gens en relation avec leur milieu, de la façon dont ils sont enracinés dans leur milieu local, leur mode de vie, tout simplement, leur style de vie au quotidien. C'est une idéologie de l'enracinement. Or, l'enracinement, on le sait depuis la fin du 19ème et le début du 20ème siècle, le nationalisme intégral de Maurras, l'action française, Barès, l'enracinement, c'est typiquement une thématique raciste identitaire d'extrême droite.

Et on va utiliser aussi à l'appui de cette objection la question des migrations, des développements de population en disant « Mais alors les gens de vos éco-régions, ils ne vont pas supporter le brassage des populations, ils vont s'accrocher à leur identité. » C'est évidemment des objections qui ne sont pas valables en réalité mais qu'il faut prendre en considération.

31:31
Invité politique

Oui, alors, une certaine frange du biorégionalisme a pu aller sur des terrains qui sont aux antipodes complets des nôtres en ayant effectivement un déterminisme naturel très fort et en ayant, en reliant en fait les enjeux naturels à des enjeux démographiques, notamment, donc tout ce terrain-là, bien sûr, c'est celui qu'on rejette et ça ne correspond en rien à ce qu'on porte avec ces projets des corrigions et de cette nouvelle république s'inscrit dans le cadre de ce qu'on a aussi appelé la nouvelle France. Tout ça se conjugue et en fait, notre constat... Une France

32:12
Présentateur

qui ne fantasme pas la pureté et notre constat,

32:15
Invité politique

c'est que d'une part, le dérèglement climatique à l'échelle globale va accentuer les mouvements de population, donc va accentuer en fait, les arrivées de réfugiés climatiques sur notre sol et que notre devoir est de leur fournir des conditions d'accueil dignes et de pouvoir faire partie de la communauté nationale par plein d'aspects...

32:35
Présentateur

Et là encore, de le prévoir, de ne pas tout à coup être là, ah, crise démographique, qui aurait pu prévoir des migrants ? Voilà,

32:43
Invité politique

érigeons des barbelés.

32:43
Présentateur

Comme le fait l'Europe, d'ailleurs.

32:45
Invité politique

Exactement, avec Frontex et d'autres institutions. Et par ailleurs, il risque d'y avoir des migrations internes. Là, par exemple, avec les méga-feux qui se sont produisées en Gironde, vous avez des déplacés internes, vous avez des réfugiés...

33:00
Présentateur

Des centaines de mille personnes rien que pour cet épisode, qui doivent bouger temporairement,

33:05
Invité politique

qui non plus, dont la maison a été brûlée, etc. Et ces situations-là vont se multiplier. Donc, on voit bien à quel point ces deux éléments-là de migration externe et interne font que c'est complètement absurde, lunaire, en plus d'être moralement, éthiquement, politiquement, complètement à rejeter et assez condamnable. Il y a aussi le fait que d'un point de vue pragmatique, c'est impossible à tenir.

Donc, l'idée, c'est déjà d'un point de vue des principes de placer cette idée de Nouvelle-France qui est le résultat de plein de bougées culturelles, et de préparer le fait qu'on va avoir à la fois à organiser l'accueil digne de personnes qui vont fuir des situations qui seront encore plus catastrophiques que celles qu'on va vivre nous et de préparer le fait qu'il va y avoir des réfugiés climatiques internes et que si l'État ne s'en occupe pas, on va avoir des situations humanitaires, on va avoir des camps, on va avoir ce genre de choses sur le sol français. Donc, je pense que justement, il faut arriver à tenir bon et à développer et à ne pas laisser ce terrain du localisme, etc.

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Présentateur

Le localisme étroit, le localisme réactionnaire et identitaire.

34:37
Invité politique

Exactement, parce qu'il va se développer parce que là, en fait, le RN se réveille, arrête de dire que le GIEC exagère et autres et va commencer à développer, je pense, va commencer là par rapport à la campagne de 2027, va essayer de développer une doctrine écolo. Là-dedans, on retrouvera ces composantes nauséabondes, du localisme étroit, rabonderie, autour des terroirs, autour de tout, vous voyez, tout ce bain pseudo-culturel du canon français, toutes ces choses-là, voilà.

On va avoir tout ce marasme-là et donc, à nous d'y opposer une vision républicaine claire, une vision de la solidarité entre humains et entre les humains et le vivant non-humain et d'arriver à organiser les choses pour que, enfin, on sorte de cette situation où on enchaîne les crises avec des mesures réactives, de la com. Enfin, là, honnêtement, le gouvernement ne fait que de la communication et, enfin, ils auraient pu utiliser des outils, ils auraient pu faire un projet rectificatif, là, pour lever des fonds et investir pour qu'on soit prêt pour l'été prochain parce que la même chose va arriver, rien n'a été fait.

35:51
Présentateur

Mais parce que leur vrai objectif, il est budgétaire, leur vrai objectif, c'est de diminuer les dépenses de l'État.

35:56
Invité politique

Voilà. Et encore une fois, on revient sur cette idée de quelle est la boussole principale des politiques publiques, leur boussole principale est de réduire la dette pour satisfaire les marchés, quoi qu'il en coûte.

36:10
Présentateur

Voilà. Donc, en fait, faire une politique qui profite à un tout petit nombre puisqu'en dernier recours, en bout de chaîne, c'est favoriser les niveaux de vie, via l'évasion fiscale, notamment, d'un tout petit groupe. Les politiques est menées dans cet intérêt-là. Merci beaucoup, Claire Lejeune. Là, on voit bien, très concrètement, ce que c'est qu'un programme de rupture. D'abord, rupture dans l'esprit, dans les objectifs, qui débouche sur une rupture dans l'organisation avec cette proposition d'éco-région qui, je le comprends, est encore complètement ouverte.

36:46
Invité politique

C'est un cours de travail. C'est ça.

36:48
Présentateur

C'est une discussion. Est-ce que ça sera autour des fleurs ? Est-ce que ça sera autour des rivières avec des régions plus réduites ? Voilà.

36:53
Invité politique

Donc, en fait, Gabriel Amard et moi-même travaillons sur le sujet avec un certain nombre d'autres collègues. On conduit beaucoup, beaucoup d'auditions en ce moment. Donc, on discute avec des chercheurs, des hydrologues, etc. parce que c'est aussi ça qui est important. C'est qu'aujourd'hui, un fait marquant de la déliquescence de la démocratie telle qu'on la voit, c'est le degré de déconnexion complet entre les éléments scientifiques qu'on a sous les yeux et le débat public.

Et donc, les éco-régions, elles devront aussi, enfin, le cadre démocratique sera aussi appuyé sur, que nous dit la science, sur, en fait, l'état des écosystèmes, ce qui va venir dans 10-20 ans, parce qu'eux sont capables de l'entrevoir. Voilà, c'est aussi pour ça que les scientifiques sont parfois dans un état psychologique très compliqué parce qu'à la fois, ils se font très souvent lyncher sur les réseaux sociaux et en plus, ils voient très bien ce qui va nous arriver dans 20-30 ans. Donc, il serait largement temps de les écouter et de nous organiser en fonction.

37:56
Présentateur

Et ça va à l'inverse, on comprend, ce travail qui a été celui du néolibéralisme, justement, de déconnecter, d'occulter les savoirs, les données scientifiques et sociales des politiques pour mieux, finalement, faire cavalier seul et pouvoir travailler en dehors de tout compte à rendre, finalement, au gouverner. Merci encore une fois. Merci à vous. Et donc, on attend la suite. On attend...

38:22
Invité politique

Elle viendra très prochainement.

38:24
Présentateur

...de voir les développements de ces projets d'éco-région pour une rupture et la formation d'une république écologique.

38:32
Invité politique

Tout à fait.

38:33
Présentateur

Et merci à vous d'avoir suivi cet épisode dont on s'autorise à penser. Je vous rappelle que Le Média ne vit que de vos dons et abonnements. Nous avons besoin de vous. Rendez-vous sur lemédiatv.fr. À bientôt sur Le Média. Sous-titrage ST' 501