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Podcast / conversationÉlysée (sur YouTube)· 9 décembre 2020 27 minComplaisantFond programmatiqueNumériqueÉconomie & entreprisesSolidarités & familleEnvironnement & énergie

Il est temps pour l’Europe d’avoir sa propre souveraineté technologique !

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 95 %Attaque 3 %Défensif 2 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:00OuverteRéponse directe

    Pourquoi vous intéresser à la situation de la technologie européenne ?

  • 3:00OuverteRéponse directe

    Comment les entrepreneurs technologiques européens peuvent-ils contribuer ?

  • 7:00OuverteRéponse directe

    Comment encourager l'entrepreneuriat et l'accès des jeunes défavorisés ?

  • 17:00OuverteRéponse directe

    Quelle stratégie pour la souveraineté numérique en Europe ?

  • 23:00OuverteRéponse directe

    Comment inciter les entreprises tech à lutter contre la crise climatique ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:00E. MacronFait
    « Je pense que c'est l'un des meilleurs moyens de transformer et de remodeler complètement notre monde. »
  • 11:00E. MacronChiffre
    « Nous sommes aujourd'hui numéro un en termes de tickets d'investissement de taille importante et de fonds levés par l'écosystème des start-ups cette année. »
  • 24:00E. MacronPromesse
    « Nous organiserons le Scale-up Europe à Paris afin précisément d'avoir plus d'impact et d'accélérer cette stratégie de passage à l'échelle. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

-N. Zennstrom : Lorsque j'ai fondé Atomico en 2006, j'étais déterminé à prouver que les grandes entreprises pouvaient venir de partout et que l'Europe en particulier possédait la plupart des ingrédients d'un écosystème technologique prospère : des talents de premier plan, certaines des meilleures universités et une infrastructure de télécommunications avancée. Nous avions également prouvé que nous pouvions créer des entreprises mondiales dans d'autres secteurs tels que l'automobile, le commerce de détail, la mode.

Beaucoup de choses ont changé depuis lors, et aujourd'hui nous avons plus de 200 licornes ici en Europe. C'est un plaisir pour moi de parler aujourd'hui avec quelqu'un qui est aussi passionné que moi par la force et le potentiel de l'écosystème technologique européen. Monsieur le Président, je vous remercie de vous entretenir avec moi aujourd'hui. -E.

Macron : Merci d'être ici. -N. Zennstrom : Comme vous le savez, nous lançons aujourd'hui notre rapport annuel.

Pour commencer, dites-moi pour quelle raison vous étiez intéressé à l'idée de parler de la situation de la technologie européenne ? -E. Macron : Ecoutez, parce que je pense que c'est l'un des meilleurs moyens de transformer et de remodeler complètement notre monde.

Je pense que notre peuple, en particulier les jeunes, croit fermement à la technologie. Et nous sommes en train de tout transformer dans notre vie quotidienne grâce à la technologie. Et je pense qu'en tant que président ou en tant que gouvernement, il est très important de suivre et d'essayer de comprendre ces tendances afin d'accélérer, et d'être sûr que nous faisons partie des leaders.

C'est un tout premier point. Sinon, vous n'êtes qu'un consommateur de la technologie de quelqu'un d'autre. Deuxièmement, je pense que c'est la meilleure façon d'essayer d'innover dans votre environnement, de maximiser la valeur créée ici, de construire et d'inventer de nouveaux emplois.

Et troisièmement, je pense que si vous ne vous préoccupez pas de la technologie, vous devez vivre avec ses externalités négatives et vous en subissez certaines. C'est pourquoi je pense qu'il est important de suivre la tech et d'essayer d'en faire partie afin de faire de la technologie une solution pour un monde meilleur et pas seulement une solution pour que certaines personnes gagnent plus d'argent, ce qui me convient et fait partie du jeu. Il faut être certain que la technologie soit aussi la meilleure contribution possible au changement climatique et à la lutte contre les émissions de CO2, à la biodiversité, à la lutte contre les inégalités, à une société plus inclusive, etc. -N.

Zennstrom : Non, c'est vrai. Cette année, 2020 a dû être l'année la plus turbulente dont je me souvienne. Et c'est aussi, comme vous le soulignez, une période où nous avons besoin de solutions et de personnes capables d'innover pour faire les choses différemment.

Et comment pensez-vous que les entrepreneurs technologiques européens peuvent apporter leur contribution ? -E. Macron : Ecoutez, tout d'abord, ils ont déjà contribué.

Ils ont contribué au long de cette année grâce à la grande transformation de nos entreprises et de nos sociétés, quand on regarde les places de marché, le télétravail. Nous avons donc utilisé de nombreuses innovations technologiques dans notre vie quotidienne. Nous avons utilisé plusieurs innovations américaines et autres, mais aussi de plus en plus de solutions européennes.

A présent, ce que nous devons faire dans chaque secteur, dans chaque innovation, c'est construire la solution européenne et la souveraineté européenne. Quand je regarde la situation actuelle et la Covid-19, nous avons une grande réorganisation de notre vie sociale. Beaucoup de nos entreprises technologiques peuvent faire partie de cette nouvelle organisation en nous permettant de consommer, de travailler, de manière plus flexible.

Mais nos peuples sont désireux d'avoir plus de valeurs, plus de sens. Ils veulent des innovations sociales, mais en incluant les gens qui vivent ici, nos agriculteurs locaux, les gens qui vivent ici et qui travaillent et interagissent avec vous grâce à cette innovation. Deuxièmement, concernant la santé, grâce à l'innovation et aux entreprises technologiques, nous sommes au tout début d'une nouvelle révolution avec une médecine beaucoup plus personnalisée et prédictive.

C'est pourquoi j'ai lancé vendredi avec beaucoup de start-ups françaises, mais aussi des laboratoires académiques et des universités, Paris Santé Campus. Ce sera en plein centre-ville, dans le Val-de-Grâce, un super endroit au coeur de Paris afin de développer des innovations numériques en matière de santé. Nous allons investir plusieurs milliards.

Nous allons impliquer Dassault Systèmes, Sanofi, une entreprise de logiciels, les grandes entreprises françaises du système de santé traditionnel, de nombreuses de start-ups, des acteurs de l'intelligence artificielle, etc. C'est le meilleur exemple d'entrepreneurs européens qui essaient de radicalement changer et transformer le système de santé. Ils aideront à développer une médecine prédictive, de nouveaux traitements pour entièrement réorganiser les hôpitaux et la médecine et changer le système pour le mieux. -N.

Zennstrom : La santé est certainement l'un des secteurs qui, selon nous, sera complètement transformé par la technologie et qui nous aidera à avoir une vie plus saine. -E. Macron : Parce que vous avez des appareils médicaux, des logiciels, du matériel, de l'intelligence artificielle et des innovations classiques dans le domaine des soins de santé, et en plus de cela, je crois fermement que nous devons ajouter les sciences humaines, la philosophie, l'éthique, etc.

Si vous avez toutes ces compétences, plus les mathématiques, autour de la table, vous pouvez en effet réaliser des percées et proposer de nouvelles innovations fortes. Cependant, vous devez réfléchir dès le début à la manière de rendre cette innovation acceptable pour les gens, pour leur propre système de santé, à la manière de rendre acceptable pour le système d'avoir une médecine prédictive et personnalisée sans avoir une sorte de biais social. Je veux dire que personne ne veut d'un système dans lequel nous améliorerons la façon de vous traiter, de mieux comprendre une maladie potentielle dont vous souffrez peut-être mais avec un système d'assurance plus coûteux.

C'est un des exemples des enjeux délicats relatifs à la santé. -N. Zennstrom : Nous partageons tous deux le point de vue selon lequel les start-ups sont la clé de la croissance économique future, et ici en France, vous avez certains des meilleurs établissements d'enseignement.

Comment pouvons-nous encourager davantage de personnes à devenir entrepreneurs ? Et compte tenu de certains des grands mouvements de société que nous avons observés cette année, comment pouvons-nous encourager l'accès de jeunes talents issus de groupes défavorisés de la société à devenir également entrepreneurs ? -E.

Macron : Vous avez parfaitement raison. C'est un des points cruciaux, parce que vous gaspillez beaucoup de valeur et d'opportunités pour les gens lorsqu'ils n'ont pas accès à cette partie de notre économie, à savoir l'entrepreneuriat, et vous détruisez beaucoup de valeur pour vous-même en tant que société. Donc, ce que nous essayons de faire, c'est d'abord d'investir beaucoup dans l'éducation au sein des quartiers défavorisés en ayant douze élèves par classe entre quatre et sept ans et en étendant l'enseignement obligatoire de 3 à 16 ans, aux élèves de 16 à 18 ans.

Aujourd'hui, il est obligatoire pour eux d'être dans le système éducatif, en formation ou en alternance car c'est ainsi que l'on peut corriger les inégalités sociales. Donc une meilleure éducation, plus de compétences à l'école et ainsi de suite. Quelque chose que nous devons encore changer, et pour moi, ce sera grâce à de nouveaux modèles, c'est aussi comment faire en sorte que les gens ne s'auto-censurent pas.

Ils ne devraient pas, ce n'est pas possible, ils doivent en faire partie. Nous avons beaucoup de talents qui viennent de l'immigration, des quartiers défavorisés, etc. C'est très évident pour les personnes qu'elles peuvent s'orienter, par exemple, vers le football.

Mais il est moins évident pour elles qu'elles peuvent s'orienter vers l'entreprenariat. Et ce que nous avons fait, c'est que nous avons lancé de nouvelles initiatives avec des entrepreneurs et des business angels : l'Ecole 42, lancée par Xavier Niel, pour que les gens apprennent à coder, etc. Une grande majorité de ces jeunes viennent de quartiers défavorisés et n'ont pas beaucoup de diplômes universitaires.

Station F aussi et beaucoup d'écosystèmes de cette nature. Deuxièmement, c'est le discours officiel. Si vous prenez un endroit où vous avez deux aéroports internationaux, un des plus grands stades, qui fera partie de nos Jeux Olympiques de 2024, qui est la partie la plus jeune du pays, au nord de Paris, vous devriez dire, c'est la Californie française.

Et c'est la Seine-Saint-Denis, considérée comme l'un des quartiers les plus défavorisés, parce que vous avez beaucoup de gens qui viennent essentiellement de l'immigration et nous avons fait cette erreur, il y a quelques années, de concentrer les difficultés. Si vous changez de mentalité. De facto maintenant, c'est l'endroit où nous avons l'un des plus hauts niveaux d'innovation.

Je pense donc que l'éducation et l'investissement dans l'éducation, le discours officiel et la manière de changer les mentalités et enfin, la mise en avant de nouveaux exemples de réussite et nous avons beaucoup d'entrepreneurs qui viennent des quartiers défavorisés. L'esprit d'entreprise est l'une des meilleures façons de progresser dans la société, c'est beaucoup plus juste que les grandes entreprises qui reposent sur beaucoup de codes et un système méritocratique qui est parfois beaucoup plus conformiste. C'est donc pour moi la meilleure façon maintenant d'augmenter et de maximiser ces opportunités pour ces jeunes.

Mais c'est pourquoi je dois d'abord continuer à faire en sorte que beaucoup de gens créent des start-ups dans ce pays. Deuxièmement, il faut maintenant mettre en place une stratégie d'accélération de celles-ci. Troisièmement, pour ce faire, il faut garder nos talents et en attirer de nouveaux.

Lorsque des personnes originaires d'Inde, du Royaume-Uni, de Suède, des Etats-Unis, de Chine viennent à Paris ou dans les villes pour rejoindre les écosystèmes de start-ups, cela change complètement la mentalité. Et il est beaucoup plus facile de faire participer des personnes issues de l'immigration et des quartiers défavorisés à votre communauté de start-ups. Il est donc essentiel d'avoir des talents pour faire évoluer notre écosystème de start-ups.

Nous avons donc créé le French Tech Visa pour faciliter et rationaliser toutes les procédures administratives et la bureaucratie afin de donner accès à tout. Deuxièmement, nous sommes toujours très attractifs parce que nous changeons complètement la façon de voir la France. Vous avez une éducation gratuite, un système de santé gratuit et beaucoup d'autres talents.

C'est donc très attractif pour les talents. C'est beaucoup mieux, je dois dire, que d'aller en Californie parce que l'éducation des personnes ne coûtera jamais des dizaines de milliers de dollars par an. Personne ne vous demandera vos papiers ou de payer lorsque vous avez une maladie et que vous devez aller à l'hôpital.

C'est donc ainsi que l'on peut rendre Paris plus attractive. Troisièmement, nous croyons au changement climatique et nous sommes en train de radicalement transformer le pays. Donc les talents et le financement.

Nous avons d'ailleurs fait beaucoup au cours des deux dernières années pour obtenir beaucoup plus de financement pour l'écosystème des start-ups. Et l'un des points déterminants à cet égard est que nous avons commencé par modifier la fiscalité. Nous avons créé un prélèvement forfaitaire uniquement de 30 %.

Nous avons supprimé l'impôt sur la fortune sur les investissements dans les entreprises. Et nous avons eu une très forte augmentation des investissements de nos propres entrepreneurs dans l'écosystème. Deuxièmement, nous nous appuyons sur les business angels, les entrepreneurs, les fonds d'amorçage et sur l'écosystème du capital-investissement.

Et nous accélérons cette dynamique en innovant en matière de financement avec la création de nouveaux fonds. Nous avons ainsi réuni six milliards provenant de gestionnaires d'actifs et de grands investisseurs afin de les rediriger vers l'écosystème des start-ups. Et le résultat est là, nous sommes aujourd'hui numéro un en termes de tickets d'investissement de taille importante et de fonds levés par l'écosystème des start-ups cette année. -N.

Zennstrom : Oui, c'est donc un record de quatre milliards d'euros cette année, soit, je pense, le double de ce qu'il était il y a trois ans. Et cela dépasse le Royaume-Uni et l'Allemagne. Donc, c'est certainement en train de se produire.

Et je suis d'accord avec vous sur le sujet des modèles. Je pense que les exemples de réussite sont si importants pour les entrepreneurs, les personnes talentueuses. Voir que quelqu'un comme moi, quelqu'un de mon milieu, peut faire en sorte que cela se produise.

Et c'était vraiment important quand nous avons lancé Atomico dans la vision que nous avions. Je suis très heureux que vous soyez également en accord avec cette vision. Cette vision est tellement importante.

J'aimerais aborder très, très rapidement un sujet qui vous tient à coeur, celui de la souveraineté numérique. Et vous n'avez cessé de répéter qu'en Europe, nous devions construire nos propres solutions afin de ne pas dépendre des entreprises technologiques américaines ou chinoises. Et avec cela, que voulez-vous réaliser et comment pensez-vous y parvenir ? -E.

Macron : Ecoutez, pour une telle stratégie, nous avons besoin de financements européens, de solutions européennes, de talents européens, d'une réglementation européenne. Et jusqu'à présent, lorsque vous regardez la carte, vous avez ce que nous appelons ici en Europe, les GAFA aux Etats-Unis, les BATX en Chine et le RGPD en Europe. Oui, nous avons donc des points en régulation.

C'est une référence mondiale. Mais nous n'avons pas l'équivalent de ces très, très grandes entreprises technologiques. Nous avons de bonnes idées, très modernes et des succès avec quelques entreprises technologiques, à succès venant de partout et changeant totalement notre paysage.

Ce dont nous avons besoin à présent, c'est, je crois, d'accélérer le financement européen, d'avoir un véritable marché financier européen. Ce n'est pas encore le cas. Nous devons accélérer l'intégration parce que plus vous avez votre propre financement, plus vous avez de gros tickets d'investissement, plus vous avez vos propres fusions et acquisitions, vos propres investisseurs avec des sorties potentielles sur les marchés européens.

A cet égard, Euronext a fait un très bon travail. Mais nous n'en sommes encore qu'au tout début. Nous devons accélérer l'intégration financière européenne, car elle est essentielle pour ce secteur, qui a besoin de beaucoup de capitaux.

Deuxièmement, nous avons besoin d'un véritable marché numérique européen dès aujourd'hui. Beaucoup d'entrepreneurs doivent faire face à 27 réglementations. Et c'est très difficile parce que nous parlons de réglementation numérique, mais aussi de réglementation sectorielle, parce que cela peut par exemple dépendre de la règlementation dans le domaine du commerce de détail.

Dès le premier jour, le marché domestique d'un acteur américain ce sont les Etats-Unis tout entiers. Celui d'acteur chinois, c'est la Chine. C'est pourquoi, les différentes directives qui arriveront dans les prochaines semaines, à la mi-décembre, pour les services et les marchés numériques sont très importantes.

Elles font partie de notre stratégie visant à établir des règles communes pour rationaliser et lever les barrières entre les différents pays. Et troisièmement, nous avons besoin de notre propre réglementation. Et je pense que c'est une situation gagnant-gagnant pour nos consommateurs et nos citoyens.

Pourquoi ? Parce qu'il s'agit de savoir comment garantir aux citoyens et aux consommateurs que nous pouvons leur expliquer et rendre compte des règles de protection de la vie privée, etc. C'est une norme européenne pour les valeurs démocratiques, sinon c'est impossible.

Si je dépends du cloud américain, je dépends de la loi et de la réglementation américaines. Je ne peux donc pas vous garantir l'utilisation de vos données. Si vous voulez que je vous garantisse l'utilisation de vos données, il me faut une réglementation européenne.

Je dois vous garantir que j'ai, sur les matériels très critiques, des dispositifs européens et je dois vous garantir que j'ai un cloud européen car sinon vos données seront quelque part dans le cloud et sous une autre réglementation. La seule façon de le faire est en fait d'avoir ce règlement européen et l'équipement européen, je dirais, qui accompagne ce règlement. C'est donc la raison pour laquelle, le financement, l'intégration de nos marchés, un véritable règlement du marché unique pour la vie privée et l'innovation technologique, et le fait d'avoir des données européennes, un cloud européen et des technologies européennes sont nécessaires pour être sûr que nous ne dépendons pas des autres.

C'est ainsi que nous pouvons maximiser la création de valeur en Europe et c'est de cette manière que nous concilierons la création de valeur pour les économies européennes et les travailleurs européens et le respect de nos valeurs pour les citoyens. -N. Zennstrom : Je suis d'accord avec cela.

Et en ce qui concerne le financement, il y a une énorme opportunité ici aussi avec les grands fonds de pension que nous avons en Europe d'investir dans la technologie, de sorte que lorsque nous aurons réussi le passage à l'échelle des start-ups, la création de valeur reste en Europe et n'aille pas aux investisseurs étrangers. -E. Macron : Vous avez raison.

En fait, nous avons des fonds de pension dans certains endroits. Nous avons les compagnies d'assurance. Et je pense qu'à un moment donné, nous devrons réévaluer et éventuellement revoir les réglementations en matière d'assurance, de capital-investissement et de banque afin de favoriser l'investissement dans la technologie et plus généralement l'investissement en capital.

Car l'une des conséquences de la crise financière d'il y a dix ans est le fait que nous ayons surréglementé ces acteurs, alors même qu'ils n'ont pas créé le problème. Ce sont les super traders aux Etats-Unis et le financement sur le marché qui ont créé le problème. Et le résultat, c'est que nous avons surréglementé ces grands acteurs.

Une grande partie de l'épargne en Europe, et en particulier en Europe continentale, se trouve dans les fonds de pension, dans les compagnies d'assurance, dans le secteur bancaire. Et oui, nous devons mettre à jour notre réglementation, pour transférer une partie de cette épargne vers le financement en fonds propres. Cela pourrait être très bénéfique pour nous tous. -N.

Zennstrom : Enfin, vous avez déjà abordé la question du climat mais il y a quelques jours à peine, vous avez encouragé 75 cadres dirigeants, dont je fais partie, à signer l'appel Tech for Good et à esquisser une transition vers un avenir écologique. Nous sommes en période Covid mais le grand problème à long terme est en fait la crise climatique. Comment pouvons-nous inciter les entreprises technologiques à lutter réellement contre cette crise ? -E.

Macron : Merci beaucoup. Tout d'abord, un mot peut-être sur cet appel et merci de l'avoir signé. Cet appel était très important pour moi.

C'est un résultat intermédiaire après trois ans d'engagement, avec beaucoup de dirigeants engagés. Il s'agit de créer une forme de club d'entreprises technologiques partageant non seulement l'innovation et la technologie, mais aussi des valeurs. Et qui disent que nous avons parfois des externalités sur le marché et que c'est notre problème commun et notre préoccupation commune.

C'est pourquoi cet appel sera suivi et nous aurons une série de rendez-vous. Le 4 mars, nous organiserons le Scale-up Europe à Paris afin précisément d'avoir plus d'impact et d'accélérer cette stratégie de passage à l'échelle. Et en juin 2021, nous aurons une nouvelle réunion Tech for Good.

Mais pour moi, l'enjeu est de définir comment les entreprises technologiques peuvent investir davantage elles-mêmes dans des solutions vertes et comment elles peuvent inventer elles-mêmes de nouvelles solutions. Je veux dire que grâce aux innovations tech, nous pouvons réduire la logistique, nous pouvons réduire les émissions de carbone, nous pouvons produire beaucoup plus rapidement et beaucoup plus sur le marché de la demande, ce qui est bien meilleur pour l'empreinte carbone. Grâce aux innovations tech, nous pouvons réduire la mobilité ou optimiser la mobilité afin de réduire les émissions de CO2.

Grâce aux innovations tech, nous pouvons réduire les émissions de carbone des ménages au quotidien. Pour moi, les innovations technologiques doivent donc être motivées par cet objectif commun qu'est le changement climatique. Et si vous en faites un objectif du système dès le début, vous changez complètement l'ADN du système lui-même.

Et ma conviction est qu'il est parfois très difficile pour toutes les entreprises, tous les systèmes et tous les gouvernements de changer les choses parce qu'il faut gérer les intérêts du passé et aider les acteurs à faire changer les choses. Il faut investir beaucoup pour compenser, etc. Lorsque vous parlez de nouvelles entreprises, le premier jour, vous devez adapter les projets afin de prendre en considération les objectifs finaux.

Nous voulons un monde avec moins d'émissions de CO2, avec plus de biodiversité, avec plus d'inclusion pour tout le monde. Comment prendre en compte ces éléments comme l'objectif numéro un du système, un objectif aussi important que de réaliser des profits pour les actionnaires ? Si vous prenez ces valeurs, plus je dirais les valeurs démocratiques, et que vous dites que toutes ces choses sont l'objectif numéro un de votre système, vous façonnez le modèle de telle manière que tout le monde soit animé par cette perspective.

Et je dois dire que le changement climatique, l'inclusion et les valeurs démocratiques sont trois questions cruciales pour les entreprises technologiques parce que le secteur technologique a justement été créé par des initiatives et des innovations purement privées, ce qui est unique dans notre histoire, dans notre monde. Mais parfois, il a été purement motivé par le profit. Les jeunes générations, et surtout les jeunes entrepreneurs, ont besoin de mieux comprendre, d'écrire l'Histoire et, en fait, ils veulent changer ce monde pour en faire un endroit meilleur.

Et si nous disons que le rendre meilleur, c'est s'assurer que chacun ait une place équitable, dans l'économie et dans la société, quelle que soit sa couleur, son sexe, son pays. Si nous disons qu'en faire un endroit meilleur, c'est un monde avec moins d'émissions de CO2 et plus de biodiversité. Et si nous disons qu'un monde meilleur est un monde avec de la liberté, de la liberté d'expression sans discours de haine, sans racisme, etc.

C'est quelque chose que vous pouvez faire grâce aux réseaux sociaux, grâce à l'innovation technologique, c'est tout à fait faisable. Mais jusqu'à présent, nous considérons ces questions comme des questions externes et non comme des questions business. Et parfois, nos entreprises, nos métiers, je dirais, augmentent les difficultés dans ces différents domaines et créent plus de problèmes, avec des externalités négatives à traiter par le gouvernement.

Mais vous êtes des acteurs, vous en faites partie et nous pouvons faire l'Histoire ensemble. Et avec les leaders technologiques, nous pouvons faire l'Histoire dans ce domaine. N.

Zennstrom : Monsieur le Président, je partage ces valeurs et cette vision et c'est vrai, cela se passe sous nos yeux et les fondateurs que nous voyons tous les jours, ont ces mêmes valeurs et la même mission que vous. Je crois donc que nous y arriverons. Mais nous devons aussi travailler tous ensemble pour y parvenir.

Il y a beaucoup de travail devant nous et je sais que vous avez peu de temps. Je tiens donc à vous remercier d'avoir pris le temps de me parler aujourd'hui et j'espère poursuivre la conversation peut-être en juin au Tech for Good. -E.

Macron : Merci, Niklas. J'étais très heureux. Merci beaucoup à vous et à votre équipe d'avoir pris le temps de venir à Paris pour parler de cette question si importante.

Et je pense que si vous pouvez toucher de nouveaux futurs entrepreneurs, je dis toujours cela, parce que j'imagine toujours qu'une jeune fille et un jeune garçon peut regarder votre vidéo et être convaincu qu'il ou elle peut faire partie de la tech et peut entrer dans l'Histoire grâce à ce genre d'initiatives. Je vous remercie donc. -N.

Zennstrom : Merci d'être aussi impliqué.