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interviewyoutube.com· 11 mai 2024 21 min

BFM Politique: L'interview de Marine Le Pen par Apolline de Malherbe - 11/05 1/6

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:16
Présentateur

— Bonsoir Marine Le Pen. — Bonsoir. — Merci d'être avec nous. Vous êtes la présidente du Front national. Vous êtes tête de liste aux européennes. On va parler bien sûr de votre programme pour les européennes, de l'image que vous avez dans la société. Vous connaissez les règles du jeu. On est ensemble jusqu'à 20h. Je vais d'abord vous interroger pendant cette première demi-heure sur l'actualité politique, sur votre programme. C'est ensuite Edwige Chevrillon de BFM Business qui viendra nous rejoindre, BFM Business, où vous pouvez nous écouter en direct sur BFM Radio et nous revoir ce soir côté BFM Business télé à partir de 22h.

Elle, elle vous interrogera notamment sur la question de la sortie de l'euro, qui est au cœur de votre programme, des européennes. C'est ensuite Anna Cabana, grand reporter au journal Le Point, qui viendra interroger la cohérence de votre parcours. François Hollande a fait deux interventions cette semaine sur l'Europe, sur la commémoration de l'esclavage. Et dans les deux cas, il vous attaque de front. Il cible le Front national. Alors d'abord, dans sa tribune sur l'Europe. Il dit, je cite, en France même, des forces cherchent à défaire l'Europe en spéculant sur la déception, en misant sur le découragement, en exhumant les peurs. Cela se prétend patriote. Il ne croit plus à la France.

Est-ce que vous vous reconnaissez ? Est-ce que c'est vous qu'il cible ?

1:25
Marine Le Pen

Oui, bien sûr. C'est nous qu'il cible, comme tous les autres d'ailleurs. Il ne fait pas preuve d'une grande imagination. Le moins qu'on puisse dire, c'est que l'ensemble de cette campagne européenne consiste à taper sur le Front national, sans d'ailleurs parler des problèmes concrets des Français. Le président de la République ne le fait pas non plus. Il ne parle pas de la concurrence internationale déloyale. Il ne parle pas de l'immigration massive à cause de l'ouverture des frontières. Il parle des doutes. Il ne parle pas. Non, non, il ne parle pas. Il est dans l'enfilade traditionnelle d'incantation. L'Europe, c'est la paix, etc. On est dans l'incantation.

Mais dès qu'il s'agit de parler concrètement de ce que vivent les Français au quotidien, qui est la conséquence de l'Union européenne, ou plutôt la conséquence de la soumission de l'Europe... On va en parler très concrètement. ... de cela à l'Union européenne, il n'y a plus personne. Et François Hollande n'évoque pas le chômage. Il n'évoque pas l'effondrement du pouvoir d'achat. Il n'évoque pas l'euro.

2:20
Présentateur

Il dit que l'Union européenne peine à convaincre sur les questions justement de baisse du chômage.

2:23
Marine Le Pen

Oui, d'accord. Il ne parle pas de l'euro. Il ne parle pas de la concurrence. Il ne parle de rien de tout cela. Nous, on va en parler, Marine Le Pen, de tout ça. Je pense que c'est un immense aveu, en réalité, d'impuissance de la part du président de la République. Ce texte, c'est un aveu d'impuissance ? Tout à fait. C'est un immense aveu d'impuissance. C'est aussi la démonstration que le système est en panique. Le système est en train de paniquer. Parce qu'avant, tout était sous contrôle. C'est quoi le système, Marine Le Pen ? C'est le système de la caste politique, médiatique, la caste d'experts qui sont en permanence sur les plateaux de télévision. Vous les connaissez bien.

Vous passez votre vie à les inviter. Mais Marine Le Pen, vous êtes là ce soir. Ils sont les défenseurs d'un système dont on voit bien aujourd'hui qu'il défend les intérêts des marchés financiers, des banques, des entreprises. Des banques, de la caste en question, mais qui va à l'encontre de l'intérêt du peuple français. Voilà, ça me paraît extrêmement clair.

3:17
Présentateur

On va revenir dans les détails. Je voudrais juste, quand même, dans cette phrase de François Hollande, il dit « Vous spéculez sur le découragement, vous exhumez les peurs ».

3:24
Marine Le Pen

Non mais, les Français ont une réticence absolue à l'égard de l'Union Européenne. Vous croyez que ça leur est tombé dessus comme ça ? Vous croyez que c'est à cause de moi ? Ou vous croyez que c'est parce qu'ils sont intelligents et lucides, et qu'ils ont bien vu dans les 15 dernières années, il y avait l'Union Européenne, plus leurs difficultés s'aggravaient ? Que la concurrence internationale déloyale était une des raisons de la désindustrialisation de notre pays ? Que l'euro avait augmenté considérablement les prix des produits ? Que l'euro était un frein au retour de l'emploi ? Que l'euro est un frein à la compétitivité de nos entreprises ?

Que la pêche, que l'agriculture est directement touchée par les contraintes multiples ? Vous y reviendrez dans les détails. Qui sont posés par l'Union Européenne ? Que l'immigration n'a eu de cesse que de s'aggraver dans notre pays ? Pour une raison simple, c'est que l'Union Européenne, non seulement nous interdit de nous protéger face à cette immigration, mais en réalité nous oblige à accepter cette immigration. Donc les Français voient bien tout cela. Pourquoi voulez-vous qu'ils continuent ? Ils ne sont pas suicidaires. Et donc ils vont exprimer le 25 mai prochain leur désaccord avec la politique menée par l'Union Européenne, politique soutenue par l'UMP.

4:39
Présentateur

Et hier, il a donc recommencé. Le contexte, c'est que le nouveau maire Front National de Villers-Cotterêts a boycotté la cérémonie de commémoration de l'esclavage. Et en particulier dans son village, la cérémonie à la mémoire du général Dumas, né esclave, mort général justement, dans cette ville de Villers-Cotterêts. François Hollande dénonce ce boycott. Il dit que tout le monde devrait célébrer le général Dumas, notamment le maire qui devrait s'honorer de célébrer un des citoyens les plus illustres de sa ville. Est-ce que vous, vous soutenez ce boycott ?

5:05
Marine Le Pen

Non mais je crois que le maire de Villers-Cotterêts d'ailleurs n'a pas interdit la commémoration. Non, lui-même. Il n'a pas voulu y participer. Il n'a pas voulu que la mairie y participe. Je crois qu'il fait partie des nombreux Français qui ont le sentiment que les gouvernants qui se sont succédés n'ont eu de cesse que de culpabiliser la France par rapport à son passé. Mais au-delà de ça, le président de la République...

5:24
Présentateur

Vous-même, vous estimez que c'est légitime et c'est bien que le maire de Villers-Cotterêts se soit retiré ?

5:29
Marine Le Pen

Non mais ce n'est pas légitime ou bien, madame. C'est son choix. Voyez-vous, car les maires ne sont pas sous tutelle. Non, moi je serais allée à la commémoration, figurez-vous. Et j'aurais défendu. Le président de la République a dénoncé l'esclavage actuel. Et le président de la République s'honorerait, voyez-vous, à rompre les relations avec le Qatar. Petit pays par la superficie, mais grand pays par l'esclavage qu'il met en œuvre. Je vous signale qu'il y a, ne serait-ce que pour les ressortissants venant d'Inde, 400 ressortissants venant d'Inde qui sont morts sur les chantiers du mondial de football au Qatar dans l'indifférence générale de nos grandes consciences européennes.

Est-ce que c'est des tartus ? Est-ce que c'est des tartus ? Est-ce que c'est des tartus ? Eh bien, le président de la République devrait s'attaquer à l'esclavage aujourd'hui. Car il est bien de travailler le devoir de mémoire pour hier. Mais pas si l'on est aveugle sur l'esclavage d'aujourd'hui. Alors voilà, il m'a donné des leçons d'honneur. Eh bien, je lui en renvoie bien volontiers. À François Hollande, donc. À François Hollande, tout à fait.

6:32
Présentateur

Manuel Valls, le Premier ministre, en a rajouté lui aussi une couche. Il dit se soustraire à cette exigence de mémoire. C'est non seulement une faute. Un manquement. Un manquement très grave. C'est au fond dire qu'on n'aime pas la France. Vous n'aimez pas la France ?

6:42
Marine Le Pen

Oui, écoutez, M. Manuel Valls n'a pas de leçon d'amour de la France à me donner. Pourquoi il n'aime pas la France ? Parce que cet homme est le mandataire liquidateur de la France nommé par Bruxelles. C'est le grand écarisseur. Le grand écarisseur ? Oui, le grand écarisseur de la France. Oui, qui est en train de vendre la France à la découpe. À toi, un petit bout au Qatar, un petit bout à l'Allemagne, un petit bout aux États-Unis. C'est ce que vous me dites. Un petit coup à l'Union Européenne. Alors, je vais vous dire une chose. Vous dites que M. Manuel Valls n'aime pas la France. Solennellement. M. Manuel Valls sera le pire Premier ministre que la Ve République ait connu. Vous m'entendez ?

Ce sera le pire Premier ministre. En quoi ? Expliquez-vous. En quoi ? Parce qu'il va contribuer à terminer le travail qui a commencé sous ses prédécesseurs, c'est-à-dire le travail de dilution, encore une fois, d'écarissage de notre pays. Cet homme est un pur produit du système. D'ailleurs, il se moque des Français. La réalité, elle est là. Les Français ne sont, dans son esprit, qu'un marche-pied pour sa petite ambition personnelle.

7:48
Présentateur

C'est uniquement personnel. Il n'y a à aucun moment, vous n'acceptez de dire quelque chose de positif, éventuellement, sur Manuel Valls ?

7:54
Marine Le Pen

Ah non, je crois que c'est un homme... Il n'y a rien de positif ? Non, non, c'est un homme qui méprise profondément les Français, qui méprise profondément les grandes valeurs qui sont celles de notre pays, qui méprise la liberté. On l'a vu d'ailleurs à l'œuvre. Il a été net parce qu'il a vu qu'il y avait une opposition de la part de la population, mais il s'apprêtait à mettre en œuvre des mesures qui visaient à supprimer, ou en tout cas à encadrer la liberté d'expression sur les réseaux sociaux. Et ça, je pense que l'ensemble des jeunes l'ont compris. C'est la raison pour laquelle il est aussi impopulaire auprès...

Non, mais pas seulement la volonté de supprimer des hashtags sur Twitter, etc. Je pense que la jeunesse de France est extrêmement... Elle est extrêmement lucide sur le Premier ministre Manuel Valls.

8:40
Présentateur

Au contraire, le Premier ministre est un de ceux qui a la meilleure opinion de la part des Français de la Ve République. Est-ce que ça veut dire que les Français se trompent ?

8:48
Marine Le Pen

Non, ça veut dire que dans ce gouvernement, il y a tellement de gens pour lesquels les Français n'ont aucune confiance que c'est un petit effet miroir. La réalité, c'est que c'est un multirécidiviste de l'échec, Manuel Valls. Qu'est-ce qu'il a réussi, cet homme, dans la vie ? À part monter les quelques marches... Pour vous, les Français se trompent. Quand les Français lui donnent... Non, mais écoutez, les Français... Non, mais non, les Français se trompent. Les Français, vous permettez ? On va les laisser parler à l'élection. D'accord ? Parce que moi, les sondages, d'abord, il y en a 12 par jour, ils sont tous contradictoires les uns avec les autres. Non, non, mais permettez-moi.

Donc on va voir aux élections combien le Parti Socialiste fera... Non, mais je ne vous parle pas de sondage, moi, je sais que ça vous passionne, mais combien le Parti Socialiste...

9:29
Présentateur

Non, c'est important de savoir quelle image vous avez notamment dans l'opinion française. Vous permettez que je termine ma phrase ? Oui, on va regarder effectivement les résultats.

9:36
Marine Le Pen

Merci, laissez-moi terminer ma phrase. Mais c'est moi qui pose la question.

9:38
Présentateur

C'est la question, Marine Le Pen.

9:40
Marine Le Pen

Non, mais madame, si vos questions sont plus importantes à vos yeux que les réponses que je vous apporte, à ce moment-là, invitez-vous vous-même pour y répondre. Non, c'est pour ça que je vous invite, Marine Le Pen. D'accord, donc je suis en train de vous dire exactement l'inverse. Mais comme vous n'écoutez pas la fin de ma phrase, vous n'entendez pas ce que je dis.

9:51
Présentateur

Au contraire, j'ai tout à fait écouté votre phrase, vous étiez en train de me dire que vous verriez les résultats des élections européennes.

9:56
Marine Le Pen

Dans 10 jours, il y a des élections européennes. Je pense que le Parti Socialiste va faire un score catastrophique. Je vous rappelle que le Parti Socialiste a tous les pouvoirs dans notre pays. L'État... L'Assemblée Nationale, le Sénat, les régions, des centaines, même des milliers de communes, les conseils généraux. Et je pense qu'il va faire un score historiquement bas. Ça voudra dire quoi ? Ça voudra dire qu'entre les municipales et les européennes, le Parti Socialiste n'a pas retrouvé la confiance des Français. Et donc, comme elle n'est pas, elle n'aura pas convaincu. Que donc l'effet Valls bulle.

10:32
Présentateur

Voilà. Zéro, dites-vous. Il y a justement ce sondage dans Le Parisien de ce matin qui dit que 68% des Français ont une mauvaise opinion. Et que 78% ne vous feraient pas confiance si vous deviez gouverner le pays. Est-ce que vous êtes prête à gouverner Marine Le Pen ?

10:45
Marine Le Pen

Oui, je suis prête à gouverner, madame. Est-ce que vous bluffez ? Non, pas du tout.

10:49
Présentateur

Parce que votre père, Jean-Marie Le Pen, disait qu'il était prêt en 2002. Et justement, depuis, a posteriori, il avoue que non. En fait, il n'était pas prêt.

10:57
Marine Le Pen

Eh bien, moi, je suis prête.

10:58
Présentateur

Mais il disait la même chose. Non, mais, madame, moi, je suis prête.

11:01
Marine Le Pen

Vous, cette fois-ci, vous dites... Voilà. Moi, je suis prête. Et je pense qu'il est urgent de changer radicalement de politique dans notre pays. Pourquoi vous êtes prête aujourd'hui ? Parce qu'aujourd'hui, vous n'étiez pas prête, visiblement, il y a 10 ans. Mais, madame, parce que j'ai construit autour de moi tout un réseau de personnalités compétentes, de personnalités investies qui connaissent parfaitement les domaines dont je voudrais les charger le jour venu et qui pourront me permettre de redonner à la France sa fierté, de redonner à la France sa liberté, son indépendance, sa souveraineté, sa prospérité, sa sécurité, voilà, je vous dis, je suis prête autant qu'on peut l'être.

Autant qu'on peut l'être. 60% des Français estiment que vous êtes raciste. Est-ce que vous êtes raciste ? Mais, madame, à qui a-t-on posé cette question ? Ou plutôt, a-t-on posé cette question pour d'autres responsables politiques ?

11:52
Présentateur

Je vais vérifier, mais simplement, il faut que c'est une des questions qui a été posée. Moi, je vais vous répondre.

11:55
Marine Le Pen

Non. Bon, alors, je vais vous dire... Vous trouvez que c'est un sondage de combat. Vous trouvez que c'est pas juste. Mais non, mais c'est pas ça. Je pense que c'est un sondage de combat, madame. Je pense que nous sommes à une période où les différents... Comment dire ? Éléments nous permettent de penser que le français pourrait arriver en tête. Et ça, ça rend le système fou, car il va perdre la maîtrise. Alors, polémiques artificielles, sondages plus ou moins manipulés, attaques concentrées de la part de tout le monde.

12:23
Présentateur

Ok, on pourrait poser la question sur d'autres, peut-être, mais il se trouve qu'elle a été posée sur vous, et qu'effectivement, 60% des Français disent qu'ils pensent que vous êtes raciste.

12:30
Marine Le Pen

Est-ce que vous êtes raciste ? Donc, en fait, on mesure le bruit médiatique. Mais est-ce que vous êtes raciste ? Non, madame, je ne suis pas raciste. Je défends tous les Français, quelles que soient leurs couleurs, quelles que soient leurs idées. Quelles que soient leurs religions, quelles que soient leurs origines, quelles que soit la date à laquelle ils sont devenus français.

12:42
Présentateur

Il suffit de le dire, parce que visiblement, les Français ne sont pas convaincus.

12:43
Marine Le Pen

Non, madame, s'il suffisait de le dire, ce serait effectivement très simple. Mais quand, encore une fois, vous avez face à vous des médias, des politiques, qui passent leur vie à dénigrer, à attaquer personnellement, violemment, eh bien, il y a du bruit médiatique. Vous me direz qu'en même temps, quand c'est BVA, je ne m'inquiète pas des masses, parce que c'est ceux qui, pendant la présidentielle, me mettaient derrière Mélenchon.

13:07
Présentateur

Vous dites, et depuis le début de cette émission, vous l'avez dit à plusieurs reprises, que le système s'agit de... C'est quoi le système, Marie-Lopin ?

13:14
Marine Le Pen

Le système, madame, ce sont ceux qui veulent que les choses ne changent pas. Ce sont ceux qui en croquent, qui en vivent. Ce sont les élites ? Oui, bien sûr, les élites autoproclamées. Pardon, les élites autoproclamées. Alors, vous allez retrouver là la caste politique qui fait tout pour que le système perdure, d'ailleurs, que surtout, on ne change rien. Il y a là les journalistes. Il y a les journalistes. Il y a les experts, les économistes qui viennent sur les plateaux de télévision.

13:40
Présentateur

Est-ce que les élites, Marie-Lopin, se reproduisent entre elles ?

13:44
Marine Le Pen

Oui, bien sûr. D'autant que la plupart sont des salariés de banque. Ça devrait nous interroger, ça. On disait ça. Vous parlez quoi, des experts ? Oui, d'où tu parles ? Voilà, c'est ça qu'on disait. D'où parles-tu ? Eh bien, on s'aperçoit que pour la plupart, ils travaillent soit pour des entreprises du CAC 40, soit pour des banques. Donc, ils sont jugés partis, en quelque sorte, dans ce débat. Marie-Lopin, vous dites que les élites... Ils se reproduisent, oui. Il y a des pouponnières, comme ça. Est-ce que le Front National... L'ENA, Sciences Po... Mais est-ce que le Front National, c'est pas... Pardon, vous n'avez pas fait Sciences Po, j'espère.

14:15
Présentateur

J'ai fait Sciences Po, mais je n'ai pas fait l'ENA, vous voyez. Zut ! Voilà. Et, Marie-Lopin, je suis très heureuse d'avoir passé le concours de Sciences Po et de l'avoir réussi. C'est quand même un concours, c'est la méritocratie, quand même, Marie-Lopin. Je suis absolument ravie pour vous. Marie-Lopin, justement, vous dénonciez les élites, vous dites qu'elles se reproduisent entre elles. Est-ce que le Front National, dans un sens, c'est pas aussi un peu pareil ? Parce que chez vous, finalement, c'est aussi pas vraiment une méritocratie, mais un héritage. On est chef de père, en fille, en nièce. Ça aussi, c'est se reproduire, non ?

14:39
Marine Le Pen

Non, mais ce que vous dites est en même temps faux et insultant. Insultant, puisque vous le savez pertinemment. Il y a eu des élections au Front National. Et ces élections ont permis à près de 70% des adhérents du... C'est comme pour Sciences Po, il y a un concours. C'est comme pour Sciences Po, il y a un concours. Non, mais je vois pas le rapport entre l'élection dans un parti et Sciences Po.

14:58
Présentateur

Vous justifiez simplement. Non, mais on est bien d'accord qu'au final, père, fille, nièce. Bon, d'accord.

15:05
Marine Le Pen

Père, fille, nièce quand même, Marine Le Pen, non ? Non, madame, non. Je crois que, encore une fois, vous trompez et vous trompez les Français. Et vous trompez les Français parce que tout vise à salir la personne que vous avez en face de vous. Et pour une raison simple, madame, c'est que cette personne, elle ne participe pas à votre système, justement. Elle ne veut pas que les élites se reproduisent. Elle veut que les Français reprennent le pouvoir dans leur propre pays. Elle veut pour cela qu'on leur rende leur souveraineté. Elle ne veut pas que la France devienne un pays esclave. Avec un peuple esclave, avec une liberté qui aurait été transférée à une instance supranationale.

Et c'est notamment au cœur de votre programme pour les Européens. Que je sais que vous défendez, d'ailleurs. C'est nouveau, d'ailleurs, parce qu'en 2002, je crois que vous étiez chevènementiste, me semble-t-il. Vous avez fait sa campagne. Vous avez donc changé d'avis. D'accord. Donc, effectivement, vous avez décidé, effectivement, chacun... Je ne suis absolument pas comptable de ma jeunesse. Je suis un marino.

15:59
Présentateur

Je suis un marino.

15:59
Marine Le Pen

Oh, ne vous excusez pas d'avoir été chevènementiste. D'autres très bien l'ont été.

16:03
Présentateur

Ah non, est-ce que je viens de m'excuser ? Est-ce que je suis excusée, Marine Le Pen ?

16:05
Marine Le Pen

Mais tout ça pour dire qu'il y a, effectivement, d'un côté, ceux qui ne croient plus en la France. C'est-à-dire qui pensent qu'elle est trop petite, trop faible, qu'elle n'y arrivera pas. Alors, on va dire que c'était impersonnel, Marine Le Pen.

16:15
Présentateur

Et puis ceux qui croient en la France. Ce que vous dénoncez, vous le pratiquez, finalement, Marine Le Pen, visiblement. Ah, bah tiens, bah voyons. Ah, c'est moins d'alliants chez vous qui en êtes victime. Je me sens parfaitement à l'aise, Marine Le Pen. Ah bah, vous voyez, moi aussi. Justement, de votre programme, vous dites « renégociation des traités ». C'est exactement ce que disait François Hollande pendant sa campagne en 2012. Il disait « je vais renégocier le traité budgétaire ». Il n'a pas réussi. Comment est-ce que vous, vous arrivez ?

16:37
Marine Le Pen

Non, il n'a pas essayé, madame. Il n'a pas essayé, jamais. Il n'a essayé de renégocier.

16:40
Présentateur

Et vous, vous y arriveriez ?

16:42
Marine Le Pen

Mais bien sûr, je vais y arriver pour une raison simple. C'est que je vais organiser un référendum. Donc le temps de cette négociation, vous voyez, sera le temps électoral du référendum. Madame, écoutez, il ne veut pas rendre au peuple français sa souveraineté territoriale pour maîtriser notre immigration et arrêter cette immigration massive. Notre souveraineté monétaire, notre souveraineté économique pour pouvoir faire un patriotisme économique et un protectionnisme intelligent.

Et notre souveraineté législative, parce que je considère que les lois votées par les représentants des Français, si tant est qu'ils en soient réellement les représentants, ça c'est un problème de mode de scrutin, doivent être supérieures à n'importe laquelle des directives ou des traités européens. Alors, soit j'y arrive, et à ce moment-là, je veux dire aux Français, écoutez, nous avons retrouvé l'essentiel de notre liberté. Nous pouvons donc, dans ces conditions, rester dans une structure européenne qui aura donc totalement changé de nature. Soit je n'y arrive pas, et à ce moment-là, je veux dire aux Français, eh bien, voilà, vous avez le choix.

Moi, je vous propose de sortir de l'Union européenne.

17:43
Présentateur

Vous reconnaissez donc qu'il y a une possibilité pour que vous n'y arriviez pas ?

17:47
Marine Le Pen

Non, encore une fois, Madame, excusez-moi, on ne s'est pas compris. Soit l'Union européenne accepte... cette négociation, accepte de rendre aux Français leur liberté. Soit elle n'accepte pas, alors je demanderai aux Français, par référendum, de sortir de l'Union européenne. Vous voyez, je veux dire, on peut être en désaccord avec moi. Le moins qu'on puisse dire, c'est que sur les plateaux de télévision, ça fait un jour de trouver des gens qui sont d'accord, qui sont d'accord avec moi.

18:09
Présentateur

Vous savez très bien, je vous ai souvent invité, et c'est la quatrième fois que vous interview, je trouve quand même que ce n'est pas tout à fait juste.

18:14
Marine Le Pen

Madame, ce n'est pas le problème de m'inviter. Le problème, c'est que l'ensemble de la classe politique comédiatique pense la même chose. Voilà, c'est tout. Et dit la même chose. Alors Marine Le Pen, c'est très contraire. Vous dites qu'on va stopper la contribution... De trouver une voie qui soit en désaccord avec cette pensée unique. Mais ce n'est pas notre rôle, moi j'estime qu'en tout cas, ce n'est pas mon rôle. Avec cette pensée... Ah bah écoutez, il faut arrêter de tweeter alors. Parce que moi j'ai lu vos tweets, excusez-moi, mais vous prenez position politiquement bien souvent quand même.

18:38
Présentateur

Vous savez, c'est ça aussi, être épargne politique, Marine Le Pen. Mais cela dit, à aucun moment, je ne suis d'un côté ou de l'autre. Marine Le Pen, stopper la contribution de la France au budget européen, ça aussi, ça fait partie de votre programme. Sauf que cette contribution, elle revient aussi en France, notamment sous forme de subventions. Je voudrais qu'on écoute un agriculteur, Philippe Henry. Il est exploitant en Meurthe-et-Moselle et il en parle de l'Europe.

19:00
Invité

Moi l'Europe, déjà en tant qu'agriculteur, l'Europe, ça parle puisque c'est la PAC. On reçoit des subsides financiers qui ne sont pas anecdotiques puisque sur notre exploitation, par exemple, ça représente plusieurs dizaines de milliers d'euros. Nous, on le perçoit du sonnant et du trébuchant, évidemment.

19:14
Présentateur

Lui, il dit plusieurs millions. C'est très gentil de répondre à ça. Merci. Merci l'Europe, quand même. Comment est-ce qu'ils vont faire sans ces sous ?

19:22
Marine Le Pen

Ça me fait penser à la blague de Coluche. File-moi ton portefeuille, je te filerai 100 balles. Je l'ai bien entendu, vous l'avez dit sur cette antenne, cette blague-là. Eh bien, c'était exactement cela.

19:30
Présentateur

Mais visiblement, lui, en tout cas, il estime que merci l'Europe.

19:32
Marine Le Pen

Non, il croit ce qu'on lui raconte, à savoir que c'est l'Union européenne qui lui donne de l'argent. Et donc, merci de me permettre d'expliquer à l'ensemble des agriculteurs français que l'argent qu'ils reçoivent de l'Union européenne, c'est le nôtre. C'est celui des Français. Puisque nous donnons chaque année à l'Union européenne 20 milliards et qu'elle ne nous en rend que 13, PAC comprise. Donc, autant ne pas lui donner 20 milliards, conserver nos 20 milliards, ce qui permettrait d'ailleurs de mettre en place une politique agricole française, c'est-à-dire d'aider les agriculteurs qui pourraient en avoir besoin dans le cadre de la défense de notre indépendance alimentaire.

On pourrait même, d'ailleurs, leur en donner un peu plus, puisqu'on a encore 7 milliards.

20:13
Présentateur

Mais le donner directement sans que ça passe par l'Union européenne, quoi.

20:15
Marine Le Pen

Mais oui, mais moi, je crois qu'il faut qu'on arrête de passer par les technocraties. Parce qu'ils font n'importe quoi. Ils font n'importe quoi avec l'agriculture. Ils font aussi n'importe quoi avec les pêcheurs. J'étais au Crotoy cette semaine, mais les pêcheurs, ils n'en peuvent plus. Ils ont dit qu'on vit une histoire de fous. L'Union européenne nous impose des contraintes délirantes qui correspondent à tout sauf aux métiers que nous faisons. Je vous signale d'ailleurs qu'ils prévoient, alors pour l'instant, ça a été stoppé, mais ça va probablement revenir, de mettre les marins sous vidéosurveillance.

Vous voyez, on ne met même pas les criminels sous vidéosurveillance pour voir si les marins sur leur bateau se soumettent bien aux dictates et aux contraintes de l'Union européenne. On vit en plein délire. Il faut arrêter cette folie, arrêter cette machine à fabriquer les mégots, sortir des griffes des technocrates et rendre le pouvoir au peuple français.

21:09
Présentateur

Justement, un des moyens pour vous de rendre le pouvoir au peuple français, ce serait de sortir de l'euro. On accueille tout de suite Edwige Chevrillon de BFM Business.