Violence politique : la peur de “l'engrenage”
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
que le rasoir 5 lames le plus vendu du marché. ... - C.Roux: Bonsoir.
Bienvenue dans "C dans l'air". La mort de Q.Deranque a embrasé la classe politique.
LFI nie toute responsabilité dans le drame. Les partis de droite et de l'exécutif demandent au parti de J.-L.Mélenchon de faire le ménage dans ses rangs. 2 collaborateurs de R.Arnault ont été entendus par les enquêteurs alors que le président appelle à éviter tout engrenage de la violence.
Avec nous pour en parler, J.Garrigues, historien de la vie politique. Merci d'avoir accepté notre invitation.
Vous êtes également président de la Commission internationale d'histoire des assemblées. Voici votre dernier livre. Juste un mot pour préciser que le maire de Lyon a demandé l'interdiction d'une marche en l'hommage de Q.Deranque.
Il a craint la présence de militants d'extrême droite, de menaces à l'encontre d'élus et de dégradations. Est-ce que le climat est propice à l'engrenage? - J.Garrigues: Tous les signaux sont rouges.
On est dans une période de crise globale de la démocratie, du fonctionnement de la démocratie, de confiance des citoyens envers les politiques et de montée en puissance de la violence à tous les niveaux. A l'Assemblée nationale, on voit comment les gens s'invectivent. Dans ces groupuscules, ces ultras de droite ou de gauche, chez ces quelques centaines de personnes, la culture de la violence se développe.
Il y a ce contexte européen. On en parlera peut-être, mais on voit qu'on s'invective aussi à l'échelle... - C.Roux: Il y a eu une passe d'armes entre E.Macron et G.Meloni. - E.Macron: Rien ne saurait justifier l'action violente, rien.
A chaque fois que des gens vous expliquent qu'ils ont mis en place des milices pour faire de l'autoprotection, qu'il y a telle ou telle chose parce que, de l'autre côté, il y aurait un discours de violence, ils ne commettent pas seulement une faute politique, ils créent une faute morale et ils créent les conditions de ce qui arrive. Tout le monde doit faire le ménage. En République, il n'y a pas de place pour les mouvements qui adoptent la violence et légitiment la violence. - C.Roux: On va voir si LFI va faire le ménage.
E.Macron a poursuivi en disant qu'il demandait à G.Meloni d'arrêter de commenter ce qui se passait chez les autres. - J.Garrigues: Ca traduit une tension très forte entre les 2 pays, qui sont malgré tout des piliers de l'UE.
On sait bien qu'ils se distinguent pour des tas de raisons. Plus factuellement, R.Arnault a des liens avec les antifas italiens, l'extrême gauche italienne.
Il y a peut-être quelque chose qui a joué dans l'esprit de G.Meloni. Au fond, son constat est juste.
C'est une blessure pour l'Europe. Elle parle de cette haine idéologique qui monte en Europe. C'est une réalité objective.
Est-ce qu'E.Macron a eu raison de riposter de cette manière? On peut se poser la question. - C.Roux: Pourquoi? - J.Garrigues: Ca fait monter la tension entre les 2 pays.
Ca accroît ce sentiment que la France peut être isolée, qu'elle n'est pas soutenue par ses alliés. C'était sans doute une provocation de la part de G.Meloni, il ne faut pas s'y tromper, mais ce climat...
C'est contradictoire avec le discours qu'il a tenu, qui était un bon discours, en visant tous les extrêmes et en disant "calmons-nous". - C.Roux: Le procureur de Lyon s'exprime en ce moment. 7 personnes sont mises en examen pour violences volontaires, dont 3 qui ont des liens avec le mouvement d'extrême gauche.
On ne sait pas s'il s'agit de collaborateurs de R.Arnault. Faut-il faire le ménage, tout comme on l'a entendu dans la voix du président de la République, comme l'a dit B.Retailleau, qui dit que monsieur Arnault doit démissionner de l'Assemblée nationale?
Y a-t-il une règle? - J.Garrigues: Non, et c'est la raison pour laquelle LFI, sur ce terrain, peut jouer très longtemps la citadelle assiégée.
L'opinion publique française est favorable à ça. Elle a besoin de calme, d'ordre, de tranquillité. Elle attend que quelque chose se passe au niveau de LFI. - C.Roux: Mais LFI répond en parlant de l'Etat de droit et en disant qu'il y a des règles de droit.
M.Bompard s'est exprimé ce matin sur franceinfo. Il dit que R.Arnault n'est aucunement concerné par cette enquête... - J.Garrigues: C'est un argument entendable, même si, moralement, à mon sens, condamnable.
On ne peut pas dissocier R.Arnault, fondateur de la Jeune Garde, des actes commis par des gens qui ont été ses collaborateurs, des actes d'une violence extrême...
Le lien est évident, comme il est évident avec LFI, vu qu'il est député LFI et que, en permanence, J.-L.Mélenchon nous rappelle que la Jeune Garde est le soutien de LFI. - C.Roux: Pensez-vous que ce drame est le fruit d'une dérive de la parole politique, d'une brutalisation du débat?
Quand est-ce que ça a commencé? Quand est-ce que c'est parti en torche? - J.Garrigues: C'est parti en torche...
Ca remonte à une centaine d'années. Les rixes entre l'extrême gauche et l'extrême droite...
A la fin du XIXe siècle, il y avait déjà des nationalistes contre des socialistes. Dans l'entre-deux-guerres, on a vu les communistes face aux Croix-de-Feu et à l'Action française. Ca revient régulièrement.
Il se passe quelque chose depuis plusieurs années, qui dépasse même la vie des partis. Souvenez-vous des "gilets jaunes". Il y a eu un déferlement de violence politique, non encadrée, non partisane, qu'on n'avait pas connu. - C.Roux: En tant qu'historien, vous trouvez qu'il y a une dérive dans les mots, dans la façon dont on s'exprime en politique, notamment à l'Assemblée?
Par le passé, il y a eu des débats violents, dans les Assemblées, en France. Qu'est-ce qui a changé? - J.Garrigues: Ca nous renvoie aux années 30, où il y avait des dérives.
On traitait L.Blum de juif. Ca, ça a toujours existé.
Il y a une dérive dans la manière de considérer les autres. Symboliquement, lorsque les députés LFI ont refusé de serrer la main du benjamin de l'Assemblée nationale...
Cette séquence, c'était inédit. Ils considéraient qu'il n'était pas digne d'être député de la nation. Cette manière d'essentialiser un adversaire politique, c'est quelque chose qui n'a jamais existé.
Il y a toujours eu des affrontements extrêmement forts, très virulents à l'Assemblée, mais cette manière de méconnaître l'existence d'un adversaire...
Souvenez-vous aussi de cet incident, de ce tweet d'un député LFI qui mettait le pied sur un ballon à l'effigie d'O.Dussopt, ministre du Travail. Ce sont des actes, sous la Ve République, qu'on n'avait jamais connus.
C'est nouveau. C'est une sorte de brutalisation massive de la vie publique. - C.Roux: Une sociologue dit dans "Le Monde" que les violences ont augmenté depuis 10 ans.
Pensez-vous que ce face-à-face entre l'extrême gauche, puisque c'est acté qu'il faut parler d'"extrême gauche" quand on parle de LFI, et du RN, fracture la société et brutalise le débat? - J.Garrigues: C'est la grande responsabilité des partis de gouvernement qui se sont associés au pouvoir et qui ont alterné au pouvoir pendant des décennies.
Ils ont laissé le terrain à la montée de ces extrêmes. Il y a une radicalisation de la société, des citoyens parce qu'il y a un mécontentement par rapport à ceux qui gouvernent. - C.Roux: Ce n'est pas une spécificité française.
On l'a vu aux Etats-Unis avec la mort de C.Kirk. - J.Garrigues: Et l'invasion du Capitole.
Est-ce qu'on imagine ce que ça peut être, d'envahir un des lieux emblématiques du gouvernement américain? Avec les "gilets jaunes", on avait cru qu'ils allaient rentrer dans le Sénat. - C.Roux: En Allemagne, plus 40 % d'actes de violence. - J.Garrigues: En 10 ans, vous avez un doublement des crimes politiques. - C.Roux: Nos vieilles démocraties sont fatiguées? - J.Garrigues: Elles sont fatiguées, malades.
Elles ne voient pas en quoi les politiques peuvent résoudre leurs problèmes, alors on se jette dans les extrêmes et la violence qu'ils propagent. - C.Roux: Avec votre expérience, votre connaissance de l'histoire, est-ce que ça vous inquiète, pour les élections municipales à venir, et surtout pour l'élection présidentielle de l'an prochain? - J.Garrigues: On ne peut pas ne pas être inquiet.
S'il y a ce déferlement de violence...
Il y a des stratégies, et notamment celle de LFI. C'est particulier, LFI. C'est une stratégie de conflictualisation.
J.-L.Mélenchon, à l'instar de J.-M.Le Pen, veut déstabiliser le système, se présenter comme la victime du système et chercher dans la rue... - C.Roux: Vous ne les renvoyez pas les uns face aux autres.
Ce sont 2 partis et 2 personnalités différentes. S'il était face à vous, J.-L.Mélenchon vous dirait qu'il a lutté contre J.-M.Le Pen. - J.Garrigues: Evidemment.
Je ne soupçonne pas J.-L.Mélenchon d'être favorable aux idées qui étaient celles de J.-M.Le Pen.
Je veux dire que la stratégie est similaire. Ce n'est pas une stratégie de conquête du pouvoir par les urnes, contrairement à ce que dit J.-L.Mélenchon.
Si c'était ça, il n'aurait pas conflictualisé tout le débat politique. - C.Roux: Une inquiétude que ça tourne à une forme de violence physique, donc.
Comment faire retomber la pression? - J.Garrigues: Si je le savais, je serais peut-être président de la République.
Ce que dit E.Macron, en tant que président de la République, appelant au calme tous les partis, ça me semble déjà une première démarche. Demander à faire le ménage dans les partis, c'est aussi quelque chose qui peut aller dans le bon sens.
S'il n'y a pas une proposition politique qui rassemble, on continuera à avoir l'extrémisme et la brutalité. - C.Roux: Merci beaucoup.
Je rappelle votre livre.
Emmanuel Macron