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interviewBLAST· 11 septembre 2025 28 min

10 SEPTEMBRE : POURQUOI CE MOUVEMENT FAIT TREMBLER LE POUVOIR

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

C'était une journée historique et attendue, celle du 10 septembre. 10 septembre 2025, va-t-on vers un mercredi noir avec du mouvement bloqu ? Le mouvement bloqu appelle à paralyser tout le pays demain.

Le mouvement bloqu d'un côté, un changement de premier ministre précipité. François Bairou qui Matignon sous les applaudissements. François Bairou raccompagné à la sortie de l'hôtel de Matignon par son successeur et le nouveau inconnu du grand public Sébastien Lecornu qui fait son premier discours en tant que premier ministre.

Va falloir aussi changer, être sûrement plus créatif, parfois plus technique, plus sérieux. De l'autre côté, un mouvement social massif, incontrôlé et difficile à cerner. [Musique] Onentend rien.

Moi, j'entends rien. Dans l'espace médiatique et politique, on a entendu à peu près tout et n'importe quoi ce jour-là. Violence des policiers ou des manifestants, d'extrême droite ou d'ultra gauche, mouvement social ou mouvement révolutionnaire, échec ou au contraire réussite.

Tu as des étudiants mal de je sais pas quoi de de révolution qui se lajouent dans quelques points. C'est très festif. On voit même parfois des enfants sur les épaules de certains parents.

Il y a également certains musiciens. L'extrême gauche montre son visage parce que c'était pas bloquon tout, c'était casson tout. et la manifestation pour l'heure se déroule de façon tout à fait pacifique.

Assez de cette France qui bloque tout, assez de cette France qui casse tout et assez de l'autre côté de cette France qui paye tout. Alors, on va essayer de prendre un petit peu de recul pour comprendre cette explosion politique. Que s'est-il passé exactement le 10 septembre ?

D'où vient ce mouvement ? Pourquoi est-ce qu'il surgit aujourd'hui ? Quelles sont ses revendications ?

Comment réagissent les partis politiques et les institutions ? à Blast. Nous étions sur le terrain et nous avons suivi heure par heure cette journée historique.

Aujourd'hui, nous n'allons pas seulement vous la raconter mais nous allons essayer de l'expliquer. Alors, que se cache-t-il derrière le mouvement Bloquons tout ? Réponse tout de suite dans cette émission spéciale pour Blast. [Musique] Avant toute chose, parlons de l'avant 10 septembre.

Le dispositif policier prévu était absolument exceptionnel avec 100000 manifestants anticipés dans toute la France par le ministère de l'intérieur et 80000 policiers déployés dans tout le pays, soit presque un policier ou un gendarme pour un manifestant. L'objectif était clair, tuer la mobilisation dans l'œuf en dissuadant dès le début les bloqueurs de continuer. Le gouvernement craignait une sorte de retour des gilets jaunes.

On l'a beaucoup entendu et surtout il craignait sa propre fragilisation alors qu'il est déjà particulièrement mis à mal au vu du contexte politique. [Musique] Tout a commencé comme prévu très tôt. Plusieurs actions ont pris place dès les coups de 6h du matin à Renn. en région parisienne, notamment du côté du périphérique ou encore dans Paris, notamment devant certains établissements scolaires.

Les lycées sont en train d'être bloqués à de nombreux endroits, la répression policière a démarré très tôt le matin. Ici devant le lycée Hélène Boucher à Paris. ou au lycée Henri 4.

Ou encore à Porte de Montreuil, là où se trouvait des syndicalistes. Parfois, les mouvements de blocage ont été assez inattendus ou créatifs comme ici à Chambéri où des citoyens ont décidé de ralentir le rond-point de manière légale en faisant du vélo massivement et très doucement. Ou encore ici à Lyon où des clown ont bloqué la sortie du métro avec du papier toilette.

Le tout avant que le mouvement prenne une véritable ampleur nationale et massive. Au total, il y a eu 812 actions partout en France. Selon le ministère de l'Intérieur, la CGT évoque de son côté 250000 personnes pour 200 rassemblements et manifestations.

Le ministère de l'intérieur a recensé 175000 personnes à travers toute la France. Et si l'on prend cette manière de compter, celle du ministère de l'intérieur pour référence, et bien c'est plus que tous les mouvements de gilets jaunes, sauf le premier épisode. Quoi qu'il en soit, on vous laissera juger par vous-même avec ces images de Montpellier d'abord. de Bordeaux où le mouvement est parti place des quincon [Musique] de Lyon où les journalistes de Lyon Mag ont notamment dénoncé la riposte policière en ironisant Lacrimeau 1 journaliste 0 à Brest, Toulouse, mess Marseille Nant Lille Strasbourg, Rennes, beaucoup d'autres villes et bien sûr à Paris.

Globalement, en fin de journée à de nombreux endroits, la situation a dégénéré avec une répression policière forte et des manifestants radicaux qui ont participé à des jets de projectiles sur les forces de l'ordre ou à des actions de dégradation. [Applaudissements] Les forces de l'ordre ont procédé à des centaines d'arrestations et de nombreuses images de violence policière circulent. [Applaudissements] Notre reporter de Blast a lui-même été blessé par des éclats de grenade dans le cadre de l'exercice de ses fonctions. [Musique] Et plusieurs journalistes ont fait état de violence ciblé à leur égard.

Aujourd'hui dénoncé par RSF. Tu m'étrangles, tu m'étrangles, tu m'étranges. C'est l'intervention de police.

Fou le Non non, je travaille, je travaille, je travaille, je suis journaliste. Presse, c'est la presse. La presse journaliste.

Journaliste Oh ! journaliste, vous avez pas le droit de me toucher. Mais alors, comment en sommes-nous arrivés là dans cette situation d'intense mouvement social dès la rentrée ? [Musique] Pour parler de l'origine de ce mouvement, beaucoup ont évoqué ce groupe souverainiste sur Telegram d'où est venu l'appel à tout bloquer.

Le mot d'ordre concernant le blocage a en effet d'abord surgi dans des cercles souverainistes et identitaires, ce qui a initialement suscité la méfiance de la gauche et des syndicats. Mais au fil des semaines, la dynamique s'est déplacée. Bloquons tout a surtout mobilisé des forces orientées à gauche et d'anciens gilets jaunes plutôt que l'extrême droite.

Dès la mi-août, des figures et organisations progressistes ont embrassé l'initiative populaire. La France a soumise à apporter un soutien public tout comme Europe écologie les Verts, le parti communiste et le Parti socialiste ainsi que la CGT elle-même. Sur le plan syndical, le 10 septembre n'a pas fait l'objet d'un appel unitaire national de l'intersyndical qui a préféré programmer sa mobilisation au 18 septembre.

Cependant, plusieurs syndicats ont décidé de se joindre à la journée du 10 septembre. Solidaire et LAACGT figure parmi les plus engagés ayant officiellement appelés à se mobiliser ce jour-là. De nombreuses structures syndicales locales, fédération, union départemental et syndicat de base se sont également positionnés en faveur du mouvement.

En tout, près de 300 syndicalistes de divers secteurs, cheminaux, raffineurs, agents publics, enseignants et cetera, ont signé un appel commun pour bâtir un mouvement à la base dès le 10 septembre et plaide pour une grève générale reconductible et démocratique. Ce qu'il faut retenir, c'est que cette alliance entre collectif citoyens anonymes et militants syndicaux de terrain est assez inédite. En somme, l'appel du 10 septembre était multiforme.

Il est né sur internet puis a été amplifié par une base militante et rejoint finalement par certaines grandes organisations sociales et politiques. Mais pourquoi maintenant là en septembre 2025, la colère qui s'est exprimée ce mercredi ne date pas d'hier. Premièrement, il y a celle ancienne des gilets jaunes de la France dit d'en bas, les précaires, ceux qui ne vivent pas de leur travail, qui n'arrivent pas à boucler leur fin de mois, qui subissent le mépris de classe.

Bref, la fameuse France des oubliées qu'on évoque si souvent dans les médias. Cette partie du pays-là n'en peut juste plus de subir une dégradation de ces conditions de vie. La plupart des gens, ils vont pas bloquer euh au nom d'une idéologie ou pour réussir quelque chose pour obtenir quelque chose.

Ils vont bloquer tout simplement parce que dans leur fort intérieur, dans les discussions avec leurs collègues de bureau, avec leur mari et cetera, il y en a marre et donc ça sera une façon de dire il y en a marre. Deuxièmement, il y a la colère liée à l'exercice du pouvoir depuis le début du macronisme. Et en ça, le mouvement est assez inédit et il peut être perçu comme une transformation des modes de mobilisation.

Pour comprendre, il faut revenir encore un peu en arrière. La première partie de l'année 2023 a vu une mobilisation massive. 14 journées intersyndicales ont rassemblé des millions de français contre la réforme des retraites.

Une solide majorité de Français, environ 7/ 10 s'opposit au passage à la retraite à 64 ans. Et malgré cette séquence d'une intensité rare, l'exécutif a passé le texte de la réforme en force. En parallèle, il y a eu des appels fréquents à l'article 493 pour éviter un vote incertain à l'Assemblée en mars 2023 pour la réforme des retraites bien sûr, mais plus largement, il y a eu 23 usages en 18 mois sous Elizabeth Born.

Tout au long des deux derniers mandats d'Emmanuel Macron, le gouvernement a banalisé un outil d'exception et cette logique perdure, y compris sur les textes budgétaires où l'usage n'est pas plafonné. Bref, le gouvernement utilise un outil d'exception pour contourner le Parlement. Pourtant l'endroit où se situent les députés élus par le peuple français.

Dans la même lignée, l'exécutif a aussi récemment durci l'assurance chômage malgré l'hostilité des syndicats et de nombreux économistes avec de nouveaux tours de vis annoncés encore en 2024. Là aussi, la mobilisation de la rue n'a pas inversé la trajectoire. Si ajoute la dimension ordinaire de la coercition dans la gestion de l'ordre public ces dernières années des gilets jaunes à Saintsoline qui a ancré chez beaucoup l'idée d'une verticalité peu perméable à la contestation. [Musique] La conflictualité police manifestant a nourri un sentiment d'étanchéité du pouvoir aux contrepouvoirs sociaux.

En résumé, peu importe les actions de rue, peu importe les mobilisations, aussi massibes soient-elles, elles sont toutes ignorées voire criminalisé et réprimé ces dernières années. Et ça, c'est un élément central pour comprendre ce qui est en train de se jouer actuellement en France. C'est 20 ans d'expérience, ce qui nous sépare de 2006, le mouvement social contre le CPE qui empruntait ses formes traditionnelles et qui avait obtenu un recul du gouvernement.

Et depuis une multiplication de ce type de mouvement qui n'obtient aucun résultat. Et le dernier en date, c'est quand même le mouvement contre la réforme des retraites, un nombre record de manifestants dans toute notre histoire sociale et pas une seule inflexion de la part du gouvernement. Donc les gens bah prennent les conclusions qui s'imposent à savoir il y a des formes de lutte qui ne marchent plus, il faut passer à la vitesse supérieure et plutôt que deêtre de faire une démonstration de force, il faut aller vers un rapport de force.

Enfin, il y a la dissolution de juin 2024 décidée unilatéralement par le président après la déroute aux européennes qui a été lu par une partie de l'opinion comme un acte ultra vertical supplémentaire. Cerise sur le gâteau, le résultat des urnes n'a jamais été respecté et nous en sommes au 3e premier ministre de droite en 1 an issu d'un parti qui n'est arrivé ni premier ni même 2e aux dernières élections législatives. Voilà, ça c'est pour la colère de fond.

Et puis il y a eu les événements très récents qui expliquent le déclenchement de ce mouvement social. 3è raison donc les annonces récentes, un peu ce qui a mis le feu aux poudre et c'est le budget Bairou qui a été le véritable déclencheur. L'ancien premier ministre a annoncé en plein été supprimer 2 jours fériers, réduire des remboursements de médicaments ou encore durcir le contrôle des arts et maladies et plus largement toute une série d'atteintes à la protection sociale et au services publics.

Ces dispositions ont été vécues comme un née coup porté à la solidarité et à la justice sociale. Et pour couronner le tout, il y a eu la loi du plomb. Alors que le texte fortement décrié par tout un tas de spécialistes, d'acteurs du monde de la santé ou encore de scientifiques est passé en plein été, là aussi, une mobilisation parfaitement inattendue a surgi en même temps.

Fait totalement inédit, une pétition de contestation a passé les 2 millions de signatures et tout un tas d'acteurs de la société civile se sont mobilisés pour lutter contre cette loi. Face à cette contestation, de toute évidence massive, le texte a quand même été voté début juillet puis promulgué au cœur de l'été. La censure partielle par le Conseil constitutionnel n'a touché qu'un volet symbolique laissant intact l'essentiel des dispositions contestées.

La séquence, procédure accélérée, vote en session réduite, promulgation rapide a entériné le sentiment que la décision publique peut se boucler en surplomb même face à un rejet clair et argumenté d'une grande partie de la population. On rajoutera à tout ça la mobilisation concernant le génocide à Gaza qui dure en France depuis des mois et gagne de plus en plus de monde là encore complètement ignoré par le gouvernement français. Sur ce sujet, je renvoie aux dizaines des missions réalisées par Blast à ce propos depuis 2 ans.

Il ne faut pas oublier les luttes plus locales qui se sont exprimées ce 10 septembre elle aussi comme celle contre l'autoroute à 69 près de Toulouse ou encore contre Amazon dans le nord de la France. Bref, la colère qui s'exprime aujourd'hui, c'est une accumulation de tout ça avec des sensibilités différentes au sujet que je viens d'évoquer en fonction des personnes évidemment. Mais l'idée qui irrigue ce mouvement de blocage, c'est qu'il faut déplacer le rapport de force hors des canaux classiques pour être entendus.

On a été des millions dans la rue contre la réforme des retraites. On a été des millions à signer la pétition contre la loi du plomb. On nous a pas écouté. [Musique] Vous l'aurez compris, on n'est pas sur un mouvement structuré de manière classique aux méthodes classiques.

Comme je vous l'ai expliqué au début de l'émission, il y a des demandes multiples avec des attentes différentes. Là où on trouve de gros points de convergence, c'est dans le rejet frontal de la politique économique austéritaire menée par le gouvernement Bairou Macron. Donc en gros, les manifestants demandent pour beaucoup l'abandon de la cte d'austérité. dénoncer euh la politique du gouvernement sur la gestion euh du budget à toujours réduire les dépenses et euh pas prend pas tenir en comp tenir compte de la précarité dans laquelle beaucoup de concitoyens sont et notamment nous paysanes paysans.

Le fond c'est la politique austéritaire engagée par le gouvernement et ses prédécesseurs depuis 40 ans qui est attentatoire à l'intérêt public de plusieurs manières. d'abord les son efficacité économique, son injustice sociale, le fait que derrière bah les services publics ne puissent plus être correctement financé et ce qui ne satisfait plus les besoins de la population. Rappelons que dans un contexte de forte inflation sur l'énergie et l'alimentation, près d'un français sur deux approuvai l'idée de bloquer le pays le 10 septembre pour se faire entendre selon cette enquête IPSOS BVA.

Beaucoup de revendications s'articulaient donc autour de la hausse du pouvoir d'achat et de la défense des acquis sociaux. On peut pas continuer pendant des années à vivre comme ça, à consommer et à vivre sans respecter les pauvres et et la planète. avec le budget, on n pas la population, on ncoute pas les besoins, on perd notre humanité pour le profit quoi.

La question des retraites est également restée centrale. Beaucoup de personnes réclamer l'abaissement de l'âge de départ à la retraite en écho à la dernière réforme. La question de la répartition des richesses est revenue.

La question qui se pose pour moi, c'est pourquoi ça n'a pas pété plutôt ? Enfin, je veux dire, s'il y avait un extraterrestre qui arrivait sur qui regardait l'état de la France aujourd'hui, il se dit "Wou, c'est la 7e puissance économique mondiale et puis il regarde les chiffres en bas, il dit : "Il y a 10 millions de pauvres." Ah, il y a euh les 500 fortunes qui captent 42 % du PIB du pays.

Vous êtes complètement débile. Donc donc comment on est capable d'accepter ça ? Et bien sûr, il y a la question démocratique avec un rejet assez fort du fascisme qui s'est exprimé comme ici à Châtelé où la foule a scandé des slogans antifascistes.

Enfin, la nomination du macroniste Sébastien Lecornu, la veille a aussi suscité beaucoup d'agacements. L'accueil qui est réservé à Sébastien Lecn par l'opinion et raide. C'est pour dire les choses simplement le pire accueil pour un premier ministre que l'on est enregistré.

C'est pire que ce qu'on a observé pour François Beirou et bien pire que ce qu'on avait pour Michel Barnier. Rajouter à cela des revendications sur des enjeux moins directement liés au pouvoir d'achat comme le climat ou évidemment Gaza mais source de revendication et de mécontentement depuis très longtemps. En somme, ce mouvement mêle des revendications économiques, salaires, retraites, conditions de travail à une critique globale du modèle économique et du modèle politique.

Et en fond de tout ça, une détestation du pouvoir en place avec beaucoup de slogans appelant à la démission d'Emmanuel Macron. Macron démission. Concernant la politique, on a aussi retrouvé un certain héritage du tous pourri des gilets jaunes et une méfiance envers la représentation politique.

Si on doit résumer dans les grandes lignes, ce mouvement catalyse une exigence de justice sociale immédiate et un désir de changement politique structurel. après quasiment deux mandats d'Emmanuel Macron marqués par une pratique ultra verticale du pouvoir et la mise à mal de tous les corps intermédiaire [Musique] pour les personnes actives dans la rue sur les réseaux ou dans les mouvements de mobilisation que ce soit pour le climat Gaza, les retraites, les gilets jaunes ou tout autre gros enjeu qui a fait bouger une partie de la population française ces dernières années, on peut avoir l'impression que quoi qu'il se passe, l'agenda politique restera le même. Mais il y a un élément assez fondamental à analyser dans ce qu'il s'est passé ce mercredi.

C'est la première fois qu'un mouvement social est anticipé dans ses proportions par le pouvoir et qu'il fait à ce point trembler le pouvoir au point que nous assistions à la démission surprise de François Baïou. François Bairrou qui, rappelons-le, a été au cœur d'une affaire d'une gravité inédite pour un premier ministre sous la 5e République. Le scandale qui accuse d'avoir participer à cacher des maltraitances extrêmement graves et des abus sexuels sur des enfants à Baram.

Ces accusations et les preuves de ces multiples mensonges sur le sujet ne l'ont pas fait partir, mais l'anticipation d'un potentiel mouvement social aura eu raison de lui. Et c'est peut-être ça finalement qu'il faut retenir du 10 septembre. Une initiative citoyenne informelle née en dehors des partis et des syndicats a fait trembler l'État au point de provoquer un changement de gouvernement.

François Baïou lui-même a laissé entendre qu'il avait renoncé par crainte de l'explosion sociale imminente. Alors, je vais vous dire moi pourquoi j'ai fait ça. Parce que était en train de se passer dans le pays dont j'ai conclu que ce mouvement m'empêcherait à coup sûr de conduire la politique nécessaire.

Bien sûr, entendre un ancien premier ministre reconnaître explicitement le pouvoir de dissuasion d'une mobilisation populaire avant même que celle-ci n'ait eu lieu, c'est assez inédit dans l'histoire politique récente. De plus, on l'a dit, les moyens policiers étaient très importants, exceptionnels même, sans parler des blindés devant l'Élysée ou encore à Renn et à Marseille. Si personne ne sait exactement ce qu'il peut se passer, à quel degré contre qui, la colère sociale est assez palpable et son explosion assez probable.

Plusieurs indicateurs officiels récents témoignent, s'il le fallait encore, de l'augmentation des inégalités et de la pauvreté dans notre pays. Le taux de pauvreté a encore augmenté, comme le pointe l'INC, gagnant 1 % 2023 pour concerner plus de 15 % de la population. Ces difficultés se traduisent aussi dans le surendettement.

Le nombre de dossiers déposés auprès de la Banque de France a augmenté de 5 % en 2023 et de 11 % en 2024. Le nombre d'emplois précaires est toujours deux fois plus élevé que dans les années 80. De l'autre côté, comme le soulligne cet article du monde, au contraire des revenus salariaux, les revenus financiers eux ont augmenté de 7 % en moyenne, poussé par la hausse des taux d'intérêt.

Au total, 70 % des gains réels en euros de pouvoir d'achat de 2021 à 2024 proviennent de ses revenus financiers, observe Mathieu Plane de l'OFCE. Et cela a profité au ménages les plus aisés, ceux qui possèdent un patrimoine financier, assurance vie, placement boursier. Selon une note de la Banque Postale publiée en juillet, en 2023, le niveau de vie des 10 % des ménages les plus modestes a baissé de 1 % en euroconstant.

Dans le même temps, celui des plus aisés augmenté de 2,1 %. Le niveau d'inégalité atteint en France est ainsi le plus élevé depuis 30 ans, soulligne Philippe Orin l'auteur de la note dans le monde. On rajoute à tout ça le rôle de la politique macroniste dans l'augmentation de toutes les problématiques dont on vient de parler qui a été largement documentée à Blast.

Nous y avons consacré de nombreuses émissions. Alors, lorsque toutes ces personnes sortent dans la rue et s'indignent de leur perte de pouvoir d'achat, ce n'est pas qu'une impression, c'est une réalité. Au final, la question qui est beaucoup revenue dans les médias était bien sûr celle du profil des manifestants.

Bien que très hétéroclitees, c'est un mouvement tout de même marqué à gauche, ce qui a pu dissuader certaines personnes, craignant d'être associé à cette couleur politique, de venir se joindre au manifestants. Cela ne s'est pas transformé en mouvement transpartisan ou appartisan. D'autant plus que le mouvement a été très stigmatisé par une bonne partie des médias et des responsables politiques. [Musique] Pendant toute la journée du 10 septembre, les médias d'extrême droite ont enchaîné les fake news, par exemple en affirmant que cette façade d'immeuble avait été incendié par des manifestants, alors que pendant un moment, personne n'a pu affirmer ce qu'il s'était passé exactement et que de nombreux manifestants accusaient les forces de l'ordre d'y avoir mis feu accidentellement avec des lacrimogènes ou des grenades.

Tout ça pour qu'à la fin, la procureur de la République penche pour la responsabilité des forces de l'ordre. En l'état de nos informations, il pourrait s'agir d'un départ de feu involontaire lié à l'intervention des forces de l'ordre pour faire face à des regroupements denses et particulièrement hostiles dans le secteur des Halles. Mais de manière générale, à partir du moment où les forces syndicalistes et plutôt ancrées à gauche, notamment les insoumis, se sont mis à soutenir le mouvement, celui-ci a été fortement stigmatisé.

Bien que nous ayons pu constater sur le terrain qu'il y avait tout type de sensibilité et beaucoup de personnes qui ne soutenaient pas des partis politiques en particulier, mais qu'importe, l'heure était à la caricature. Regardez par exemple ce clip du parti les Républicains qui oppose la France qui bloque à la France qui bosse. [Musique] Bruno Rota ne s'est pas privé non plus pour qualifier la mobilisation d'ultra gauche sans que cela ne soit étayé par des faits permettant d'y associer tout le mouvement et sans qu'on sache vraiment ce que ce terme d'ultra gauche signifie par ailleurs.

La mobilisation n'a rien d'une mobilisation citoyenne. Elle a été détournée, confisquée, captée par la mouvance de l'extrême gauche de l'ultra gauche. Sur ces news, la journée du 10 septembre était consacrée à la décrédibilisation des manifestants qui t'a raconté un peu n'importe quoi.

J'ai vu la France minoritaire de l'ultra gauche qui casse. C'est la racaille qu'on voit là. C'est la racaille.

Oui. La racaille des beaux quartiers. Beau quartiers.

Oui. Bah qui marque dans ce cas taxer papa, taxer maman et qu'ils arrêtent de nous embêter. Exactement.

Ex. Il y a ceux qui travaillent et ceux qui cassent. Ceux qui mettent le réveil à 5h du matin en banlieu pour aller bosser et ceux qui rentrent à 5h du matin après avoir saccagé, pillé, volé et qui vivent dans les quartiers bourgeois.

Il y a d'un côté la France qui paye tout, de l'autre la France qui détruit tout et il y en a marre. Et c'est un narratif que l'on a retrouvé à de nombreux autres endroits. J'ai pas envie d'être médisant mais bon, c'est le d'être des gens qui travaillent, c'est des retraités, c'est des jeunes.

Enfin, c'est triste quoi. Ils ont foutu des races sur le rond-point. On peut pas, on peut pas avancer, on peut pas aller bosser.

Les responsables politiques de droite et d'extrême droite, s'ils ne s'étaient pas immédiatement détachés du mouvement pendant l'été, ont clairement pris leur distance ce 10 septembre et participer à sa stigmatisation. Précisément l'image de la France qu'on ne veut pas. D'abord, vous c'est pas le mouvement bloqu tout, c'est le mouvement cassons tout.

Euh je pense que ce mouvement a été récupéré par l'extrême gauche et que partout où l'extrême gauche passe, l'ordre public trépasse. Bref, la droite et l'extrême droite ont été très virulent à l'égard du mouvement, suivi de manière moins vocale par ce perçus comme centrist et au final seuls les responsables de gauche, de leur côté ont clairement soutenu le mouvement y voyant une opportunité d'en faire une séquence politique à l'exception de certains cadres du PS. [Musique] Bref, ce à quoi on a assisté ce 10 septembre, c'est un mouvement social d'ampleur d'une nature différente de ce que l'on avait connu avant.

Et c'est pour cette raison que l'on parle de mouvement inédit. Il n'est évidemment pas encore possible d'en évaluer les retombées politiques, surtout que le 18 septembre, un autre appel à se rassembler initié par les syndicats cette fois-ci laisse présager de nouveaux événements, mais il s'inscrit, quoi qu'il arrive, dans une série de mouvements sociaux en France ces dernières années qui laisse à penser que cette colère ne va pas disparaître. Toute la question reste celle de sa canalisation et de sa répression potentielle.

Quoi qu'il en soit, nous allons continuer à documenter ce qu'il se passe. Après cette émission, nous allons diffuser un reportage beaucoup plus poussé sur tout ce qui s'est passé ce jour-là, réalisé par mes collègues à Blast, qui ont besoin d'un peu plus de temps pour dérocher et tout monter. De manière générale, nous allons continuer à décrypter la situation politique du pays pour éviter de sombrer dans la confusion.

J'espère sincèrement que cette vidéo vous a intéressé. En tout cas, nous on n' pas beaucoup dormi pour pouvoir la sortir aujourd'hui. Donc si ça vous a plu, n'hésitez pas à la partager, la commenter, la liker.

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