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Interviewfranceinfo — L'invité éco (sur Site radio)· 9 juin 2022 7 minComplaisantFond programmatiqueÉconomie & entreprisesEurope & international

Inflation : "La banque centrale européenne ne peut pas agir toute seule", selon l’économiste Éric Monnet

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 90 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:53OuverteRéponse directe

    Est-ce que ça va suffire à casser cette inflation, Éric Monnet ?

  • 2:03OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'elle a la maîtrise de ça, Éric Monnet ?

  • 2:15OuverteRéponse directe

    L'inflation qu'on a en ce moment, elle vient d'où ?

  • 3:50OuverteRéponse directe

    Là où ça se complique, c'est que depuis quelques années, la Banque Centrale s'est attribuée un rôle supplémentaire. Est-ce que c'est son rôle, avec du recul ?

  • 5:13OuverteRéponse directe

    Pour éviter le retour de crise de la dette, comme celle que la Grèce a connue il y a quelques années.

  • 5:23OuverteRéponse directe

    Parce que ce risque existe aujourd'hui, Éric Monnet, avec la remontée des taux ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:27Invité politiqueChiffre
    « 6,8%. Voilà la prévision d'inflation pour cette année dans la zone euro, selon la BCE. »
  • 1:01Invité politiqueChiffre
    « la Banque Centrale Européenne prévoit une inflation à la fin de l'année à 6% sur l'ensemble de la zone euro. »
  • 1:02Invité politiqueChiffre
    « aujourd'hui, nous sommes à 8%. »
  • 2:49Invité politiqueFait
    « Pendant longtemps, pendant 20-30 ans, on se disait effectivement, c'est la Banque Centrale Européenne, toute seule, qui doit combattre l'inflation. »
  • 6:04Invité politiqueChiffre
    « elle possède un tiers des dettes publiques. »
  • 6:15Invité politiqueFait
    « ce n'est pas encore mis en œuvre, mais ce serait possible de faire en sorte de prêts fléchés aux banques pour les inciter à prêter pour des investissements dans la transition écologique. »

Temps de parole

  • Invité politique71 %
  • Présentateur29 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:01
Présentateur

France Info. Bonsoir à tous et à toutes. La Banque Centrale Européenne ouvre donc la chasse à l'inflation. Comme prévu, elle a annoncé tout à l'heure un changement de politique monétaire et toute une série de décisions. Bonsoir Éric Monnet. Bonsoir Jean-Lémarie. Vous êtes professeur à l'école d'économie de Paris. Et cette année, vous avez obtenu, je le précise en passant, le prix du meilleur jeune économiste remis par Le Monde et le cercle des économistes. 6,8%. Voilà la prévision d'inflation pour cette année dans la zone euro, selon la BCE, avec de grandes différences selon les pays. On va peut-être en parler.

Pour freiner cette tendance, la Banque Centrale Européenne vient d'annoncer deux grandes décisions. La première, c'est qu'elle va cesser les rachats de dettes qu'elle fait à tour de bras depuis l'année 2015. Et puis la deuxième décision, déjà très commentée évidemment, c'est la remontée progressive des taux d'intérêt de la BCE. Est-ce que ça va suffire à casser cette inflation, Éric Monnet ?

0:56
Invité politique

Alors, vous l'avez dit, la Banque Centrale Européenne prévoit une inflation à la fin de l'année à 6% sur l'ensemble de la zone euro. Aujourd'hui, nous sommes à 8%. Donc l'engagement, la Banque Centrale, c'est de dire qu'avec les deux mesures principales qu'elle vient de prendre, elle va donner un coup d'arrêt, en tout cas rendre le crédit plus cher, faire en sorte que les banques, les individus, les particuliers, les entreprises empruntent plus difficilement, dans une petite marge, pour faire en sorte que l'inflation effectivement décroît au cours de l'année de 8 à 6%. Donc, casser une spirale, c'est ça l'idée ?

Je ne dirais pas casser une spirale ici, on est plutôt dans un exercice d'atténuation. C'est-à-dire 6%, ça reste un taux élevé, il prévoit que l'année prochaine, l'inflation va redescendre à 3%. Ce qu'essaye surtout de faire la Banque Centrale Européenne ici, c'est ce qu'on appelle dans le jargon un peu technique, ancrer les anticipations. C'est annoncer une cible, et il va falloir qu'elle soit crédible. Il va falloir que les marchés financiers, mais aussi que les entreprises, que peut-être même les syndicats, dans les négociations salariales, prennent cette cible de l'inflation, et c'est l'intérêt, comme la référence. À condition que ça ne dérape pas ? À condition que ça ne dérape pas.

2:03
Présentateur

Est-ce qu'elle a la maîtrise de ça, Éric Monnet ? C'est ça la question, elle vient d'où cette inflation qu'on vit en ce moment ? Parce que l'inflation, vous avez aussi un regard d'historien, n'a pas les mêmes origines, les mêmes sources, selon les périodes, selon les époques. L'inflation qu'on a en ce moment, elle vient d'où ?

2:17
Invité politique

Alors la Banque Centrale Européenne, il faut toujours le rappeler, un de ses objectifs, c'est d'avoir une inflation, on va dire, stable. C'est dans les mots qui sont employés dans les traités européens, la Constitution européenne. L'inflation stable, ça reste à définir, en fait. Il y a différentes appréciations, mais c'est en tout cas une inflation qui ne provoque pas trop de troubles politiques et de troubles sociaux. Et on voit aujourd'hui à quel point même une inflation en dessous de 10% crée une désorganisation assez forte dans la société. Donc elle a cet objectif. Est-ce qu'elle a la maîtrise ?

Pendant longtemps, pendant 20-30 ans, on se disait effectivement, c'est la Banque Centrale Européenne, toute seule, qui doit combattre l'inflation, faire en sorte que l'esprit soit stable. Là, revoilà l'inflation, qu'on n'avait pas connue depuis les années 70. Et on se rend compte qu'elle ne peut pas agir toute seule. Donc les grands enjeux aujourd'hui, ça va être la coordination entre cette politique de la Banque Centrale Européenne, principalement axée sur une remontée des taux d'intérêt, comme on l'avait dit, et les politiques budgétaires des gouvernements. Les politiques budgétaires des gouvernements ayant eux-mêmes deux objectifs.

C'est tout d'abord éviter que l'inflation ait des impacts trop forts sur la population les plus pauvres, ce qu'on appelle l'impact redistributif, trop inégalitaire. Donc protéger le pouvoir d'achat, par exemple, le bouclier tarifaire sur l'énergie, ce genre de choses. Tout à fait, ou des formes de contrôle des prix, par exemple, mais qui sont des mesures de court terme. Donc il va aussi falloir penser à des mesures de long terme, qui peuvent être des mesures, par exemple, de substitution, de certaines formes de consommation, qui seraient trop affectées par les prix d'énergie.

Et puis aussi, et c'est là où la Banque Centrale intervient, dans ces mesures de plus long terme, c'est justement un horizon des taux d'intérêt pour les marchés financiers, pour éviter d'avoir des anticipations de l'argent facile, de ce qu'on appelait l'argent facile ou l'argent gratuit.

3:50
Présentateur

Là où ça se complique, Eric Monnet, et je vais en citer votre livre, La Banque Providence, aux éditions du Seuil, là où ça se complique, c'est que depuis quelques années, en réalité, la Banque Centrale s'est attribuée un rôle supplémentaire. Elle ne laissait pas seulement contenir l'inflation, elle essaie de soutenir l'économie, notamment quand ça va mal. On l'a vu toutes ces dernières années, puisqu'elle a effectivement, avec cette politique monétaire, aider les États, les entreprises, les ménages à emprunter plus facilement. Est-ce que c'est son rôle, avec du recul ? Est-ce qu'elle doit aussi continuer à jouer ce rôle-là ? Est-ce qu'elle peut jouer les deux rôles ?

4:22
Invité politique

Alors, deux choses. Tout d'abord, et c'est très évident dans le communiqué de presse de la Banque Centrale Européenne aujourd'hui, que chacun peut aller consulter sur le site internet s'il veut, on parle évidemment de la remontée des taux, donc un durcissement de la politique monétaire, mais surtout, la Banque Centrale Européenne s'engage à utiliser tous les nouveaux instruments possibles, ça reste très imprécis, mais c'est un engagement très très fort, pour éviter des problèmes de crise financière ou de crise de dette publique dans la zone euro.

C'est-à-dire que ce qu'elle dit, en gros, c'est-à-dire que si la remontée des taux d'intérêt pouvait entraîner pour certains pays, évidemment on pense à l'Italie, à la Grèce, une crise de dette publique, elle réinterviendrait. Et elle ferait en sorte, et c'est là que c'est compliqué dans la pratique, mais en tout cas elle s'engage à le faire, de pouvoir à la fois mener une politique de lutte contre l'inflation, et de mener une politique aussi de préservation de la stabilité financière et des dettes publiques, au sein de la zone euro.

5:13
Présentateur

Pour éviter le retour de crise de la dette, comme celle que la Grèce, par exemple, que vous avez citée, a connue il y a quelques années.

5:18
Invité politique

Entre 2010 et 2012. Et donc ça, c'est un engagement très fort, un engagement pour unir la zone euro.

5:23
Présentateur

Parce que ce risque existe aujourd'hui, Éric Monet, avec la remontée des taux ?

5:26
Invité politique

Les pays pourraient se retrouver à nouveau étranglés ? Il y a six mois, tout le monde disait, le jour où la Banque Centrale Européenne va remonter ses taux d'intérêt, il y a eu un énorme risque de crise de dette publique dans la zone euro. Et là, on voit qu'il y a eu, pour certains pays, en partie d'Italie, une remontée des taux d'intérêt sur la dette. Donc le prix auquel les États empruntent. Assez notable. Mais rien de dramatique, en tout cas aujourd'hui. Et pour revenir à votre question, est-ce que c'est son rôle ? Préserver la stabilité de la zone euro, c'est son rôle, indéniablement. C'est pour ça qu'elle a été créée. C'est écrit dans les traités européens.

Ensuite, pour assumer cette stabilité, là, elle prend des décisions qui sont très, très importantes en termes politiques. Rappelons-le, aujourd'hui, elle possède un tiers des dettes publiques. Elle s'engage aussi à faire des achats qui seraient cohérents avec la transition écologique. Donc, la semaine dernière, elle parlait, ce n'est pas encore mis en œuvre, mais ce serait possible de faire en sorte de prêts fléchés aux banques pour les inciter à prêter pour des investissements dans la transition écologique. Parce que la toile de fond, encore une fois,

6:24
Présentateur

c'est la crise climatique, encore et toujours. Exactement. Au milieu du reste.

6:27
Invité politique

Et donc là, je pense que c'est son rôle. Enfin, d'une certaine manière, ça prend ce qu'a été le rôle historique des banques centrales, c'est-à-dire un rôle, c'est ce qu'on appelle la zone centrale, c'est de ce nom qu'elle vient, c'est-à-dire maintenir aussi l'unité de la stabilité d'un pays, d'une nation, d'une zone politique et de son système bancaire. Donc, en ça, elle a tout son rôle, mais ça pose des vraies questions politiques. C'est-à-dire, comment va-t-elle faire ses choix ? Et là, c'est tout le débat que j'évoque dans ce livre que vous avez cité. Je pense qu'il faudrait une meilleure coordination avec le Parlement.

6:55
Présentateur

Et c'est donc aussi, on l'aura compris, une affaire de politique et de politique économique, économie politique, tout ensemble autour de ces questions liées à l'euro. Merci, Éric Monnet. Je rappelle le titre de ce livre, La Banque Providence aux éditions du Seuil.