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interviewRadio Classique — L'invité de la matinale (sur Podcast)· 13 juillet 2026 14 min

Hommage à Alfred Dreyfus : « Cette affaire est la preuve qu'on peut lutter contre l'antisémitisme » estime Vincent Duclert

Source d'origine 3 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Bonjour Vincent Duclair, historien spécialiste de l'affaire Dreyfus, inspecteur général de l'éducation nationale et auteur de nombreux ouvrages de références. Vous publiez d'ailleurs chez les belles lettres Dreyfus, jour de gloire, un livre qui retrace l'incroyable histoire des 12 juillet de la République. Merci d'être dans les studios de Radio Classique pour inaugurer cette matinale estivale. Avant de parler avec vous d'Alfred Dreyfus, je remets juste un petit peu de contexte pour les auditeurs de Radio Classique. Hier avait donc lieu à Paris la première journée nationale de commémoration de la reconnaissance de son innocence par la Cour de Cassation. Ça fait donc 120 ans, un bail.

L'affaire Dreyfus fait toujours écho aujourd'hui à l'actualité. Un contexte d'ailleurs qu'a tenu à rappeler hier très ému son petit-fils Charles Dreyfus, 98 ans.

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Invité

Je dois avouer avec tristesse que je n'aurais pas imaginé à l'âge que j'ai atteint voir l'antisémitisme ressurgir avec tant de virilance dans d'autres pays. Cette tristesse est éclipsée par la joie profonde que j'éprouve aujourd'hui. La longue pérégrination parisienne de la statue d'Alfred Dreyfus prend fin. Portant avec fierté son sabre brisé, il rejoint la Cour de Cassation qui proclama son innocence. C'est pour moi et pour ma famille une immense satisfaction.

1:27
Présentateur

Voilà, moment de grande émotion, j'imagine, Vincent Duclair, puisque vous étiez hier à cette commémoration. Alors, Charles Dreyfus le dit à l'instant, longue pérégrination de cette statue qui a fini par trouver sa place. Elle a beaucoup bougé. On pourrait même dire qu'elle a erré dans Paris quasiment 40 ans. Ça semble fou. Oui, en fait, pour les auditeurs comprennent bien, il y a eu cette journée nationale, donc voulue par le Premier de la République, et le même jour, si vous voulez, a été transférée devant la Cour de Cassation la statue, le sabre brisé.

Donc, en fait, il y a deux événements d'une certaine manière, et ça a donné encore plus de force à cette journée qui était tout à fait réussie. Alors, cette statue, oui, en fait, elle a erré, puisqu'elle a été commandée par l'État, par le ministre de la Culture, Jacques Lang, à l'époque, en 1984, réalisée en 1986. Et à ce moment-là, en fait, Louis Mittelberg, le créateur de la statue, l'envisageait dans la Cour militaire, c'est-à-dire dans la Cour de l'École militaire, la Cour Morland.

Et puis, c'est vrai que Charles Hernu, ministre de la Défense, et François Mitterrand n'en ont pas voulu, et aucune des institutions, même la Cour de Cassation, même, effectivement, dans l'emplacement de l'ancien tribunal militaire, qui avait condamné Dreyfus en décembre 1994, eh bien, tous ces emplacements n'ont pas accepté, en fait, de recevoir la statue, parce que l'affaire, à ce moment-là, en 1986, c'était une affaire qui divisait la France, il ne fallait pas la regarder, c'était une affaire gênante pour la nation.

Et donc, elle a été exilée dans le jardin des Tuileries, et c'est Jacques Chirac, en tant que maire de Paris, qui, en 1994, la sort, la met Boulevard Aspaille, et donc, de 1994 à aujourd'hui, elle est restée dans un lieu qui n'avait pas beaucoup de sens, et il y a eu beaucoup d'action, et Charles Dreyfus et moi-même, du reste, on s'est associés pour convaincre la mairie de Paris, la présence de la République, et effectivement, sa statue, avec d'autres soutiens, je pense notamment au directeur musée d'art et d'histoire du judaïsme, Paul Salmona, et puis, beaucoup de gens, effectivement, Aurélie Philippetti, qui est directrice des affaires culturelles à la ville de Paris, il y a eu un aliment des planètes, ça c'est très beau, et le règne de la République a tenu à saluer aussi la présence de la statue dans son discours.

Donc, si vous voulez, c'était un jour parfait. C'était un jour parfait, avec beaucoup de monde qui était présent hier, malgré la forte chaleur, mais vous me disiez que tout s'était très bien passé. Dans votre ouvrage, Vincent Duclair, vous parlez d'un temps du déni et du mépris, c'est ça, véritablement, qu'a ressenti la famille Dreyfus ?

Ah oui, la famille Dreyfus a été totalement isolée, parce que, en fait, cette décision de la Cour de cassation du 12 juillet 1906, c'est une très grande décision, d'abord parce que la Cour de cassation va instruire pendant deux ans et demi, elle reprend tout le dossier, et ce dossier est tentaculaire, il y a des faux à non plus finir, il y a des manipulations. Donc, elle reprend tout pour vraiment asseoir sa décision de justice, sa reconnaissance de l'essence de Dreyfus sur des bases de vérité absolument incontestables. Et en droit aussi. Donc, elle rend l'arrêt, c'est un très grand jour, c'est vrai.

Et puis, quelques jours plus tard, le capitaine Dreyfus reçoit la légion d'honneur, il faut le rappeler aussi. Et puis, tout de suite, en fait, l'Action française, en particulier, attaque la Cour de cassation, disant que la Cour de cassation a jugé sur un faux, sur une manipulation d'un article du code aux procédures pénales. Et immédiatement, c'est une attaque systématique contre cette décision de justice. Et en fait, Dreyfus seul va défendre, il va poursuivre les journées en diffamation, mais il est tout seul. Alors même qu'on aurait pu attendre que les pouvoirs publics s'engagent.

Et en fait, ce qui va se passer, c'est que vous allez avoir, effectivement, ce temps du déni et du mépris pour l'affaire, jusqu'en 1998, jusqu'au centenaire du jaccus, où là, il y a des choses importantes. Jacques Chirac, qui est devenu président, écrit aux familles Dreyfus et Zola une très belle lettre. On est Jospin, il fait une cérémonie au Panthéon. Et puis surtout, 2006, c'est une grande cérémonie voulue par Jacques Chirac à l'école militaire, mais sans lendemain.

Et en fait, 20 ans plus tard, on peut dire que ce qu'imagine Emmanuel Macron, c'est effectivement, voilà, moi je l'ai dit, un Panthéon permanent, c'est-à-dire que chaque année, on parlerait du capitaine Dreyfus, des Dreyfusards et du Dreyfusisme. Mais est-ce que vous souhaitez, vous, Vincent Duclair, à titre personnel, qu'il aille au Panthéon, Alfred Dreyfus ? Est-ce que c'est la suite logique ? Alors, en fait, très honnêtement, moi, j'ai proposé à Jacques Chirac en 2006. Jacques Chirac l'a vraiment envisagé. Puis après, il y a eu des attaques fausses, en fait, contre Dreyfus, victime. Dreyfus est un combattant. Dreyfus a résisté à l'impensable.

Donc, effectivement, on ne peut pas dire que c'est une victime. Il a voulu la justice. C'est très important. C'est un symbole très fort d'un citoyen engagé. Jacques Chirac, à cause de ces polémiques, dont on n'a pas voulu poursuivre. La question s'est reposée. Emmanuel Macron, effectivement, a décidé de sa journée de commémence nationale. Moi, honnêtement, je pense que c'est une très bonne idée, en fait. Le Panthéon, c'est très beau, c'est très fort, mais c'est une seule fois. Bon, on a vu, effectivement, la panthéonisation de Marc Bloch ou de Missak Manuchan. C'était très fort.

Là, chaque année, c'est la société qui va pouvoir s'emparer, si vous voulez, du sujet, avec la statue qui est ouverte à tout le monde. Vous voyez, dans un très beau lieu. C'est splendide, en fait. Et donc, moi, je pense que c'est une bonne idée, finalement. Alors, Vincent Duclair, vous avez écrit ce livre. On a l'impression d'une espèce d'urgence. Est-ce qu'on l'a évoqué dans le journal, tout à l'heure, la communauté juive attaquée à Sarcelles. Alors, l'enquête est en cours. Bien évidemment, on ne va pas trop s'avancer à ce stade. Qu'est-ce qui vous inquiète aujourd'hui le plus dans le parallèle avec l'affaire Dreyfus dans notre société ?

Oui, alors, d'abord, je pense que c'est très important, effectivement, de dire, avec l'affaire Dreyfus, qu'on peut lutter contre l'antisémitisme. Ça, c'est clair. C'est ce que rappelait son petit fils. Oui, absolument. Et vraiment, je tiens à souligner la valeur de la famille Charles Dreyfus. Il a 98 ans. Il est remarquable. Il a toujours aidé les historiens sans jamais demander quoi que ce soit aux historiens. C'est une famille unie. C'est une famille qui... Voilà, on retrouve les qualités morales du capitaine Dreyfus. Et aussi, voilà, sa discrétion, son humilité. C'est vraiment... Je suis très, très ému, effectivement, de parler de cette famille.

Alors, sur l'antisémitisme, l'affaire Dreyfus, c'est la preuve qu'on peut lutter contre l'antisémitisme, qu'on peut effectivement à la fois se saisir, attaquer les antisémites vraiment de front et aussi dire que, face à l'antisémitisme, il faut repenser la démocratie. C'est ce qu'a dit le Président de la République. C'est assez juste. C'est-à-dire qu'au fond, le Dreyfusisme, c'est le rempart contre l'antisémitisme. Et donc, aujourd'hui, effectivement, l'antisémitisme, on a l'impression qu'il est sans fin, que c'est une fatalité.

Mais en fait, avec l'affaire Dreyfus, on comprend qu'en fait, on arrive à montrer très clairement que l'antisémitisme s'attaque aux juifs, s'attaque au fond aux minorités. C'est un mécanisme et s'attaque aux institutions de la République. Et donc, au fond, tout citoyen doit lutter contre l'antisémitisme et l'antisémitisme. Et c'est vrai que c'est absolument odieux de voir effectivement, soit pour des intérêts partisans, soit parce qu'on est vraiment antisémite, qu'on va exploiter l'antisémitisme. Donc, effectivement, je pense que ce qui a été dit, ce qui a été montré, en fait, hier, c'est de dire l'antisémitisme ne passera pas et on a des armes, notamment le Dreyfusisme.

Et ça, c'était très clair. Le Dreyfusisme, c'est une méthode, c'est une volonté et effectivement, il faut le redire. Et est-ce que votre livre n'est pas aussi, Vincent Duclair, une sorte d'antidate finalement ? Vous donnez quelques clés ? Oui, c'est vrai. Je l'ai conçu comme ça. Je remercie mon éditeur, les belles lettres. C'est vrai que, oui, en fait, on peut travailler dans l'urgence.

L'urgence, ce n'est pas de bâcler les choses, c'est effectivement de trouver les mots, de répondre aux interrogations de la société et de dire qu'il y a des histoires qui, au fond, aboutissent parce qu'il y a eu, je veux dire, les gens se sont réunis et ça a été rappelé par le Premier ministre de la République. Le discours était très bien articulé. Il a été écrit, on le sait, par son conseiller mémoire, Bruno Roger Petit et bien sûr, endossé par le Premier ministre de la République qui suit le dossier depuis très longtemps et il faut vraiment le saluer.

Ça, je crois qu'effectivement, il fait beaucoup pour le mémoriel mais appuyer sur la vérité historique et c'est vrai que, en fait, c'est important de dire aux Français il y a des histoires terribles parce qu'au début, l'affaire Dreyfus est terrible. On broie un innocent, on menace les Dreyfusards d'une manière absolument terrible et, en fait, on arrive à sortir la tête haute. Il faut reconnaître, effectivement, ces vérités de l'antisémité, de la raison d'État et, en reconnaissant, la nation est plus grande et elle montre aussi des exemples. Anatole France, Émile Zola, le colonel Picard, toutes ces... Et puis, des femmes aussi, il ne faut pas oublier l'engagement, en fait, des journalistes.

Vous savez que les femmes journalistes naissent à ce moment-là, notamment dans le journal La Fronte, qui est un journal passionnant et qui va créer la première école de journalisme. C'est Dick May, c'est la sœur d'un grand historien et Dick May, c'est une histoire extraordinaire qui a été racontée notamment par Mélanie Farbe, une jeune historienne. Alors, je rebondis sur ce que vous dites, Vincent Ducler, parce qu'il y a une femme à laquelle vous vous adressez également dans votre livre. Je pense, évidemment, à Lucie Dreyfus. Pourquoi c'était important également de lui donner la parole ?

Parce que Lucie a été vraiment assez extraordinaire dans la mesure où elle a trouvé les mots pour réconforter son mari qui, parfois, était désespéré. En fait, ce qui est intéressant, c'est que Dreyfus, parfois, il craque. Il est désespéré. Il va songer au suicide. Donc, Lucie trouve les mots. En fait, Lucie est une grande écrivaine. Et c'est une femme, je dirais, à la fois très sensible et d'un grand sang-froid. Et en plus, et ça, c'est très intéressant, c'est que les femmes ne sont pas citoyennes. Les femmes ne font aucun droit. Bien sûr, elles ne votent pas, mais elles sont dans un état, effectivement, de soumission. Mais, lorsque son mari est sur l'île du diable, elle est tutrice légale.

C'est-à-dire qu'en fait, c'est elle qui agit au nom de son mari. Et c'est très intéressant parce qu'elle travaille avec les avocats. Donc, finalement, Lucie est une pièce maîtresse de la défense du capitaine Dreyfus. Et Lucie va survivre donc à la Seconde Guerre mondiale. Elle va pouvoir se réfugier dans un couvent à Valence sous le nom de Mme Duteil. C'est en lien du reste avec le chanteur Yves Duteil. Et elle va finalement mourir, et ça c'est triste, presque de chagrin en raison, en fait, de la mort de sa petite-fille Madeleine Lévy. Madeleine Lévy, résistante à combat, arrêtée par la milice à Toulouse, morte à Auschwitz.

Elle accompagne, de reste, les enfants, les enfants dont elle s'était occupée dans le convoi à la chambre à gaz. Et Madeleine Lévy, c'est intéressant parce qu'au fond, de l'affaire Dreyfus, on en vient aussi à la choix. Et en fait, quel est le mécanisme similaire ? C'est l'antisémitisme. Il faut rappeler que l'antisémitisme, ça fabrique aussi l'extérimisation des Juifs. Donc, tout est là pour effectivement dire qu'on ne peut pas accepter le moindre antisémitisme en France.

Et avant d'écouter peut-être un extrait de Yves Duteil, puisqu'on l'a écouté tout à l'heure en préambule de l'ouverture de la matinale, c'est peut-être un message également à la jeunesse où on voit que là, il y a vraiment quasiment brouillage entre antisionisme et antisémitisme. Également, là aussi, il faut agir d'urgence auprès de certains jeunes. Ah oui. Et alors, en fait, ce qui est très intéressant et moi, en tant qu'inspecteur général, je l'ai suivi, notamment la communauté Versailles, mais dans beaucoup d'établissements, c'est que c'est vrai qu'aujourd'hui, et ça, on y travaille aussi, il y a une espèce de frein.

Alors qu'on étudie la Shoah, on va dire, regardez ce que fait Israël à Gaza. Et en fait, ce qui est très intéressant, voyez-vous, c'est qu'avec l'affaire Dreyfus, on peut vraiment expliquer l'antisémitisme sans ce brouillage, sans cette confusion. Et là, les élèves, moi, j'ai assisté à Versailles, à des travaux remarquables de classe élève. Je félicite les professeurs, les inspectrices qui ont suivi tout ça. Et donc oui, là, effectivement, c'est pour ça qu'il faut absolument continuer à enseigner l'affaire Dreyfus et le monde juif dans les établissements scolaires parce qu'on ouvre, au fond, sur l'ensemble de la société française et on ouvre aussi sur le monde.

Merci Vincent Duclair, historien spécialiste de l'affaire Dreyfus. On vous lit donc cet été, Dreyfus, jour de gloire, l'incroyable histoire dès 12 juillet de la République. C'est tôt, belles lettres. Et justement, avant de nous quitter, on écoute un petit extrait d'Yves Duteil.

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Locuteur non identifié

Il était Alsacien, Français, Juif, capitaine, vivait parmi les siens à Paris 17e. Quand un matin d'octobre on l'accuse, on l'emmène vers 12 ans de méprise et d'offre or et de haine

13:55
Locuteur

Traité plus bas

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Présentateur

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14:07
Locuteur

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