Anne Muxel, Directrice déléguée du CEVIPOF
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Chapitres
Questions et réponses
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- 0:25OuverteRéponse partielle
Est-ce que les jeunes sont encore sensibles à la parole des politiques ou des présidents de la République française ?
- 1:56OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui est le plus difficile à identifier quand on fait des études de terrain sur les jeunes depuis de longues années ?
- 3:56OuverteRéponse directe
Vous avez une idée de la participation ou de l'intérêt pour ce scrutin européen de ces jeunes gens ?
- 5:14OuverteRéponse directe
Comment expliquez-vous cette propension de l'électorat jeune à s'intéresser à des partis assez radicaux ?
- 5:54OuverteRéponse directe
Comment expliquez-vous donc cette propension des jeunes à s'intéresser à des partis assez radicaux ?
- 7:53OuverteRéponse directe
Côté Rassemblement National, quels sont les thèmes qui spécifiquement mobilisent les jeunes ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 4:19InvitéChiffre
« Chez les jeunes, ce ne seront que 3 sur 10. »
- 4:49InvitéFait
« placent Jordan Bardella et la liste du Rassemblement National en tête, suivie, mais assez loin, par la liste de LFI, de Manon Aubry. »
- 8:05InvitéFait
« le pouvoir d'achat est devenu aussi l'enjeu premier pour les jeunes et tout particulièrement pour ces jeunes qui vont voter pour le Rassemblement National. »
- 9:39InvitéFait
« Y compris chez des jeunes gens. »
- 10:34InvitéFait
« Des étudiants, plutôt des étudiants dans les disciplines des sciences sociales, plutôt des étudiants à haut niveau d'excellence et de scolarité. »
- 11:44InvitéFait
« cette sensibilité aux causes qui relèvent des questions de domination, de colonisation. »
Temps de parole
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Bonjour Anne Muxel, merci d'être avec nous ce matin sur Radio Classique en direct. Avec vous, il est souvent question de la jeunesse et de la politique. Hier Emmanuel Macron s'est adressé à des jeunes Allemands, il leur a parlé de ce vent mauvais qui souffle sur l'Europe. Il évoquait évidemment les partis extrêmes. Est-ce que les jeunes sont encore sensibles à la parole des politiques fustiles des présidents de la République française ?
C'est une question qui mérite d'être posée tant les jeunes considèrent la classe politique avec une grande défiance. En ce sens-là, ils ne sont pas très différents de leurs aînés. Mais tant ils considèrent aussi que les politiques ne prennent pas assez en compte les préoccupations qui sont les leurs, mais aussi une vision du futur. Et donc, en tout cas, si la parole des politiques est écoutée, elle est écoutée avec beaucoup de lucidité, avec beaucoup d'analyses critiques, en tout cas de dispositions critiques vis-à-vis de cette parole. Je crois que c'est ce qui caractérise vraiment les jeunes. C'est ce réalisme, on ne peut plus leur raconter en fait n'importe quoi.
Ce réalisme qui fait que leur lucidité peut d'ailleurs les conduire à adopter un certain nombre d'attitudes, de comportements, où ils s'engagent d'ailleurs, pour partie d'entre eux, pour des causes, pour des préoccupations, pour des enjeux qu'ils considèrent importants et dont ils n'attendent finalement plus grand-chose des politiques.
On va en parler, mais j'ai une question à la sociologue que vous êtes. Qu'est-ce qui est le plus difficile à identifier quand on fait des études de terrain qu'on interroge les jeunes depuis de longues années ? C'est justement la défiance, ou ce que vous évoquez comme lucidité, la participation, l'engagement, ou au contraire l'indifférence totale ? C'est ce constat selon lequel, pour beaucoup de jeunes, la politique s'est terra incognita.
Alors, c'est vrai qu'on parle beaucoup de cette indifférence, voire de cette apathie. La jeunesse est toujours soupçonnée d'être en retrait de la vie civique, en retrait de l'intérêt général. Bon, je crois qu'il faut d'abord bien se rappeler qu'il y a des jeunesses, pas une jeunesse. Donc, évidemment, selon les segments de la jeunesse, selon les conditions de leur insertion sociale, économique, professionnelle, selon le niveau d'études, on a des grandes fractures, finalement, des grandes divisions qui séparent la jeunesse. Et donc, il est difficile de parler de cette jeunesse d'une façon unifiée, globale, homogène.
D'une certaine façon, les étudiants, eux, sont toujours plus intéressés par la politique, plus engagés aussi dans toutes les formes de participation, qu'il s'agisse des participations protestataires, les manifestations, par exemple. Mais aussi, pardon, la participation électorale. De l'autre côté, on a une jeunesse qui a, par exemple, arrêté ses études de façon précoce, qui a un niveau de diplôme assez faible, et qui apparaît plus en retrait, en tout cas, des formes de participation protestataires à coup sûr, mais aussi plus en retrait de la participation électorale. Donc, c'est difficile d'appréhender la jeunesse comme un bloc homogène par rapport à la politique.
Alors, on va la découper en petits morceaux, cette jeunesse, comme ça, on sera plus précis. Vous avez une idée de la participation ou de l'intérêt pour ce scrutin européen de ces jeunes gens ?
Alors, ce qui est mesuré à l'heure actuelle, c'est plutôt un indice de participation assez faible. Pour l'ensemble des Français, probablement 1 sur 2, 1 va aller voter. Chez les jeunes, ce ne seront que 3 sur 10. Donc, on voit bien qu'il y a, effectivement, dans les jeunes générations, une tentation et probablement une abstention qui sera nettement plus forte.
Donc, premier enseignement de ce que vous nous exposez, c'est l'abstention supérieure chez les jeunes par rapport à leurs aînés. Pour qui vont-ils voter ? Pour ceux qui vont se déplacer ?
Alors, pour ces jeunes qui vont voter, les intentions de vote, pour l'instant, placent Jordan Bardella et la liste du Rassemblement National en tête, suivie, mais assez loin, par la liste de LFI, de Manon Aubry. Et toutes les autres listes, d'une certaine façon, ne recueillent chez les jeunes que très peu d'intentions de vote.
Comment expliquez-vous cette propension de l'électorat jeune ? D'ailleurs, quelle est la tranche d'âge ? Vous, vous considérez qu'on est jeune à partir de 18 ans, puisque c'est l'âge du droit de vote. Jusqu'à quel âge ?
Alors, ça aussi, ça pourrait faire l'objet de longs débats. Mais en gros, là, quand nous parlons, c'est les 18-25 ans. Mais on peut étendre, effectivement, selon les études, selon les classes d'âge que l'on prend en considération, on a aussi tendance à considérer cette phase de plus en plus grande, d'ailleurs de plus en plus longue de la jeunesse, entre 18 et 35 ans.
Comment expliquez-vous donc cette propension des jeunes à s'intéresser à des partis assez radicaux, en fait, assez extrêmes, ou en tout cas sur l'échiquier politique et les filles extrêmes-gauches ? Et on qualifie encore le Rassemblement National de partis d'extrême droite.
Les grands partis de gouvernement, les forces centrales, les partis plus modérés ont de fait perdu, en fait, de leur influence et de leur crédibilité quant à leur capacité à changer, en fait, les choses, tant à gauche qu'à droite.
Donc, il y a effectivement une crise des partis politiques de gouvernement qui atteint, d'ailleurs, l'ensemble du corps électoral, il ne faut pas l'oublier, mais qui, du coup, peut-être atteint encore plus les jeunes générations qui entrent en politique dans ce temps de crise de la représentation politique, de crise institutionnelle, finalement, des grands partis et qui trouvent dans des partis plus extrémistes, dans des partis qui ont une tradition de protestation politique, à gauche comme à droite, en l'occurrence, la France Insoumise comme le Rassemblement National, des porte-voix pour exprimer nombre de préoccupations, de mécontentements, d'inquiétudes de façon plus, comment dire, plus affirmée, puisque ce sont des voix souvent de protestation, mais aussi qui leur permettent de trouver des repères clairs par rapport à une réalité politique, un environnement, il faut bien le dire, beaucoup plus complexe à décoder, à interpréter.
Alors, prenons-les dans l'ordre, puisqu'il y a le Rassemblement National et la France Insoumise. Côté Rassemblement National, quels sont les thèmes qui spécifiquement mobilisent les jeunes ?
Alors, les thèmes qui mobilisent les jeunes du côté du Rassemblement National, c'est la question du pouvoir d'achat. D'ailleurs, il est très intéressant de voir qu'il y a eu un changement dans l'ordre des priorités et des préoccupations des jeunes par rapport à certains enjeux. Pendant un certain temps, c'était plutôt l'environnement, la question climatique qui était en tête des priorités, mais dans la période récente, le pouvoir d'achat est devenu aussi l'enjeu premier pour les jeunes et tout particulièrement pour ces jeunes qui vont voter pour le Rassemblement National.
Là, le Rassemblement National et Jordan Bardella, qui est un jeune qui porte cette liste et qui fait, il faut bien le dire, une campagne assez habile et qui arrive à conquérir un certain nombre de jeunes, eh bien, les convainc, en fait, sur la base d'une reconnaissance qu'il a dans cette campagne pour toutes les difficultés d'insertion sociale, professionnelle, pour les difficultés économiques qui frappe beaucoup les jeunes qui ont du mal à effectivement trouver une autonomie financière ou des jeunes ruraux qui rencontrent un certain nombre de problématiques dans leur vie quotidienne, dans leur rapport au travail, par rapport à leur déplacement, par rapport à leur logement, bref, un certain nombre d'éléments qu'il prend en compte.
Et puis, quand même, la question de l'immigration qui reste aussi dans cet électorat du Rassemblement National un point nettement plus... Y compris chez des jeunes gens. Y compris chez des jeunes gens, moins que dans les tranches d'âge plus âgées de l'électorat du Rassemblement National, mais plus, en tout cas, que les autres.
Alors, la France insoumise, c'est une autre problématique. Elle est enrichie, si j'ose dire, par le conflit israélo-palestinien qui a donné l'occasion à la France insoumise de mobiliser sur un thème qui est quasiment unique aujourd'hui dans la campagne de la France insoumise. C'est donc ce conflit au Proche-Orient, le visage de Rima Hassan en septième position sur la liste. Est-ce que c'est un espace de socialisation politique aujourd'hui que ce thème de la guerre au Proche-Orient ?
Alors, c'est une préoccupation, un enjeu qui peut compter, mais pour des segments bien particuliers de la population jeune. Des étudiants, plutôt des étudiants dans les disciplines des sciences sociales, plutôt des étudiants à haut niveau d'excellence et de scolarité. Voilà, on l'a vu sur les campus américains, dans les grandes universités, mais aussi dans nombre d'universités européennes. On l'a vu en France, plutôt sur les campus de sciences politiques. Sciences Po Paris a fait beaucoup effectivement parler d'elle, de cette école.
Voilà, ce sont des étudiants qui sont déjà à la base politisés, des étudiants qui sont déjà engagés, engagés sur des thématiques au travers d'associations qui sont concernées par le conflit israélien-palestinien. Parfois,
pour certains, ce sera le premier engagement. Pour certains, c'est le premier engagement. Ça vaut aussi pour la campagne du Rassemblement National, mais chez LFI, on a des gens qui entrent en politique sur cette question du Proche-Orient.
Oui, parce qu'il y a dans la jeunesse aujourd'hui, en tout cas dans la jeunesse étudiante, cette sensibilité aux causes qui relèvent des questions de domination, de colonisation. On voit toutes ces thématiques qui ressortent, des thématiques aussi identitaires, mais aussi sur les questions d'injustice sur les questions humanitaires et donc, effectivement, le soutien à la population de Gaza dans cette guerre, pour beaucoup, c'est aussi relié à une préoccupation humanitaire. Ce n'est pas forcément relié à une préoccupation ou à des engagements politiques ciblés.
Anne Muxel, merci d'être venue parler à ce micro. Je rappelle que vous êtes directrice déléguée du Centre d'études de la vie politique de Sciences Po et que vous êtes l'auteur de nombreux essais et études scientifiques sur le comportement politique de la jeunesse. Merci d'être venu parler sur Radio Classique ce matin à suivre le rappel des titres de la revue de presse de Marc Bourreau suivi de nos esprits libres. Radio Classique
qui l'éviter de la revue qui l'éviter.