Parcoursup, orientation, formations supérieures privées... Le "8h30 franceinfo" de Philippe Baptiste
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Bonjour Philippe Baptiste, près d'un million de candidats Parcoursup retiennent leur souffle ce matin, c'est aujourd'hui qu'ils vont savoir s'ils sont ou non directement acceptés dans la filière de leur choix ou s'ils sont en liste d'attente. Verdict en fin d'après-midi, c'est stressant pour eux, qu'avez-vous à leur dire ce matin ?
Ce n'est qu'une étape, évidemment ils vont avoir leur premier résultat là tout de suite, ce soir, 19h. Moi mon objectif c'est que, j'aimerais bien qu'on ait à peu près les deux tiers des élèves de lycée qui au moins aient un premier choix qui soit disponible dès ce soir, ça c'est mon objectif, on va voir ce que ça va donner et le but du jeu c'est quand même qu'avant le bac il y en ait 9 sur 10 qui est au moins une première proposition qui soit déjà là, concrète, palpable.
Le bac c'est dans 8 jours.
Oui, mais tout ça va aller assez vite, ça va quand même bouger assez rapidement, c'est un objectif, on va voir après ce que ça va donner.
Pas de risque de bug cette année ?
Ah mais il y a toujours des petits risques, mais honnêtement je suis quand même confiant, c'est une plateforme qui a démontré aujourd'hui son efficacité, qui évolue tout le temps. Et puis moi le message que je donnerai aux lycéens c'est d'abord, c'est une étape. D'abord vous ne jouez pas toute votre vie sur cette étape-là, parce que l'orientation c'est un processus qui est long, qui est complexe, mais vous avez le droit d'abord de tester, de changer, de changer d'avis. De filière ? De changer de filière. Juste un chiffre, donc vous avez mentionné 1 million d'élèves sur Parcoursup, mais sur ce million-là il y en a 200 000 qui sont en réorientation.
Donc ça veut dire que c'est des jeunes qui à un moment donné, ils ont testé, ils ont tenté quelque chose, ça ne leur a pas plu, et ils recommencent. Et c'est super, je veux dire, ce n'est pas un échec, bien au contraire, c'est un moyen de se construire. Et donc, première, pour dédramatiser un petit peu les choses, c'est que d'abord vous avez le droit de vous tromper, vous avez le droit de changer, donc c'est un moment, vous ne jouez pas toute votre vie, vous jouez quelque chose d'important, mais ce n'est pas toute votre vie. Deuxième chose, c'est réfléchissez exactement, parce que là vous allez avoir une proposition, mais probablement plusieurs propositions.
Et donc il faut que vous soyez clair dans votre tête maintenant, pour savoir en gros, c'est quoi vos priorités ? Qu'est-ce que je veux faire ? C'est-à-dire, si j'ai le choix demain entre médecine ou un BTS, ou je ne sais pas, n'importe quoi, quelles sont mes priorités ? Et ça, il faut évidemment, maintenant, c'est le moment. Ça, c'est le travail des deux, trois prochains jours, on va dire. Ah oui, maintenant, il faut vraiment y aller, parce que là, les propositions vont arriver, il va falloir répondre, et puis il faudra classer vos voeux juste avant de là.
Vous avez un objectif, n'empêche que l'an dernier, à mi-juillet, il y avait 85 000 élèves qui n'avaient pas trouvé de place, ça fait quoi, 8-10% à peu près des élèves de terminale, ce qui semble énorme. Ça peut arriver encore cette année ?
Alors, probablement, il y aura toujours, alors, à la fois, deux messages. Le premier, c'est un peu comme dans l'armée américaine, nobody's left behind. C'est-à-dire que tout le monde, on trouvera toujours des places pour les candidats qui veulent rentrer dans l'enseignement supérieur. À la fin de la phase d'admission, les recteurs sont mobilisés, ils travaillent nuit et jour pour aller trouver des places pour les candidats, adapter à leurs besoins, etc. Après, on a toujours un phénomène qui est aussi un phénomène, entre guillemets, je n'aime pas ce mot-là, mais de déperdition naturelle.
C'est simplement, à un moment donné, des candidats qui se sont inscrits sur la plateforme, qui décident de partir faire leurs études à l'étranger, ils quittent la plateforme. Donc, on les comptabilise dans ces 85 000 ? Oui, on ne les voit pas. C'est aussi des élèves qui ne répondent pas aux sollicitations parce qu'ils sont partis, ils ont un autre choix. Ils ont un choix de vie professionnel, ils ont décidé de directement partir travailler ou des choses comme ça. Donc, c'est très varié. Donc, on aura toujours une partie d'évaporation dans le système.
Mais notre mission, notre enjeu numéro un, c'est que tous les gamins, tous les jeunes qui veulent entamer des études supérieures l'an prochain, ils pourront entamer des études supérieures.
Pas d'élèves sans formation ?
C'est un engagement ? C'est un engagement, mais qui a déjà été tenu précédemment. Ça veut dire que derrière tous les jeunes qui s'inscrivent, qui vont voir les recteurs et qui disent, en gros, vous savez, dans la phase finale de l'admission, donc, à un moment donné, effectivement, il y a des jeunes qui n'ont pas encore trouvé dans le système une place. À ce moment-là, les recteurs, à travers des commissions, prennent la main et ils vont trouver pour chaque jeune qui est en attente et qui sollicite ces recteurs, eh bien, une place dans une formation adaptée à leurs besoins.
Est-ce que Parcoursup pose problème encore aujourd'hui ? Vous le savez, M. le ministre, François Bayrou, lui-même, lors de son discours de politique générale en janvier, avait dit ceci.
L'obligation d'orientation précoce les perturbe et les met en danger. Les enfants ne sont pas comme les poireaux, ils ne poussent pas tous à la même vitesse. Parcoursup est une question.
Parcoursup est une question. Est-ce que ça veut dire qu'il faut réformer le système ?
Moi, je crois que ce qui est très important dans l'intervention du Premier ministre, c'est le mot « orientation ». Parce que cette question-là, elle est absolument fondamentale. C'est savoir comment on prépare son avenir avant le bac, mais aussi après le bac. Et c'est vrai qu'on est dans un système aujourd'hui, qui est un système avec des voies qui sont assez étroites, qui sont quand même très sélectives au fur et à mesure. Donc, ça veut dire qu'en gros, pour des jeunes qui ont des projections pour leurs études supérieures qui sont très fortes, très figées, très fermées, ça marche tout seul. C'est par contre plus compliqué pour des jeunes qui peuvent hésiter.
Et il faut qu'on arrive à ouvrir ça.
Parcoursup. L'outil Parcoursup met ce problème selon ses détracteurs parce qu'il n'aide pas les jeunes qui, effectivement, doutent un peu, qui sont mal conseillés. Il accroît les inégalités sociales et géographiques.
C'est ce qu'ils disent. Alors, attendez, parce qu'il y a deux sujets dans ce que vous dites. D'abord, ce n'est qu'un outil. Et c'est un outil, c'est une plateforme. C'est une plateforme numérique qui met en relation des formations et des jeunes. Le sujet n'est pas la plateforme numérique en tant que telle. Le sujet, c'est l'orientation avant et après. Et ça, il faut qu'on y travaille.
Comment mieux accompagner les élèves ?
Bien mieux accompagner les élèves. Peut-être faire des réformes sur la manière dont on prépare les élèves. S'inscrire plus tôt. Réfléchir aussi à des formations dans le supérieur qui sont peut-être un peu moins étroites, plus ouvertes, plus pluridisciplinaires. Avoir des propédotiques, c'est-à-dire des espèces de premières années qui permettent d'ouvrir sur le monde de l'enseignement supérieur, en particulier pour les jeunes qui sont en difficulté. Et ça, c'est un travail fondamental qui est vraiment très structurant. Et on aura des annonces avec le Premier ministre et avec la ministre d'État, Elisabeth Borne, dans quelques jours sur ces différents sujets.
C'est ça la question de fond, c'est ça.
Il faut nous en dire plus. Vous avez réformé ou pas le système ?
Alors après, deuxième sujet peut-être, ce que vous mentionniez sur les inégalités. Ça, je veux vraiment m'inscrire en faux parce que cette plateforme, elle donne aujourd'hui une transparence que jamais nous n'avons eue précédemment dans l'enseignement supérieur. La transparence, c'est d'abord accéder à toutes les formations. Savoir en face de chaque formation, est-ce qu'elle est adaptée à mon profil ou pas ? Est-ce qu'elle insère professionnellement ou pas ? Je veux dire, à quel point est-ce qu'elle est sélective ou pas ?
Donc là, ce que vous allez faire, c'est plus accompagner les élèves en amont et en aval pour qu'ils trouvent leur meilleure filière possible.
Oui, ça, c'est fondamental. Et peut-être le dernier point, c'est aussi avec Parcoursup, vous savez que dans la loi qui a été accompagnée, la loi qui a été poussée sous le gouvernement d'Edouard Philippe, la loi Or, il y a eu des quotas pour les boursiers. Et ces quotas pour les boursiers, ils permettent en fait de privilégier les boursiers dans l'accès à un certain nombre de formations. Aujourd'hui, si on fait un bilan, ce sont 20 000 boursiers, chaque année, qui trouvent une place aujourd'hui dans l'enseignement supérieur, dans la formation de leur choix, qu'ils n'auraient pas trouvé sans ces quotas. Et 20 000 par an, ce n'est pas rien.
Donc, il ne faut pas dire que c'est vraiment le contraire. Je pense que vraiment, c'est un outil de promotion sociale.
Alors, puisque vous parlez des bourses lors de la période Covid, on a tous été marqués par les files d'attente d'étudiants pour l'aide alimentaire. Cette précarité étudiante, elle existe toujours. Votre prédécesseur Patrick Etzel avait jugé ce système de bourse trop complexe, parfois source d'injustice. Est-ce qu'il faut là aussi revoir ce système boursier ?
Alors, d'abord, peut-être juste rappeler, aujourd'hui, on consacre à peu près un peu plus de 3 milliards, 3,2 milliards par an sur la vie étudiante. C'est-à-dire, entre autres, les bourses, etc. Les bourses, les crousses, les repas, etc. Ce n'est pas rien, c'est beaucoup d'argent. C'est de l'argent qui est consacré à ça. Est-ce qu'aujourd'hui, le système est simple, lisible ? La réponse est plutôt non. Et en particulier, je ne vais pas rentrer dans les détails techniques, mais il y a des phénomènes de marche.
C'est-à-dire qu'en gros, soit vous êtes boursier, et à ce moment-là, à tel ou tel échelon, et vous avez telle somme, et brutalement, à un euro près, vous basculez dans un système où vous n'êtes plus boursier, où vous n'avez plus rien. Et on voit en particulier, dans les épiceries solidaires ou des choses comme ça, la précarité étudiante... C'est ceux qui sont juste au-dessus. Exactement. Et donc ça, c'est un vrai sujet. Et donc, il faut réformer ces bourses. J'en suis profondément convaincu. Il faut les réformer. Alors, la discussion, évidemment, tout ça a un impact budgétaire. Donc, on est en pleine discussion budgétaire.
Vous connaissez aussi les contraintes aujourd'hui, qui sont les contraintes budgétaires.
Mais ça aura des effets des septembre prochains, pour la prochaine entrée universitaire ?
Alors, cette question, c'est trop tôt pour y répondre, parce que justement, la discussion budgétaire est en cours. Sur le fond, je n'ai aucun doute. Moi, c'est une réforme que je porte et auquel je crois profondément. Il faut qu'on change ça. Techniquement, elle est prête. Il faut être capable de la financer, peut-être en réfléchissant...
Donc là, c'est en négociation, là, pour le prochain budget.
C'est un des objets, évidemment, que je vais porter auprès du Premier ministre, parce que je crois que c'est quelque chose qui est important.
Revenons à l'enseignement supérieur, côté filière. Après le bac, nombre d'élèves choisissent le privé. Un secteur en plein essor, il faut le dire, puisque 26% des étudiants sont scolarisés dans l'enseignement supérieur privé, alors qu'ils étaient 13% en 1990. Est-ce que ça veut dire que le public déçoit de plus en plus ?
Non, je ne crois pas. D'abord, je n'essaierai pas d'opposer les uns aux autres. Il y a des formations privées qui sont là depuis très, très longtemps et qui sont absolument remarquables par leur qualité. Les plus grandes écoles de commerce, aujourd'hui, sont des écoles qui sont des écoles privées, les universités catholiques qui sont extraordinairement reconnues. Donc tout ça, il y a des formations qui sont de très, très grande qualité.
Mais il y en a d'autres qui les sont moins.
Et après, il y a une capacité d'adaptation du système qui est très flexible, très souple. Et je pense d'ailleurs que ça veut dire qu'il faut aussi qu'on donne nos outils à nos universités, les universités publiques en particulier, pour avoir cette souplesse. Et c'est ce qu'on est en train de faire en ce moment même, en leur donnant beaucoup plus la main, en leur donnant une vraie autonomie. Et ça, c'est en ce moment. Alors après, à côté de ça, comme vous l'avez mentionné, il y a eu un développement qui a été extrêmement rapide, avec l'apprentissage en particulier.
C'est-à-dire que, parce que l'apprentissage a permis des financements et un certain nombre d'entreprises se sont un peu engouffrées dans cette voie de l'apprentissage. Vous voulez dire qu'il y a eu des abus ? Alors, ils sont marginaux, je pense. Ils sont marginaux, mais ils existent. Il y a eu des abus. Il y a eu des abus. On a régulièrement des étudiants qui ont été inscrits dans ces formations et qui disent, ben voilà, ça ne correspondait pas à ce que je voulais faire. On m'a vendu une formation en apprentissage. Puis finalement, on m'a dit qu'il n'y avait pas d'apprentissage. On m'a dit ceci, on m'a dit cela.
Mais ça, c'est votre responsabilité aussi, de veiller à ce que ça n'existe pas ?
En tout cas, oui. Moi, je considère que c'est une responsabilité du ministère, même si on n'avait pas encore complètement tous les outils aujourd'hui disponibles. On ne les a pas encore parce que c'est quelque chose d'un petit peu nouveau. On a vu aussi une explosion de ce type de formation. Donc, on a un rôle de régulation. Alors, du coup, on fait quoi pour faire le tri, effectivement,
entre les vraies formations qui amènent à un diplôme et les fake formations, en fait, qui juste permettent de récupérer de l'argent ?
Première chose, déjà, on a fait un peu le ménage, entre guillemets, en particulier sur Parcoursup, avec en particulier des règles et une charte qui doit être respectée par l'ensemble des formations. Mais toutes les formations ne sont pas sur Parcoursup. Vous n'êtes pas obligé, quand vous êtes d'une formation privée, d'être sur Parcoursup. Et puis, après, il y a un vrai travail à mener. Et ça, je l'ai annoncé il y a quelques semaines aux professionnels du secteur. On va avoir un peu une refonte de l'enseignement supérieur privé avec, en gros, deux cercles.
Un cercle, vraiment, des universités publiques et les très grandes formations du privé, aujourd'hui, qui sont vraiment dans un cercle de confiance extrêmement étroit, qui ont des obligations sociales, des obligations de recherche. C'est un deuxième cercle un peu plus large où on n'aura peut-être pas toutes ces obligations, mais vraiment où on aura une capacité de certification.
C'est quoi ? Il va y avoir un label ?
Et ce sera plus qu'un label. Et puis, à la fin, on aura vraiment... Plus qu'un label, ça veut dire quoi, pardon ? Non, non, mais ça veut dire que, quelque part, on va aller probablement vers un petit projet de texte qui aura de loi qui devra, à un moment donné, revisiter. Une sorte de contrat comme ça existe avec l'enseignement privé ? Non, mais ce ne sera pas un contrat, mais le but du jeu, c'est qu'à terme, sur Parcoursup, demain, ou sur la plateforme d'accès à l'enseignement supérieur, on ait une garantie de qualité absolue et qui soit extrêmement lisible pour tous. À terme, c'est quand ? Ça, on a encore un travail.
Il faudra probablement quelques années, simplement pour organiser le système. Donc, ce n'est pas un travail immédiat, mais c'est en cours et on est vraiment dessus.
Et le ministre de l'enseignement supérieur, Philippe Baptiste,
on parlait de Parcoursup. Résultat, ce soir, tous les étudiants qui vont être fixés ce soir ou dans les prochains jours, ils passent leur bac techno ou général ces jours-ci dans une quinzaine de jours, le 16 juin pour les principales épreuves. Philippe Baptiste, si tout est joué d'avance pour l'accès au supérieur, à quoi sert encore le bac ?
Alors, le baccalauréat, d'abord, c'est un moment initiatique, c'est un moment de mobilisation et c'est le diplôme qui permet l'accès à l'enseignement supérieur. Mais le rythme initiatique, est-ce que ce n'est pas aujourd'hui ? Parcoursup ? C'est les deux. C'est vrai que probablement, il y a eu un petit changement un petit peu avant le bac semblait être effectivement l'alpha et l'oméga de la terminale et de l'accès à l'enseignement supérieur. Ça reste un outil indispensable. Moi, je rappelle quand même, histoire de mettre un petit peu de pression sur nos jeunes lycéens, pas de bac, pas d'enseignement supérieur. Mais 96% de taux de réussite ? Oui, bien sûr. Pas dans toutes les filières.
Mais oui, absolument. Les taux de succès, aujourd'hui, sont très élevés. Bien sûr. Donc, effectivement. Ce qui est important aussi, c'est le bac qui sanctionne des études et il doit permettre, il doit garantir la possibilité de poursuivre ses études dans le supérieur. Et je pense qu'il faut aussi être vigilant et travailler, et on en discute régulièrement avec Elisabeth Borne, sur justement la qualité des bacheliers et être sûr qu'ils sont suffisamment armés quand ils arrivent dans le supérieur.
On a entendu Gabriel Attal quand il était ministre de l'éducation puis premier ministre dire, voilà, peut-être qu'il y a un problème de vérité du diplôme au sujet du bac.
Je ne sais pas si j'utiliserai le mot de vérité du diplôme, mais ce qui est sûr, c'est que nous avons des bacheliers qui arrivent dans l'enseignement supérieur, donc qui ont eu un baccalauréat, pas forcément un bac général, souvent des bacheliers professionnels qui, a priori, ne s'étaient pas orientés initialement pour faire des études supérieures et puis qui, à un moment ou un autre, pour des raisons diverses et variées, sont à un moment donné dans une licence, eh bien, ils ne sont pas armés. Ils ne sont pas au niveau ? Non, pardon, mais le taux de succès des bacheliers professionnels qui vont dans une licence est très très bas. Très, très très bas.
Et quand je dis très bas, c'est de l'ordre de 5%. Et donc, mais pourquoi ? Parce que, simplement, initialement, quand vous faites un bac professionnel, quand vous décidez de faire un bac professionnel, ce n'est pas pour faire des études supérieures. Donc, vous n'êtes pas préparé, en particulier à l'université. En particulier à l'université. Et donc, vous n'êtes pas préparé pour ça. Vous dites, je n'utilise pas le mot mensonge, mais là, il y a au moins un malentendu.
En tout cas, moi, je veux être sûr et j'insiste là-dessus, et c'est pour ça que c'est très clair aussi sur la plateforme, sur Parcoursup, il faut que les bacheliers professionnels qui fassent ce choix, il faut qu'ils soient conscients de la difficulté. Après, nous, notre rôle aussi, et je le crois profondément aussi, c'est de les accompagner quand ils décident de faire ce choix-là. Et donc, en particulier, c'est ce que je mentionnais tout à l'heure, par exemple, des années de propédiotique, des années où on transforme la licence, on l'a fait non pas en 3 ans, mais on va l'en faire en 4 ans, on va accompagner les bacheliers.
J'étais à Aix-Marseille Université il y a quelques semaines où j'ai vu des enseignants, des enseignants-chercheurs hyper mobilisés pour faire réussir des bacheliers professionnels qui faisaient ça, mais ça demande un effort, ça demande un vrai travail sur l'orientation, et là aussi, vraiment, je crois vraiment que c'est un enjeu. L'orientation,
c'est un enjeu, effectivement, Philippe Baptiste, et on voit aujourd'hui que l'intelligence artificielle bouleverse notre quotidien, elle bouleverse aussi le marché de l'emploi, des métiers sont en train de disparaître, d'autres s'inventent. Est-ce que les formations dans le supérieur, aujourd'hui, qui sont proposées aux élèves, tiennent suffisamment en compte de cette révolution technologique ?
Alors, évidemment, c'est une révolution qui transforme, nous utilisons tous Mistral, ChatGPT, Le Chat, bien sûr, on voit bien à quel point, effectivement, ces outils peuvent nous aider. Je pense qu'il est fondamental aussi d'expliquer ce que font ces outils. Ces outils, qu'est-ce qu'ils font ? Ils répètent des choses qui ont déjà été pensées avant. Et ils renforcent aussi, mécaniquement, un certain nombre de biais. Pardon, mais c'est quelque chose qui est vraiment fondamental et qui est vraiment important. Ces outils, ils ne vous donnent pas l'alpha et l'oméga, ils ne vous donnent pas la vérité absolue. Ils ne font que répéter, voire renforcer des choses qui ont déjà été dites.
Et vous voyez bien pourquoi je dis ça ? Parce que ça veut dire qu'en fait, les utiliser, bien les utiliser, ça veut dire être conscient de ça, être conscient de la manière dont ils fonctionnent. et donc ça veut dire qu'évidemment qu'ils font partie de notre quotidien et il ne faut pas les mettre de côté, il ne faut pas les interdire. Est-ce que les formations
qui sont proposées aujourd'hui préparent les futurs employés ?
La question clé, c'est comprendre comment marchent ces outils, qu'est-ce qu'on peut leur demander aujourd'hui, qu'est-ce qu'on pourra leur demander demain parce que ce qu'on pourra leur demander demain n'aura probablement rien à voir avec ce qu'on peut leur demander aujourd'hui, mais il faut comprendre les fondamentaux. Et pardon, je viens sur un point qui me tient vraiment à cœur, c'est que ça veut dire qu'on vit dans un monde qui est un monde de technologie et ces outils d'IA ne sont qu'un des avatars de ce monde de technologie dans lequel on vit. Et il faut que les jeunes aujourd'hui et les moins jeunes aussi s'approprient ce monde de science et de technologie.
Et aujourd'hui, on a un désaffection pour les filières scientifiques, on a un désaffection pour les filières techniques et moi, je tire mon petit signal d'alarme en disant mais intéressez-vous à ces sujets-là ? Notamment pour les jeunes filles, on en parle beaucoup sur France Info. Mais ils font le cœur de notre société aujourd'hui. Évidemment, il y a plein d'autres sujets qui sont passionnants, mais que vous fassiez aujourd'hui, c'est vraiment au cœur de vous aller chez le médecin, votre diagnostic, demain, il sera fait par des outils d'IA. En tout cas, il y aura une contribution des outils d'IA.
Il y en a partout. Les filières dans l'enseignement supérieur vont tenir compte, tiennent déjà compte de cette révolution.
C'est déjà très largement. On n'aura des places
dans certaines filières, on en diminue dans d'autres.
C'est déjà très largement le cas aujourd'hui. Bien sûr.
Il faut qu'on parle des États-Unis, Philippe Baptiste. Parmi les étudiants, certains ont décidé de quitter la France pour se former à l'étranger. Donald Trump gèle la délivrance des nouveaux visas étudiants, pas d'exception. Il y a un impact pour la France d'abord ?
Oui, bien sûr. Il y a des étudiants français qui étudient aux États-Unis et qui sont potentiellement impactés. Je suis très prudent parce que d'abord... Ils sont combien ? L'ordre de grandeur, c'est quelques milliers, jusqu'à 10 000 à peu près. On n'est pas sur des chiffres qui sont des chiffres gigantesques. C'est des chiffres assez modestes à l'aune des études, du nombre total d'étudiants qu'on a aujourd'hui en France. Et puis, je suis prudent parce que les revirements politiques de l'administration Trump sont quotidiens sur à peu près tous les sujets. Donc, laissons-nous un petit peu de temps pour être sûrs de voir comment tout ça va atterrir.
Mais on est quand même curieux d'avoir votre regard sur ce qui se passe en ce moment aux États-Unis, notamment ce bras de fer absolument hallucinant entre le président, Donald Trump, et la plus prestigieuse université du pays, Harvard.
Ça donne l'impression que l'administration américaine aujourd'hui préfère des campus vides à des cerveaux pleins. Donc, c'est vrai que ça a un petit côté un peu... Rappelons quand même
ce que reproche Donald Trump à Harvard. Il dit que dans l'université est propagée une idéologie woke et les manifestations contre la guerre à Gaza sont assimilées à de l'antisémitisme.
Non, mais bon, moi, je n'ai pas commenté la politique intérieure américaine. Je veux dire, c'est le... Moi, j'ai beaucoup...
Mais là encore, quel impact sur nous ?
Non, mais l'impact sur nous... Alors, la question de... Enfin, on a des questions qui sont des questions similaires qu'on trouve aussi dans un certain nombre de départements ou un certain nombre d'universités aujourd'hui en France de manière beaucoup plus modeste, je crois, qu'aux Etats-Unis et de manière beaucoup plus raisonnée qu'on a pu avoir aux Etats-Unis. Maintenant, la question derrière simplement Harvard, c'est quand même une université qui est absolument extraordinaire qu'on ne peut pas réduire à ces questions-là. Voilà, mais après, c'est le choix de l'administration américaine et c'est à l'administration américaine de faire sa politique. On va les accueillir,
les étudiants et les chercheurs qui seraient effrayés par cette politique américaine ?
Les étudiants européens qui ont envie de venir en France et qui sont aujourd'hui aux Etats-Unis et qui ont des problèmes de visa. On est sur des petits nombres et évidemment, on sera extrêmement attentifs et on sera attentifs à leur trouver les places et les formations dans le respect des places disponibles, des procédures existantes, mais on fera du coups humains pour les aider. Évidemment, je voudrais revenir sur la question des chercheurs parce que autant la question d'Harvard ou pas Harvard, j'ai envie de dire, c'est le problème des Etats-Unis. Si l'administration américaine a envie de se tirer une balle dans le pied, très bien.
Le problème de la recherche est radicalement différent parce que le problème de la recherche, c'est qu'aujourd'hui, ce que fait l'administration Trump sur la recherche, en coupant des crédits à droite, en coupant des crédits à gauche, en faisant un demi-tour et en recoupant ici, en recoupant là, etc., génère une incertitude absolue dans le monde de la recherche.
C'est des programmes de recherche internationaux qui s'effondrent, mais qui s'effondrent parce que les Etats-Unis ont un rôle qui est pivot dans le monde de la recherche et ça, c'est vraiment inquiétant et ça, ce n'est pas acceptable parce qu'on voit aujourd'hui des programmes sur la biodiversité, des programmes sur les océans, des programmes sur le climat, des programmes sur la santé des femmes, des programmes sur la bactériologie, etc., qui s'effondrent parce que brutalement, à un moment ou à un autre, un partenaire très important comme les Etats-Unis décide de retirer unilatéralement.
C'est quoi ? Parce que la France accueille la Conférence des Nations Unies sur la mer et les océans à Nice, l'UNOC la semaine prochaine et hier, votre collègue en charge de la transition écologique a dit ceci, au moment où la science est remise en doute par certains, donc les Etats-Unis, il est important que l'Union Européenne et la Chine prennent leurs responsabilités en matière de dérèglement climatique. Comment on fait ?
Non, mais je pense que c'est un vrai moment pour effectivement la recherche. Juste avant l'UNOC, rappelez qu'on a accueilli le Président de la République avec la Présidente de la Commission il y a trois semaines à peu près, a accueilli à la Sorbonne un grand colloque sur cette question-là et sur la place de la recherche. Il faut que l'Europe prenne son leadership dans la recherche. Et je crois que la France a tout son rôle à jouer aussi sur ces sujets-là. On a une recherche qui est une recherche d'excellence, on a été trop naïfs de la même manière que sur des sujets de défense ou de sécurité, on a peut-être pêché par une forme de naïfité.
C'est le discours du ministre qui est en face de nous, c'est le discours du gouvernement sauf qu'il y a des entreprises comme Sanofi par exemple qui ne font pas du tout ce que vous êtes en train de nous dire ce matin. Sanofi va investir 20 milliards aux Etats-Unis dans les prochaines années. Sanofi va investir pour la recherche aux Etats-Unis.
Oui mais c'est vrai mais je ne vais ni critiquer ni prendre la défense de Sanofi qui est une entreprise et qui fait ses choix et bon peut-être que le timing n'est peut-être pas idéal mais quand même vous dire que Sanofi investit aussi chaque année en France plusieurs milliards d'euros sur de la R&D. Donc je veux dire c'est... Donc c'est pas dépend de la France. Donc voilà après que derrière Sanofi soit soumis à des... Enfin voilà aux injonctions de l'administration américaine je ne sais pas moi c'est... Voilà Mais en tout cas... En termes de signal ?
Évidemment ce n'est pas un signal qui est très intéressant le timing n'est pas idéal c'est très clair mais par contre Sanofi est un grand acteur de la R&D aujourd'hui en France et en Europe et on compte sur eux évidemment pour continuer leur investissement aujourd'hui et aujourd'hui tout est fait pour justement mettre en place les outils pour une bonne coopération. Merci Philippe Baptiste le ministre de l'enseignement supérieur
et de la recherche était ce matin l'invité de France Info
Philippe Baptiste