Le retour de Donald Trump au pouvoir, le temps de travail... Le "8h30 franceinfo" de Roland Lescure
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 45 %Attaque 35 %Défensif 20 %
Questions et réponses
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- 0:28OuverteRéponse partielle
Il vous effraie ou il vous impressionne, Donald Trump ?
- 2:13OuverteRéponse partielle
Si vous étiez américain, est-ce que vous ne seriez pas emballé par son discours plein d'ambition ?
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Est-ce qu'on va le retrouver sur le prix de l'automobile ou pas ?
- 3:54OuverteRéponse directe
On peut avoir des craintes pour ces industries-là qui sont vitales pour certaines de nos régions ?
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Sauf que, vous dites inflation, inflation, sauf que sur l'énergie...
- 6:27OuverteRéponse directe
Mais on fait quoi concrètement, nous, les Européens ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Le seul contre-pouvoir qui reste qui est important aux Etats-Unis, c'est les gouverneurs des Etats. »
- 1:56Locuteur non identifiéFait
« Il est prêt à annoncer des choses qui sont clairement anticonstitutionnelles. »
- 2:00Locuteur non identifiéFait
« La remise en cause du droit du sol aux Etats-Unis, c'est dans la Constitution. »
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« 25% de plus pour les droits de douane canadiens, mexicains, l'Europe, ça va suivre »
- 3:39InvitéFait
« Évidemment qu'on va le retrouver sur le prix de l'automobile vendue dans les concessionnaires à Chicago, à Los Angeles ou ailleurs. »
- 5:01InvitéFait
« ça va être plutôt inflationniste que désinflationniste »
- 5:17InvitéFait
« sur l'énergie, par exemple, quand il dit, il répète hier, drill baby drill, c'est-à-dire on va forer, forer, forer pour prendre du pétrole et du schiste notamment »
- 5:28InvitéFait
« Ça peut avoir des effets très bénéfiques pour les États-Unis, aux dépens des Européens. »
- 5:59PrésentateurFait
« une bonne partie de ce qu'il annonce comme une hausse de la production en Amérique du Nord qui va venir du Canada, avec des taux de taxes de 25% »
- 9:52PrésentateurChiffre
« Est-ce que ce deal-là vous semble valable ? »
- 12:16InvitéFait
« Oui, c'est l'homme le plus riche du monde. »
- 12:18PrésentateurFait
« Oui, c'est un homme qui a bénéficié de subventions extrêmement importantes pour développer ses usines de voitures, ses fusées qui décollent et qui atterrissent. »
- 12:36PrésentateurFait
« qui était censé être le lieu de la liberté absolue et qui est en train de devenir son outil de propagande. »
- 20:22InvitéChiffre
« 7 milliards au cours d'entrée. 75 milliards pendant la journée. »
Temps de parole
- Présentateur73 %
- Invité11 %
- Présentateur 211 %
- Invité 24 %
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Bonjour Roland Lescure, dès le début de son discours hier, Donald Trump a annoncé la couleur.
L'âge d'or de l'Amérique commence maintenant, et nous ne nous laisserons plus abuser. Au cours de chaque journée de l'administration Trump, je mettrai tout simplement l'Amérique au premier plan.
Il vous effraie ou il vous impressionne, Donald Trump ? Écoutez, ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui, en tout cas, on se réveille dans un monde différent de celui dans lequel on s'est couché hier. Parce qu'entre-temps, il a fait un discours extrêmement clair. Il parle de l'âge d'or de l'Amérique. Moi, je suis inquiet et je me demande si on ne rentre pas dans l'âge de glace du monde. Et face auquel il faut se ressaisir. Donc, on n'est pas là pour s'inquiéter, se déprimer, il faut se ressaisir. Mais il a fait un certain nombre d'annonces extrêmement fortes. On va rentrer dans les détails, oui. Oui, on va rentrer dans les détails.
Mais d'abord, je suis conscient de cette petite musique qui était présente depuis quelques jours. Et je suis sûr qu'elle va revenir dans les jours qui viennent. Face à un phénomène de genre, la nature humaine veut se rassurer. Et donc, on a tendance à se faire une raison, à se dire, il est là, il y a des contre-pouvoirs, tout va bien se passer. La réalité, c'est que pour que tout se passe bien, il va falloir qu'on se ressaisisse, qu'on soit unis. Parce que, contrairement au premier mandat, où il n'avait pas tous les pouvoirs, là, il les a quasiment tous. Le Congrès, le Sénat, la Cour suprême. Le seul contre-pouvoir qui reste qui est important aux Etats-Unis, c'est les gouverneurs des Etats.
Donc, certains Etats vont pouvoir remettre en question devant les tribunaux des décisions qu'il a annoncées hier. Mais, on connaît son rapport avec la justice, qui est quand même, je dirais, un peu olé-olé. Il est prêt à remettre en question des décisions de justice. Il est prêt à annoncer des choses qui sont clairement anticonstitutionnelles. La remise en cause du droit du sol aux Etats-Unis, c'est dans la Constitution.
Mais sur le discours, quand même, qu'il a tenu hier, où il s'est montré très offensif, Trump qui souhaite un pays prospère, Trump qui veut un pays respecté aux quatre coins du monde, si vous, vous étiez américain, est-ce que vous ne seriez pas emballé par son discours plein d'ambition ? Oui, à condition de ne pas être dans les minorités qui sont quand même assez nombreuses et qui pointent du doigt. Il y a une volonté, il y a aussi un vrai tribun, il faut en être conscient. Il a gagné la campagne là-dessus, d'ailleurs. Il ne le doit à personne d'autre, son élection, qu'à lui-même et à ses qualités d'orateur.
Mais il faut regarder derrière, très vite, et comprendre que, face à un tribun de ce type, oui volontariste, mais aussi caricatural, il faut être extrêmement volontariste, éviter les caricatures. Ce qui est compliqué, parce que du coup, on se retrouve, il se retrouve à traiter des sujets complexes avec des réponses très simples, ce qui donne l'impression qu'il a réponse à tout, et la réalité, on va en parler, mais sur les sujets économiques. Allons-y maintenant.
Allons-y, parce qu'il l'a dit tout de suite, hier, 25% de plus pour les droits de douane canadiens, mexicains, l'Europe, ça va suivre, plus de voitures américaines pour éviter les importations. Là, c'est l'America only, ce n'est pas l'America first, seule l'Amérique.
C'est l'Amérique seule, refermée sur elle-même, avec mécaniquement, du coup, des véhicules qui viennent en partie du Canada. Vous savez qu'une voiture automobile fabriquée aux Etats-Unis, à Détroit, il y a une bonne partie de ces biais détachés qui viennent de l'autre côté de la frontière. Ford, Chrysler, General Motors vont payer leur carburateur 25% plus cher. Est-ce qu'on va le retrouver sur le prix de l'automobile ou pas ? Évidemment qu'on va le retrouver sur le prix de l'automobile vendue dans les concessionnaires à Chicago, à Los Angeles ou ailleurs.
Vous nous parlez du Canada, mais par exemple, sur les pièces des Airbus, il y en a beaucoup qui viennent des Etats-Unis aussi. Il y a beaucoup de pièces françaises qui sont exportées vers les Etats-Unis pour Boeing ou autre. On peut avoir des craintes pour ces industries-là qui sont vitales pour certaines de nos régions ?
Écoutez, en 2018, on avait essayé de l'en dissuader. Il a mis des tarifs importants sur les Airbus. Oui, évidemment, ça se traduit par des avions qui sont aujourd'hui vendus dans la moitié du monde. C'est-à-dire que la moitié des avions qui sont vendus dans le monde entier, c'est des Airbus faits en Europe avec, oui, vous l'avez dit, des pièces détachées qui parfois viennent des Etats-Unis et qui peuvent se retrouver aussi plus chères ici. Donc, évidemment, la globalisation, c'est plus ce que c'était. L'âge d'or de la globalisation, pour reprendre son expression, c'est terminé, notamment pour des raisons sociales, pour des raisons environnementales, pour des raisons politiques.
Il faut changer la manière dont on commerce. Mais ce qu'il faut bien comprendre de Donald Trump, c'est que c'est l'homme du bras de fer systématique. Donc, il règle les différends en faisant un bras de fer. Face à un bras de fer, il faut répondre en se musclant le bras droit et surtout pas en baissant les bras, c'est le cas de le dire. Mais il faut aussi être conscient que, même pour les Américains eux-mêmes, ce qu'ils annoncent aujourd'hui, ça va être plutôt inflationniste que désinflationniste. Ça va se traduire plutôt par des destructions d'emplois que des hausses d'emploi.
Et puis, il va falloir reconstruire Los Angeles, où j'étais la semaine dernière pour témoigner de ma solidarité des Français qui ont été touchés. Il va falloir reconstruire Los Angeles et ce seront sans doute des immigrés mexicains qui vont le faire.
Sauf que, vous dites inflation, inflation, sauf que sur l'énergie, par exemple, quand il dit, il répète hier, drill baby drill, c'est-à-dire on va forer, forer, forer pour prendre du pétrole et du schiste notamment. Ça, c'est un avantage comparatif énorme au prix d'ailleurs des accords de Paris dont il va sortir. Ça peut avoir des effets très bénéfiques pour les États-Unis, aux dépens des Européens.
Non, mais bien sûr, bien sûr, America first and only, comme vous dites, ça va profiter à certains secteurs américains qui ne sont pas à plâme. Le secteur énergétique américain, les grandes méga compagnies de pétrole américaines, elles vont bien merci. Mais aujourd'hui, on drill déjà beaucoup, on creuse déjà beaucoup, on forbe beaucoup aux États-Unis du gaz et du pétrole. Et donc, il y a une bonne partie de ce qu'il annonce comme une hausse de la production en Amérique du Nord qui va venir du Canada, avec des taux de taxes de 25%. Donc, je pense que la réalité va être un peu plus compliquée que ce qu'il a prêché hier de manière systématique.
Mais ne nous cachons pas derrière nos petits doigts, aujourd'hui, on se réveille vraiment dans un monde différent de celui dans lequel on s'est couché hier. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire un monde plus risqué, un monde plus imprévisible. Mais on fait quoi concrètement, nous, les Européens ? D'abord, on se rassemble. Ensuite, on répond de manière ferme à des attaques qui le sont aussi. Donc, j'entends ici ou là qu'il faut discuter, il faut négocier, il faut se mettre d'accord. Il faut discuter, mais en étant rassemblés et en étant fermes. Aujourd'hui, moi, je pense qu'on est dans un moment de l'histoire où il faut choisir son camp et il ne faut pas se tromper.
Ça veut dire quoi, il faut choisir son camp ? Ça veut dire qu'il faut réagir de manière ferme à des agressions qui vont venir de manière plus ou moins informelle. Mais ça a commencé hier avec le Canada, le Mexique, le Groenland, le Panama, etc. L'état de droit international, ça ne doit pas être une chimère. Ça ne doit pas être un chiffon qu'on balaye d'un revers de main en se disant de toute façon, le droit, on s'en moque.
Vous parlez de Donald Trump comme si c'était un adversaire. Ça n'est plus un allié ce matin ?
Les Etats-Unis restent le plus grand et le plus vieil allié de l'Europe et de la France. Mais il ne faut pas se leurrer. Aujourd'hui, on a un chef d'État, dont il faut reconnaître en passant quand même qu'il a été démocratiquement élu, sur un programme qui est en gros celui qu'il est en train de mettre en place. Donc face à un chef d'État démocratiquement élu qui met en place un programme qui vous affaiblit, on se renforce et on répond. Donc on n'est pas naïf, on est déterminé, il faut vraiment être rassemblé. J'ai vu hier qu'il y avait quelques chefs d'État, ils n'étaient pas nombreux, un Européen qui était dans la salle.
J'espère qu'ils intègreront bien l'intérêt des Européens et notamment les intérêts des Italiens en ce qui concerne Mme Mélonie pour répondre de manière rassemblée à ce qui peut ressembler à une certaine attaque aux droits internationaux. Mais on se demande sur quoi vous pouvez vous rassembler au niveau européen, comment les 27 peuvent trouver l'unité, ne serait-ce par exemple sur des questions économiques. Hier, Georgia Mélonie, à la tête de l'Italie, elle était à la cérémonie d'investiture. Donc là, elle est plus du côté américain que du côté européen. Non mais écoutez, si demain... Concrètement, c'est quoi les réponses en fait ?
De manière très concrète, si Donald Trump décide demain que les vins français, italiens, espagnols, les vins européens vont être 25% plus chers, est-ce que Mme Mélonie va dire que ce n'est pas grave, les producteurs de Chianti, je m'en moque. Évidemment que non, il va falloir qu'ils réagissent, il va falloir qu'on réagisse. Donc il faut qu'on mette en place...
Il peut aussi décider de ne pas taxer les producteurs italiens et de taxer les autres.
Je vous rejoins, parce qu'en théorie, c'est impossible. En théorie, l'Union Européenne est unie face au commerce. Mais entre la théorie et la réalité ? Avec Donald Trump, parfois, il y a une réalité alternative, comme il aime à dire, qui s'impose. Et dans ce cas-là, c'est la solidarité européenne qui doit s'imposer. Aujourd'hui, je pense que même si Mme Mélonie a traversé l'Atlantique hier pour aller le saluer à son investiture, elle va vite revenir en Europe et en Italie. Si la France est affaiblie, si la Suisse est affaiblie, l'Espagne ou autre, l'Italie, évidemment, sera affaiblie. Avec qui, aujourd'hui, commerce l'Italie ? Essentiellement avec ses voisins européens.
Donc, non, moi, je ne suis pas laïf. Mais il faut être déterminé. Il faut agir, je dirais, de manière proportionnée. Pour l'instant, il a beaucoup parlé. Il n'a pas encore fait. Il a parlé de droits de douane au Canada, au Mexique, pas encore en Europe. Il faut qu'on soit très ferme. Mais alors, sur France Inter, chez nos collègues, Stéphane Séjourné, commissaire européen, envisage un deal. L'Europe monte en puissance sur sa défense, puisque c'est une question sur laquelle Donald Trump a une demande, une Europe de la défense. En échange, les Etats-Unis n'entrent pas dans une guerre commerciale. Est-ce que ce deal-là vous semble valable ?
Écoutez, ce n'est pas avec moi que Stéphane Séjourné négociera, mais c'est avec Donald Trump. Donc, on verra comment ça se passe. Ce qui est vrai, c'est que je disais, j'étais à Los Angeles en fin de semaine. J'ai rencontré un député, un congressman démocrate. Donc, je l'ai interrogé. Je lui ai dit, mais alors, Donald Trump, vous en pensez quoi ? Il dit, bon, je ne suis pas un grand fan, mais si au moins, il peut pousser l'Europe à investir davantage dans sa défense, ce sera toujours ça de gagner. Donc, même les démocrates pensent que sur ce point-là, l'Europe n'en fait pas assez. Et j'allais dire, même nous, la France, on pense que l'Europe devrait en faire davantage.
On est davantage seul qu'on en a été depuis 80 ans. Quand vous êtes seul, vous vous renforcez face à un monde, parce qu'il n'y a pas que l'Amérique aujourd'hui, qui est, je dirais, un peu risqué, la Russie, la Chine. Il faut qu'on se renforce. Et notamment, évidemment, dans la politique de défense, qui est une politique de souveraineté, qui est aussi une politique industrielle. Vous savez que j'y suis très sensible. On crée des emplois, on crée une force qui nous permet d'être plus forts ensemble, face à un monde qui est clairement plus dangereux.
Encore une fois, on a vu des responsables européens, Christine Lagarde, la patronne de la Banque Centrale Européenne, Ursula von der Leyen, la patronne de la Commission, être relativement conciliants, ouverts aux propositions de Donald Trump. Est-ce que c'est la bonne posture au moment où on se parle, ou bien il faut relever le gant ?
Moi, je me méfie un peu de notre propension systématique à dire, finalement, tout va bien se passer. J'espère que tout va bien se passer, mais on a un rôle à jouer pour que tout se passe bien. Parce que si on est passif, on se laissera marcher dessus. C'est le Premier ministre qui a dit qu'on risque de se faire écraser face à un rouleau compresseur. Vous faites quoi ? Vous vous allongez ? Ou vous vous redressez ? Et vous répondez avec force. Moi, je pense qu'il faut répondre avec force. Est-ce que ce n'est pas un peu perdu d'avance, en fait ?
Je vous pose la question parce qu'il fallait regarder hier qui étaient les gens derrière Donald Trump, les géants de la tech, comme Elon Musk, Jeff Bezos, Zuckerberg, Tim Cook qui étaient de tout cela. Il y avait aussi Bernard Arnault, le français le plus riche du monde. Il était derrière Donald Trump avec une partie de sa famille. Comment vous le traduisez, ça ? C'est une oligarchie qui va prendre le pouvoir, qui prend le pouvoir aux Etats-Unis ? Écoutez, Bernard Arnault, ce n'est pas un homme politique. C'est un homme d'affaires qui est très présent aux Etats-Unis, qui a des emplois, qui était présent parce qu'il était invité. Et, j'allais dire, c'est son droit.
Là où c'est compliqué, c'est quand vous commencez à mélanger les genres. Vous parlez d'Elon Musk. Oui, c'est l'homme le plus riche du monde. Oui, c'est un homme qui a bénéficié de subventions extrêmement importantes pour développer ses usines de voitures, ses fusées qui décollent et qui atterrissent. Il va être membre de l'administration, comme on disait, membre du gouvernement. Il prend aujourd'hui un agenda politique qu'il porte comme rédacteur en chef absolu du réseau social qui était censé être le lieu de la liberté absolue et qui est en train de devenir son outil de propagande. C'est là que ça devient inquiétant, ce rapport incestueux.
On a vu aussi la famille de Donald Trump qui était très présente entre le pouvoir et l'argent. Joe Biden l'a dénoncé. Moi, je le dénonce aussi.
Roland Lescure, vous êtes avec nous jusqu'à 9h. On laisse passer le fil info. Il est 8h46, Maureen Suignard. À peine président des Etats-Unis, Donald Trump signe des dizaines de décrets pour sortir de l'accord de Paris sur le climat, pour se retirer de l'Organisation mondiale de la santé, pour gracier aussi des émeutiers qui avaient pris le Capitole il y a 4 ans. Donald Trump déclare par ailleurs l'état d'urgence à la frontière avec le Mexique pour empêcher l'immigration. La Chine dit à l'instant espérer une coopération au niveau du commerce.
Donald Trump qui lève aussi des sanctions mises en place par Joe Biden contre des colons israéliens responsables de violences contre des Palestiniens en Cisjordanie. Du côté de la bande de gaz à l'aide humanitaire entre dans la zone. Plus de 900 camions hier, mesure qui fait partie de l'accord conclu entre le Hamas et Israël le week-end dernier. Un médicament anticancéreux rappelé dans les pharmacies, le pomalidomide. Cela concerne tous les lots, mesure de précaution des autorités de santé puisqu'une poudre potentiellement dangereuse a été trouvée en dehors des gélules sur un lot non distribué. Et puis la vigilance passe de l'orange au rouge dans la vallée de l'art.
Vigilance aux particules fines en Haute-Savoie, mais aussi dans le Bas-Rhin et le Haut-Rhin. Il est interdit d'utiliser des chauffages individuels au bois d'appoint ou d'agrément. Et Roland Lescure, député Renaissance des Français d'Amérique du Nord, vice-président de l'Assemblée nationale. Vous nous parliez d'Elon Musk juste avant le fil Info. Vous nous disiez qu'il était devenu le rédacteur en chef absolu de son réseau X, réseau que vous avez choisi, comme d'autres personnalités, de quitter sans préjuger de votre pouvoir d'influence. Qu'est-ce que ça va changer ?
Déjà, ça va changer des choses pour moi. Je ne vais pas avoir l'impression de nourrir un réseau qui lui est même détenu, dirigé par un homme qui va devenir membre d'une administration d'un pays autre et qui impose son agenda. Moi, j'ai bien vu la différence. Twitter, ça a toujours été un lieu, je dirais, où la haine circule rapidement et où les clashes sont légions. Mais depuis 2-3 mois, j'ai été abreuvé de tweets d'Elon Musk, trollé de manière systématique par des torrents de haine, et j'ai vraiment le sentiment. Quand on joue au football, on est à 11 contre 11.
Si d'un seul coup, l'arbitre se met à jouer avec l'équipe adverse et interprète les règles à son avantage, vous pouvez continuer à jouer au foot. Il y a beaucoup de gens aujourd'hui qui disent « Moi, je reste sur X, il faut porter le combat. » Moi, je pense qu'aujourd'hui, on est dans un moment de l'histoire, je le répète, mais où il faut choisir son camp. Il a trafiqué son algorithme pour faire remonter ses propres causes. Il n'est pas ouvert. Il y a une enquête qui est ouverte par la Commission européenne et on verra ce qu'elle dira. En tout cas, je ne suis pas dupe. Moi, j'ai vu mon fil Twitter changer du jour au lendemain, du tout au tout.
Il a pris parti pour un candidat à l'élection présidentielle aux Etats-Unis, c'est Légion. Il a mis 200 millions de dollars pour faire élire Donald Trump. Il se retrouve aujourd'hui avec un candidat qui n'aimait pas les véhicules électriques, qui maintenant les adorent, et qui, par ailleurs, est un des faiseurs de rois sur son réseau social à lui. Moi, je ne veux pas jeter la pierre à ceux qui décident... Mais ceux qui décident de rester, ils disent que ce n'est pas le moment d'abandonner le combat contre les fake news, contre l'extrême droite ou le populisme. Ils disent que nous, on fait confiance à la solidité de l'Union européenne pour faire appliquer sa législation.
Vous, visiblement, non. Écoutez, quand vous êtes dans une soirée qui dégénère et qui risque de dégénérer en bagarre généralisée, vous pouvez appeler la police, vous pouvez vous jeter dans la meute et vous battre, vous pouvez quitter la soirée en espérant qu'il y a suffisamment de gens qui la quittent, pour qu'on se retrouve avec une soirée qui s'éteint. Moi, je suis dans l'option 3. Ça n'empêche pas d'appeler la police. La police, c'est l'Union européenne. Oui, qui peut faire réunir l'ordre, quand même. On peut faire les deux.
Vous pouvez à la fois quitter la soirée en disant mais c'est une mante de malade, moi, je n'ai pas envie de rester dans cette soirée qui dégénère et donc qui n'a plus ce côté festif qu'avait à un moment X ou Twitter. C'est vrai que c'était... Mais ça ne donne pas raison à ceux qui disent en fait que vous êtes contre la liberté d'expression ? Non, ça n'a rien à voir avec la liberté d'expression. Non, mon départ ne va pas changer la capacité d'Elon Musk et d'autres à continuer à tweeter ce qu'ils souhaitent. Et moi, je serai ailleurs sur d'autres réseaux sociaux qui ont aussi leurs défauts.
Mais je n'aurai pas l'impression d'intervenir sur un terrain où c'est l'arbitre qui décide des règles et qui peut éventuellement me mettre hors jeu alors que je ne le suis pas. Il n'y a pas de VAR sur Twitter ou alors c'est Elon Musk qui la tient du début à la fin.
Vous entendez la petite musique depuis quelques jours. L'Europe, elle régule pendant que les Etats-Unis, eux, ils innovent. C'est un peu ce que dit Benjamin Haddad qui, lui, a décidé de ne pas quitter X, le ministre qui est en charge de l'Europe. Quand je vois X et TikTok, je vois surtout les rendez-vous ratés de l'Europe quand les autres ont innové. Nous avons régulé. Vous pensez la même chose ?
Je pense qu'en tout cas, il faut innover en Europe. On a beaucoup poussé l'innovation avec notamment France 2030 ces dernières années en France. On a la seule entreprise non américaine, je dirais, qui a de la valeur et de l'avenir dans l'intelligence artificielle. Elle est française. Donc, on est capable d'innover. Est-ce que ça veut dire pour autant que c'est le Far West qui doit s'imposer à tous et à toutes ? Non. En revanche, ce qu'il faut faire, parce qu'il faut que vos auditeurs en soient conscients, on a le plus grand marché du monde. C'est une force.
Il faut qu'on l'utilise pour imposer des régulations qui ne sont pas là pour emmerder, comme disait le président Pompidou, les entreprises, mais pour protéger les citoyens. Et on protège les citoyens contre l'ensemble des attaques adverses qui viennent de l'extérieur ou de l'intérieur. C'est-à-dire qu'il faut qu'on soit sur des règles du jeu qui soient les mêmes pour tous. Il faut qu'on puisse financer l'innovation. Elon Musk, il ne s'est pas fait tout seul. Starlink, ses fusées, SpaceX, elles ont bénéficié de milliards de subventions. Donc, il faut aussi accompagner l'innovation.
Roland Lescure, vous quittez X, donc détenu par Elon Musk, mais est-ce que vous restez sur Instagram, sur Facebook, détenu par Mark Zuckerberg ? Oui, parce que ce n'est pas la même chose. Il a arrêté maintenant de corriger les fake news. Sauf en Europe, où il est obligé par la régulation de le faire. Mais la vraie différence, c'est qu'il est propriétaire de son réseau, qu'il doit appliquer la loi, mais qu'il n'y ait pas un prescripteur. Moi, je ne souhaite pas que les... Mais si le patron d'un journal français décidait de prendre la main sur la rédaction, vous imaginez le scandale que ça ferait ?
Les Echos, le Figaro, l'Ibé ou autre, c'est un sujet qu'on a souvent, dont on débat souvent entre nous. Il y a aujourd'hui des gens qui ont de l'argent, j'allais dire tant mieux pour eux, qui détiennent des médias en France. Mais il y a une muraille de Chine entre les rédactions et les propriétaires. Si ce n'était pas le cas, mais vous seriez tous furieux et vous auriez raison en tant que journalistes. Et je pense que les politiques en seraient tout autant. Ceux qui plaident pour la liberté de la presse, matin, midi et soir, y compris, sur des chaînes aujourd'hui qui ont un agenda politique très fort.
Mais qu'est-ce qu'ils diraient si on leur imposait de rédiger leurs articles dans le sens de leurs propriétaires ? Mais ça serait totalement impensable en France. Donc il faut vraiment être conscient de ce qui se passe. Ce n'est pas anodin ce qui se passe sur Twitter. Ce n'est pas la virilité de Mark Zuckerberg dans une vidéo. Il tweet 100 fois par jour. Et la nusque. 100 fois par jour.
Autre question qui concerne les conflits d'intérêts potentiels. Donald Trump a lancé l'avant-veille de son arrivée à la Maison-Blanche. sa propre crypto-monnaie à son effigie. 7 milliards au cours d'entrée. 75 milliards pendant la journée. C'est un peu baissé hier. Mais enfin, voilà. Énorme plus-value. C'est un mélange des genres ?
Je pense que la réponse est dans la question. Imaginez qu'à la place des pièces et des billets en euros, on mette l'effigie d'un président de la République ou d'un Premier ministre européen et qu'ils détiennent une partie des bénéfices qui vont avec. On serait totalement effaré.
C'est le signe de quoi ?
Non, mais c'est d'abord, c'est le signe de l'Amérique. Donc, le rapport entre le business et la politique est beaucoup plus présent qu'ici. Une campagne américaine, ça coûte un milliard de dollars. En France, une campagne présidentielle, ça coûte 22 millions d'euros. Les entreprises ne peuvent pas financer. Les étrangers ne peuvent pas financer. Vous et moi pouvons financer à hauteur de quelques milliers d'euros un candidat auquel on adhère. Là-bas, c'est des milliards. Elon Musk, 200 millions. Donc, évidemment que ces rapports sont depuis longtemps présents et que les conflits d'intérêts sont de plus en plus patants mais qu'ils l'ont un peu toujours été.
Ce qui m'inquiète un peu plus, c'est que les forces de rappel sont peut-être moins fortes qu'elles ne l'ont été. La justice reste indépendante mais la Cour suprême qui en est l'instance suprême a été majoritairement nommée par Donald Trump. La presse reste je dirais variée. Elle n'est peut-être pas indépendante mais elle est au moins diverse. Mais il y a un certain nombre d'organes Elon Musk ne veut pas faire une fixette mais a dit le jour de l'élection de Donald Trump vous êtes le média. Donc, il y a un certain nombre de médias qui sont en train de prendre beaucoup d'ampleur qui sont détenus par quelques-uns et qui, je le répète, ont un agenda politique.
Retour en France, Roland Lescuir où le Parti Socialiste a décidé de ne pas censurer François Bayrou la semaine dernière mais le sujet maintenant c'est le budget. Est-ce que ça veut dire que vous allez devoir négocier, négocier, négocier avec le Parti Socialiste pour ne pas être censuré à nouveau et donc faire beaucoup de concessions au Parti Socialiste dans le cadre du budget ? Alors, d'abord, je préfère qu'on négocie, qu'on censure de manière systématique qui était un peu le cas du gouvernement précédent avec, il faut le reconnaître, un Premier ministre, Michel Barnier qui ne s'était pas tourné vers la gauche pour négocier.
Là, on a un Premier ministre qui fait exactement ce qu'il fallait faire. Il s'est tourné vers à la fois le centre droit et le centre gauche pour négocier un budget qui a vocation à être majoritaire. Il a fait un certain nombre de concessions qui ont permis de ne pas censurer le gouvernement après un mois d'existence. C'est bienvenu. Cette négociation, elle va se poursuivre. Et j'espère évidemment qu'on trouvera un accord et comme tout compromis que chacun y mettra du sien. Alors, la gauche, nous, la droite, il va falloir qu'on trouve un accord. Même si ça comprend plus d'impôts ? Mais il y a des choses qui ne vont pas me plaire dans ce budget.
Il y a même des choses d'ailleurs sur lesquelles je vais sans doute résister et faire mon travail de parlementaire. Moi, je ne suis pas un grand fan des impôts de production. Dans le budget, il y a visiblement un milliard de plus pour les impôts de production qui sont des impôts qui affectent la compétitivité des entreprises. Donc, le débat parlementaire va avoir lieu. Mais, évidemment, il faut qu'il ait lieu avec comme objectif d'avoir un accord plutôt qu'il ait lieu avec comme objectif de ne pas avoir d'accord. Parce qu'on en a besoin. On en parlait depuis 25 minutes.
Le monde est dans un état tel aujourd'hui que si la France n'a pas de budget, je ne suis pas sûr qu'on sera fort et unis comme je l'ai appelé de mes voeux. Vous parlez justement des impôts de production des entreprises qui sont parfois de plus en plus même un peu brinque-ballantes. Vous étiez ministre de l'Industrie il y a encore quelques mois. En 2024, la France a connu son record de défaillances d'entreprises et les prévisions donnent une année 2025 encore pire, surtout dans l'industrie. Donc, ça veut dire que la France n'est plus un bon pays pour avoir une entreprise ? Non, ce n'est pas vrai. Dans ces chiffres, il y a à la fois un peu, je dirais, l'heure de vérité du Covid.
Il y a des entreprises qui avaient été maintenues en vie alors qu'elles n'avaient peut-être pas les reins assez solides pour ça et qui doivent maintenant rembourser leurs dettes. Il y a un prix garanti par l'État. Et donc, il y a des défaillances d'entreprises en 2024 qui sont en partie liées à ça. Je ne veux pas dire que c'est une bonne nouvelle mais c'était un peu inscrit. Et une partie qui est liée aux incertitudes internationales, à la conjoncture internationale face auxquelles il faut réagir. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que dans le budget, il faut être très sensible aux investissements.
Moi, je m'étais battu dans le budget précédent pour qu'on préserve les subventions à la décarbonation de l'industrie. L'industrie sera verte ou ne sera pas ? Elles ont été maintenues et le gouvernement a annoncé qu'elles seraient préservées dans le budget à venir. C'est très bien. 1,6 milliard pour décarboner l'industrie et avec derrière des emplois dans les territoires. Donc, il faut être très sensible, je dirais, à évidemment être responsable, baisser les dépenses, surtout les dépenses de fonctionnement mais continuer à investir dans l'avenir, notamment l'avenir de l'industrie.
Il y a une dernière disposition dont on voudrait vous parler, c'est dans le budget. Travailler 7 heures de plus par an, en tout cas, ça revient dans le débat. C'est une piste pour la ministre du Travail qui est issue de LR, Catherine Vautrin. Est-ce que vous y êtes favorable ?
J'en suis pas sûr. On va voir le débat. J'ai besoin d'être un peu éclairé. En revanche, ce qui est clair, c'est que face à la conjoncture internationale dont je parlais tout à l'heure, il faut plutôt qu'on travaille plus que moins. Donc, il faut qu'on continue à faire baisser le chômage. Il faut qu'on préserve, évidemment, un âge de la retraite de mon point de vue qui est un minimum, 64 ans, pour qu'on puisse mettre des seniors au travail. Un certain nombre d'entre eux, d'ailleurs, le souhaitent et n'y sont plus parce que les entreprises ont eu la main un peu facile sur le chômage des seniors. Il faut que, collectivement, on ait ce débat sur le temps de travail.
Est-ce que c'est un jour de plus comme ça avait été fait il y a quelques années ? Je ne sais pas. Mais en tout cas, qu'on puisse porter ce débat du travailler plus pour que la France soit plus forte. Je pense qu'on y a tous intérêts. Le travail, c'est la santé, comme disaient l'autre. Je pense que le travail, effectivement, fait partie des forces de la France. L'innovation, la créativité, l'industrie doit nous permettre d'aller plus fort, d'aller plus loin.
Roland Lescure, merci d'avoir été avec nous ce matin sur France Info. Je vous laisse en compagnie de Salia Bracliard, Renaud Delis, pour les informer dans quelques minutes.