Jean-Paul Mattei : "Je pense qu'il peut y avoir un gouvernement de République, des majorités par projet"
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Notre premier invité ce matin donc à deux jours du second tour des élections législatives et député sortant de la deuxième circonscription des Pyrénées-Atlantiques et président du groupe Modem à l'Assemblée Nationale. Bonjour Jean-Paul Matéi. Bonjour. Alors je dis président du groupe Modem mais à votre avis, y aura-t-il, peut-il y avoir un groupe Modem au Palais Bourbon au lendemain du second tour de l'élection dimanche ?
Oui, je pense qu'il pourrait y avoir un groupe puisque nous avons encore 46 candidats je dirais au deuxième tour. 30 duels et 16 triangulaires qui seront peut-être un peu plus compliqués mais je pense qu'on peut avoir un groupe à l'issue du deuxième tour. Ça ne devrait pas poser de problème mais on verra comment on s'organise à ce moment-là.
Est-ce que vous avez appliqué une consigne claire de désistement en cas de triangulaire face au Rassemblement National ?
Oui, on a eu des cas exceptionnels mais la plupart de nos candidats, ça a été douloureux d'ailleurs, mais se sont désistés en cas de, je dirais, d'un risque d'accession, enfin d'élection d'un député du Rassemblement National. Oui, ça s'est fait de manière globale, oui, absolument.
Jean-Paul Matéi, il y a plusieurs hypothèses qui se dessinent pour l'après-second tour. Alors, soit une majorité absolue au Rassemblement National, soit une majorité relative. Xavier Bertrand parlait cette semaine à ce micro de la nécessité d'un gouvernement provisoire. Votre chef de file, François Bayrou, appelle lui les républicains et les démocrates à travailler ensemble par projet. Comment vous voyez les choses ? Est-ce qu'il peut y avoir un gouvernement de républicains ?
Moi, je pense qu'il peut y avoir un gouvernement de république. On va pouvoir peut-être se retrouver sur des textes comme le texte sur la fin de vie qui devrait, s'il revient à l'Assemblée, pour être adopté avec cette majorité contre le Rassemblement National. Après, c'est sûr que ça sera plus compliqué sur les textes financiers. On a le projet de loi de finances pour 2025, on aura le projet de loi de financement de la sécurité sociale, où là, il faudra qu'on se retrouve. Mais vous savez, avant la dissolution, avec Éric Coquerel, on avait voulu lancer ce qu'on appelle les dialogues de l'Assemblée. Et donc, on pouvait se retrouver, au moins pour discuter, au moins pour échanger.
Moi, je pense qu'on peut retrouver des fondamentaux. Bien évidemment, on n'appliquera pas les programmes des uns et des autres, mais sur l'essentiel pour que le pays continue à marcher, en quelque sorte, moi, je pense qu'on peut peut-être essayer, au moins essayer, de se retrouver sur des fondamentaux.
Et avec qui on peut gouverner comme ça, par projet ? C'est oui pour l'EPS et l'EPC schématiquement, non pour la France Insoumise ?
C'est sûr qu'avec la France Insoumise, c'est plus compliqué. Quand j'entends les personnes à la France Insoumise dire, nous, de toute façon, c'est notre projet et rien d'autre, c'est sûr que ça va être compliqué. Moi, vous savez, dans des compromis, il faut que chacun fasse un pas, réfléchisse, et on se retrouve sur les fondamentaux. Bon, c'est sûr que si on reste campé sur nos positions, ça va être très, très compliqué. Le compromis, c'est que chacun fasse un pas. Et à mon avis, je pense que si on est suffisamment lucide, si on a du bon sens, on peut peut-être se retrouver sur des axes communs. Voilà, je ne dis pas que ça va être facile, même que ça va être certainement très compliqué.
Mais j'espère qu'on arrivera à dialoguer et essayer de travailler ensemble pour l'intérêt de notre pays.
Si je vous entends bien, Jean-Paul Matéi, vous dites que ça va être compliqué avec la France Insoumise, mais vous ne l'excluz pas totalement, ce qui est le cas de certains.
Je dirais que chacun fait un pas. Ce n'est pas des accords de bloc, c'est des accords aussi individuels. Chaque député a sa sensibilité, a envie d'avancer sur tel et tel projet. Bien évidemment, s'il faut appliquer de manière stricte le programme du Front populaire, ça ne va pas fonctionner, bien évidemment. Mais si par contre, on peut sur certaines mesures cibler sans mettre à l'arrêt notre économie et autres, on peut essayer de réfléchir. Je pense qu'il faut qu'on essaie au moins de tenter de travailler sur le fond. Je suis conscient que ça va être compliqué, mais moi j'ai toujours espoir qu'on retrouve un peu de bon sens pour offrir des mesures qui ne fracassent pas l'économie française.
Plus facile d'après vous de composer peut-être avec un François Ruffin qui vient de rompre avec Jean-Luc Mélenchon qu'avec les membres de la France Insoumise qui font encore officiellement partie de l'information ?
Oui, François Ruffin avait déjà fait un cheminement, il avait fait un article il y a quelques mois dans le Nouvel Obs où il donnait sa vision. Mais il y en a peut-être d'autres, mais il y a des socialistes et autres. Moi je pense qu'il faut qu'on voit la configuration de l'Assemblée, notamment la composition du nouveau Front populaire, les forces en présence, et on verra le dimanche soir comment on peut travailler. Je crois que la semaine prochaine sera une semaine clé dans laquelle on essaiera de se mettre autour d'une table et voir comment on peut avancer.
Est-ce que vous pensez comme Edouard Philippe un autre pilier de la majorité, qu'Emmanuel Macron a tué la majorité présidentielle ?
Le terme tuer je le trouve un peu fort, mais c'est certain qu'après cette dissolution, moi j'ai dit qu'elle était pour moi trop rapide, après je respecte la décision du président de la République, c'est sûr qu'aujourd'hui, on le voit bien, la majorité qui était déjà relative n'existe plus, ou n'existera plus. Donc oui, les conséquences sont là. Mais maintenant, je crois qu'il faut qu'on avance, c'est fait, on ne va pas regarder dans le rétroviseur, moi je pense qu'il faut qu'on aille de l'avant et qu'on essaie de construire ensemble.
Et vous espérez, comme certains proches du président, que le président se taise maintenant ? Ça peut vous servir ça ?
Le président, il joue son rôle de président, on a une constitution qui est assez claire là-dessus, est-ce qu'on sera dans un système de cohabitation ? Pas vraiment. Effectivement, ce sera une nouvelle forme de cohabitation. Les cohabitations qu'on a connues dans la Ve République étaient autres, elles étaient beaucoup plus... Là, je dirais, il faudra bien qu'on ait des compromis, il faudra bien qu'il y ait une relation entre le président de la République et le Premier ministre, il faudra que ça existe. Donc il faut quand même un Premier ministre qui accepte de dialoguer avec le président de la République.
Le président de la République joue son rôle et heureusement dans le cas de la Ve République. Mais c'est vrai que ça ne sera pas les mêmes relations, bien évidemment. On aura une autre façon de diriger le pays entre un président de la République et le gouvernement qui, j'espère, pourra avoir en son sein des personnalités qui pourront permettre ce dialogue.
Merci Jean-Paul Matéi, député Modem, en lise ce week-end pour sa réélection. On attend cette semaine clé, comme vous le disiez, la semaine prochaine. Merci beaucoup de nous avoir répondu sur Inter. Sous-titrage Société Radio-Canada
Jean-Paul Mattei