"Le gaullisme a été la dernière manifestation du refus du délitement" de la France, selon Henri Guaino
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 85 %Attaque 10 %Défensif 5 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:48OuverteRéponse directe
Le prisme du général vient de votre prisme personnel ?
- 2:31OuverteRéponse directe
Page 42, vous dites que l'image du chef c'est d'abord l'image du sauveur. Pourquoi ?
- 4:04OuverteRéponse directe
Cette France léguée par De Gaulle est-elle encore dans sa lignée ?
- 7:29OuverteRéponse directe
Vous parlez du pardon gaullien. Qui aura ce courage aujourd'hui ?
- 9:26OuverteRéponse directe
Quel président s'est le plus affirmé dans l'héritage gaulliste ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:02Invité politiqueFait
« 50 ans qu'il nous a quittés, pourtant son nombre ou son empreinte plane toujours au-dessus de la politique française. »
- 1:53PrésentateurFait
« Le gaullisme n'est pas une idéologie. »
- 4:24PrésentateurFait
« Au cours des dernières décennies, elle s'est délité, mais elle ne s'est pas délité toute seule, elle s'est aussi délité parce que nous l'avons tous laissé se déliter. »
- 5:00PrésentateurFait
« Le gaullisme avait été la dernière manifestation du refus de ce délitement. »
- 6:57PrésentateurFait
« Les gens ne trouvent pas la classe politique, la classe dirigeante en général, à la hauteur des circonstances, et donc, presque spontanément, ce qui leur vient à l'esprit, c'est De Gaulle. »
- 9:56PrésentateurFait
« Il s'agit de Georges Pompidou. »
- 11:00PrésentateurFait
« La verticalité, elle est gaullienne, elle est napoléonienne, elle est intrinsèque. »
Temps de parole
- Présentateur80 %
- Invité politique20 %
≈ 0,8 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
RCF
50 ans qu'il nous a quittés, pourtant son nombre ou son empreinte plane toujours au-dessus de la politique française. 50 ans après sa mort, que reste-t-il de l'héritage du général de Gaulle ? Que reste-t-il du gaullisme ? Alors que certains souhaitent en finir avec la Vème République, comment notre société se construit dans les habits qui ont été taillés pour structurer notre pays au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale ? Autant de questions que notre invité a pris le temps d'examiner dans un essai sorti il y a quelques jours et qui s'intitule De Gaulle, le nom de tout ce qui nous manque, publié aux éditions du Rocher. Bonjour Henri Guénaud. Bonjour.
Merci d'être avec nous aujourd'hui sur RCF. C'est vous qui avez donc pris la plume pour vous lancer dans cette analyse, sorte d'introspection de la classe politique française. A quel moment on vous a dit qu'il était temps de regarder nos dirigeants sous le prisme du général ?
Alors le prisme du général, il vient de mon prisme personnel. J'ai vécu mon enfance alors que le général De Gaulle était président de la République. Puisque je suis né en 1957, donc quelques mois avant son retour au pouvoir. Et je dois dire que ça m'a marqué, cette période, et ensuite tout ce que j'ai pu apprendre sur cette période et sur l'histoire du gaullisme m'ont profondément marqué. Et chaque fois qu'on m'a demandé de me définir politiquement, j'ai toujours spontanément dit gaulliste.
Alors ça n'a pas toujours été simple, puisque en général, lui qui vous posait la question, on disait mais quand même tout ça c'est de l'histoire passée, c'est vieux, ça ne parle plus aux générations présentes. Et j'ai toujours répondu, d'ailleurs tout ça est très intéressant, mais vous ne me dites pas que le libéralisme c'est une idéologie du XVIIIe siècle ou que le socialisme est une idéologie du XIXe siècle. Alors le gaullisme n'est pas une idéologie. Et deuxièmement, dans la forme qu'a incarné le général De Gaulle, il est beaucoup plus récent puisqu'il date du XXe siècle. Mais il y avait une volonté toujours de définir la modernité contre le gaullisme.
On était dans les dernières décennies, on était moderne parce qu'au fond on était anti-gaulliste. Anti-gaulliste pour les institutions, anti-gaulliste pour le programme du Conseil National de la Résistance, anti-gaulliste pour une idée de l'État, etc. La modernité c'était au fond le contraire du gaullisme.
Page 42, vous dites que l'image du chef c'est d'abord l'image du sauveur. C'est parce que le péril de la nation était grand à ce moment-là que l'image du chef fut si grande ? Ou est-ce que pour vous ça va plus loin ?
Non, c'est parce que... D'abord, c'est parce qu'il n'y a au fond pas véritablement d'histoire nationale sans une incarnation de cette histoire. Vous savez, c'est ce débat qui est, à mon avis, souvent mal posé autour du roman national. Le roman national, c'est l'histoire de France vue à travers non seulement les grands événements, mais les grands personnages qui ont fait cette histoire ou qui l'ont jalonnée et qui ont permis le plus souvent dans des périodes de crise à la France de ne pas disparaître. C'est l'histoire de ces volontés humaines qui ont fait notre histoire et qui ont fait la nation.
Vous savez, la nation française, elle n'est pas tombée du ciel, si j'ose dire, la nation française. Elle a été voulue fabriquée, c'est une construction politique, c'est la construction d'une volonté politique constante à travers les Capétiens, puis la Révolution, l'Empire, la République. Et dans la dernière incarnation, et le gaullisme, mal droit à appeler ça la force du non, le non-hénoine, dans l'histoire, c'est-à-dire le refus de tout ce qui menace d'asservir un peuple ou un homme.
Cette France qui a été léguée par le général de Gaulle, ses habits dont vous dites par moments qui sont presque trop grands pour certains présidents qui aujourd'hui la dirigent, est-ce que, selon vous, elle a encore un tracé qui se fait dans la lignée qui a été faite par le général de Gaulle ou est-ce que c'est en train progressivement de se déliter, de disparaître progressivement ?
Disons qu'au cours des dernières décennies, elle s'est délité, mais elle ne s'est pas délité toute seule, elle s'est aussi délité parce que nous l'avons tous laissé se déliter et parce que ceux qui dirigeaient, pas seulement la politique, ceux qui gouvernaient la politique, mais aussi ceux qui gouvernaient la culture, l'université, les médias, etc., ont fabriqué ce délitement. Ils l'ont non seulement accepté, mais ils l'ont fabriqué. Ils se sont couchés devant toutes les minorités agissantes et ça donne le résultat qui est sous nos yeux. C'est-à-dire qu'au fond, les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets dans l'histoire.
Le gaullisme avait été la dernière manifestation du refus de ce délitement. Mais dans l'histoire, ce délitement revient très souvent. On le sait, la France, parce que c'est une construction politique, parce que c'est une construction culturelle, parce qu'elle est le fruit de multiples volontés humaines qui ont décidé que la France devait vivre, elle est fragile. Et quand les volontés humaines sont défaillantes, on revient au bord du gouffre. Mais vous savez, il n'y a pas que la France aujourd'hui. Le problème qui nous est posé va même plus loin. C'est un problème de civilisation.
Les civilisations, elles se construisent et elles se maintiennent parce qu'une multitude de volontés humaines décident de les construire et de les maintenir. Et la question aujourd'hui, c'est de savoir si nous allons accepter que le délitement continue, ou si, au contraire, nous laissons aller les choses. Mais les gens le sentent bien. Pourquoi les politiciens, au fond, parlent beaucoup de De Gaulle aujourd'hui, alors que, comme je vous le disais au début, il était très démodé il y a encore quelques années ? Comme toujours, le politicien, il se demande toujours ce qu'il doit dire en fonction de ce que pensent-ils les gens croient ou attendent.
Donc, s'ils le font, c'est qu'ils sentent qu'il y a dans l'opinion une résonance du mot gaullisme ou De Gaulle. Cette résonance, elle vient tout simplement du fait que, de nouveau, dans la crise que nous vivons, face aux menaces auxquelles nous sommes confrontés, de nouveau, ce qu'a incarné le général De Gaulle comme vertu politique, comme sens de l'État, comme sens de l'intérêt national, bref, comme façon d'être en politique. Et ce qu'il a incarné, j'y reviens toujours, comme idée de l'homme, manque.
Les gens ne trouvent pas la classe politique, la classe dirigeante en général, à la hauteur des circonstances, et donc, presque spontanément, ce qui leur vient à l'esprit, c'est De Gaulle, parce que c'était la dernière incarnation forte de ce refus du délitement et de l'abaissement de la France. C'est simplement, comme pour les politiciens, il y a un abîme entre les mots et les choses, la démocratie est en train de s'effondrer dans cet abîme.
C'est intéressant parce qu'il y a un moment où vous parlez du pardon. Alors, vous le dites, vous faites référence au pardon, quand le général De Gaulle n'avait pas demandé à l'Allemagne de s'excuser avant de se réconcilier avec elle. Et vous le citez, il dit, à la jeunesse allemande, je vous félicite d'être de jeunes Allemands, c'est-à-dire les enfants d'un grand peuple. Et vous le dites, c'est pas seulement le pardon chrétien, c'était la leçon tirée de l'histoire après la Première Guerre mondiale, la politique de la vengeance et de l'expiation avait fait revenir le malheur. Qui aura encore le courage de cette sagesse gaullienne ?
Vous pensez qu'aujourd'hui, on n'est plus capable d'avoir ce genre d'intelligence collective, entre guillemets ?
L'intelligence collective, je ne sais pas, mais l'intelligence de ceux qui nous gouvernent, ou d'un certain nombre d'intellectuels, et encore une fois, de ceux qui gouvernent aussi tout ce qui fait l'opinion, le sentiment, la pensée d'une société. Tout ce qu'on a fait depuis plusieurs décennies, ça ne relève pas de ce registre, au contraire. Tout ce qu'on a fait depuis des décennies a conduit à une forme, enfin ce qu'on a appelé la repentance, c'est une forme d'expiation, de fautes, soi-disant, historiques, qui nous conduisent à relire de façon anachronique une bonne partie de notre histoire. Tout ce qu'on a fait mène à la culpabilisation de l'Occident.
J'ai tendance à penser aussi que le mal, les malheurs qui nous accablent, viennent aussi de l'intérieur. C'est que si une civilisation, si une société, si une nation ne croient plus en elle-même, il n'y a aucune chance qu'elle résiste à ceux qui veulent les détruire. C'est exactement le point où nous en sommes rendus.
Au centre de l'ouvrage, vous prenez beaucoup de temps pour revenir sur les différents présidents de la République qui sont arrivés après le général de Gaulle, de Pompidou, en allant jusqu'à François Hollande, Emmanuel Macron, Nicolas Sarkozy, Valéry Giscard d'Astaing et les autres. Lequel, selon vous, s'est affirmé le plus comme étant dans cet héritage gaulliste ?
Il y en a un, même si beaucoup de gaullistes ne l'ont pas aimé, qui a été tout à fait à la hauteur, qui avait la tâche la plus lourde. C'était celle de succéder directement au général de Gaulle. Il s'agit de Georges Pompidou.
Georges Pompidou qui a fait des erreurs comme tout le monde, comme le général de Gaulle en a fait d'ailleurs, mais qui a incarné cette autorité de l'État, qui a incarné la culture française, on dirait, certains historiens pourraient dire la francité, et cette monarchie républicaine qui ne reposait plus sur les épaules d'un personnage qui tirait sa légitimité de l'histoire, d'un personnage hors normes, et à laquelle il fallait donner une légitimité propre qui ne pouvait rien devoir à l'histoire elle-même. Et Pompidou, je trouve, il a bien réussi, même si le mandat a été court ou écourté par la maladie.
Et ensuite, les présidents ont été de temps à autre à la hauteur dans les crises, et puis plus souvent pas à la hauteur. Mais ils ont toujours vécu sous l'ombre portée du statut du commandeur. Par exemple, quelque chose qui m'a beaucoup frappé, c'est que quand l'actuel président de la République s'est fait élire, il a rappelé la nécessité de la verticalité. La verticalité, elle est gaullienne, elle est napoléonienne, elle est intrinsèque.
Elle est présente dans l'histoire de France toujours.
Voilà, elle est présente dans l'histoire de France toujours. Et de toute façon, il n'y a pas de société qui puisse se passer de verticalité. Et ça finit dans le jupitérianisme. Mais la verticalité de Jupiter n'est pas celle du monarque républicain. Et on voit bien que, en voulant être gaullien, parfois, on finit par être le contraire du gaulliste. On n'imagine pas le général de Gaulle, disons, je suis jupitérien. Il ne l'était pas. Il ne cherchait pas à l'être. Et c'est un vrai sujet. Parce que, vous savez, Jupiter, il peut descendre dans la rue, se colter avec n'importe qui. Il reste Jupiter, parce qu'il reste Dieu. Très bien.
Mais le président de la République, il ne peut pas descendre dans la rue et se colter avec les gens sans que cela ait un effet sur la France. Il ne peut pas descendre de son piédestal en restant le monarque républicain. C'est la différence entre le dieu de l'Olympe et le mortel président de la République.
De Gaulle, le nom de tout ce qui nous manque. Henri Guénaud, vous publiez cet ouvrage aux éditions du Rocher. Merci d'avoir été aujourd'hui avec nous sur les ondes RCF. Merci de votre invitation.