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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 14 mai 2025 24 min

Emmanuel Macron et les référendums, audition de François Bayrou dans l'affaire Bétharram... Le "8h30 franceinfo" de François Hollande

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour François Hollande.

0:04
François Hollande

Bonjour.

0:05
Présentateur

Emmanuel Macron l'a dit hier, il n'organisera pas de référendum sur la réforme des retraites. Est-ce qu'il a peur des Français ?

0:14
François Hollande

Il y avait une émission hier soir qui était supposée éclairer les deux années qui restent à Emmanuel Macron pour finir son mandat. Une émission qui était censée donner la parole aux Français. Et en l'occurrence c'est Emmanuel Macron qui a gardé la parole. Un référendum n'est pas une décision simple ni automatique. Il faut qu'il y ait un grand sujet avec éventuellement une controverse qui justifie de faire appel aux Français. Et il y a des textes, la fin de vie par exemple, qui exigent qu'il y ait un travail parlementaire avant éventuellement de consulter les Français. Sur les retraites, la demande existe. Ce n'est pas forcément ainsi que l'on peut avoir une décision.

Car les Français sont là aussi tout à fait intéressés, c'est leur vie. Mais inquiets sûrement, mais pas forcément des spécialistes du financement des retraites. Donc là aussi c'est le rôle du Parlement.

1:22
Présentateur

Donc il a raison de ne pas soumettre la question des retraites aux Français ?

1:24
François Hollande

Elle avait été déjà posée au moment du débat parlementaire. Ce qui avait heurté au moment du débat parlementaire, c'était il y a deux ans, c'est que l'Assemblée Nationale n'avait pas voté le texte. Puisqu'il était passé au 49-3. C'est ainsi que la demande référendaire avait pu être exprimée. Aujourd'hui, on n'en est plus là. Aujourd'hui, François Bayrou, le Premier ministre, car il faut rappeler qu'il y a un Premier ministre. Hier, en regardant l'émission, on pouvait douter. On avait un président en fin de mandat, sans majorité parlementaire, qui se prenait pour le Premier ministre.

1:55
Présentateur

Il a dit qu'il faisait confiance au Premier ministre quand même.

1:57
François Hollande

Mais le Premier ministre, donc François Bayrou, a ouvert une négociation avec les partenaires sociaux pour trouver une évolution ou une issue pour améliorer la réforme des retraites, ou la corriger, voire même revenir à ce qu'était l'État antérieur. Donc, attendons ce qui va sortir de cette négociation. Et ça doit être là aussi. C'est une promesse qui a été faite. Et moi, j'y suis attentif. Ça doit être au Parlement que doit, de nouveau, être soumise la conclusion de cette négociation.

2:32
Présentateur

Si le conclave n'y arrive pas, si le conclave n'arrive pas à revenir aux 62 ans par problème de financement, il se passe quoi ? Il faudra attendre 2027, c'est ça ?

2:41
François Hollande

Alors, de toute façon, il faudra attendre 2027. Et il est clair qu'il y aura de nouveau des discussions sur l'avenir du régime des retraites, dès lors que, même avec la réforme qui avait été votée, le financement n'est pas garanti.

2:53
Présentateur

Et François Hollande, sur cette idée d'Emmanuel Macron de tenir plusieurs référendums sur des thèmes différents, en même temps, la même journée, vous pensez quoi ?

3:05
François Hollande

Je n'en pense pas grand-chose, si vous voulez, mon avis. Ce ne serait pas bon pour la démocratie ? Parce qu'un référendum, il y a une procédure qui est prévue par la Constitution. C'est sur un projet de loi. Il peut y avoir plusieurs projets de loi, donc plusieurs textes qui sont proposés aux Français. Mais on ne va pas quand même, tous les trois mois, dire qu'il faut faire une consultation. On pensait que ça allait être l'annonce d'hier soir. Et puis, elle est renvoyée. Pour faire un projet de loi, il faut du temps. Donc, écoutez, peut-être qu'il y aura une question qui le justifiera, peut-être deux.

Mais ne laissons pas croire aux Français qu'on va leur donner la parole pour ne jamais produire, justement, la proposition d'un référendum. Donc, moi, je suis tout à fait clair. Les questions multiples, ça n'existe pas dans la Constitution. Ça n'existe pas. Il y a des conventions citoyennes.

3:51
Présentateur

Mais rien n'empêche de faire plusieurs référendums le même jour.

3:54
François Hollande

Ils pouvaient faire plusieurs référendums le même jour, ce qui suppose plusieurs textes. Pas le même texte qui comporterait plusieurs questions. Si vous n'osiez convoquer un référendum aujourd'hui, ce serait sur quoi ? J'ai été président de la République, je n'ai pas convoqué de référendum. Pourquoi ? Parce qu'il y avait, par exemple, le mariage pour tous. C'était une question importante. Avec des personnes qui étaient très favorables, la majorité notamment à l'Assemblée nationale, et puis une grande partie de l'opinion, et puis des Français qui n'y étaient pas favorables.

J'ai dit, c'est au Parlement de trouver la bonne formule, la bonne façon de donner ce droit fondamental au mariage pour tous. Et je n'ai pas eu besoin de recourir au référendum.

4:41
Présentateur

Le Parlement est plus légitime que les électeurs.

4:44
François Hollande

Mais quand je m'étais engagé devant les Français en 2012, j'avais dit, si je suis élu, il y aura une loi sur le mariage pour tous. Il y a eu une loi sur le mariage pour tous. Qu'est-ce que ça veut dire une démocratie quand un président s'engage, est élu, et puis il dit, finalement, plutôt que de passer par le Parlement, je vais passer par un référendum.

5:03
Présentateur

Au passage, c'est l'argument, exactement cet argument, qu'Emmanuel Macron a utilisé pour justifier le non-recours au référendum sur les retraites.

5:10
François Hollande

Oui, mais avec une différence qui a été relevée, d'ailleurs, par Sophie Binet, c'est qu'il n'a pas été élu sur un projet. Il a été élu contre Mme Le Pen et avec des électrices et des électeurs qui n'approuvaient pas le projet d'Emmanuel Macron, là-dessus, notamment sur les retraites. En revanche, en 2012, il y a sans doute des Français qui ont voté contre le président Sartan, en l'occurrence, c'était Nicolas Sarkozy, mais ils ont sciemment voté pour le programme que je présentais.

5:39
Présentateur

Un référendum, il pourrait y en avoir un sur la fin de vie, c'est ce qu'a dit Emmanuel Macron, en cas d'enlisement. Ça peut être une voix, dit-il. Est-ce qu'il est en train de couper les jambes à tous les parlementaires, dont vous ?

5:51
François Hollande

D'abord, Emmanuel Macron a perdu beaucoup de temps sur cette question.

5:56
Présentateur

Sur la fin de vie ?

5:57
François Hollande

Sur la fin de vie, nous en parlons depuis le premier mandat d'Emmanuel Macron, déjà. Il y a eu un texte qui était prêt à être voté, et il y a eu la dissolution. Là, maintenant, le Parlement est de nouveau saisi, et c'est bien que le débat s'ouvre. Il a même été partagé avec deux textes. L'Assemblée nationale va sûrement, avant l'été, adopter le texte, je le souhaite. Puis ensuite, ça ira au Sénat. Alors, c'est vrai, ça peut se trancher par l'Assemblée nationale, elle a le dernier mot. Mais moi, je ne souhaite pas qu'il y ait d'enlisement. Mais s'il devait y avoir, effectivement, un blocage, il y a la vie parlementaire qui permet de lever les blocages.

6:34
Présentateur

La vie parlementaire, elle peut aller jusqu'en 2027. Catherine Dautrin disait, il y aura un texte en 2027. C'est trop tard ?

6:41
François Hollande

Oui, c'est trop tard. Vous avez entendu Charles Bietry ? Vous avez entendu des femmes et des hommes ? Et moi, je les ai entendues et ça m'a souvent mis en conscience de ce que j'avais fait ou de ce que je n'avais pas fait. J'avais fait voter une loi, la loi Claes-Leonetti, pour la fin de vie, la sédation profonde, quand il y avait les derniers jours de la vie pour qu'il n'y ait pas de souffrance. Mais là, il y a une demande qui est celle d'interrompre la vie quand elle n'est plus supportable, et même avant qu'elle ne soit devenue intolérable. Je pense que cette demande, elle a été formulée, elle doit être entendue, et le texte doit être voté avant 2027.

7:20
Présentateur

Mais si 2027, c'est trop tard, à quel moment on constate qu'il y a un blocage ? On doit le constater à la fin de l'année. Donc, un référendum, vous êtes favorable à un référendum éventuellement en 2022 ?

7:29
François Hollande

Mais je suis favorable, parce que le Parlement adopte le texte le plus vite possible.

7:33
Présentateur

Emmanuel Macron a aussi annoncé hier une conférence sociale sur le financement de notre modèle social, qui, je cite, repose, selon lui, beaucoup trop sur le travail. Est-ce qu'il a raison ? Est-ce que le financement, aujourd'hui, est trop déséquilibré ?

7:45
François Hollande

D'abord, il y a aujourd'hui une conférence sociale, puisqu'il y a ce conclave qui doit trouver des réponses, et pas simplement sur les retraites, mais sur la gouvernance des régimes sociaux, et les syndicats se sont engagés, pas tous les syndicats, mais la CFDT en particulier, s'est engagée dans ce processus. S'il s'agit d'élargir sur le financement, pourquoi pas, mais quel financement ? Et c'est là que je viens à la question que vous me posez. Si c'est de dire, il faut que les cotisations sociales des salariés soient abaissées, qui peut être contre ? Mais si c'est pour les remplacer, par quoi ? Et c'est ça, la proposition...

8:26
Présentateur

En allant chercher de l'argent en dehors du seul travail, et là, on voit la consommation, notamment par le biais de la consommation.

8:32
François Hollande

Et là, il y a deux voies possibles. Il y a deux voies possibles. La consommation, alors c'est un marché de dupe. Vous dites aux salariés, je vais vous améliorer votre pouvoir d'achat en baissant les cotisations sociales, mais je vais vous amputer votre pouvoir d'achat en augmentant la TVA.

8:47
Présentateur

C'est un marché de dupe. Ça peut être sur certains biens, pas forcément les biens de consommation courante. Alors, ça veut dire les biens de luxe.

8:53
François Hollande

On réintroduirait, ça existait dans le passé, on réintroduirait un taux majoré de TVA. Sur quels biens ? Et puis ça veut dire que sur un certain nombre de biens, je ne sais pas, avant c'était les téléviseurs, les portables, même les catégories modestes seraient frappées par un taux de TVA très élevé. L'autre voie, puisqu'il y en a deux, l'autre voie c'est de taxer les revenus du capital en se disant, puisque le travail doit être allégé, ce qui est vrai sans doute, il faut que le capital soit davantage taxé.

9:25
Présentateur

Sauf qu'il dit non, on ne touche pas aux infos.

9:26
François Hollande

Alors, cette question peut être légitime, comment faire en sorte que les salariés ne soient pas les seuls financeurs, employeurs comme travailleurs, participants du financement de la sécurité sociale, mais alors allons chercher les nouveaux moyens, les nouvelles contributions sur ceux qui ont le plus.

9:47
Présentateur

Il ne veut pas toucher aux impôts le président de la République. Vous aviez dit par le passé, c'est le président des très riches, vous le pensez encore aujourd'hui ?

9:54
François Hollande

C'est encore démontré. Aujourd'hui, on a des systèmes d'optimisation fiscale qui permettent aux gros patrimoines d'échapper à non seulement l'impôt sur la fortune, il n'existe plus, mais à l'impôt sur les successions, et donc d'avoir des taux de taxation de leur propre revenu ou de leur propre patrimoine en dessous de ce que paye un cadre ou un salarié détenant un revenu moyen. Donc, il y a là une injustice. Donc, c'est trop facile de dire, je ne suis pas pour des impôts supplémentaires lorsqu'il s'agit finalement d'épargner ceux qui ont le plus.

10:34
Présentateur

François Hollande, Emmanuel Macron s'engage à sauver les sites de Foss et Dunkerque, ArcelorMittal, mais il refuse la nationalisation. Ce n'est pas la bonne réponse. Elle ne sert à rien. Il y a plus de 600 emplois en jeu, on le rappelle. Pas de nationalisation. Vous êtes d'accord avec lui ?

10:47
François Hollande

J'ai été confronté, moi aussi, à cette situation. Vous vous souvenez de Florange ? Florange, c'était non seulement l'abandon aux fourneaux de Florange, mais c'était un plan social qui allait supprimer des dizaines, voire même des centaines d'emplois, et avec un risque sur le site. La menace de nationalisation a été évoquée à ce moment-là, et ça a été un moyen de pression sur Arcelor. Et à Florange, même si ce n'est pas forcément ce que beaucoup ont pensé, à Florange, il n'y a eu aucun licenciement. Il y a eu des reclassements dans le même site. Des reclassements dans le même site, et même des créations d'emplois.

Et il y a eu des investissements d'ArcelorMittal jusqu'à plus de 200 millions d'euros. Donc, la pression qu'il faut exercer aujourd'hui sur ArcelorMittal, sauf s'il se désengageait complètement, et à ce moment-là, s'il y a des capitaux ou des capitalistes qui ne veulent plus exercer leur mission, la nationalisation pour une industrie stratégique peut se poser. Mais là, la pression qu'il faut exercer, c'est-à-dire, vous devez pérenniser les sites, et devez garantir qu'à Dunkerque et à Fos, l'emploi sera maintenu, et les investissements de décarbonation seront faits.

11:58
Présentateur

Mais les hauts fourneaux à Off-Lorange, pour reprendre votre exemple, ils ont été fermés.

12:01
François Hollande

Oui, ils étaient fermés. Ils étaient fermés quand je suis arrivé. Ils n'ont pas rouvert. Mais il y avait un risque, c'était que le site disparaisse. Et donc, les hauts fourneaux qui ont fermé, qui avaient fermé, c'était au bénéfice de ceux de Dunkerque et de Fos. Donc, il ne faudrait pas qu'on ait maintenant le même processus à Dunkerque et à Fos.

12:22
Présentateur

Et toujours avec François Hollande, ancien président de la République, député de Corrèze, l'Assemblée nationale, François Hollande, qui va auditionner aujourd'hui François Bayrou dans l'affaire Bétarame. A-t-il cherché à faire pression sur la justice ? A-t-il dissimulé, minimisé son rôle dans ce dossier ? Vous connaissez bien François Bayrou depuis très longtemps. Vous imaginez qu'il ait pu mentir, mentir à l'Assemblée nationale ?

12:52
François Hollande

Il n'a pas eu les mots qui convenaient devant l'Assemblée nationale et devant le pays tout entier. Les premiers mots qu'il a prononcés étaient le fait qu'il ne savait rien. Ce n'était pas forcément ce qu'on lui demandait à ce moment-là. On lui demandait d'abord de la compassion, de la compréhension et de la fermeté à l'égard de tous ceux qui s'étaient comportés de manière insupportable dans cet établissement en particulier et dans d'autres établissements aussi.

Après, sur la question de savoir qu'est-ce qu'il savait exactement puisqu'il était élu de ce département, de là où était cet établissement, que sa fille, son épouse faisait le catéchisme et sa fille et peut-être d'autres enfants y étaient scolarisés. Que savait-il ? Il va s'en expliquer devant la commission d'enquête. S'il s'avérait qu'il avait menti, il doit partir ? Mais d'abord, ne faisons pas penser que la commission d'enquête, c'est un tribunal. La commission d'enquête, elle n'est pas simplement sur M. Bayrou.

Elle est sur ce qui s'est produit dans cet établissement comme dans d'autres, c'est-à-dire des violences, des agressions sexuelles et des victimes qui demandent à la fois réparation mais sûrement qu'il y ait un contrôle beaucoup plus ferme de la part de l'administration et de la part des services.

14:21
Présentateur

Sauf que son audition va se concentrer sur cette affaire Béteram et face à cette commission, on ne peut pas mentir.

14:27
François Hollande

Ah non, mais on ne peut pas mentir en général. Ce n'est pas parce qu'on prête serment devant une commission. Ce serait quand même curieux de penser que parce qu'on ne prête pas serment, on peut mentir. Non, on ne peut pas mentir.

14:37
Présentateur

On a vu des ministres mentir même à la Sédérationnelle.

14:38
François Hollande

C'est arrivé et je pense qu'ils ont été sanctionnés comme il convenait. Donc, il aura à s'expliquer. Que savait-il ? A-t-il eu des rapports avec des juges ? C'est aussi une question qui lui sera posée. Et s'il y a eu des manquements, la commission d'enquête les relèvera et saisira sûrement la justice. C'est à la justice de faire le travail à ce moment-là.

15:00
Présentateur

Il n'a pas eu les mots qui convenaient, dites-vous. Est-ce qu'il est fragilisé ? Est-ce qu'il est toujours en mesure d'exercer ses responsabilités ?

15:08
François Hollande

Je pense que ce n'est pas une volonté de chasse à l'homme qui me gêne toujours dans la vie politique. Quand il y a effectivement des manquements, ils doivent être sanctionnés. Quand il y a eu des mensonges, ils doivent avoir des conséquences. Mais là, je ne voudrais pas qu'on transforme, ce qui est quand même une douleur qui touche, j'espère, François Bayrou, mais beaucoup de familles en une opération politique. Ça doit se distinguer. Il y a peut-être ceux qui cherchent à affaiblir. Je pense qu'il est sûrement affaibli. Mais atteindre le Premier ministre parce qu'il est Premier ministre. Donc, c'est l'homme, François Bayrou, qui doit être entendu par la commission d'enquête.

Et s'il doit avoir une mise en cause du gouvernement, c'est sur une politique. Et éventuellement, si son chef du gouvernement a commis des actes qui mériteraient sanction, c'est devant les tribunaux que ce jugement doit être prononcé.

16:05
Présentateur

Même les Ukrainiens ont la lucidité de dire qu'ils ne pourront pas reprendre tous leurs territoires, disait hier le président de la République, Emmanuel Macron. Vous êtes d'accord avec ça ? Ou il abdique devant les Russes ?

16:18
François Hollande

La lucidité, sans doute, de considérer qu'en ce moment, ils ne peuvent pas reprendre tous les territoires. Mais dire à des Ukrainiens qui ont combattu depuis plus de deux ans, presque trois ans, dire à des Ukrainiens que c'est fini pour les territoires qui sont occupés, je pense que c'est impossible à admettre. Donc sûrement qu'un cessez-le-feu doit laisser une occupation. Mais un processus de paix ne peut pas laisser ces territoires sans avenir dans le cadre de l'intégrité territoriale de l'Ukraine. Mais c'est vrai que pour le moment, si on veut un cessez-le-feu, et il faut un cessez-le-feu, il faut acter qu'il y aura une ligne de démarcation.

17:00
Présentateur

Le sort de l'Ukraine qui va peut-être se jouer demain à Istanbul, en Turquie, où Volodymyr Zelensky est attendu, tout comme Vladimir Poutine, pour des discussions directes. L'américain Marco Rubio sera sur place aussi. Vous parlez de trêve de 30 jours. C'est ce que proposent effectivement les Européens et les Américains. Vladimir Poutine en face dit « Moi, je ne supporte pas les ultimatums » parce que des sanctions sont prévues en face. L'Union Européenne vient d'acter un 17ème paquet de sanctions. Est-ce qu'on s'y prend bien ?

17:34
François Hollande

Vladimir Poutine ?

17:36
Présentateur

Que vous connaissez bien.

17:36
François Hollande

J'ai l'occasion, si je puis dire, de rencontrer plusieurs fois, et notamment sur le dossier ukrainien, il ne comprend que le rapport de force. Là, pour l'instant, il dit qu'il ne viendra pas. Mais il intègre la pression. Pression des Européens, les sanctions. Pression de Donald Trump. Pression incertaine. On ne sait jamais. Mais il semble que les États-Unis aient fait un mouvement. Donc, il y a aussi les pays émergents, le Brésil, l'Inde, la Turquie, qui font pression. Donc, il va apprécier si le rapport de force, il peut le contenir ou il doit faire une concession.

18:16
Présentateur

S'il n'est pas là demain à Istanbul, c'est qu'il ne veut pas la paix ?

18:18
François Hollande

Je n'écarte pas l'hypothèse qu'il y aille finalement ou qu'il trouve une autre voie de sortie. Mais donc, il faut renforcer pendant ces jours-là, ces instants-là, la pression pour qu'il y vienne. Mais ça ne veut pas dire que parce qu'il irait à Istanbul, que la solution serait trouvée. Il peut là aussi trouver un échappatoire.

18:41
Présentateur

À Gaza, les bombardements continuent, les Palestiniens sont affamés, dénutris, l'aide humanitaire est bloquée depuis maintenant deux mois par les Israéliens. Écoutez le président hier soir.

18:52
Locuteur non identifié

Ce que fait aujourd'hui le gouvernement de Benjamin Netanyahou est inacceptable. Il n'y a pas d'eau, il n'y a pas de médicaments, on ne peut plus sortir les blessés, les docteurs ne peuvent plus y aller. Ce qu'il fait, c'est une honte. C'est une honte. Ce mot de honte,

19:06
François Hollande

François Hollande, vous l'utilisez aussi ? Oui, les mots sont justes, c'est insupportable. Nous avons tous dénoncé ce qui s'est produit le 7 octobre. Enfin, tous. La quasi-totalité des acteurs publics et puis, d'une manière générale, des décideurs à l'échelle du monde. Mais nous ne pouvons pas accepter que cette guerre se poursuive sous cette forme. Et même, elle doit s'arrêter. Elle doit s'arrêter. Au-delà des mots et des déclarations. Et donc là, en ce moment, ce qui se produit, c'est que la population de Gaza est affamée. Aucune vivre ne peut rentrer. Des enfants, des familles peuvent voir leur santé altérée. Peut-être même...

19:48
Présentateur

On parlait de l'Ukraine à l'instant, l'Union Européenne qui approuve un 17ème paquet de sanctions. Est-ce qu'il faut des sanctions européennes contre les Israéliens ? Mais oui, il faut des sanctions. Lesquelles ?

19:56
François Hollande

L'Europe, là aussi, n'est pas sans moyens. Elle a un accord d'association avec Israël. Il faut qu'elle mette en œuvre un certain nombre de sanctions. Est-ce que ces sanctions seront de nature à empêcher Netanyahou de poursuivre son intention ? Son intention, c'est quoi ? C'est de vider la population. Vider plus exactement Gaza de sa population et de réoccuper Gaza. Ça porte un nom vider sa population. Oui, ça porte un nom. C'est du nettoyage ethnique. C'est-à-dire, on écarte une population qui vivait là et on essaye de la remplacer par une autre. On est en train

20:33
Présentateur

de vivre un nettoyage ethnique à Gaza.

20:34
François Hollande

C'est possible. C'est possible. Donc, c'est ça qu'il faut absolument t'empêcher. Et pour ça, j'évoquais les pressions, la responsabilité de Donald Trump est engagée. Parce que chacun sait que c'est lui qui peut arrêter Netanyahou.

20:52
Présentateur

Et la nôtre aussi, François Hollande est engagée. La nôtre, la France. La France est membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU. Est-ce qu'elle doit déposer une résolution pour demander un cessez-le-feu ?

21:03
François Hollande

Elle a sûrement déjà fait. En tout cas, il faut se cessez-le-feu. Vous savez que les Américains ont un veto au Conseil de sécurité. Mais le cessez-le-feu est nécessaire, est indispensable. Mais ça ne suffirait pas à cessez-le-feu. Il faut aussi traiter de manière humanitaire la population de Gaza. Et dans ces conditions-là, je pense que nous devons faire porter la responsabilité sur, non pas Israël comme certains le font. Israël a le droit à l'existence, a le droit à la sécurité. Mais sur le gouvernement israélien.

21:37
Présentateur

Et donc, ça veut dire des sanctions personnelles contre des dirigeants comme Benyamin Netanyahou ? Il y en a déjà. Puisque vous savez qu'il y a eu des décisions de la Cour pénale. Non mais là, on parle de l'Union Européenne et on parle des leviers politiques de la France.

21:49
François Hollande

Oui, il faut imaginer toutes les sanctions possibles, graduées, pour qu'il puisse y avoir un cessez-le-feu et la fin de ce conflit et un processus de paix. Parce qu'il faut aussi ouvrir un processus de paix et revenir à une solution qui paraît aujourd'hui inatteignable, la solution des deux États, mais qui est indispensable.

22:09
Présentateur

Là-dessus, Emmanuel Macron promet une reconnaissance de l'État de Palestine en juin, mais le gouvernement israélien menace que si c'était le cas, il prendrait, je cite, des mesures unilatérales. Qu'est-ce qu'on doit répondre aux Israéliens ?

22:21
François Hollande

Que la France est un pays indépendant, qu'elle prend ses décisions sans avoir à soumettre à quelque pression que ce soit.

22:28
Présentateur

François Hollande, on a commencé par l'intervention d'Emmanuel Macron. Je voudrais terminer par une question à laquelle le président n'a pas répondu d'une possible candidature à la présidentielle en 2032. La Constitution le permettrait. Cette question, vous n'êtes pas nombreux à pouvoir y répondre. Quand on a été président, on a forcément, forcément envie de revenir. Lui, il l'a été longtemps quand même président.

22:52
François Hollande

Il a fait deux mandats. C'était un peu la question qui lui était posée tout au long de cette émission. Pourquoi ce que vous n'avez pas fait en huit ans, vous pourriez le faire dans les deux années alors que vous êtes privé d'une majorité à l'Assemblée nationale et que vous n'avez plus nécessairement le temps pour travailler à un changement profond de ce qui se passe dans notre pays et dans tout domaine, y compris la sécurité ? Vous avez compris que ma question s'adressait aussi un peu à vous. J'ai cru comprendre et comme vous l'avez relevé, je ne suis pas redevenu président.

23:23
Présentateur

Mais vous, vous l'avez été moins longtemps que lui.

23:25
François Hollande

Je le constate aussi. Est-ce que ça crée plus de frustration ? Mais ce n'est pas un problème d'appropriation du pouvoir la politique. C'est un problème de projet et de circonstance. C'est une question d'envie aussi. Bien sûr que l'envie elle peut toujours exister. L'envie c'est de faire de la politique pour changer son pays et pour changer l'état du monde et on voit bien qu'il y en a besoin. Mais ce n'est pas une espèce d'obsession, de compulsion qui ferait qu'on ne pourrait jamais se passer du pouvoir. Moi je me suis passé du pouvoir. J'ai même décidé de ne pas me représenter. Enfin vous êtes représenté quand même à l'Assemblée nationale. Oui parce que c'est ça que je veux vous dire.

Qu'il y a des moments, des circonstances où quand c'est suffisamment grave pour le pays où il y a des enjeux qui sont suffisamment élevés où en conscience et par rapport à ce qui a été un engagement on revient dans la vie politique.

24:13
Présentateur

François Hollande était l'invité de France Info