Drogue, protection de l'enfance et présidentielles...L'interview de Gérald Darmanin en intégralité
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Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Gérald Darmanin. Bonjour. Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions. Vous êtes le ministre de la Justice, on va parler bien sûr Justice des mineurs, prison, lutte contre le narco-trafic, lutte contre le terrorisme, on va parler politique aussi. Je ne sais même pas s'il ne faut pas que je vous cite comme ministre de la Justice et candidat à l'élection de 2020, ça c'est de moins en moins caché.
Ah non, non, je suis ministre de la Justice à plein temps, mais par ailleurs je m'intéresse évidemment à l'avenir de mon pays.
On va y revenir bien sûr, je voudrais qu'on parle d'abord de la Justice des mineurs. Et vous lire cette lettre des parents d'Elias. Elias aurait dû avoir 15 ans le 14 février 2025, il n'aura jamais 15 ans. Notre fils est mort, notre chagrin est immense, notre vie est détruite. Nous ne demandons pas aux représentants des partis politiques, aux magistrats, de ressusciter les disparus, mais nous leur demandons de protéger les vivants. Vous faites 6 propositions en plus des modifications qui ont été apportées hier sur la justice des mineurs. Est-ce que ces propositions auraient pu empêcher la mort d'Elias ?
D'abord j'ai reçu les parents d'Elias, par respect envers le drame incroyable qu'ils subissent. Quand on est père et mère de famille, père d'un enfant, c'est ce qui est le plus terrible au monde. Et si leur fils est mort, c'est que l'État, la France, n'a pas su le protéger. Et je pense qu'il faut dire les mots sur les choses. Et je l'aurai dit comme je vous le dis. Je pense que la modification de notre droit, de notre façon de gérer les mineurs délinquants, pourrait permettre d'éviter ce genre de drame. En effet, il n'y a pas de risque zéro, évidemment. Tous les pays du monde et les pays européens connaissent cette augmentation de violence des mineurs.
Mais oui, je pense qu'une partie des dispositions que nous proposons collectivement, j'espère qu'elles seront adoptées au Sénat, pourraient empêcher des drames comme cela parce que nous devons avoir beaucoup plus de rapidité et de fermeté vis-à-vis des mineurs délinquants.
Il y a plusieurs points que vous proposez. Vous proposez notamment la question d'une sorte de couvre-feu dès la sortie de l'école, week-end compris. C'est-à-dire que les enfants condamnés, enfin les mineurs condamnés, pourraient sortir pour aller à l'école, mais dès la sortie de l'école, rentreraient chez eux et ne ressortiraient pas le week-end. Est-ce que le problème, ce n'est pas le couvre-feu, mais le respect du couvre-feu ? Je reprends l'exemple tragique d'Elias. Les deux jeunes qui ont tué Elias étaient sous couvre-feu. Ils étaient sous couvre-feu à partir de 20h, mais ils étaient sous couvre-feu. Ils avaient également l'interdiction de se fréquenter.
On a vu évidemment que ça n'a jamais été respecté. Est-ce que le problème, ce n'est pas juste l'application, c'est-à-dire dire qu'ils doivent rester chez eux ? Oui, mais le feront-ils ?
Donc il y a deux choses. Est-ce qu'aujourd'hui, quand le juge prend des mesures qu'on appelle d'assistance éducative, c'est-à-dire par exemple de ne pas fréquenter son camarade avec lequel on est violent, par exemple d'être dans un couvre-feu, par exemple d'être suivi par un éducateur, est-ce que quand ce n'est pas respecté, est-ce qu'il y a sanction ? Ben non. Mais ce n'est pas parce que les services de l'État sont mauvais, c'est juste que la loi ne prévoit pas qu'il y ait sanction. Ce n'est pas un contrôle judiciaire. Dans un contrôle judiciaire, si on ne doit pas se rencontrer tous les deux et qu'on se rencontre tous les deux, il y a sanction. Et moi, je vais vous aller en prison.
Donc ça veut dire que ces deux jeunes, ils ont officiellement l'interdiction de se fréquenter depuis le 27 octobre 2024. Mais en fait, c'est une fausse interdiction. Ça dit interdiction, mais ça n'est pas appliqué.
En fait, c'est une interdiction sans sanction. Donc c'est ça qui ne va pas du tout dans notre droit. Si les policiers avaient contrôlé ces deux jeunes qui n'avaient pas le droit d'être ensemble juste avant l'assassinat d'Elias, alors les policiers n'en auraient pas tiré de conclusions particulières. Ils ne pouvaient pas prendre les deux jeunes et les mettre dans un centre éducatif fermé. C'est ça qui ne va pas. Donc d'abord, quand on dit qu'il y a une interdiction, il faut la faire respecter. C'est ça l'éducation. L'éducation, c'est je dis quelque chose, ce n'est pas respecter, il y a une sanction. Donc ce qui manque dans notre droit, c'est la sanction.
Il ne s'agit pas de mettre tous les mineurs délinquants dans les prisons. Ce n'est pas ce que je souhaite. Ça n'aurait aucun sens et ça détruirait la vie des mineurs. Il s'agit de dire que quand on prend des décisions, parce que parfois on ne les prend pas, ces décisions doivent être respectées. Donc d'abord, oui, vous avez parfaitement raison, il faut prévoir dans la loi, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Je l'ai découvert quand je suis arrivé au ministère de la Justice. Il faut prendre des sanctions qui correspondent au fait qu'on ne respecte pas la mesure éducative.
Deuxièmement, on voit bien que la plupart des RICS, moi j'ai été maire de ma commune, la plupart des RICS, elles ne se déroulent pas entre 20h et minuit. Elles se déroulent après le collège, après le lycée, en fin de journée. Donc le couvre-feu, dès la fin des cours, dès 16h, 17h, est le week-end. Il n'y a pas de raison de sortir le week-end lorsqu'on a été un mineur délinquant, qu'on ne va pas en prison, mais qu'on doit respecter le fait de ne pas sortir dehors, ce couvre-feu doit être étendu au week-end, de 17h à 7h du matin, le temps d'aller juste à l'école et de revenir.
Et on doit envoyer, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, des agents pour constater si le mineur est bien chez lui, et s'il ne l'est pas, il va dans un centre éducatif fermé. Donc ce que je veux changer, c'est à la fois la mesure éducative, avec une sanction quand elle n'est pas respectée, et élargir très largement les demandes de fermeté, de couvre-feu et de présence à domicile.
Est-ce que les parents doivent être impliqués dans cette question-là ? Est-ce qu'eux aussi auraient à rendre des comptes, en quelque sorte, sur le fait que leur enfant à 17h est à la maison ou non ?
Moi je le crois pertinemment. Le parent a une responsabilité légale vis-à-vis de l'enfant. Il y a des parents qui sont très dépassés par leurs enfants. Je pense aux femmes seules qui élèvent 2, 3 gamins dans des conditions parfois de violence, dans des quartiers difficiles, qui vont travailler la nuit à l'hôpital de Tourcoing, qui ne peuvent pas, parce qu'elles gagnent très peu d'argent, éduquer correctement leurs enfants. Ces femmes-là, il faut que nous les accompagnons, que nous les aidions. Il ne s'agit pas de les sanctionner. Je le trouverais très salaud de les sanctionner.
En revanche, il y a des parents, et on les connaît tous aussi, qui vont insulter les professeurs, insulter les policiers, qui ne viennent pas à l'audience lorsque leur enfant est convoqué dans la justice.
Dans le texte défendu par Gabriel Attal, il y a cette idée que les parents, s'ils ne se présentent pas aux audiences, soient sanctionnés.
Exactement, par une amende civile, oui. Le père et la mère ? Le père et la mère quand ils existent, parce que malheureusement, souvent ce sont des familles monoparentales. Mais oui, les deux.
Même quand c'est des familles monoparentales, le père existe quelque part ?
Parfois le père est décédé, parfois le père est retourné au pays, parfois le père a disparu. Vous savez très bien comment les femmes sont souvent très seules pour élever leurs enfants. Mais oui, lorsque les deux existent, évidemment les deux. Et cette amende civile prévue par la proposition de loi de M. Attal est une très bonne chose. Moi, je voudrais qu'on aille un cran plus loin. Je voudrais qu'il y ait une injonction éducative pour les parents aussi. Aujourd'hui, il n'y a que des assistances éducatives, des injonctions éducatives que pour les enfants, que pour les mineurs. Mais il faut aussi apprendre à être parent.
Parfois, on ne sait pas être parent, on ne sait pas respecter les règles, on ne sait pas montrer qu'on a de l'autorité. L'autorité parentale, ça existait dans le code civil. Donc il faut que les parents puissent avoir une injonction pour être cadrés eux-mêmes pour élever leurs enfants. Et s'ils ne respectent pas cette injonction, s'ils ne suivent pas l'éducation populaire qu'on veut leur imposer, alors oui, il faudra les sanctionner. Donc je pense que les parents ont une place essentielle dans la justice des mineurs. Aujourd'hui, c'est une place qui est très lointaine.
Il faut que les Français qui nous écoutent comprennent que quand l'enfant est convoqué, on invite les parents et les parents ne viennent pas pour la plupart des cas et il n'y a pas de sanction.
Aujourd'hui est rendu justement le rapport sur la parentalité que vous aviez commandé après les émeutes de 2023. Il a été remis hier soir à Catherine Vautrin. Parmi les propositions qu'ils font, il y a notamment cette question du rapport aux parents et en particulier d'Istile au père. J'ai reçu l'une des deux auteurs de ce rapport ce matin qui disait en fait on est passé de « Que fait la police ? » à « Où sont les pères ? » et elle dit notamment qu'il faudrait encourager les entreprises à lâcher quatre demi-journées ou même quatre créneaux de deux heures dans l'année précisément pour un suivi des enfants. Est-ce que vous y êtes favorable ?
Que les pères soient beaucoup plus présents, oui, bien sûr. Il y a une absence des pères dans la société. Je sais que ce n'est pas de bon ton de le dire mais c'est tout à fait vrai. Après, je ne suis pas sûr que ce soit aux entreprises toujours de corriger les défauts de la société ou des parents. Les entreprises, leur boulot, c'est de créer quelque chose, ce n'est pas de faire parent à la place des parents. Mais ce qui est tout à fait certain, c'est que l'autorité parentale doit être rappelée. Et on doit pouvoir tirer des conclusions de cette autorité parentale qui n'est pas rappelée. Par ailleurs, l'État lui-même est parfois apparent, défaillant.
Nous sommes mauvais, nous l'État, nous la puissance publique dans la protection des enfants.
Et là, vous parlez des enfants victimes, ce n'est pas seulement des enfants coupables.
Parce que souvent, le mineur de 14, 15, 16 ans qui vole des téléphones portables, donne des coups de couteau, trafic de la drogue, il a parfois, pas toujours, mais il a parfois aussi été victime. Vous savez, dans les émeutes de 2023, que j'ai bien connues quand j'étais ministre de l'Intérieur, sur les 3 000 gamins que nous avions interpellés, parce que 60% d'entre eux avaient moins de 16 ans, tout au début, il y avait beaucoup d'enfants qui étaient issus de l'aide sociale à l'enfance, c'est-à-dire des placements, ce qu'on appelait hier la DAS.
Il y avait beaucoup d'enfants qui étaient élevés dans des familles totalement déstructurées, pour lesquelles l'État n'a pas su être au rendez-vous de les sortir de leur milieu de violence. Ils avaient été violés, ils avaient été tabassés, ils n'avaient pas accès à l'école, ils avaient une vie extrêmement déstructurée. Évidemment, quand un enfant de 2 ans, 3 ans, 4 ans est violé, est battu, est déstructuré, il ne faut pas s'attendre que ce soit un adolescent bien cadré.
Est-ce qu'aujourd'hui, ces jeunes sont protégés ? C'est-à-dire, est-ce qu'aujourd'hui, l'État, qui a des signalements, protège ces jeunes, les sort de leur milieu ?
Il le fait en partie, mais il ne le fait pas totalement. Et par exemple, dans le département du Nord, où je suis élu, il y a plus de 300 gamins qui, alors qu'il y a un juge qui a décidé de son placement de ce gamin, ne sont pas sortis de leur famille. Peut-être qu'en ce moment où nous parlons, il est violenté par ses parents. Donc c'est un scandale absolu. L'État est honteux de ce point de vue. Moi, je suis honteux de constater cette chose au ministère de la Justice. On doit travailler très rapidement avec les départements qui ont également la compétence, avec Catherine Vautrin, par exemple, qui est aussi la ministre en charge de ces sujets, pour pouvoir régler ça.
Je souhaite que chaque jour utile au ministère de la Justice soit un jour de protection des enfants.
Une audience culpabilité, une audience peine, ça, vous n'y changez rien ?
La proposition de M. Attal est très intéressante. Elle prévoit de faire l'audience de culpabilité, je te dis que tu es coupable, avec l'audience de voici la sanction.
Donc une réconciliation de ces deux moments.
Exactement. Pas partout, pas tout le temps, parce qu'il faut aussi que parfois l'enfant, qui peut avoir 14 ans, n'est pas tout à fait encore construit.
Mais qui décidera ? C'est-à-dire, qui décidera du pas tout le temps, mais cette fois-ci, oui ?
Ça dépend de ce qu'il a commis. S'il vole des pommes, comme dans la chanson de Georges Brassens, on peut regarder les choses un peu différemment que s'il donne un coup de couteau. S'il est dans son premier fait, c'est pas pareil que quand il a 12 faits.
C'est donc le juge qui décidera si, oui ou non, il estime que la culpabilité et la nature de la peine doivent être rendues ensemble ?
C'est le procureur de la République qui porte l'action de la société et le juge à la fin tranche.
Je voudrais qu'on parle aussi du narcotrafic. Éric Piolle et Bruno Retailleau seront ensemble tout à l'heure à Grenoble. Vous promettez des prisons de haute sécurité pour les narcotrafiquants.
Quand ? Ah ben le 31 juillet de cette année au maximum, dans trois mois. Mais vraiment ? Oui, bien sûr. On ira la visiter ensemble si vous le souhaitez.
Avec plaisir. Je trouve ça important de vérifier effectivement que les paroles sont suivies d'actes. Ça veut dire qu'au moment où on se parle, Général de Darmanin, vous avez le lieu, vous avez les 100 narcotrafiquants, vous avez les moyens ?
Alors, on a plus de 100 narcotrafiquants.
Non, mais ceux qui sont sélectionnés pour être...
Oui, oui, bien sûr. On a la liste des 100 personnes qui iront dans cette prison de haute sécurité. Je vais ce soir visiter la prison d'Arles. Donc il y a trois prisons possibles au moment où... Quatre prisons possibles au moment où je vous parle. Vendin-le-Vieille dans le Pas-de-Calais, Arles dans les Bouches-du-Rhône, Saint-Mort et Condé-sur-Sarthe. Je vais en choisir une. Et puis ensuite, il en faudrait trois, voire quatre autres dans les prochains mois, prochaines années. On va mettre 4 millions d'euros pour rénover.
C'est à peu près ce qu'il faudra selon les prisons pour rénover intégralement cette prison qui sera totalement sous cloche au sens où personne ne pourra plus communiquer à l'extérieur. Avec des moyens de personnel extrêmement renforcés, des moyens technologiques extrêmement forts.
Les personnels demandent également à pouvoir tourner. C'est-à-dire qu'ils disent, s'il y a effectivement cette situation-là, face à des difficultés, j'oserais presque le mot de corruption, au minimum d'intimidation, alors ils disent, il faut qu'on puisse tourner, qu'on n'identifie pas forcément leur famille, leur femme, qu'on ne puisse pas leur dire « ta femme est en danger, je vais m'attaquer à tes enfants ».
Oui, vous avez parfaitement raison, mais vous pouvez utiliser le mot de corruption. Il y a de la corruption dans l'administration que je dirige. Il y a des menaces dans l'administration que je dirige. Il y a aujourd'hui des directeurs de prison, des agents pénitentiaires qui sont sous protection policière.
Il y a de la corruption ? Oui, bien sûr. Il y a de la corruption, ça veut dire que les dirigeants de prison, les surveillants de prison sont parfois eux-mêmes corrompus ?
Je pense que sur les 45 000 agents de l'administration pénitentiaire, c'est un métier très difficile d'être gardien de prison. C'est un métier magnifique et très difficile. Moi, je leur tire mon chapeau tous les jours. Il y a parmi eux des gens qui subissent de la corruption et qui sont corrompus, bien sûr. Et j'en ai encore sanctionné un il n'y a pas si longtemps que ça, voilà, quelques jours. Et puis il y a des gens qui sont menacés, comme vous le dites, qui sont obligés de faire rentrer des téléphones portables, par exemple dans les prisons, parce qu'on a repéré où allaient leurs enfants à l'école. Vous avez parfaitement raison.
Donc il y a à la fois de la corruption, il y a de la menace et il y a surtout un immense courage. Et vous savez, les agents pénitentiaires, ils demandent à ce qu'on vienne les sauver de cette corruption et de cette menace. Les deux agents pénitentiaires qui ont été tués à la Kalachnikov au péage d'Incarville le 14 mai dernier, ça a été un réveil pour tout le monde, un sursaut pour tout le monde.
Il n'est toujours pas retrouvé d'ailleurs,
le fugitif. C'est au ministère de l'Intérieur de porter ses communications. Mais à la fin, la police gagne toujours. Et je suis certain que M. Ambra sera arrêté.
J'aimerais bien vous prendre au mot. À la fin, la police gagne.
Vous croyez encore aux... Bien sûr. ...aux gendarmes et aux voleurs. Mais évidemment, j'ai été 4 ans et demi mise en intérieur, je peux vous dire qu'à la fin...
C'est toujours les gentils qui gagnent ?
À la fin, c'est toujours les gentils qui gagnent. C'est toujours les policiers, les gendarmes qui gagnent. Parfois, ça met du temps. Juste pour vous dire un mot. Vous savez, cette prison de haute sécurité, c'est très original. La France ne l'a jamais fait. Nous allons prendre une prison et on va y mettre les 100 plus dangereux. Mais les 100 plus dangereux, ce n'est pas les 100 les plus condamnés. C'est très important. C'est les 100 qui peuvent encore communiquer à l'extérieur, commander des points de deal, menacer des agents, assassiner des personnes. Donc, moi, je ne regarderai pas, c'est ça qui est très original, la condamnation des personnes. Je regarderai leur dangerosité.
Il y aura des gens qui ont été condamnés définitivement et il y aura des gens qui seront en détention provisoire parce qu'on attend qu'ils soient condamnés définitivement. Aujourd'hui, que les Français comprennent, on divise les gens, les détenus, en deux parties. Les maisons d'arrêt, là où on attend sa condamnation et les prisons pour peine, là où on a été condamné. Le but de ma stratégie, c'est de casser cette distinction et de dire les gens dangereux et les gens pas dangereux.
Andy Kerbrat est député, député LFI. Il avait été pris en flagrant délit d'achat de drogue. Vous dites que les personnes qui se droguent ont une responsabilité dans le trafic de drogue. Il dit, et il s'adressait à nos confrères de France Télévisions hier, il dit qu'il a continué à se faire livrer, y compris, lui demande le journaliste, en étant député, et il a répondu, bien sûr, tout le monde fait ça. Un, est-ce que tout le monde fait ça ? Deux, est-ce qu'il peut rester député ?
Bien sûr que non, tout le monde ne fait pas ça. Mais M. le député Kerbrat devrait partir depuis très longtemps de son mandat. Il a déshonoré son mandat de député. Et vous savez, le pire, c'est pas tellement encore qu'il se soit drogué. C'est qu'il était acheté dans le métro à un gamin de 14 ans. On parlait des mineurs, auteurs et victimes. Un député de la Nation, de la France Insoumise, qui donne des sons de morale sur tous les plateaux, va dans le métro acheter à un gamin de 14 ans la drogue de synthèse.
Il entretient, peut-être que ce gamin à qui il a acheté la drogue de synthèse, il était parti d'un réseau où il est torturé le soir, où il est privé de voir ses parents, où il est déscolarisé. C'est ça le plus scandaleux encore. Pas tellement que M. Kerbrat soit addict à la drogue. C'est qu'il entretient un réseau. C'est ça qu'on dit aux consommateurs. C'est pas simplement un problème entre vous et la drogue. C'est un problème entre vous et la société. Quand il y a des gamins de 14 ans qui sont torturés dans des barbecues, c'est-à-dire qu'on les met dans des voitures et vivants, on les brûle. C'est ça que ça veut dire ? Ça, c'est des réseaux de drogue que le consommateur a créé.
Le consommateur qui fume son joint, qui prend son rail de coke, qui est parfois très bourgeois, très cadre supérieur, comme le député que nous constatons là, il est le responsable direct des assassinats d'enfants dans les quartiers de Marseille. La décence aurait voulu qu'il part depuis très longtemps, mais la décence a quitté la France insoumise depuis très longtemps aussi.
Au-delà des mineurs, il y a la justice qui est débordée. On en reparlera. Je voudrais aussi parler présidentielle parce que vous demandez l'ouverture, je cite, de la droite et du centre pour pouvoir permettre qu'il n'y ait qu'un seul candidat pour 2027. Ce matin, Laurent Wauquiez vous dit non, je suis contre la primaire, j'ai trop vu les dégâts qu'elle a fait et la droite en a payé le prix fort.
Non, je demande un seul candidat ou candidate. S'il s'impose ou elle s'impose naturellement, comme Nicolas Sarkozy en son temps ou comme Emmanuel Macron, il n'y a pas de problème, ce sera ce candidat, il n'y a pas besoin de faire des primaires, en effet. Mais je pense qu'il y a un risque qu'il n'y ait pas qu'un seul candidat et chacun le constate. Il faudra vraiment être très hypocrite pour ne pas le dire. Notre électorat de la droite et du centre ne comprendrait pas que nous ayons plusieurs candidats, que nous n'entendions pas pour des raisons d'égo et du coup, qu'au second tour de l'élection présidentielle, ce serait Mme Le Pen face à M. Mélenchon. Nous aurions une responsabilité immense.
Donc on doit travailler avec les LR. Prenons un processus de sélection, des critères, si ce n'est pas la primaire mais que quelqu'un d'autre propose quelque chose.
Vous n'êtes pas forcément attaché à l'idée de la primaire ?
Je trouve que c'est le meilleur moyen qui permet de parler de nos idées, d'occuper l'espace public, de montrer aux électeurs qu'on les prend au sérieux, ceux qui choisissent et à la fin de semaine d'accord, il y a un candidat. Vous savez, il y a 4 millions d'électeurs pendant la primaire de droite et ce n'est pas la primaire qui a tué François Fillon. Bon, M. Wauquiez le sait très bien.
Quand Laurent Wauquiez dit j'ai trop vu les dégâts qu'elle a fait, il estime que c'est la primaire en quelque sorte, il rend la primaire responsable ?
Ce n'est pas le cas. Il y a eu 4 millions d'électeurs à la primaire de droite et du centre. On sait tous que c'est les difficultés de François Fillon qu'ont tué François Fillon. Ce n'est pas la primaire. Mais moi, je souhaite qu'on travaille avec Laurent Wauquiez. Je souhaite qu'on travaille avec Bruno Retailleau.
Vous vous parlez ?
Bien sûr. Bien sûr. Nous nous reparlons plutôt.
Vous reparlez. Et quand vous dites...
Je pense que c'est très important que ni Laurent Wauquiez ni Bruno Retailleau ne cassent l'ambiance. Il y a une compétition à l'intérieur de LR.
Ça vous choque qu'ils soient tous les deux candidats.
Non, je ne me choque pas. C'est normal. C'est sain. C'est démocratique. Mais il faut faire attention, en effet, que ce débat démocratique à l'intérieur des partis ne se transforme pas en guerre des chefs.
Quel serait le contour s'il y avait un seul candidat ? Il irait d'où à où ? Il représenterait de qui à qui ?
Aujourd'hui, on a un gouvernement qui montre ce contour. Nous travaillons dans le même gouvernement avec Manuel Valls, avec Bruno Retailleau, avec DLR, avec des Horizons, avec des Modem, des Renaissance, des gens de centre-gauche comme M. Rebsamen. Et puis des gens plus à droite, conservatrices, comme M. Retailleau. Je pense que cet espace-là, il peut, avec des désaccords, et on est là pour trancher ces désaccords, il peut se mettre d'accord pour avoir un seul candidat pour pouvoir, me semble-t-il, battre M. Mélenchon et Mme Le Pen. Avec vous ? Je contribuerai, évidemment. Mais d'abord, ce qui m'intéresse, c'est les idées, c'est le projet.
Moi, je pense qu'il faut arrêter de faire de la demi-mesure, il faut être plus radical, sans être extrémiste. Moi, je suis pour la capitalisation dans le système de retraite. Je suis pour mettre fin à la fiscalité sur les donations de son vivant, quel que soit le montant. Je suis pour qu'on dise plutôt du bien de Bernard Arnault que du mal de Bernard Arnault parce qu'on a besoin d'avoir des entrepreneurs. Voilà, on peut avoir des discussions. Je suis pour le texte sur la fin de vie. Mes positions sont réfléchies et tranchées. Je suis pour la abrogation du droit du sol. Mais on a le droit de ne pas être d'accord, évidemment. Parlons-en. Et les électeurs se feront.
Vous dites que je contribuerai, je donnerai mes idées, mais si l'on vous pose la question aujourd'hui, vous n'êtes pas contre l'idée d'être candidat. Vous vous dites que ça fait partie des options.
Mais aujourd'hui, nous allons travailler à un projet. Donc, il faut qu'on travaille à un projet. Quelles sont les idées des autres ? Il faut qu'on en discute. On est à deux ans. Édouard Philippe promet des idées massives. Oui, mais Édouard, il travaille beaucoup et j'attends avec impatience... Vous vous promettez
des idées radicales.
Mais je pense qu'on dit la même chose avec Édouard.
Mais vous avez les mêmes idées ?
Il a la gentillesse de m'en parler ici ou là, mais c'est lui qui proposera son projet. Et puis, j'imagine que ce projet, ces projets se confronteront, s'enrichiront. Et à la fin, je souhaite que soit les électeurs... On est tous d'accord pour dire que cette personnalité est incontestable et on la soutiendra. Et moi, je m'effacerai bien volontiers pour cette personnalité. Bien volontiers. Si c'est le cas, parce que je veux qu'on gagne et je veux qu'on gagne sur des idées. En revanche, si c'est juste une guerre d'égo, il n'y a aucune raison qu'on ne regarde pas. D'abord, les idées. Moi, ce qui m'intéresse, c'est que mes idées l'emportent. C'est que nos idées l'emportent. Pas que M.
X ou Mme Y, qu'elle ait une jolie cravate ou qu'il parle bien l'emporte. Ça, ça n'intéresse personne. Ce qui intéresse, c'est le projet. Et la France, je pense qu'elle est à droite. Moi, je suis un homme de droite qui n'est pas insensible au sentiment de la gauche. Je suis donc quelqu'un qui pense qu'il faut plus de libéralisme économique, plus d'autorité à l'école, plus d'autorité dans la police et en même temps à l'écoute des difficultés sociales.
Ça commence à ressembler à un programme. Gérald Darmanin, il est 8h53 sur RMC et BFM TV. Merci.
Gérald Darmanin