Covid-19 : les réponses de Bruno Le Maire - C à Vous - 26/11/2020
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:03OuverteRéponse directe
Quelles sont les restrictions annoncées en Allemagne ?
- 1:22OuverteRéponse directe
Quelles sont les restrictions annoncées ?
- 1:42RelanceRéponse directe
Mais en Allemagne, les commerces n'ont pas fermé.
- 2:10OuverteRéponse directe
Vision commune entre l'Allemagne et la France sur les stations de ski.
- 6:50OuverteRéponse directe
Vous pensez que c'est une sage position de la part de la chancelière ?
- 8:40OuverteRéponse directe
Est-ce que c'est envisageable ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:20Invité politiqueFait
« Non, et Angela Merkel vient d'annoncer un tour de vis, un renforcement des restrictions. »
- 0:24Invité politiqueFait
« Voilà environ deux semaines que l'épidémie est sur un plateau en Allemagne. »
- 0:27Invité politiqueChiffre
« Environ 20 000 contaminations par jour. »
- 0:29Invité politiqueChiffre
« Hier, 410 décès, c'est un record et c'est la première fois depuis le début de la pandémie que les indicateurs allemands sont plus élevés que ceux de la France. »
- 0:33Invité politiqueChiffre
« L'incidence, le taux d'infection est maintenant deux fois plus haut à Berlin qu'à Paris. »
- 1:24Invité politiqueFait
« Les bars, restaurants, clubs de sport mais aussi tous les lieux de culture resteront fermés jusqu'en janvier. »
- 1:33Invité politiqueFait
« Angela Merkel a décidé de diviser par deux la fameuse bulle sociale. C'est-à-dire que les réunions privées sont limitées à 5 personnes de 2 foyers maximum et pas plus de 10 convives entre Noël et le jour de l'an. »
- 1:44Invité politiqueFait
« Non, ils sont restés ouverts mais avec un accueil au compte-gouttes, un client pour 10 mètres carrés et désormais dans les grandes surfaces et les centres commerciaux, un seul client pour 20 mètres carrés. »
- 2:20Invité politiqueFait
« Oui, parce que comme pour les tests au printemps, les Allemands paraissent les mieux outillés, cette fois, pour les vaccins. »
- 2:23Invité politiqueFait
« D'abord, l'un des vaccins mis au point, celui de Pfizer, a été inventé en Allemagne par la société BioNTech. »
- 2:31Invité politiqueFait
« C'est le verre borosilicate, inventé en 1890 par un chimiste allemand, AutoShot. »
- 3:19Invité politiqueFait
« En Allemagne, en très grande partie par l'entreprise Binder. »
- 3:42Invité politiqueFait
« Savez-vous, monsieur le ministre, combien de congélateurs fabrique-t-on encore en France ? »
- 3:45Invité politiqueFait
« Eh bien, non. »
- 3:48Invité politiqueFait
« Très, très peu. Il reste une marque professionnelle, Friginox, qui produit dans Lyon. »
- 4:24InvitéChiffre
« Mais en Allemagne, les impôts de production sur les entreprises sont 7 fois moins élevés qu'ils ne le sont en France. »
- 4:59InvitéFait
« La France a réussi, en un peu plus de quelques semaines, à stopper la circulation du virus et à rétablir la sécurité sanitaire dans le pays. »
- 11:27InvitéFait
« Celui qui a un petit établissement, il a droit, il est fermé au fonds de solidarité jusqu'à 10 000 euros. »
- 11:37InvitéFait
« Et il a le chômage partiel remboursé à 100 %, ses charges totalement supprimées et un prêt garanti par l'État qu'il peut rembourser uniquement à partir de 2022 s'il le souhaite. »
- 12:58InvitéChiffre
« Un restaurant sur deux pourrait fermer. »
- 17:12InvitéChiffre
« Parmi les annonces faites ce matin, il y a aussi cette aide exceptionnelle de 900 euros par mois jusqu'en février 2021 pour les travailleurs précaires. »
- 19:35InvitéChiffre
« Si on est tout à fait honnête, une fois encore, ce n'est pas 1,6 milliard, c'est 3,6 milliards au total. »
- 20:32InvitéChiffre
« Cette dette, simplement, c'est à environ 20 points de notre richesse nationale. »
- 22:02InvitéFait
« Vous avez dit, Bruno Le Maire, que les salariés ne pouvaient pas être, selon l'expression, maintenant consacrés à une variable d'ajustement. »
- 23:51Invité politiqueChiffre
« La rentabilité de Danone, elle était à 16%, elle est tombée à 14%. »
Temps de parole
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- Invité 62 %
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Bonsoir Bruno Le Maire. Bonsoir. Merci de votre présence ce soir. Alors qu'une partie de la vie économique est sur le point de reprendre, en Allemagne, les commerces n'ont jamais fermé notre voisin. Et donc souvent cité en exemple par ceux qui contestent les mesures de restrictions prises par la France. Mais la réalité c'est que l'épidémie ne recule pas en Allemagne, alors que c'est le cas en France.
Non, et Angela Merkel vient d'annoncer un tour de vis, un renforcement des restrictions. Voilà environ deux semaines que l'épidémie est sur un plateau en Allemagne. Environ 20 000 contaminations par jour. Hier, 410 décès, c'est un record et c'est la première fois depuis le début de la pandémie que les indicateurs allemands sont plus élevés que ceux de la France. L'incidence, le taux d'infection est maintenant deux fois plus haut à Berlin qu'à Paris. Face à cela, réunion de crise hier entre Angela Merkel et les présidents des 16 lenders qu'il faut mettre d'accord pour chaque décision importante. 7h30 de négociations et à la sortie, une chancelière qui accuse un petit coup de fatigue.
Et vous avez vu Angela Merkel sourire.
Quelles sont les restrictions annoncées ?
Les bars, restaurants, clubs de sport mais aussi tous les lieux de culture resteront fermés jusqu'en janvier. Mais surtout, Angela Merkel a décidé de diviser par deux la fameuse bulle sociale. C'est-à-dire que les réunions privées sont limitées à 5 personnes de 2 foyers maximum et pas plus de 10 convives entre Noël et le jour de l'an.
Mais en Allemagne, les commerces n'ont pas fermé.
Non, ils sont restés ouverts mais avec un accueil au compte-gouttes, un client pour 10 mètres carrés et désormais dans les grandes surfaces et les centres commerciaux, un seul client pour 20 mètres carrés. Ce qui promet de longues files d'attente dans la rue pour les achats de Noël. Mais la plus grande différence, vous l'avez dit, c'est que les Allemands n'ont pas été confinés. Pas d'attestation, pas de déplacement limité à 1 km. Hier, Angela Merkel a seulement exhorté les Allemands à ne pas partir à l'étranger au moment des fêtes.
Voilà pour le versant sanitaire sur le plan économique et industriel. L'Allemagne a le sourire.
Oui, parce que comme pour les tests au printemps, les Allemands paraissent les mieux outillés, cette fois, pour les vaccins. D'abord, l'un des vaccins mis au point, celui de Pfizer, a été inventé en Allemagne par la société BioNTech. On vous a raconté l'histoire. Ensuite, il faut des flacons, des ampoules capables de résister à de très basses températures. C'est le verre borosilicate, inventé en 1890 par un chimiste allemand, AutoShot. Et l'entreprise Shot, située à Mayence comme BioNTech, est aujourd'hui encore un géant du secteur avec des usines qui tournent 24 heures sur 24.
Chot qui compte produire en un an 2 milliards de flacons pour vaccins.
Bon, et une fois qu'on a le flacon et le vaccin, qu'est-ce qu'on fait ? Il faut pouvoir les conserver à moins 70 degrés dans des super congélateurs. Et devinez où sont produits ces machines ?
En Allemagne.
Voilà, exactement. En Allemagne, en très grande partie par l'entreprise Binder.
On peut descendre jusqu'à moins 90 degrés. C'est ultra froid. Avec cette température, on est assuré que le vaccin ne périt pas. Les délais de livraison sont allongés. Certains de nos clients auront une situation où le vaccin sera là, mais la distribution ne pourra pas se faire.
Binder, l'un des plus grands fabricants mondiaux de congélateurs. Savez-vous, monsieur le ministre, combien de congélateurs fabrique-t-on encore en France ? Eh bien, non. Eh bien, très peu.
Je suis sûr que vous avez la réponse.
Très, très peu. Il reste une marque professionnelle, Friginox, qui produit dans Lyon. Je crois aucun appareil pris pour les particuliers. Et il y a une gamme de congélateurs fonctionnant à l'énergie solaire, mais je ne garantis pas que ça marche et surtout pas pour les vaccins.
Moral de l'histoire, on a encore beaucoup de chemin à faire pour reconquérir le début d'une souveraineté industrielle, Bruno Le Maire ?
Alors ça, oui, on a du chemin, mais je pense que nous prenons les bonnes décisions pour le faire. Quand, par exemple, nous décidons de baisser les impôts de production massivement pour rétablir la compétitivité par rapport à l'Allemagne, je vois que certains critiques montent sur leurs grands chevaux en disant « cadeau aux entreprises ». Mais en Allemagne, les impôts de production sur les entreprises sont 7 fois moins élevés qu'ils ne le sont en France. Donc effectivement, on garde des productions de frigidaires ou d'autres réfrigérateurs en Allemagne, là où en France, on est moins compétitif. Je voudrais juste revenir une seconde sur ce que vous disiez sur la circulation du virus.
Parce que là, pour le coup, je pense qu'on a un motif de fierté nationale. Je rentre tout juste d'Italie. L'Italie se bat courageusement pour stopper la circulation du virus, mais l'Italie n'y est pas. L'Allemagne se bat pour stopper la circulation du virus, mais comme ça vient d'être très bien rappelé, l'Allemagne n'y arrive pas. La France a réussi, en un peu plus de quelques semaines, à stopper la circulation du virus et à rétablir la sécurité sanitaire dans le pays. Je pense qu'on peut tous être collectivement fiers du sens des responsabilités dont nous avons fait preuve. On n'arrête pas de dire « Ah, un tel, il s'est mal comporté.
Il y a des règles qui sont un peu absurdes, des choses qui sont compliquées ». Oui, c'est vrai. Mais au bout du compte, l'objectif numéro un du gouvernement, du président de la République, de nous tous, c'était de stopper la circulation du virus. Nous y sommes arrivés.
Au prix d'une privation des libertés et d'un rétrécissement de la vie économique beaucoup plus important que nos voisins, on vient de le voir.
Oui, mais il n'est pas exclu que l'Allemagne soit obligée de venir à ce genre de dispositif. Vous savez, on ne prend pas les décisions tout seul dans notre coin. Moi, j'ai appelé à plusieurs reprises mon homologue allemand, Peter Altmaier. Le président de la République est en contact régulier avec la chancelière et on échange. À chaque fois, je demande à Peter Altmaier « Alors, est-ce que tu vas fermer les commerces ? Qu'est-ce que tu vas faire sur les bars et sur les restaurants ? Est-ce que c'est efficace ? Combien ça va te coûter ? » J'appelle mon homologue ministre des Finances pour savoir « Mais toi, tu vas dépenser combien ce mois-ci pour protéger l'économie ?
» Ils n'ont jamais voulu fermer les commerces. Mais ce n'est pas exclu qu'ils le fassent un jour. Parce que si l'épidémie continue à progresser, comme par exemple à Berlin…
Là, elle ne progresse pas. Elle ne recule pas.
Elle ne recule pas, mais à mon avis, il faut que ça recule. Et notre objectif à tous, tous les pays européens et l'objectif en France aussi, c'est d'arriver à rétablir une vie économique et une vie tout court la plus normale possible avec un virus qui va continuer à circuler encore pendant quelques mois.
Vision commune entre l'Allemagne et la France. Il faut fermer les stations de sport d'hiver au moins jusqu'au 10 voire au 20 janvier. Ça, c'est la position du Premier ministre et du Président de la République. C'est aussi celle d'Angela Merkel qui demande d'ailleurs est-ce que toutes les stations de sport d'hiver en Europe restent fermées ? Vous pensez que c'est une sage position de la part de la chancelière ? C'est réalisable ? On voit bien que l'autre riche résiste.
C'est une très sage décision et en étant optimiste, et je pense que c'est un temps où il faut être optimiste et volontariste, on voit qu'à la faveur de cette crise, il y a une solidarité européenne qui se dégage et qui est quelque chose d'absolument formidable. Il ne faut pas que chacun dans son coin se dise tiens, moi je vais fermer mes stations ou je vais les laisser ouvertes comme ça, je vais aller piquer la clientèle de l'autre et ensuite je vais attirer à moi pour les années qui viennent. La Suisse n'est pas membre de l'Union Européenne, il y a la Suisse, là c'est une vraie difficulté.
Mais aujourd'hui à Rome, j'ai eu des discussions avec mon homologue ministre de l'économie italien, et je lui ai dit mais alors est-ce que vous allez laisser les stations de ski ouvertes ? Et nous sommes convenus qu'il y aurait une coordination pour que soit tout le monde ferme les stations, et honnêtement je pense que c'est une décision de sagesse qui a été prise par le Premier ministre.
Quels que soient les efforts envisagés par la filière ?
On en a discuté, on les a reçus, oui mais ils ont fait des efforts exceptionnels. Et je sais qu'il y a beaucoup de désespoir dans les stations de ski, chez les moniteurs de ski, ceux qui font les remontées, dans les communes, on dépensait beaucoup d'argent pour leur remontée mécanique, chez les restaurateurs, chez les hôteliers, il y a beaucoup de désespoir. Enfin, il faut que nous mesurions que si on ouvre les stations de sport d'hiver, que les sports d'hiver ont lieu comme d'habitude, on risque d'avoir des personnes qui se rassemblent dans des appartements, dans des chalets, qui se retrouvent, et au bout du compte, une contamination qui redémarre.
Et le pire de tout pour nous tous, ce serait de se retrouver au mois de janvier, avec tous les efforts qu'on a fait depuis deux mois, qui s'écroulent comme un château de cartes, parce qu'on n'a pas eu le courage de prendre la décision qui me paraît la décision responsable, c'est-à-dire ne pas autoriser les sports d'hiver à Noël.
120 000 emplois menacés, un chiffre d'affaires annuel qui se réalise en majeure partie entre décembre et février. Résultat, certains déjà demandent des dérogations. C'est le cas du président de la métropole Nice-Côte d'Azur, Christian Estrosi, qui dit que le taux d'incidence du virus est bien inférieur à celui de la Savoie et de la Savoie dans sa région. Il demande donc la possibilité d'ouvrir les stations de ski de Provence-Alpes-Côte d'Azur. Est-ce que c'est ton visageable ? Parce que c'est le début des demandes de dérogation, à chaque fois on a vu ça.
Oui, à chaque fois il y aura des demandes de dérogation, mais je crois que ça n'est pas raisonnable. Je pense qu'il faut que chacun soit traité à égalité et qu'on fasse tous cet effort. C'est un effort qui est considérable pour les stations de ski, je le mesure parfaitement. Mais c'est ce qui nous permettra aussi de ne pas prendre le risque d'avoir un troisième confinement en 2021. J'ajoute qu'il y a un point qui peut paraître de détail, mais lorsqu'il y a sport d'hiver, il y a le bras qui se casse, il y a la cheville qui se casse ou le genou qui est abîmé. On remplit les services d'urgence des hôpitaux et du coup il n'y a plus de place pour les personnes qui sont touchées par la Covid.
Donc on a un risque de saturation qui est lié à la fois à la circulation du virus et aussi à la multiplication de fractures et d'accidents de ski.
Il y a la colère évidemment des restaurateurs. Vous parliez du risque d'une troisième vague et donc d'un troisième confinement. C'est ce que craignent les restaurateurs. On leur offre la perspective de rouvrir peut-être à partir du 20 janvier, si la situation sanitaire le permet. Mais ce qu'ils craignent, c'est un relâchement des Français entre Noël et Jour de l'An et un retour du virus qui les empêcherait d'ouvrir à nouveau le 20 janvier.
Qu'est-ce que vous leur répondez ? D'abord, c'est bien pour ça que nous prenons cette décision difficile de fermer les stations de sport d'hiver, de ne pas avoir de vacances de ski à Noël. Mais la première chose que je veux leur dire, parce que j'en ai eu des dizaines aujourd'hui au téléphone, c'est qu'ils ont mon soutien et notre soutien total. Beaucoup sont désespérés. Je le sais. J'en ai eu en larmes au téléphone qui me disent « Nous, on attendait la réouverture comme le Messie. On a mis toutes nos économies dans notre affaire, dans notre restaurant. On a choisi le décor, on a choisi les nappes. On pense à nos salariés. »
Ils vous appellent directement ?
Bien sûr. Des dizaines m'ont appelé depuis hier pour me dire « Nos salariés, ils ne pensent pas à leur chiffre d'affaires ou à leur salaire personnel. Ils pensent à leur serveur. Ils pensent à leur cuisinier. » Et ils se disent « Qu'est-ce qu'ils vont devenir ? » Donc nous allons, et je veux vraiment que les restaurateurs m'entendent, leur apporter un soutien maximal.
20% de leur chiffre d'affaires réalisé sur la même période l'année dernière. Ça suffira, ça ? Mais pour ceux qui vous disent que l'année 2019 a déjà été catastrophique.
Ça suffira pour le petit restaurant avec un ou deux salariés, comme pour la chaîne de restauration, comme pour le chef étoilé qui a 3, 4 ou 5 établissements. Celui qui a un petit établissement, il a droit, il est fermé au fonds de solidarité jusqu'à 10 000 euros. Il a perdu 5 000 euros ou 6 000 euros des chiffres d'affaires. Ils sont entièrement indemnisés. Et il a le chômage partiel remboursé à 100 %, ses charges totalement supprimées et un prêt garanti par l'État qu'il peut rembourser uniquement à partir de 2022 s'il le souhaite.
Oui, mais pas les traite quand il s'est endetté pour acheter son fonds de commerce, son établissement.
Celui qui est dans cette situation-là avec un établissement plus important, lui pourra dire « moi je perds mon chiffre d'affaires, j'ai un chiffre d'affaires beaucoup plus important que 10 000 euros, j'ai la charge de mon loyer par exemple, donc je préfère prendre l'autre option qui est indemnisation à hauteur de 20% du chiffre d'affaires par rapport au chiffre d'affaires de décembre 2019. » Et ça pourra aller jusqu'à des sommes très importantes parce qu'il y a des restaurateurs qui ont 2, 3, 4 restaurants, qui ont des charges qui sont importantes. Ça leur permettra aussi d'amortir leur charge fixe, leur traite ou leur loyer.
S'il y en a qui ont vraiment une difficulté encore plus importante, il y a des aides directes de l'État qui seront aussi disponibles, des prêts qui seront directement apportés par l'État et qui sont remboursés avec ce qu'on appelle une clause de meilleure fortune. C'est-à-dire, tant que vous ne retrouvez pas votre clientèle, votre chiffre d'affaires, vous ne remboursez pas. Je ne laisserai tomber personne. Du petit restaurateur jusqu'au grand chef étoile.
– Je me souviens de votre slogan en printemps pour les entreprises en général, c'était « zéro faillite ». Vous vous souvenez de cet engagement ? – Bien sûr. – Et pour les restaurants, ça… – Un restaurant sur deux pourrait fermer.
– J'ai l'habitude de dire les choses avec franchise. Je ne prendrai pas cet engagement. Je sais qu'il y a des restaurants qui auront du mal à survivre à cette période. J'en ai parfaitement conscience. D'abord parce qu'il y a des restaurateurs qui sont désespérés. Il y en a qui viennent d'ouvrir à trois ou quatre mois et qui m'ont dit « Écoutez, nous, on s'est lancé dans cette affaire-là, on a 25 ans, OK, on met la clé sous la porte et on arrête ». Certains avaient un restaurant. Ils ont ouvert un deuxième en se disant « Le deuxième va pouvoir financer le premier ». Ils disent « On arrête tout, c'est trop difficile ». Je le sais.
Donc je ne vais pas vous prendre cet engagement parce que ce serait malhonnête de ma part. Il y a une partie des restaurateurs qui, effectivement, n'arriveront pas à passer cette crise. Je veux juste leur dire que chaque restaurateur qui veut se battre, qui a la possibilité de se battre et qui a besoin du soutien de l'État, il l'aura. Quelle que soit sa taille, quel que soit son nombre de salariés, quel que soit son chiffre d'affaires, quelle que soit sa gamme de restauration.
Avec la certitude de rouvrir le 20 janvier ?
Non. Non ? Je ne peux pas vous donner cette certitude. Je me suis battu pour que les commerces puissent ouvrir le plus vite possible. On a échangé avec le Premier ministre, le Président de la République. Là, ils vont avoir un week-end supplémentaire avant Noël. Je pense que c'est pour eux quelque chose qui est très positif. Et les dimanches ? Je ne peux... Et tous les dimanches avant Noël. C'est acquis, hein. Les quatre dimanches avant Noël. Mais je ne peux pas prendre l'engagement que le 20 janvier, tous les restaurants, tous les bars pourront rouvrir.
Nous ferons le point, comme l'a très clairement indiqué le Premier ministre et le Président de la République, quelques jours avant le 20 janvier. Nous verrons où en est la circulation du virus et nous prendrons la décision. On souhaite tous pouvoir retourner au restaurant. On souhaite tous que les bars puissent rouvrir. Mais on veut tous aussi que le virus ne se remette pas à circuler.
Pardon, les bars, ce sera bien après les restaurants, à une date qui n'est pas fixée encore pour les bars.
Le Premier ministre a été très clair. Il a parlé de bars et de restaurants avec un rendez-vous le 20 janvier. Mais pour revendre... Ah non, non, non, pardon.
Il évoquait que les restaurants, pas les bars.
Il a prononcé le mot de bar, il me semble. Ce matin ? Vous vérifierez. Repassez la vidéo, il me semble avoir entendu le mot de bar. J'étais à Rome, peut-être que j'ai loupé un mot. Mais en tout état de cause, tous les lieux dans lesquels il y a de la convivialité, les restaurants, les bars, il faudra que nous fassions des points étape par étape. Et que nous voyons quand une réouverture est possible.
Quand on écoute l'épidémiologiste Arnaud Fontanet de l'Institut Pasteur, membre du Conseil scientifique, on se dit que même janvier 2020, T1, c'est une date, c'est un horizon bien optimiste pour la réouverture des restaurants. Écoutez-le ce matin.
Si on arrive à vacciner, je vais donner un chiffre comme ça, 80-90% des Français, parce qu'il faut quand même tenir compte que ces vaccins ne sont pas 100% efficaces, on aura une couverture telle qu'on peut tout à fait logiquement penser qu'on reviendrait à une vie normale. À l'automne 2021 seulement, et 80-90% des Français, c'est un objectif extrêmement ambitieux, compte tenu de la défiance qui existe aujourd'hui vis-à-vis des vaccins.
Un retour à la vie normale seulement à l'automne 2021, à la condition que 80-90% des Français aient été vaccinés. Mais vous vous rendez compte de l'échéance qui nous est fixée là ce soir ?
Ce n'est pas une échéance sur la réouverture. On va discuter avec le Conseil scientifique, on discute régulièrement avec Olivier Véran. Ensuite, le Premier ministre et le Président de la République prennent les décisions. Il y a, comme on l'a fait pour les commerces, des possibilités aussi de renforcer les protocoles sanitaires, peut-être qu'avoir l'application de tous anti-Covid lorsqu'on va au restaurant, la possibilité d'avoir une ventilation qui soit plus forte à l'intérieur de ces restaurants.
La contrainte de l'isolement ?
On peut travailler la contrainte de l'isolement pour s'assurer qu'effectivement, lorsqu'une personne est contaminée, elle soit bien isolée et qu'elle ne puisse contaminer personne d'autre. Je pense qu'il faut qu'on utilise le temps qui est devant nous. Comme on l'a fait sur les commerces, ça fait trois semaines qu'on travaille sur les commerces pour définir un protocole sanitaire plus strict, travailler sur les jauges et rentrer dans le moindre détail technique. Est-ce que dans la jauge, on compte, oui ou non, l'ameublement, le rayonnage ou non ? Finalement, on ne le compte pas. Tout ça nous a permis d'arriver fin novembre avec un protocole sanitaire adopté par tous et très strict.
Je propose à mes amis restaurateurs que nous fassions exactement la même chose. Ils ont déjà beaucoup travaillé sur ce sujet. Regardons si on ne peut pas encore compléter ce protocole sanitaire pour nous donner les meilleures chances de réouverture au début de l'année 2021. Parmi les annonces faites ce matin, il y a aussi cette aide exceptionnelle de 900 euros par mois jusqu'en février 2021 pour les travailleurs précaires, une sorte de revenu de remplacement mensuel minimal qui devrait concerner environ 400 000 personnes. Est-ce que c'est un embryon de revenu universel ? Est-ce que vous y êtes favorable ? L'Assemblée nationale va rouvrir le débat, comme elle l'a annoncé ce matin.
Je suis surtout favorable à ce que nous simplifions les mesures d'aide sociale. Il y a aujourd'hui beaucoup de minima sociaux. Je trouve que ça fait partie des réflexions qu'on pourrait avoir. Est-ce qu'on ne peut pas simplifier ces minima sociaux qui doivent maintenir un encouragement au travail ? Ce sont les deux objectifs qui me paraissent importants. Simplifier, ça veut dire qu'aujourd'hui, si vous êtes un travailleur en situation très précaire, il faut aller chercher le RSA, il faut aller chercher une allocation ici, une allocation là. C'est compliqué. Donc éventuellement, un revenu de l'homme universel.
Simplifier ça et voir si on ne peut pas avoir quelque chose de plus unifié, moi, je trouve que c'est une bonne idée. La deuxième chose qui me paraît essentielle, c'est qu'on maintienne une incitation à retourner au travail. Ça, c'est un point absolument fondamental. Il doit être plus avantageux de travailler que de vivre des allocations. Pour moi, c'est les deux principes. Simplicité, parce que pour les personnes qui sont les plus fragiles, c'est important que ce soit simple et d'accès direct. Et incitation à travailler, parce que, évidemment, c'est l'intérêt collectif que tout le monde puisse retrouver un travail.
Concernant les jeunes, le Premier ministre a également annoncé la création de 20 000 jobs étudiants. Alors c'est formidable, mais comment est-ce qu'on crée des jobs étudiants en ce moment, à l'heure actuelle ? Et dans quel secteur ? Il y a beaucoup de secteurs dans les... Uber, Uber, Uber... Tous les secteurs de services, par exemple. C'est des secteurs dans lesquels on peut envisager des jobs. Mais je pense que c'est une mesure absolument fondamentale. Aujourd'hui, vous avez beaucoup de jeunes qui ont 18, 19, 20 ans, qui ont besoin de stages pour tout simplement vivre, avoir une rémunération à côté de leurs études, qui sont saisonniers.
Il y a beaucoup de saisonniers qui ne trouveront pas de place aujourd'hui parce que, tout simplement, il n'y a pas de sport d'hiver, par exemple. Il faut qu'on puisse offrir des alternatives et des possibilités. C'est le sens de ce qu'a proposé le Premier ministre. Enfin, une dernière petite question. Les annonces dont vous parliez, les aides, par exemple, aux établissements, ont resté fermés, coûteront 1,6 milliard d'euros. Ce qu'on va appeler la dette Covid. Est-ce qu'on va augmenter les impôts ? François Béroud a proposé sur France Info de différer la dette de 10 ans et de commencer à rembourser dans 10 ans. Est-ce que ce sont nos enfants qui vont rembourser la dette Covid ?
Si on est tout à fait honnête, une fois encore, ce n'est pas 1,6 milliard, c'est 3,6 milliards au total. Le fonds de solidarité, le seul fonds de solidarité, c'est par mois 3,6 milliards pour les établissements qui sont fermés ou les hôtels, par exemple. Parce que les hôtels pourront bénéficier de ce fonds de solidarité. S'ils perdent 50% de leur chiffre d'affaires, ils auront 15% de chiffre d'affaires remboursé. S'ils perdent 70% de leur chiffre d'affaires, c'est 20% qu'ils seront immédiatement remboursés de façon à les soutenir. Oui, ça crée de la dette. Mais 1, aujourd'hui, la dette, soyons honnêtes, ne coûte pas cher parce que les taux d'intérêt sont bas.
Et 2, il est, à mon avis, plus responsable, plus juste et plus efficace économiquement de protéger nos salariés, protéger nos compétences, protéger nos entreprises que d'avoir des vagues de faillites et de licenciements par centaines de milliers qui auront un coût social, un coût politique et au final un coût économique beaucoup plus important. Cette dette, simplement, c'est à environ 20 points de notre richesse nationale. Il faudra la rembourser le moment venu. On la remboursera comment ? Par de la croissance. C'est le plan de relance qu'on a déjà commencé à lancer aujourd'hui et qui donne déjà des résultats. C'est être responsable sur les finances publiques. C'est très important.
Et c'est une troisième chose qui est un tout petit peu plus controversée, mais à laquelle je crois profondément. C'est la réforme des retraites. Parce qu'on voit bien aujourd'hui que ce qui est le plus déséquilibré dans notre système social, c'est les retraites. Il faut réformer les retraites en France. Et il faut inciter les Français à travailler plus longtemps.
Pierre.
Cette semaine, un certain nombre de groupes ont annoncé des plans de départ volontaires. Des groupes importants qui ont à la fois des résultats en baisse, vu le contexte, mais qui restent bénéficiaires. Pour n'en citer que trois, Total, IBM et Danone. Pour ce dernier, Danone, 2000 suppressions d'emplois dans le monde, 4 à 500 annoncées en France. Le président de Danone, Emmanuel Faber, a justifié ainsi ces décisions. Il se trouve qu'on a été très touchés par les confinements mondiaux et la réduction de la mobilité. En particulier dans l'eau, on a perdu 1 milliard d'euros de chiffre d'affaires cette année sur une activité qui en fait 5. Donc c'est vraiment une baisse très significative.
Face à une situation comme celle-ci, et dans laquelle en face de ça, il y a des coûts pour collecter le lait, pour tous les sujets de la logistique sur des produits à durée très courte, sur les produits fermentés. Je ne connais ni entreprises ni patrons qui ne réagiraient pas. Et donc, nous avons réagi. La réalité, c'est que la protection de la rentabilité et du bénéfice, elle est fondamentale pour une entreprise, quelle qu'elle soit. Vous avez dit, Bruno Le Maire, que les salariés ne pouvaient pas être, selon l'expression, maintenant consacrés à une variable d'ajustement. Vous appelez les entreprises au sens des responsabilités. Vous imaginez pouvoir être amené à aller plus loin ?
Je voudrais bien me faire comprendre que j'ai eu l'occasion d'en parler avec Emmanuel Faber. Il n'y a rien de personnel là-dedans. Mais il y a des entreprises qui ont des difficultés conjoncturelles. C'est vrai que Danone vend moins de bouteilles d'eau parce que toutes les bouteilles d'eau qui pouvaient être dans les avions, dans les trains, dans les restaurants, dans les relais H, elles ne sont pas consommées ou moins achetées qu'elles ne l'étaient avant. Mais Danone est une très belle entreprise. C'est une difficulté conjoncturelle.
Licencier, c'est une décision structurelle et qui impacte très directement ceux qui sont les victimes de ces licenciements et le corps social de l'entreprise tout entier. Donc je le redis, les salariés ne peuvent pas être la variable d'ajustement de problèmes conjoncturels. Il y a d'autres entreprises qui ont des problèmes structurels. C'est-à-dire que quand vous travaillez dans le pétrole, dans les énergies fossiles, que nous, nous décidons d'arrêter de fournir des garanties de l'État sur l'exportation de ce type de produits, des tubes d'extraction, par exemple, de pétrole, là, c'est des vraies difficultés structurelles. Les entreprises sont obligées de recalibrer leurs salariés.
Ça peut se comprendre davantage. Mais nous serons très vigilants. Et croyez-moi, nous appelons tous les jours un certain nombre de chefs d'entreprise pour leur dire « Attention, la suppression de postes, c'est vraiment lorsqu'il n'y a absolument aucune autre possibilité. Ça ne peut être que la toute dernière décision, le tout dernier recours. Les salariés ne sont pas la variable d'ajustement des entreprises. »
Une fois qu'on a dit ça, Bruno Le Maire, qu'est-ce qui se passe ? Ces chefs d'entreprise, ils font ce que leur demandent les actionnaires. Et Emmanuel Faber a dit assez courageusement que c'était une question de rentabilité. La rentabilité de Danone, elle était à 16%, elle est tombée à 14%. Et apparemment, l'objectif, c'est de la ramener à 20%. Et les licenciements servent de variable pour rétablir une marge qui soit conforme à ce que souhaitent les actionnaires.
Oui, mais ce n'est pas uniquement les salariés qui font la compétitivité et la rentabilité d'une entreprise. Peut-être qu'il y a d'autres décisions qui pourraient pu être prises plus tôt. Moi, je ne suis pas chargé de traiter tel ou tel problème structurel d'une entreprise. Je dis simplement que parfois, c'est des investissements qui auraient pu être faits plus tôt. C'est d'autres choix stratégiques auraient pu être faits. C'est toujours un échec, le licencié. Toujours.
Donc je considère que lorsqu'il y a une évolution structurelle d'une entreprise qui a un besoin d'ajustement parce que l'entreprise a besoin de se mettre sur un autre marché, sur d'autres activités, elle a besoin de se restructurer, ça peut se comprendre. Lorsqu'en revanche, c'est un problème conjoncturel, là pour le coup, ça se comprend beaucoup moins.
Merci Bruno Le Maire. Vous restez avec nous pour commenter le reste de l'actualité.
Bruno Le Maire