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Interview28 minutes - ARTE· 31 août 2026 10 minAutoproduitPortrait personnel

“La Méthode” de David Djaïz | 28 minutes | ARTE

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Répartition du ton (temps de parole politique)

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[musique] David Jay, vous êtes essayiste et vous avez pensé la démocratie, la mondialisation, la nation, le capitalisme, les fractures sociales ou encore l'écologie. Aujourd'hui, vous publiez la méthode, un roman qui évoque l'éradication de chiens errant à Constantinople au début du 20e siècle et qui oppose considération éthique et décision bureaucratique. Alors, comment passer des essais politiques à ce que vous appelez une première incursion sur les berges du roman ?

Pour répondre à cette question, vous avez le profil idéal. Si l'on n'était pas suré, on pourrait se permettre une expression familière et vous qualifier de tronche. Vous naissez en 1990 à Agin.

Mon père m'a toujours répété que dans la famille, on avait que l'école. 199,97 au bac, prépa littéraire à Henri à Paris, premier au concours d'admission de Normal Supa, Science Po master de philosophie politique. J'ai une rapidité [musique] d'organisation, nuancez-vous.

Après la guerre civile n'aura pas lieu, vous publiez Slow Démocratie en 2019 une proposition pour ralentir le rythme de la mondialisation et évoquer différemment l'idée de nation. La plupart des intellectuels ou des politiques qui parlent aujourd'hui de la nation, ils exaltent effectivement l'ethnie, l'identité et cetera. Sauf qu'en réalité la nation pour nos concitoyens, c'est des mécanismes concrets, quotidiens, parfois invisibles comme la solidarité. 2 ans plus tard, dans le nouveau modèle français, [musique] vous déplorez l'étiolement de l'ancien modèle adopté après la Seconde Guerre mondiale avec le Conseil national de la Résistance.

Désormais, selon vous, les conflits qui se [musique] multiplient à la crise climatique nécessitent que l'on mette en place une économie du bien-être. Nous devons faire de ces catastrophes le matériau d'un redressement collectif. Il y a une phrase de Victor Hugo dans les Misérables qui disait : "Étonnez la catastrophe par le peu de peur qu'elle nous fait." Vous prolongez votre réflexion en 2024 avec [musique] la révolution obligée et c'est dans lequel vous livrez le mode d'emploi pour une transition écologique.

Avec la méthode, votre mode [musique] d'expression se déplace donc aujourd'hui vers le roman dans un essai. On est dans le noir et blanc de la démonstration, précisez-vous. Là, il [musique] n'y a que du gris.

Ouais, il y a que du gris, il y a du rouge comme des flaques de sang de ces chiens qui ont été suppliciés en 1910 à Constantinop parce que les jeunes Turc obsédés par l'ordre, la purification voulait débarrasser les chiens des rues et on fait appel à un médecin, un biologiste français, Paul Ambroise Remlinget qui bossait à l'Institut Pasteur et lui ont demandé d'élaborer une méthode. Est-ce que vous diriez de lui ? Comme vous l'écrivez, c'est un homme qui ne sait plus reminger ou poser sa conscience car il a participé volontairement ou involontairement. un canicide.

Oui, c'est on parlait de gris. Je crois qu'on est vraiment dans le dans le gris. On a là un disciple de Pasteur qui est quelqu'un de brillant mais qui est pas connu parce que autour de pasteur, il y a des stars hein.

Meikov, hierersin, euh Calmet, Guérin, Rou, tout ça, c'est des gens qui vont avoir la Légion d'honneur, qui vont avoir le prix Nobel de médecine, qui vont hier sain découvre le Basile de la peste, calmet et Guérin le BCG. Mais lui, bah lui, il est peut, il est dans les coulisses. Euh, c'est un disciple, un personnage secondaire, mais on peut être un personnage secondaire et être très intéressant.

Il se sent un peu écrasé par l'ombre portée du maître de la statue du commandeur. Donc, il se dit "Allons à Constantinople, peut-être que là-bas en Orient, je vais connaître mon quart d'heure de célébrité." C'est ça.

Benjamin. Et pour lui, les les chambres à Gaz c'est ça sa proposition, hein, concilie efficacité et humanité. Alors le plus sidérant peut-être dans cette histoire, c'est que je ce personnage c'est un scientifique honnête.

Donc il dit dès le début du livre que il y a pas de cas de rage à Constantinople, ce qui est troublant parce que la raison pour laquelle on a commis des canicides avant cet épisode, c'était pour des raisons sanitaires parce qu'il y avait des maladies infectieuses qui se propageaient des chiens vers les humains. Là il y en a pas, zéro, hein. Donc c'est vraiment pour un désir de purification.

Et la deuxième chose, c'est que c'est quelqu'un qui, ça va vous sidérer que je vous dise ça, mais c'est quelqu'un qui est sensible à la souffrance animale. Il n'arrête pas de dire que voir les chiens empoisonnés, ça lui provoque une souffrance intérieure extrême. Et plus tard dans sa vie, il écrira un un un livre sur les murs canin qu'il a eu l'occasion d'observer de près, dit-il.

C'est assez rare pour un microbiologiste et et un vétérinaire d'écrire sur les murs canin et c'est dit-il pour cette raison qu'il propose au gouvernant turc une solution fondée sur les chambres à gaz sur les chambres à gaz avec son ami Schpitz qui travaille pour le laboratoire allemand BASF et qui élabore donc le zylombé l'acide prussique qui est qualifié d'ailleurs de chef-dœuvre de concision et qui sera effectivement utilisé dans les camps d'extermination nazi dans les chambres à gaz et puis plus tard aussi en France contre les renards pour les déterrer pour les gazer dans les années 70-80 ça n'en finit jamais parce que le début du 20e siècle c'est pas juste le triomphe de la science pasteurienne. Reminget c'est un spécialiste des chiens de la rage c'est aussi le triomphe de la chimie allemande. On fabrique des gaz toujours plus performants qui sont capables évidemment de résoudre les grands problèmes de l'humanité.

L'invention des engrais doit beaucoup à la chimie allemande mais aussi d'administrer la mort en quantité industrielle. et R linget qui correspond avec ce chpit se dit formidable voilà une occasion d'administrer sans douleur et sans souffrance la mort de manière industrielle ça fait une réflexion sur l'ambivalence la nature ambivalente de la science qui peut-être absolument destructrice et qui peut-être en même temps un bienfait pour les humains et les nonhumains. Vous connaissez la phrase de Rablé science sans conscience n'est que ruine de l'âme.

Je crois que le problème de Reminget c'est c'est un scientifique honnête. C'est quelqu'un qui a un bon fond, je pense, mais qui refuse absolument de questionner les raisons pour lesquelles on le saisit ou de désobéir ou de désobéir. D'ailleurs, il le dit, il dit "La science, elle est sans pourquoi ?

Elle doit simplement résoudre les problèmes." Et ça, ça fait écho un peu à la mentalité de l'ingénieur qu'on peut retrouver aujourd'hui avec l'intelligence artificielle. C'est-à-dire bah on a des grands problèmes à résoudre, on va trouver une solution à ce problème mais jamais on ne se demande pourquoi.

Je je le dis dans le livre, la science est comme la rose du poète, elle est sans pourquoi. Et R Linget, c'est fondamentalement quelqu'un comme ça qui est dans un train. Le train fie à grande vitesse et il ne saute pas du train.

Vous parlez d'un ingénieur, on va évoquer avec vous avec Anna, un ingénieur, il s'appelle Jean-Marc Jeancovici et il a l'intention face à des grands sujets de société de proposer de demander leur avis aux citoyens. Oui, Jean-Marc Jeancov ici euh qui la semaine dernière a présenté son nouveau projet baptisé un commun accord, une assemblée citoyenne sur le réchauffement euh climatique. 150 citoyens vont donc être tirés au sort, se rencontrer un weekend par mois jusqu'à la fin du mois de février et ils vont devoir plancher collectivement sur plusieurs dilemmes comme par exemple comment concilier réchauffement climatique, rémunération des agriculteurs, des produits sains et pas cher, pas simple.

L'objectif, c'est d'arriver à des conclusions qui pourront véritablement peser dans le débat de la présidentielle. Ça rappelle évidemment étrangement la convention citoyenne de 2019 sur le climat, mais Jean Covici l'assure, celle-ci sera différente car elle est totalement indépendante de l'État. David Shas, est-ce que vous vous pensez qu'une assemblée de citoyens, elle peut prendre de meilleures décisions qu'une assemblée d'experts ?

En tout cas, je pense que pour tout ce qui touche à la vie quotidienne des gens, c'est nécessaire d'associer les citoyens parce qu'ils ont une expérience quotidienne. Et donc quand on on va devoir prendre des décisions comme euh les choix de mobilité, est-ce qu'il faut remplacer le fait d'avoir deux voitures par des moyens de transport collectif ? Il vaut mieux solliciter les gens et travailler avec eux parce que sinon ça passe pour de la bureaucratie, de la technocratie et ça rappelle d'autres périodes de notre histoire.

Donc il faut un exercice démocratique. Après, j'allais vous dire le réchauffement climatique, il est à l'œuvre et il faut prendre des mesures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Dites-vous qui êtes au fonctionnaire qui a fait beaucoup d'études et puis vous avez servi l'État.

Est-ce qu'on apprend à obéir dans ces écoles dans le tr jeune dans lesquels vous êtes allé peut-être trop et mal ? Euh je pense qu'on apprend à obéir mais que on développe pas suffisamment l'esprit critique. C'est très important de garder un esprit critique et une grande liberté face à ce qu'on nous demande.

Je crois on le perd même on le perd de plus en plus aujourd'hui. Oui. Dans les écoles parce que on on n'apprend pas à questionner la raison des choses.

Et et c'est vrai que un fonctionnaire c'est souvent un rouage. Donc quelqu'un qui demande pourquoi, c'est un empêcheur de tourner en rond, hein. C'est c'est un emmerdeur pour le pour le dire.

David J, pourquoi Michel Ser ? Pourquoi êtes-vous président des amis de Michel Ser, le philosophe qui avait écrit le contrat naturel entre autres en 90, tous les ans en novembre à Agin vous organisez des rencontres et les discussions cette année ? C'est l'attachement.

Pourquoi ? Qu est-il de précieux s'il était toujours en vie à nous à nous apporter ? Alors pourquoi d'abord on est tous les deux originaires d'Agin charmante ville du sud-ouest de la France et moi ce que j'ai ce que j'aimais particulièrement chez Michel chez Michel Ser que j'aimais chez Bruno Latour aussi c'était cette capacité à faire rentrer dans la réflexion politique des objets qui qui n'y sont pas naturellement et donc cette question des relations entre l'humain et l'animal par exemple que je traite dans le roman c'est une question qui intéressait autant Michel Ser que que Bruno Latour il a cette gourmandise et cette interdisci disciplinarité.

Donc c'est ce qu'on essaie de reproduire dans ce festival qui a 5 ans d'existence où on mélange des philosophes, des scientifiques, des artistes et on prend chaque année un sujet. Cette année, c'est le sujet de l'attachement et il y aura d'ailleurs des tables rondes sur le rapport entre et les animaux et l'animal. Vous êtes un pur produit de la méritocratie.

Vous avez coutume de dire, on me disait quand j'étais petit, l'école c'est le patrimoine de ceux qui n'en ont pas. On va faire un débat dans quelques minutes sur l'héritage en France. société d'hérité, une une héritocratie qui remplacerait la méritocratie.

Vous êtes d'accord avec ça ? Et il faut taxer plus. Bah en tout cas, ce que vous avez 20 secondes.

Ce que [rires] ce que je constate, c'est qu'on a une concentration énorme des richesses et en particulier des patrimoines et que l'affaiblissement des services publics et le creusement des inégalités, bah nous amène dans des sociétés de plus en plus inégalitaire. Donc il faut donc il faut corriger ça. Et effectivement le modèle scandinave pour moi est une une source d'inspiration parce que on arrive en fait à réduire les inégalités à la racine.

En attendant c'est pour ce roman absolument fascinant que vous êtes venu chez Stock, la méthode David Jes. Merci infiniment.