L'invité politique Sud Radio - Sarah El Haïry, Haute-commissaire à l'Enfance, est l'invitée politique
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 70 %Attaque 20 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:24OuverteRéponse directe
Laquelle ?
- 1:31OuverteRéponse directe
Comment va fonctionner ce guide ?
- 2:38OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qu'il doit faire en présence d'une suspicion forte ?
- 4:48OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qu'il doit faire en présence d'une suspicion forte ?
- 6:55OuverteRéponse directe
Ces deux dispositifs permettent-ils de mieux recueillir la parole de l'enfant ?
- 8:34OuverteRéponse directe
Que va apporter le questionnaire annuel de repérage des violences sexistes et sexuelles ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:45Invité politiqueChiffre
« tous les jours, toutes les trois minutes, on a un enfant qui est victime de violence sexuelle dans plein d'endroits différents. »
- 1:08Invité politiqueChiffre
« 70% des professionnels nous ont dit moi je ne sais pas, je ne sais pas comment faire, je ne sais pas comment voir. »
- 19:44Invité politiqueChiffre
« C'est plus de 700 000 dans le monde. »
- 24:19Invité politiqueFait
« vous avez des enfants de 8, 9, 10, 11, 12 ans qui jouent à GTA. »
Temps de parole
- Sarah El Haïry70 %
- Présentateur19 %
- Invité4 %
- ?2 %
≈ 10,6 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Sud Radio, l'invité politique,
Jacques
Cardoz.
8h31 à l'écoute de Sud Radio, c'est l'heure du grand entretien politique. Et aujourd'hui Jacques, vous recevez Sarah El Haïry, haute commissaire à l'enfance.
Sarah El Haïry, bonjour. Bonjour. Vous êtes haute commissaire à l'enfance et ce matin vous nous annoncez une nouvelle étape dans la lutte contre la violence faite aux enfants. Laquelle ?
La
diffusion d'un livre, d'une formation pour l'ensemble des professionnels qui sont au contact des enfants. Quel que soit en réalité leur statut, le statut de leur employeur ou leur place ou leur métier dans le dispositif. Pour une raison toute simple. On a tous été ébranlés au plus profond de nous après le drame de bien sûr la petite Liana. Mais plus que ça encore, tous les jours, toutes les trois minutes, on a un enfant qui est victime de violence sexuelle dans plein d'endroits différents. Le périscolaire, à la maison, chez un tonton, dans une asso sportive, en partant à la piscine, enfin c'est partout. Et donc l'inquiétude, elle monte, elle monte, elle monte au point où
la
question de moi je suis un adulte, moi je suis un professionnel, comment je vois, comment je ne passe pas à côté est revenue. 70% des professionnels nous ont dit moi je ne
sais
pas, je ne sais pas comment faire, je ne sais pas comment voir. Et pour les rassurer, pour avoir cette clé, cet outil, nous avons travaillé avec la Haute Autorité de Santé et les associations, un guide qui s'appelle détecter et recueillir la parole d'un enfant victime pour que jamais le silence ne serve le prédateur, le violeur.
Sarah Elahiri, pour qu'on comprenne bien comment va fonctionner ce guide, il va j'imagine être distribué, mais au-delà d'un guide c'est un accompagnement qui va également être mis en place.
Exactement, c'est un guide qui est l'outil, qui est le support, il va être très largement diffusé, je vais donner quelques exemples parce que l'objectif c'est que ça soit la même formation partout, il sera auprès de la fédération, la fédération de rugby par exemple va
le
diffuser, l'association La Voix de l'Enfant, il sera diffusé également par des fédérations pour le coup d'éducation populaire, les scouts par exemple, et Guide de France le diffuse, enfin je ne
peux
pas faire la liste parce qu'il y en a beaucoup beaucoup, mais
c'est pour vous donner beaucoup d
'associations sportives, le tissu associatif,
éducatif également, et du monde de la protection de l'enfance. Pourquoi ? Parce que ce guide c'est pour se dire qu'est-ce que je fais ? Quelles sont les erreurs à ne pas commettre ? Comment finalement j'envoie ou je saisis le procureur ou la CRIP qui est la cellule qui peut lancer des investigations ? Comment des mois après, face à une révélation,
je
ne me dis pas, j'ai cru voir, j'aurais pu arrêter ce drame ?
J
'ai une interrogation, comment je dois réagir ? Est-ce qu'il y aura une formation ? Ou bien, on l'a bien compris, ce n
'est
pas seulement un guide papier, il y
a
une formation qui va avec
?
Exactement, alors d'abord ce guide il est disponible pour tout le monde, et parce qu'il y a cette demande, et la formation c'est aussi un outil de prévention, pour ne pas laisser des sévices durer parfois des mois, voire des années, ça c'est la première étape, et la deuxième c'est sur le site du ministère, c'est un module de formation qui est gratuit, qui dure 6 heures, qui est un e-learning totalement disponible et libre d'accès, parce que nous avons besoin que tout le monde ouvre les yeux sur les drames que peuvent connaître nos enfants, ce e-learning, c'est un cycle, c'est un cycle, et pour aller plus loin.
Moi j'invite les professionnels, évidemment les employeurs, à donner peut-être ce temps, pour que finalement ce temps soit aussi un outil investi dans la protection des enfants, et que les professionnels puissent se former.
Sarah El Haïry, vous demandez aux entreprises justement d'aller plus loin, de prendre les choses par la main, et d'aller et d'inciter tous les managers, et tous les professionnels
à suivre
ce e-learning ?
Absolument, et s'ils donnent du temps pour que leurs salariés, leurs collaborateurs se forment, leurs bénévoles, leurs encadrants, ça va servir à qui ? Ça va d'abord servir à la cohésion. Moi je veux dire, des prédateurs, des gens qui viennent faire du mal aux enfants, ils viennent volontairement cibler des endroits où
il
y
a
des enfants. Mais la majorité des professionnels, qui sont dans l'éducation populaire, dans les écoles, les profs, ou même les éducateurs sportifs, ce n
'est
pas des violeurs en puissance, c'est des gens qui font plutôt bien leur boulot, qui ont plutôt envie de faire grandir nos enfants, qui aiment la question du développement et du soutien des enfants, c'est ça la majorité des gens. Mais ils sont quoi ? Ils sont infiltrés, infiltrés par des prédateurs. Et un prédateur, il utilise tous les moyens pour être propres sur lui, pour donner les bons signaux, pour rassurer les adultes, ses collègues. Et donc, ils sont vicieux, je veux dire les choses telles qu'elles sont. Il y a des méthodes de manipulation. Pour les débusquer, il faut se former, et aujourd'hui, il y a deux outils. Un guide et une formation en e-learning
disponibles.
Si on passe à l'étape d'après, une fois que le professionnel est en présence d'une suspicion forte, qu'est-ce qu'il doit faire ? Est-ce qu'il y aura une obligation pour lui de manifester et de signaler ce qu'il a pu observer ?
Moi, je
le dis tout simplement, quand tu es témoin, tu ne prends aucun risque. Il ne
faut
pas que le silence serve le prédateur. Ça veut dire qu'on signale. On signale à la cripe, et c'est là où beaucoup de professionnels disent « Mais comment je fais ? Qu'est-ce que je dois écrire ?
»
Et donc,
comment on fait ?
Et
du
coup, typiquement, il y a les éléments factuels pour écrire à la cripe. C'est « Il faut donner son nom, il faut circonstancier les lieux, signer la déclaration ». Là, typiquement, c'est un exemple. C'est départemental. Si on est un agent public, on peut saisir le procureur de la République. Il y
a
aussi des procédures internes. Et comme je sais qu'un certain nombre de professionnels se disent « Oui, mais enfin, en interne, il faut que je dise à mon supérieur. » Et peut-être que c'est mon supérieur, le sujet. Je fais comment ? Comment je fais pour ne pas perdre mon job
? C
'est très
important, ce
que vous dites. C'est
hyper important.
Parce que parfois, il y a des protections qu'on suspecte. Bien sûr.
Et il ne faut pas être naïf. Et face à ça, comment tu ne laisses pas tout seul le professionnel qui dit « Oui, mais si je le dis et que
je
n
'ai
pas de preuves, est-ce que ça ne
va
pas se retourner contre moi ? » Je l'ai entendu, ça.
Donc là, Sarah El Haïry, il y a cette mise en place, cette possibilité d'alerter en évitant éventuellement sa hiérarchie.
C
'est possible
directement. Bien sûr.
Exactement. Et c'est exactement les outils et les clés. Les erreurs à ne pas faire. Les bonnes pratiques. Ensuite, un certain nombre de contacts. Parce qu'on peut appeler des UAPED quand on en a. Et ils sont au quotidien au service d'autres professionnels. Mais tous ces éléments, vous savez, moi ce que je voyais, c'est qu'ils ne sont pas concentrés quelque part. Et on se retrouve très seul. Et puis, on ne
va
pas se mentir, il y a des professionnels qui ont eu des procédures très harcelantes contre eux. Parce qu'ils ont dénoncé des choses. Et donc, quand tu es un collègue qui a vu ce qu'a vécu un autre collègue, soit médecin, soit soignant, soit éducateur, est-ce que tu te sens capable de supporter la même chose ? Eh bien, parfois pas. Mais pour protéger nos enfants, il faut protéger leurs paroles et les signes qu
'ils
nous envoient. Et donc, signaler, toujours signaler.
Alors, un point est évidemment fondamental dans la protection de l'enfant, c'est le recueil de la parole de l'enfant. Un enfant peut parfois mal s'exprimer, envoyer des signaux contradictoires. Alors, pour que ce soit parfaitement compréhensible pour ceux qui nous écoutent, il y a deux dispositifs distincts dont on parle beaucoup en ce moment pour tenter de détecter d'éventuelles violences. Le questionnaire du ministre, qui lui est décidé par décret, mais aussi l'entretien individuel dans la nouvelle loi. Est-ce que ces deux dispositifs-là permettent effectivement maintenant de mieux recueillir la parole de l'enfant ?
C
'est déjà deux grands rendez-vous, oui. Et ces deux avancées, oui. On n
'a
jamais été jusque-là. La loi de lutte contre les violences
faites
aux femmes et aux enfants, la loi dite intégrale, c'est une avancée. D'ailleurs, dans cette loi, il y a plus de cinq mesures, un quart des mesures prioritaires que j'ai proposées au Premier ministre cet été, qui sont dedans. Un parquet spécialisé sur la pédocriminalité, parce que ce ne sont pas des crimes comme les autres. Il faut gérer sa touche des
jeunes, des
moins jeunes. Il y a le fait de condamner des deepfakes, le fait de recevoir des images dégueulasses sexuelles sans les avoir demandées, de voir ces images transformées. Mais il y a aussi surtout le conseil des victimes, qui est ce lieu, cet espace, qui a vocation à construire les lois et les procédures de prévention avec les victimes elles-mêmes. Parce que c'est comme ça qu'on réussira, je crois aussi, à briser ces tabous. Mais pour recueillir la parole, les travaux sont en cours au sein de l'éducation nationale pour ouvrir. Moi, je crois que l'entretien individuel est une bonne chose.
Mais il faut aussi que ce livret va être diffusé par les pédiatres, le réseau, la fédération et les syndicats des pédiatres. Pourquoi
?
Parce que tout le monde n
'est
pas formé à accueillir la parole d'un enfant victime. Et donc, parfois, quand il te dit deux choses différentes, on a l'impression qu'il ment. Sauf qu'il ne ment pas. C'est des outils de protection. Donc, il faut comprendre comment fonctionne le cerveau d'un enfant face à un traumatisme.
Que va apporter le questionnaire annuel de repérage des violences sexistes et sexuelles ? Il y a eu une première étape qui, apparemment, ne satisfait pas tout le monde. On attend une deuxième version, d'abord ?
Oui, il faut travailler les questions avec les associations qui ont l'habitude de recueillir la parole.
Elles ont dit que c'était trop juridique, mal conçu pour libérer la parole.
Vous avez raison
? Non, je pense que, là, pour le coup, le ministre de l'Éducation sociale, il a le courage de permettre ce temps de libération de la parole. Après, dans la forme, il faut continuer à travailler les questions avec les associations qui ont l'habitude d'accueillir cette parole. Je pense, bien sûr, à l'Enfant Bleu, je pense à la Voix de l'Enfant, je pense, pour le coup, à la Fondation de l'Enfance, qui ont l'habitude, vous savez, en fonction des âges, de voir quels sont les mots que les enfants utilisent, pour que ce ne soit pas ni juridique, ni peut-être trop dur à dire. Et l'idée, c'est simplement de
détecter.
Donc,
on est en train de retravailler ce texte.
Moi, je suis absolument favorable à le retravailler pour permettre que ce soit un rendez-vous de protection demain pour les enfants.
Vous parliez à l'instant de la loi intégrale. La grande question qui se pose, c'est de savoir, dans le contexte actuel, si on aura les moyens de nos ambitions avec cette loi intégrale. Je prends un exemple. Chaque établissement scolaire devra désigner un adulte référent sur les droits de l'enfant et les violences faites aux enfants. Est-ce qu'on a les moyens de faire ça, aujourd
'hui ? Non, mais
à un moment, en fait, on n'a pas les moyens de continuer à laisser des prétateurs grignoter, bousiller la vie de nos enfants.
Je
veux dire, toutes les trois minutes, il y a une violence sexuelle. Et parfois, on oublie de le dire, mais c'est important de le dire. Moi, les questions sur lesquelles je lutte, c'est toutes les violences.
Quand vous avez, dans le périscolaire, quelqu'un qui ne se comporte pas bien, qui n'a pas la bonne posture avec un enfant, qui va utiliser des mauvais mots, qui va le violenter, alors que quand il rentre chez vous, vous vous faites tout pour qu'il ait confiance en lui, qu'il grandisse, et que d'un coup, vous ne comprenez plus le comportement de votre enfant, parce que vous le voyez tomber dans une déprime, parce que d'un coup, il refait pipi au lit, d'un coup, il a peur que vous le touchiez. Il est où le pacte scolaire dans tout ça ?
Et
donc, pour y répondre, oui, nous avons besoin de, finalement, cette loi qui va répondre à un certain nombre de nouveaux défis, et c'est une avancée.
Alors, le scandale du périscolaire à Paris, 195 animateurs suspendus, dont 74 raisons, dont sont 74, pardon, en raison de soupçons de violences sexuelles sur mineurs, et plus de 230 enquêtes sont en cours dans les écoles et les crèches. Vous attendez le rapport qui doit sortir aujourd'hui ? Qu'est-ce que vous attendez de ce rapport ?
Moi, j'ai été auditionnée par cette commission. Et d'ailleurs, je salue la rapporteure, et pour le coup, le président de la commission, qui ont été, pour le coup, qui ont mis en lumière beaucoup de choses. Le périscolaire, il y a le scandale parisien, et en fait, il y
en
a un peu partout en France, il ne faut pas négliger les autres villes. Mais après, on va dire les choses très clairement. Quand tu n'as pas contrôlé les antécédents judiciaires de quelqu'un, qu'il a été condamné, qu'il est connu dans les fichiers, et que tu le mets face aux enfants, tu es responsable. Bien sûr qu'il y a les coupables, ceux qui vont toucher, ceux qui vont violer, ceux qui vont violenter nos enfants. Mais la chaîne de responsabilité, bon sang, on n'a pas le droit de s'en laver les mains. Moi, quand je dépose mon enfant devant la grille de
l
'école,
je
n'ai pas d'autre choix que de faire confiance à l'institution. Et donc, ce choix, il doit engager des responsabilités. Et je le dis simplement, il faut contrôler les antécédents de l'ensemble des adultes. Il faut sortir de l'anonymat les gens du périscolaire, alors même que la grande majorité d'entre eux, je le dis, font bien leur job, font bien leur boulot. Mais aujourd'hui, le collectif SOS, pour le coup, périscolaire, entre autres, avec qui on travaille, dit des choses très simples.
Je
connais le nom de la maîtresse de ma fille, je ne connais pas le nom des personnes qui l'accompagnent au déjeuner. Donc, on
ne fait
pas assez
et vous en attendez plus sur ce point, on doit avoir plus de transparence concernant ceux qui travaillent aux côtés des enfants.
Évidemment, une
formation, des contrôles des antécédents, le nom des personnes qui sont au contact de des enfants, des procédures de responsabilité et de pouvoir fonctionnel du directeur de l'école, parce que c'est dans les murs de
l'école
que ça
se passe. Et la transmission
des signalements, parce qu'on a bien vu que c'était l'un des problèmes.
Ah, exactement, la transmission des signalements. Et si ce n'est pas fait, engager la responsabilité de celui qui ne l'a pas fait. Et puis, informer les parents systématiquement. Moi, je vois encore trop d'endroits où on dit, « Ah, mais ça va faire des histoires ! » Et puis, on n'est pas sûr. Ça ne veut pas dire qu'on vient brouiller la question de la décision de la justice. Elle arrivera. Et ok, la présomption d'innocence, elle est respectée. Mais on a le droit, bon sang, de dire qu'il faut mettre à distance un
adulte
dont on doute du comportement. On fait le principe de précaution.
C'est
le
principe de précaution,
évidemment. On le
fait sur des questions environnementales. On a le devoir de le faire sur une autre vulnérabilité qui est celle de nos enfants.
Ce
sera dans le rapport, ce que vous nous dites là
?
Écoutez, le rapport, ce n'est pas moi qui l'écris. Je l'espère. J'espère le lire. Mais ce sera bien sûr, c'est une proposition sénatoriale.
Donc,
en tout cas, moi, je plaide de toutes mes forces pour ça. Et je l'ai proposé au Premier ministre dans le rapport avec les 20 préconisations
prioritaires. Mais qu'on soit
bien d'accord, c'est un des points fondamentaux. C'est le problème aujourd'hui.
Engager la responsabilité de toute la chaîne. Assurer le contrôle des ans décédents de manière systématique. Et avoir la transparence et l'information quand il se passe le moindre acte. Parce que les parents, ils n'ont pas besoin. Ils ne devraient pas questionner leurs enfants en rentrant de l'école pour être sûrs qu'ils ne s
'aient
rien passé. Vous avez vu ce qui se passe à Angoulême, il y a quelques heures à peine. Alors, bien sûr, encore une fois, on verra ce que la justice dira. Mais enfin, il
y
a des enfants qui racontent des choses à leurs parents
qui sont glaçantes. Oui,
un chiffre, un chiffre. Combien de personnes se voient refuser des attestations ?
Moi,
j
'ai retiré plus de 8000 attestations uniquement dans le secteur. Uniquement dans le secteur de la protection de
l
'enfance, de la petite enfance. Et aujourd'hui, des espaces et des lieux où il y a des enfants en situation de handicap. Qui sont encore plus en risque parce que les prédateurs, ils vont aller utiliser malheureusement cet handicap pour abuser des enfants.
Pour qu'on comprenne bien, ce chiffre est à mettre en parallèle avec l'avant, Liana.
C'est clair.
Et quels étaient les chiffres ? Quels étaient les chiffres avant ?
J'ai envie de dire, les chiffres sont en train d'exploser. Ils n'étaient même pas obligatoires avant septembre. Donc là, c'est en cours. On
parlait
de quoi ? De quelques dizaines peut-être ?
Ce n'était même pas tellement consolidé. On va se dire les choses très clairement. Moi, je me suis battue depuis des années pour que ce soit ce même contrôle partout. Vous savez,
des
parents qui accueillent dans leur propre maison un cours, je ne
sais
pas, de guitare, une aide du babysitting. Moi, je veux aussi qu'eux aient le droit d'accéder à ce certificat d'honorabilité. Ce n'est pas encore le cas aujourd'hui. J'espère qu'à la fin de cette loi, ce sera le cas. C'est très clair.
Abordons la question des rythmes scolaires et plus généralement du malaise de la jeunesse. Vous le comprenez, ce malaise
aujourd'hui ? Oh là là,
mais bien sûr. Franchement, c'est une génération qui vit plein de transitions et donc, oui, des angoisses. Vous voyez bien ce qu'ils vivent. Il y
a
des doutes sur les études qu
'ils
vont faire demain. Est-ce que ça va être utile ou pas ? Il y
a
des doutes sur l'état du monde. Il y a la guerre. Il y
a
la question du dérèglement climatique. Franchement, il y a quand même beaucoup plus de questions que de réponses.
Parmi les revendications, il y
a
la question des rythmes scolaires. Voilà un thème sur lequel on n'a pas forcément besoin d'argent. Ça pourrait être pris comme décision. Vous y seriez favorable ?
Un, moi j'y suis favorable. Deux, le président de la République y est favorable. Parce que quand il a lancé la Convention citoyenne des temps de l'enfant, on l'a créé en même temps que le haut commissariat à
l
'enfance, en même temps.
Par exemple, il faudrait commencer les cours à 9h ?
Par exemple, mais il n
'y a
pas que la question de l'ordre du début des cours. Il y
a
la question du début des cours, il y
a
la question des vacances scolaires, il y a la question de est-ce qu'on réduit les
inégalités. Il faut les réduire les
vacances scolaires ?
Oui, mais quand on avait proposé ça à la suite de la Convention des temps de l'enfant, il y
a
eu plein de levées de boucliers. Vous
parlez là des lobbies, notamment les lobbies du tourisme.
Mais pas que ! Alors il y
a
eu le tourisme, très clairement, on ne
va
pas se cacher. Il y
a
eu un certain nombre aussi d'enseignants, d'organisations qui sont
autour... Des réticences,
y compris au sein du corps enseignant.
Bien sûr, mais parce qu'ils disaient que ça impacte aussi leur organisation. Et donc c'est là où il faut mettre tout le monde autour de la table. Nous, on était partis de l'avis des chronobiologistes, donc des médecins, de ceux qui développent le
cerveau. Donc d'une
certaine façon, Sarah Allery, c'est très intéressant ce que vous nous dites, parce qu'il y a une forme de paradoxe. On voit des enseignants qui sont dans la rue aujourd'hui aux côtés des lycéens. L'une des revendications des lycéens, c'est les modifications des rythmes scolaires. Mais je
pense qu'aujourd'hui, c'est le moment.
C'est le moment ?
Je pense que c'est le moment, parce que peut-être que l'ensemble des enseignants ont aussi vu à quel point ça pesait sur les épaules des élèves. Et donc je crois que c'est une opportunité aujourd'hui, puisque pour le coup, le président de la République le soutenait, que la Convention citoyenne des temps de l'enfant l'a proposé, que les élèves le demandent. Après, on va se dire les choses très clairement. Quand on avait posé la question des vacances scolaires, un certain nombre de situations, comme les familles recomposées ou les familles divorcées disaient « Attention, nous,
on
a une organisation, comment on fait ? » Maintenant que c'est plus de 70% des demandes sur la plateforme d'expression pour les lycéens, je pense que, je veux dire, le blanc-seing est donné. Ouvrons cette discussion de manière claire.
Ouvrons cette discussion, Sarah Elahiri, haute commissaire à l'enfance.
C
'est notre invitée ce matin sur Sud Radio. Vous restez avec nous dans un instant, c'est la deuxième partie de votre entretien, notamment avec la question réseaux sociaux, l'auditeur et puis votre carte blanche. A tout de suite. Le Grand Matin Sud Radio, 7h10h, Jacques Cardoze. Sarah Elahiri, haute commissaire à l'enfance, est notre invitée ce matin sur Sud Radio. Vous avez souhaité dans votre carte blanche et vos trois minutes pour convaincre Sarah Elahiri, lancer une alerte sur les dangers de l'IA pour les enfants et les adolescents.
On
vous écoute.
Exactement. Aujourd'hui, les enfants vivent plein, beaucoup de prédation, beaucoup de violence, mais surtout, il ne faut pas sous-estimer. Le temps qui nous a pris pour comprendre qu'est-ce que l'économie d'attention, les conséquences des réseaux sociaux sur nos enfants, alors là, le monde quasiment entier fait des procédures judiciaires, interdit des sites, pose des majorités numériques. Mais il y a un danger encore plus sourd et qui va plus vite. L'IA conversationnelle, quand nos enfants s'attachent à leurs agents, à leur chat de GPT qui devient leur ami, leur confident, voire leur amoureux, est-ce qu'on s'en rend compte à quel point ce risque, il est grand ?
Il est grand parce que ces IA aujourd'hui, parfois c'est sur un smartphone, parfois aujourd'hui c'est dans un jeu vidéo et d'autres fois dans un jouet pour les tout-petits. Et quand je parle des tout-petits, je parle même des moins de trois ans. Cette IA conversationnelle, elle te parle comme si elle était ton amie, elle ne te contredit jamais, elle est, on dit, anthropomorphique, c'est-à-dire qu'elle fait tout pour que tu lui racontes le fond de ton âme, tes peurs, tes rêves, tes doutes.
Ce monde vous
fait peur
?
Oui, il me fait peur et je crois qu'aujourd'hui, sur la question de l'économie de l'affection, parce que c'est bien ça qu'il faut dénoncer, il y
a
une nouvelle forme de prédation. Et le pape l'a dit lui-même, je crois que le progrès doit servir l'homme, mais plus que jamais, s'il n'est pas prêt avec nos enfants, pour nos enfants, pour leurs besoins, alors il n'a pas vocation à les toucher de manière directe. Et je plaide pour une seule chose, le safe child by design. Si quelque chose n'a pas été conçu en protégeant les besoins fondamentaux de nos enfants, alors on ne les expose pas à ces objets-là. Les adultes, c'est un autre combat.
L'alerte est lancée. Sarah Lahery, maintenant on va écouter une question d'un auditeur.
Bonjour Madame Lahery, Claire de Bordeaux, ma question est la suivante. On voit de plus en plus d'influenceurs sur les réseaux sociaux qui se lancent dans la chasse aux pédophiles en utilisant notamment l'intelligence artificielle pour piéger les hommes soupçonnés de chercher à entrer en contact avec des mineurs, puis les exposer publiquement. Que pensez-vous de ces méthodes ? Merci à vous pour votre réponse.
De manière assez cash, je vais vous dire. Aujourd'hui, il y
a
une explosion de pédocriminalités en ligne. C'est plus de 700 000 dans le monde. Ils viennent du monde entier et ils s'attaquent à nos enfants qui sont dans leur chambre. Moi, je connais ces chasseurs de pédos. Il y
a
des associations, il y en a qui sont plus individuels. Je sais que, moi je vais vous le dire, je souhaite qu'ils aient un statut, qu'ils respectent un cadre des règles bien sûr, et peut-être se poser des bonnes pratiques. Mais je vais vous dire, tous ceux qui nous aident et qui nous permettent de lutter contre ces pédocriminels sont les bienvenus. Maintenant, je sais qu'il y a des dérives. Parfois, je ne suis pas non plus naïve, mais c'est à nous de construire le cadre et un pacte.
On
ne sera jamais assez nombreux pour protéger nos enfants. Aujourd'hui, ils sont exposés à l'ensemble des pédophiles du monde entier. C'est ça la réalité qu'on vit et c'est ça
qu
'ils vivent quand ils ont un téléphone ou un smartphone entre les
mains. C'est très intéressant ce que vous nous dites, Sarah Elahiri. Pas de pudeur, pas de fausse pudeur. Non,
il
ne faut pas. Avec ces associations qui peuvent aider, il faut peut-être un peu mieux les encadrer.
C'est ce que vous nous dites, mais
ils doivent aider
les enquêteurs.
Je vais vous dire, il
y a
des associations comme Thomas More qui sont très organisées. Et qui ont
obtenu des résultats.
Ils ont obtenu des résultats et on a besoin d'eux. Je
vais
vous dire, je préfère largement que les policiers et les enquêteurs aillent au bout de la démarche. Mais si on peut débusquer des gens qui veulent du mal et qui font du mal à nos enfants, je ne
vois
pas pourquoi on s'en priverait. On a des réserves de la gendarmerie nationale. On a des policiers qui font partie des réserves. C'est des hommes et des femmes qui ont une expertise dont on a besoin plus que jamais, qui est cyber. À nous d'accompagner le cadre, les outils et le chemin. Mais moi, je ne me prive pas. En tout cas, de l'aide et du soutien de personnes qui nous aident pour protéger les enfants.
On passe à l'actualité des réseaux sociaux avec un autre aspect. Et avec vous, Benjamin Glez, vous nous avez rejoint. On parle depuis le début de la semaine de cet acronyme qui revient beaucoup dans les discussions.
Oui, sur les réseaux sociaux, c'est la TCC, la True Crime Community. Désolé pour l'accent anglais. Approximatif, en tout cas, on en entend beaucoup parler. Car le tireur de 14 ans qui a blessé deux personnes dans un collège d'Aubagne lundi en ferait partie. Et bien, du coup, dans les médias, forcément, on a cherché à savoir ce qui se cachait derrière cette mystérieuse communauté. TCC, c'est un acronyme pour True Crime Community. Des internautes se retrouvent sur les réseaux sociaux et partagent des contenus à la gloire des tueurs.
C'est passionné de crimes réels qui s'en prennent aux écoles. Un mouvement depuis arrivé en France, hautement surveillé par les services de la DGSI. Ce sont souvent des personnes qui sont en rupture, qui sont en souffrance, qui ont des difficultés scolaires, qui peuvent être victimes de harcèlement.
Cette
mouvance est née après la tuerie scolaire à Columbine, aux Etats-Unis, en 1999. Elle se diffuse en ligne, sur les forums, et prend de l'ampleur sur les réseaux sociaux, comme TikTok ou X, depuis le Covid.
Alors, c'est plus ancien que le Covid. En France, depuis 2008, les renseignements auraient déjoué déjà six projets d'attaque liés de près ou de loin à cette mouvance. C'est ce qu'indiquent nos confrères de TF1. À côté de ça, au moins huit ont abouti ces dernières années. La menace est donc réelle. Elle inquiète jusqu'au plus haut niveau de l'État. On témoigne les propos sur BFM cette semaine du ministre de l'Éducation, Édouard Geffray.
On a effectivement une mouvance qui s'appelle la True Crime Community, qui est une mouvance de gens qui, sur Internet, sur fond, de masculinisme, etc., aspirent à des violences de masse. Le ministère de l'Intérieur suit évidemment ces mouvances-là depuis un petit moment. On s'accalise notamment aux Etats-Unis. Avec les réseaux sociaux, par définition, la contagion est toujours possible. Donc,
c
'est effectivement une mouvance très surveillée et dont il faut évidemment se méfier.
Sarah El Haïry, comment on lutte concrètement contre cette mouvance ?
En luttant contre les réseaux sociaux, leur contenu et en engageant la responsabilité pénale des hébergeurs et des plateformes. Je vais vous dire les choses très simplement. Quand vous élevez votre enfant correctement, vous l'éduquez, vous posez des règles, mais que dans sa chambre, finalement, pendant des semaines et des semaines et des semaines, il voit des vidéos et finalement, il vit, il s'enferme dans une autre bulle, mais que vous ne voyez même pas, vous n'êtes même pas capable de l'aider, vous ne le savez même pas. Et que d'un coup, il prend un fusil, un vrai fusil, qui le met dans un sac de guitare et qui va tirer sur un enseignant, sur un proviseur. Réellement, cette balle, elle n
'est
pas fictive,
elle traverse le corps. La responsabilité des
parents dans ce cas-là ?
Non, ce que je dis, c'est la responsabilité des plateformes, c'est la responsabilité de ceux qui
laissent ce contenu. Attention, parce que là-dessus, ça
a été retoqué par le Conseil constitutionnel, donc comment fait-on ?
Non, ce qui a été retoqué, c'est la manière dont on a écrit. Ce qui est certain, c'est que c'est dommage, je vais vous le dire comme je le pense. Maintenant, ils nous ont invité à réécrire le texte. Moi, je vois des pays autour de nous, puisqu'en ce moment, je fais une coalition internationale avec les Nations Unies sur les violences faites aux enfants. On ne
va
pas se mentir, un certain nombre de réseaux sociaux sont et permettent des violences sur nos enfants. Et donc, sur cette mouvance masculiniste, qu'est-ce que ça donne ? Ça donne parfois des violences sur les jeunes filles. Ça donne un amour des armes, une fascination des armes. Et puis, je vais même aller un peu plus loin. Tout ça, c'est dans un environnement encore plus large, de jeux vidéo parfois très violents et qui sont réservés d'abord à des majeurs. Mais comme l'âge n'est pas respecté, il se trouve que vous avez des enfants de 8, 9, 10, 11, 12 ans qui jouent à GTA.
D'ailleurs, GTA 6 qui va sortir, qui jouent à des jeux extrêmement violents dans le monde virtuel et qui n'ont pas le cerveau suffisamment développé pour parfois sortir de ce monde virtuel. Vous avez
utilisé
un terme masculinisme. Aujourd'hui, en France, on a le droit d'être masculiniste.
Il
n
'y a
pas de délit. Est-ce qu'il faut créer un délit contre cette idéologie-là ?
Non,
moi,
le délit que j'ai souhaité créer, c'est l'apologie contre la pédocriminalité. Ça, oui, ce n'était pas le cas jusque-là, à l'image de l'apologie du terrorisme. Et c'est dans la loi, pour le coup, violence, protection intégrale, lutte contre les violences intégrales qui a été votée à l'unanimité. Pourquoi je vous dis ? Masculinisme, ça dépend de ses conséquences. Ce qui peut tomber sous le coup de la loi, c'est les conséquences du masculinisme. Des violences faites contre les femmes, pour le coup, les propos très violents et qui tombent sous le coup de la loi.
Donc
il
faut
que ça soit autorisé le masculinisme aujourd'hui
?
Non, ce n
'est
pas autorisé ou pas autorisé. En fait, il y a un gradient. Il y
a
des gens qui écrivent sur ça de manière globale. Il y
en
a qui appellent à la violence. L'appel à la violence tombe sous le coup de la loi.
Un
dernier mot à propos de cette image extrêmement choquante que vous avez sans doute vue de ce robot qui agresse une jeune femme. Je crois qu'elle est mineure en plus, 15-16 ans. Comment vous avez réagi à ça et comment on fait pour lutter contre cela ?
Non, mais franchement, on n
'a
pas fini de lutter contre ceux qui agressent,
violent, se
frottent contre les jeunes filles dans les rames de métro. Demain, il faudra aussi lutter contre des robots. Et là, moi, j'espère qu'à Cologne, là où ça s'est passé, parce que c'était une violence sexuelle, contre une jeune fille de 16 ans. J'espère que ceux qui contrôlaient le robot à distance via leur téléphone portable vont être condamnés. Parce que la question qui se pose, c'est qui est le responsable ? C'est le robot ? Et on fait quoi du robot ? On lui enlève sa batterie ? Et finalement, ça sera sa peine ? Non, mais il ne
faut
pas arrêter.
C'est comme pour les réseaux. Il faudra
remonter à l'adresse IP, donc à ceux qui
décident.
Ceux qui décident, ceux qui ont écrit l'algorithme, ceux qui l'ont conçu.
Et
donc oui, derrière une action d'un robot ou d'une IA, il y a toujours un humain et il doit être responsable de ses actes et de la manière dont il l'a conçu.
Merci infiniment, Sarah Elahiri, haute commissaire à l'enfance, d'avoir été notre invitée ce matin sur Sud Radio avec beaucoup d'annonces et beaucoup de sujets très intéressants dans le cadre de la protection de l'enfance. On se retrouve dans quelques secondes pour La Vérité en face. Merci.
Sarah El Haïry