Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewBFMTV· 19 novembre 2024 17 min

Le discours d'Emmanuel Macron en marge du sommet du G-20 en intégralité

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Pardonnez-moi, le président de la République s'exprime. Depuis Rio. Depuis Rio.

0:03
Emmanuel Macron

Depuis donc mi-jour que la Russie a lancé cette guerre d'agression contre l'Ukraine, notre soutien au peuple ukrainien, à la nation ukrainienne et à ses armées et ses autorités. Comme vous le savez, depuis mi-jour, nous aidons le peuple ukrainien à résister à cette guerre d'agression et nous défendons le respect du droit international. Ces derniers jours et ces dernières heures ont marqué une évolution du conflit de manière inquiétante avec une posture escalatoire et donc particulièrement belliqueuse de la part de la Russie. D'abord en décidant d'impliquer la Corée du Nord et les armées nord-coréennes sur le sol européen et sur le théâtre des opérations.

Ensuite, ces derniers jours et tout particulièrement hier, en ayant les opérations les plus intenses avec les pertes parmi les plus importantes depuis le début du conflit et donc avec une agressivité redoublée. Et puis enfin, en décidant ce matin même, au millième jour symboliquement, d'officialiser ce qui était suggéré depuis plusieurs semaines, c'est-à-dire un changement de la doctrine nucléaire et en ayant une approche qui est très hétérodoxe et particulièrement agressive à l'égard de la communauté internationale. Et donc je veux ici véritablement appeler la Russie à la raison. Elle a des responsabilités en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies.

Elle a fait le choix très grave de ne pas respecter la Charte des Nations Unies en étant pourtant membre permanent de son Conseil de sécurité. Elle a pris ces derniers jours une responsabilité profonde. en impliquant une puissance extrêmement agressive d'Asie dans ce conflit et aujourd'hui en ayant une posture nucléaire inédite. La Russie aujourd'hui est en train de devenir une puissance de déstabilisation mondiale. Donc j'appelle le président Poutine à la raison et à ses responsabilités, celle de la Russie, de son peuple et de ses dirigeants, de déstabiliser les conflits, de respecter la Charte des Nations Unies et de participer à une désescalade collective.

2:09
Présentateur

Est-ce que vous êtes confiant, comme vous l'avez dit, dans le fait que ce conflit s'arrête en 2025 ? Est-ce qu'il faut que les Ukrainiens, vu la situation sur le terrain, se préparent à devoir céder une partie de leur territoire ?

2:21
Emmanuel Macron

Je ne parlerai pas pour le président ukrainien et son peuple. Nous avons connu ces guerres entre voisinage et l'annexion, les pertes de territoire et les difficultés. Donc je ne m'exprimerai absolument pas au nom d'un dirigeant d'un peuple souverain. Je dis simplement que notre aspiration, c'est celle de la paix. Nous avons nous-mêmes participé à des organisations de sommets internationaux en Suisse, en particulier ces derniers mois, qui ont eu vocation à construire celle-ci. Il y a eu plusieurs initiatives prises par le Brésil et la Chine qui ont aussi appelé... La paix, nous avons une approche simple. Nous aidons l'Ukraine à résister parce qu'elle est victime d'une guerre d'agression.

Nous souhaitons la paix, mais la paix qui ne soit pas la capitulation, parce que c'est alors une paix de l'état de fait, de la loi du plus fort. Donc une paix qui se ferait à l'initiative et sur la base de discussions entre les parties prenantes, et qui permettent de régler les questions territoriales, qui consacrent le respect du droit international, et qui permettent d'apporter des garanties de sécurité pour permettre à l'Ukraine, justement, de vivre dans la durée et dans la quiétude et la sécurité auxquelles le peuple ukrainien a droit. Et donc je suis totalement en accord avec plusieurs dirigeants, dont le président Zelensky, que la paix arrive en 2025, c'est ce que nous souhaitons tous.

Ça dépend d'abord de la Russie, et qu'elle arrête d'attaquer, de bombarder, de tuer, d'envahir. Et ça dépend ensuite de l'accord que les protagonistes de ce conflit sauront trouver, ce que nous espérons très profondément. Ça dépend d'une puissance tierce, d'en définir les termes. Aucun d'entre nous. Par contre, il est clair que nous, nous avons un rôle à jouer dans notre capacité à participer à l'architecture de sécurité de la région, en particulier les garanties de sécurité. Car on sait que dans les termes de l'accord, il y a les questions territoriales. Et ça, je dirais que ça n'est pas à la France, aux Etats-Unis, à qui que ce soit de le discuter pour l'Ukraine et pour la Russie.

On connaît les frontières internationalement définies, et ce qui relève du droit international. Par contre, nous avons des responsabilités, par exemple sur les garanties de sécurité, c'est ce à quoi je souhaite que nous travaillons, activement. Que sommes-nous prêts à faire le jour d'après pour assurer à l'Ukraine une sécurité, une stabilité, pour être sûre qu'elle ne soit plus agressée ? Quels sont les engagements que les Ukrainiens et les Russes sont prêts à prendre réciproquement ? Est-ce que ça doit se faire dans un cadre otanien, dans un cadre européen ? Et quelles garanties de sécurité nous sommes prêts à prendre d'un point de vue bilatéral ?

C'est ce que nous allons continuer de discuter avec les Ukrainiens dans les semaines à venir. Je crois que c'est là qu'on doit concentrer notre responsabilité au-delà du soutien.

5:07
Présentateur

Et vous pensez-vous pour donner des garanties de sécurité à la Russie aussi, comme vous l'avez dit jadis ?

5:12
Emmanuel Macron

Je pense que pour qu'il y ait la paix dans la région, que nous ayons des garanties réciproques. C'est une évidence. Et donc qu'il y ait des engagements sur l'utilisation des armes dans leurs différentes capacités et sur des garanties crédibles. Et donc qu'on ait des mécanismes de réassurance de part et d'autre, de non-agression. Et je reste complètement convaincu de cela.

Il faut vous représenter que l'Europe a longtemps vécu, y compris depuis, au fond, la fin de la guerre froide, avec des traités qui avaient été faits, largement négociés entre les États-Unis d'Amérique et l'Union soviétique, et qui, au fond, déterminaient les capacités de part et d'autre, qu'elles soient d'ailleurs nucléaires ou les capacités de missiles intermédiaires. Ceci n'a plus été respecté ces dernières années, en particulier par la Russie, puis même dénoncé par les États-Unis, si je prends le traité d'IFNI, en 2019. Et donc il y a une absence de règles aujourd'hui en Europe sur les capacités des uns et des autres, ce qui est une menace pour notre sol.

Et donc indépendamment du conflit en Ukraine, nous avons à rebâtir des règles claires, des mécanismes de vérification de part et d'autre qui nous permettront de vivre en paix dans la durée. Sinon, ce sera l'escalade constante et on voit bien que ça n'est pas soutenable. Mais une chose après l'autre, nous n'en sommes pas là. Aujourd'hui, nous sommes dans une situation de guerre en Ukraine par la responsabilité de la Russie. Il faut donc d'abord qu'elle cesse, qu'il y ait des négociations qui permettent d'obtenir une paix durable, c'est-à-dire respectueuse du droit international.

6:41
Invité

Vous avez lancé un appel à la Chine. Quel rôle peut avoir la Chine dans ce conflit ?

6:51
Emmanuel Macron

J'ai évoqué ce matin, évidemment, le conflit avec le président Xi Jinping à plusieurs égards. D'abord parce que la Chine est un membre permanent du Conseil de sécurité également et qu'à cet égard, elle a une responsabilité comme nous sur les grands équilibres. Ensuite, parce que la Chine a elle-même pris l'initiative de paix avec le Brésil. Et donc, elle a montré sa volonté que ce conflit cesse. Et donc, j'ai appelé le président Xi Jinping à utiliser tout son poids, sa pression, sa capacité de négociation à l'égard du président Poutine pour qu'il cesse les attaques. Et puis parce qu'il y a eu, comme je l'évoquais, deux faits nouveaux qui sont importants pour la Chine également.

Le premier, c'est l'implication de la Corée du Nord, leurs voisins, dans ce conflit, qui exportent en quelque sorte du continent asiatique des capacités militaires pour aller sur un théâtre européen avec des conséquences qui peuvent être multiples. Vous savez que la France elle-même, j'ai toujours porté cette voix, je dis que le rôle de l'OTAN n'était pas d'aller dans la zone indo-pacifique, ne pas aller dans la région asiatique parce que c'était, pour nous, pas sa vocation. La responsabilité que prend aujourd'hui la Russie est en train de tous nous placer dans une situation intenable parce qu'elle implique une puissance de l'extrême-est sur le sol européen.

Et donc, ceci va avoir, en quelque sorte, des conséquences en cascade extrêmement graves et dommageables pour la Chine. Et la deuxième... Bien sûr, c'est ce que je vous dis, c'est le premier point sur lequel je l'ai engagé. Il a été extrêmement prudent parce qu'il m'a très clairement dit que ce n'était pas la responsabilité de la Chine et qu'il n'était pas impliqué dans cette discussion. Mais je pense que c'est important pour nous de poser ce sujet et d'appeler la Chine aussi à nous aider à cette désescalade. La deuxième chose, c'est évidemment la doctrine nucléaire qui a été annoncée ce matin.

Chine a, à cet égard aussi, comme nous, un rôle important pour éviter qu'il y ait une dérive des doctrines des uns et des autres et qu'il y ait une agressivité croissante en la matière. Et donc, sur ces deux points, on a eu une discussion très franche avec le président. Évidemment, dans les deux cas, ce n'est pas la Chine elle-même qui est impliquée. Mais je pense que montrer que nous attendons d'elle qu'elle joue toute sa responsabilité, qu'elle pèse de tout son poids comme membre permanent du Conseil de sécurité, comme voisin, comme partenaire économique et politique important de la Russie est une chose importante.

9:21
Invité

Vous avez avancé sur ce dossier ?

9:24
Emmanuel Macron

Oui. D'abord, j'ai expliqué au président chinois, comme je l'avais fait au mois de mai dernier, que la question des véhicules électriques était une initiative de l'Europe, mais que nous soutenions, et qui a engagé tous les pays européens. Et que celle-ci n'avait pas une vocation agressive en quoi que ce soit, mais qu'elle était conformément, d'ailleurs, aux règles du commerce international, une procédure d'enquête très transparente, documentée qui visait à éviter les abus, les distorsions du commerce international, et qui, identifiant des subventions excessives, qui sont des distorsions massives, venaient protéger nos producteurs.

Qu'à chaque fois que des réponses avaient été apportées par des constructeurs, nous avions enlevé ces tarifs, en tout cas, il y avait été documenté qu'il n'y avait pas de tarifs à mettre. Il y avait d'ailleurs une gradation, qui allait de, je crois, 7%, un peu plus de 30% dans les tarifs qui étaient décidés. Et donc, plus il y avait de transparence et des autorités, et surtout des constructeurs chinois, plus on pouvait adapter celle-ci, mais qu'il y avait derrière des règles, une raison, une cohérence.

Et qu'à cet égard, nous avions été surpris par la réplique, qui était quand même ciblée, parce que quand on touche le cognac et que nécessairement l'armagnac, il est clair que ça ne touche pas beaucoup d'autres pays européens. Je crois que le bon sens nous l'indique assez aisément. Et qu'en l'espèce, il n'y avait aucune subvention du gouvernement français sur le cognac et l'armagnac, et qu'on voulait véritablement trouver une solution. Et donc, nous avons acté ensemble, et je sais combien c'est important pour nos producteurs de cognac, d'armagnac, et je les ai reçus la semaine dernière à Paris, et je pense derrière, véritablement, à toutes les...

Évidemment, les grandes maisons, les producteurs indépendants, tous les viticulteurs, et il y a beaucoup de familles, des dizaines de familles qui dépendent de cette activité, mais aussi toute l'activité qu'il y a autour, dans l'embouteillage, tous les métiers qui y sont liés, que j'ai défendu leur position, leur situation, et que nous avons décidé, avec le président chinois, eh bien, de mener le travail techniquement, avec beaucoup de transparence, d'engagement de part et d'autre, et que nous puissions, dans le 1er trimestre de l'année prochaine, essayer de trouver une issue favorable qui pourrait se faire autour d'un échange entre nos premiers ministres, et j'ai souhaité que le Premier ministre Barnier puisse se rendre en Chine au 1er trimestre de l'année prochaine pour voir son homologue, le Premier ministre Tiang, et qu'il puisse y avoir un échange à l'issue de ce processus technique qui, je l'espère, permettra de lever les malentendus et d'apporter une réponse à ce qui, aujourd'hui, alimente les premiers tarifs qui sont mis sur la table.

Donc voilà, on va travailler. Je vais ici rassurer nos producteurs, leur dire qu'on est pleinement engagés, et qu'on a décidé un processus avec les autorités chinoises et que j'ai bon espoir sur le fait qu'on en sortira par le haut, c'est-à-dire par un retour à la normale.

Au-delà de ça, je voulais ici, en vous rendant compte, remercier le président Lula, les autorités brésiliennes, et tout particulier Rio, de nous avoir accueillis pour ce G20, qui était une étape importante dans un moment du monde, on le voit bien, où nous avons la guerre en Ukraine et ses 1 000 jours, la guerre au Proche-Orient avec des situations terribles à Gaza, encore une situation de guerre au sud-Liban, et nous avons réitéré notre appel à un cessez-le-feu à Gaza au sud-Liban, et au moment même où de nombreux otages sont encore détenus par le Hamas, et je réitère aussi ici notre appel à les libérer tous.

Et donc dans cet état du monde, alors même que nous avons monté des tensions et des changements importants dans plusieurs pays, ce G20 était porteur de beaucoup de risques. Et je me félicite d'abord que nous ayons adopté une déclaration à 20, c'était un des objectifs que nous avions, et je pense en particulier les risques qu'il y avait sur l'Argentine. Les discussions qu'on a eues ces derniers jours ont permis de montrer, voilà, l'Argentine est restée dans le consensus, exprimer sa voix, mais c'était aussi important qu'il n'y ait pas de dispersion, et on est resté à 20.

Ensuite, nous avons pu bâtir cette alliance contre la pauvreté, les inégalités, et pour lutter contre les famines partout dans le monde, et je salue cette initiative du Brésil qui vient accompagner le travail de beaucoup d'entre nous, en particulier de la France. Je vous le disais hier soir, nous sommes très engagés pour justement avoir une stratégie de production agricole sur le continent africain, ici même en lien avec les organisations internationales, la FAO et les FIDA. Nous avons reconstitué les fonds l'année dernière.

Nous avons nous-mêmes lancé plusieurs initiatives en ce sens ces dernières années, comme FARM, dès le début de la guerre en Ukraine pour aider les pays en particulier à développer une agriculture plus importante. Et puis nous avons aussi pris beaucoup d'initiatives en France et avec des partenaires pour permettre l'accès à une alimentation équilibrée dans nos écoles, le petit déjeuner gratuit, le repas 1 euro pour nos élèves, nos étudiants, et dans beaucoup de pays justement partenaires où nous avons essayé de diffuser avec l'UNICEF, avec le programme mondial pour l'alimentation, justement une pratique plus juste qui permet d'accéder à l'alimentation pour tous.

Et donc cette initiative était très importante et nous la soutenons pleinement. Nous avons ensuite parlé de la gouvernance mondiale et là-dessus, on a défini une feuille de route jusqu'au sommet du G20 de Joanne-Hesbo. Et on voit bien qu'il nous faut ici retrouver d'abord une organisation plus universelle, éviter les doubles standards qui fragmentent la communauté internationale, réussir à réformer la gouvernance de nos institutions, en particulier la Banque mondiale et le FMI qui excluent encore trop de pays, être plus efficace en termes de financement et du développement de la lutte contre les inégalités et de la lutte pour le climat et la biodiversité.

C'est le cœur de ce que nous avons porté l'année dernière avec le Pacte de Paris pour les peuples et la planète. Je crois que c'est vraiment là un des, si je puis dire, des laboratoires de cette réforme de la gouvernance internationale avec une volonté d'augmenter les bilans de la Banque mondiale et du FMI, d'utiliser davantage l'argent privé et de mobiliser beaucoup plus de financements vers les pays en développement et les pays à revenus intermédiaires pour tenir ce double agenda.

15:36
Présentateur

Oui, j'attends

15:43
Emmanuel Macron

qu'il y a un budget voté. Moi, je pense qu'il y a eu un milliard qui a été réduit. C'est déjà sur nos engagements une coupe. Je pense qu'il ne faut pas aller au-delà et qu'on sait faire des économies sur une politique où on n'est pas suffisamment efficace, mais que la France ne peut pas avoir un rôle en Europe, à l'international, et y compris des politiques qui sont efficaces sur beaucoup de sujets. Si on veut lutter contre l'immigration, il faut permettre au pays de se développer et de donner des opportunités aux gens chez eux. Si on veut lutter contre le désordre du monde, il faut avoir une politique ambitieuse en matière d'éducation.

Si on veut lutter contre les dérèglements du monde comme on le fait chez nous, il faut aider à convertir les centrales à charbon en centrales à gaz ou en renouvelables. Tout ça suppose un investissement de la France. Quand j'ai été élu en 2017, il y avait eu une baisse depuis une dizaine d'années de notre aide publique au développement, de cet investissement de Solidaires. On l'a progressivement restauré. Je rappelle que le peuple souverain représenté par l'Assemblée et le Sénat ont voté une trajectoire. Je pense qu'il ne faut pas trop s'écarter de celle-ci.

Il ne faut pas aller au-delà en termes de coupes parce que ça réduirait la capacité de la France à peser et ça enlèverait de la cohérence à notre action à l'intérieur et à l'extérieur. Je tiens beaucoup à ces engagements et je pense qu'il ne faut pas aller au-delà de ce qui a été dans la copie initiale du gouvernement. et je pense qu'il ne faut

Le discours d'Emmanuel Macron en marge du sommet du G-20 en intégralité — Emmanuel Macron · Pourquijevote