Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewLCP (sur YouTube)· 20 juin 2026 13 min

Rodrigo Arenas, député "La France insoumise" de Paris | La politique et moi

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Chez lui, la politique est une histoire de famille qui prend ses racines au Chili. Mon invité s'est d'abord fait connaître comme parent d'élève, avant d'être élu député sous les couleurs de La France Insoumise. Générique --- Bonjour Rodrigo Arenas. -Bonjour. -Beaucoup de vos interventions à l'Assemblée sont consacrées à la défense de l'école publique.

Revoyons-en une qui date de janvier 2024. Amélie Oudéa-Castera était la ministre de l'Education nationale. Elle était critiquée, attaquée, car elle avait expliqué avoir inscrit ses enfants dans le privé, car il y avait trop de profs absents non remplacés dans le public.

Extrait de votre question en images. *Applaudissements *-Madame la Présidente, bonjour, chers collègues. *Ma question s'adresse à Madame la ministre de l'Enseignement privé. *--- *J'ai bataillé durant des années pour que l'école publique et laïque donne à nos enfants, à tous nos enfants, le meilleur de ce que la République peut leur offrir. *Mes combats, je les ai menés aux côtés des milliers d'autres parents que vous avez méprisés, insultés en quelques déclarations. *Ma question, madame la ministre de l'Enseignement privé, est simple. *Quand allez-vous clore ce chapitre ? *Quand démissionnerez-vous ? -La ministre a finalement démissionné quelques jours après.

On sent vraiment un attachement viscéral chez vous à l'école publique. Vous êtes fils de réfugiés politiques chiliens. Arrivé en France à 4 ans.

Donc, c'est l'école de la République qui vous a formé. -C'est l'école de la République. Qui ne fait pas le tri entre les élèves.

L'école qui accueille tout le monde. Moi, j'ai été viré de la crèche. Au Chili.

Car mes parents étaient de gauche. Quand la dictature arrive, mes parents étant de gauche, étant des militants, mon père en particulier impliqué, eh bien, on me vire pour ces raisons-là. Donc, quand vous avez une République, un Etat qui protège les enfants en leur offrant une instruction, l'éducation nécessaire, quand les parents peuvent faillir parfois ou quand on leur apprend, qu'être raciste, c'est une valeur à promouvoir dans la famille, eh bien, il n'y a qu'à l'école qu'on apprend que cela est illégal et que ça ne doit pas se faire et que vivre ensemble, ce n'est pas comme ça qu'on va réussir.

Donc oui, comme beaucoup, je dois tout à l'école et la protège du mieux que je peux. -Vos parents ont dû fuir le Chili parce qu'ils étaient engagés à gauche et qu'il y avait cette dictature mise en place par Pinochet qui a persécuté toutes les personnes engagées à gauche. Arrivés en France, ils ont dû repartir de zéro ? -Alors on repart de zéro, oui.

Déjà parce que les diplômes de mes parents n'étaient pas reconnus. -Votre père était sociologue... -Mon père était sociologue, ma mère était directrice de crèche pour donner un peu les équivalences, même si au Chili ça s'appelle autrement.

Ils ont dû reprendre leurs études, donc ils ont été à l'Institut des Hautes études d'Amérique latine en face de Sciences Po. Et ils ont étudié à tour de rôle. Mon père a commencé une année pendant que ma mère travaillait, l'an d'après, ma mère étudiait et mon père travaillait.

Un parcours d'immigré assez classique, avec, en plus, cette douleur et cette souffrance d'être arraché à son pays, pas parce qu'on le souhaite, parce que c'est une question de vie ou de mort. -L'engagement politique, il a coûté cher à vos parents, à votre famille. Pourtant, ça ne vous a pas vacciné, vous, contre la politique ? -Non, au contraire, j'ai une tante, j'en parle très peu parce que c'est la famille, elle a été torturée, ma tante, la soeur cadette de mon père, on a des déclassements aussi qui ont lieu, quand vous avez un certain statut social, la dictature vous effondre, ça veut dire ça aussi l'extrême droite quand elle vient au pouvoir, en tout cas au Chili, et donc non, ça ne me vaccine pas, ça me fait au contraire "reprendre le flambeau" parce qu'on est éduqué dans ce milieu-là.

La communauté chilienne se réunissait tous les dimanches. Les parents apprenaient les nouvelles parfois tristes du pays. Nous, les enfants, on apprenait la langue parce que je suis bilingue pour cette raison-là.

Je parle aussi bien le français que l'espagnol. Avec un accent français. Et donc, tout ça fait que c'est un chemin assez naturel. -Donc, ce chemin, dès le lycée, je crois, vous vous êtes engagé au Parti communiste. -Jeunesse communiste. -Après, vous avez un peu laissé tomber.

Et vous êtes revenu à la politique plus tard avec Europe Ecologie. -Oui. -Vers 2010, je crois.

Pourquoi vous vous êtes tourné vers ce parti-là ? -D'abord, j'ai quitté le Parti communiste parce que c'était l'avènement de l'alter-mondialisme. Vous savez, tout ce qui se passait en Amérique latine.

Le sous-commandant Marcos aussi, qui expliquait dans ses livres et dans ses interventions un autre chemin que celui du XXe siècle, en fait, et qu'on voit advenir aujourd'hui de façon beaucoup plus importante. Et donc, je vais à Europe Ecologie des Verts, d'abord, je rencontre le maire de Sevran, Stéphane Gatignon. Et on trouvait qu'à l'époque, quelque chose qui allait de Danny Cohn-Bendit jusqu'à José Bové en passant par Eva Jolie, ça racontait quelque chose d'important de "rassembler des contraires".

Je pense que la politique, c'est aussi ça. Rassembler des contraires, c'est le dialogue, c'est l'école. L'école où nos camarades de classe, on ignore où ils vont aller à la fin mais on apprend à vivre ensemble et c'est aussi ce qu'on a après dans le milieu professionnel.

Au travail, il y a des opinions différentes, on construit ensemble. Et c'était cette promesse. -Après Europe Ecologie, vous avez fait une pause politique.

Vous vous êtes consacré à un autre engagement. La promesse n'a pas été à la hauteur de vos espoirs. -De mon point de vue, en tout cas. -Et vous êtes consacré à la FCPE, la Fédération des parents d'élèves de l'école publique, jusqu'à en prendre la présidence de 2018 à 2021.

Comment vous êtes-vous retrouvé engagé dans cette aventure ? -D'abord parce que je suis papa, j'ai quatre enfants. Et donc, vous l'avez dit, je pense que l'école, c'est quelque chose de très central en France.

Et quand on a des enfants, on veut le meilleur. Simplement, la FCPE m'offre une vision de l'école aussi, un projet éducatif, une vision de ce que doit être la République française, son école, sa laïcité. Ca a été un vrai sujet pendant ma présidence.

Et à ce titre-là, j'y étais parce que je pense que quand on s'occupe de tous les enfants, on s'occupe aussi des siens. C'est ce qu'apporte cette fédération, rompre avec cet individualisme et le fait de s'occuper d'abord de ses enfants et après les autres. La dynamique est contraire et je fais à la FCPE ce que je prenais aussi politiquement, sauf que la politique ne me l'apportait plus. -Votre présidence de la FCPE a été marquée par quelques polémiques.

Il y a d'abord eu une affiche pour défendre les mamans qui portent le foulard pendant les sorties scolaires. Jean-Michel Blanquer, qui était le ministre de l'époque, vous a reproché de flatter les logiques communautaristes. Vous comprenez sa réaction ? -On comprend d'autant plus qu'il a ouvert le champ à tout ce que nous vivons aujourd'hui.

Est-ce que c'est être communautariste de dire que les mamans qui portent un foulard en France ont le droit de faire des sorties scolaires, appliquer la loi ? Je suis dans mon devoir comme président national de le faire. -L'autre polémique durant votre présidence de la FCPE est liée à l'assassinat de Samuel Paty.

Parce que la FCPE a été alertée quelques jours avant par des parents de cette vidéo haineuse dans laquelle un parent d'élève s'en prenait à Samuel Paty. On a reproché à la FCPE a posteriori d'avoir mal géré cette affaire. Qu'est-ce que vous avez fait exactement quand la FCPE a reçu cette vidéo ? -D'abord, j'ai été alerté par les parents d'élèves du collège. -Vous personnellement ? -J'ai été alerté, je suis président national, en alerte, de cette situation.

Je commence à recevoir des messages de partout de cette vidéo et pas seulement de Conflans-Sainte-Honorine. Et il s'avère que je connaissais une élue. Donc j'ai prévenu le maire de Conflans-Sainte-Honorine en tant que président pour lui dire que ce qui se passait dépassait les signaux faibles qu'on pouvait avoir sur ce qu'aujourd'hui on appelle l'islamisme radical et son entrisme dans l'école pour certains parents.

C'est une réalité, mais on la combat de la façon dont on peut. Et donc moi j'appelle les services de l'Etat à travers le maire. -Pas vers le ministère de l'Education nationale ? -Le ministère était au courant déjà, à ma connaissance, et on prévient aussi les renseignements généraux, la police, parce que c'est une affaire de police, ce n'est pas une affaire éducative là.

Et donc, il a été reproché notamment aux parents, notamment à la présidente de cette section, d'avoir conseillé au père de porter plainte contre Samuel Paty, ce n'est pas le cas. Ce qui se passe, c'est que nous, les parents d'élèves qui sommes tous bénévoles, on essaye d'accompagner les parents et d'ailleurs cette maman d'élève a expliqué que ce n'était pas de notre ressort de l'accompagner dans quelque chose que nous ne partagions pas. La présidente de la FCPE de Conflans-Sainte-Honorine à cette époque n'était pas d'accord avec ce que disait ce papa.

Et donc comme lui, il était en mode "on continue" et il ne voulait pas en démordre, on lui a dit : "Dans ce cas, il faut voir avec les services de l'Etat", donc porter plainte. Mais jamais, contrairement à ce qu'il s'est dit, et j'en veux beaucoup aux manipulateurs de l'information les parents sont bénévoles, formés pour faire au mieux, nous avons conseillé au papa de porter plainte contre Samuel Paty avec notre onction. Ca a été loin d'être le cas.

Et d'ailleurs, c'est quelque chose qui est compliqué parce qu'on s'appelle souvent avec cette maman, parce qu'on se dit tout le temps qu'est-ce qu'on n'a pas fait ou qu'est-ce qu'on a mal fait qui a conduit à l'horreur qu'évidemment, on ne peut pas nous reprocher. Ceux qui ne nous le reprochent sont vraiment indécents. On a fait ce qu'on a pu venant d'une organisation de parents bénévoles. -Vous avez quitté la présidence de la FCPE en 2021, quelques mois après, vous apportez votre soutien à Jean-Luc Mélenchon, puis vous êtes élu député de La France Insoumise.

Pourquoi ce retour à la politique, et puis pourquoi LFI ? -Alors, d'abord, LFI, parce que c'est eux qui m'ont proposé...

Et j'étais assez OK avec le Parlement de l'Union Populaire. C'était ça, à la base. -Toujours cette idée de rassembler... -Toujours.

D'ailleurs, j'ai rencontré des gens du monde associatif que je côtoyais, qui participaient à un programme puis on propose d'avoir une circonscription, de candidater, et j'ai accepté. J'ai accepté d'aller dans celle où je suis maintenant le député, d'abord parce que c'était la circonscription d'une députée, Anne-Christine Lang, qui était, pour moi, la porte-parole de Jean-Michel Blanquer à l'Assemblée nationale. C'était aussi une façon de continuer les combats menés avec les parents d'élèves. -Vous avez accepté car, vous-même, vous êtes de la banlieue parisienne et vous êtes maintenant élu de Paris. -Absolument. -A l'Assemblée, au lendemain des attentats du 7 octobre 2023, vous vous êtes démarqué du reste de La France Insoumise en envoyant une lettre à vos camarades de groupe, élus députés LFI, pour prendre un peu vos distances avec la position officielle de de La France Insoumise.

Qu'est-ce qui vous a dérangé dans la réaction de LFI après les attentats ? -Je ne prends pas mes distances, c'est simplement... -On sent que vous leur reprochez quelque chose, quand même. -Non, je ne reproche pas.

La question était de savoir est-ce que le Hamas est un monde résistant par rapport aux exactions d'Israël qui sont une réalité. Aujourd'hui, tout le monde le reconnaît. D'ailleurs, beaucoup des positions de LFI de l'époque qui ont été décriées, aujourd'hui sont valides au regard de l'histoire et de la façon dont Israël gère la situation. -La façon de qualifier le Hamas vous a gêné ? -Oui, un mouvement, quand il planifie, qu'il organise et qu'il pense une action militaire avec des morts sur des civils qui sont sans défense, je ne considère pas que c'est une action de libération nationale.

Et je l'écris, mais c'est un débat qui existe au sein de la gauche "révolutionnaire", depuis très longtemps, mais pas seulement à gauche, il existe ailleurs... -Vous auriez voulu que LFI dise que le Hamas est une organisation terroriste. -D'abord, beaucoup le disent, et c'est ma position. -On conclut l'émission sur un ton plus léger avec le quiz de La Politique et Moi.

Je vais vous proposer des phrases, mais pas complètes, vous allez devoir les compléter. Si on enseignait la philosophie dès la maternelle... -C'est essentiel, avec une pédagogie adaptée, parce que la philosophie... -C'est faisable, vraiment ? -Oui, c'est fait dans beaucoup de pays, c'est une arme de combat, la philosophie. -Avoir son potager et quelques poules. -Oui.

Avoir un potager, c'est aussi mettre en lien ce qu'on apprend à l'école, pour mes enfants, avec une réalité qui est de faire pousser des légumes, des fruits, et d'avoir des animaux aussi, parce qu'on apprend beaucoup aussi sur un de mes combats, je m'oppose à la souffrance animale. -Enfin, les jolies colonies de vacances... -Oui.

J'en ai fait beaucoup je suis ce qu'on appelle un enfant du communisme municipal. J'ai grandi à Champigny-sur-Marne et j'ai appris la France avec les colonies de vacances. -Merci Rodrigo Arenas, d'être venu dans La politique et Moi.

Générique de fin

Rodrigo Arenas, député "La France insoumise" de Paris | La politique et moi — Rodrigo Arenas · Pourquijevote