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InterviewRCF — L'Invité de la Matinale (sur Site radio)· 22 mars 2022 12 minComplaisantPortrait personnelInstitutions & électionsEurope & internationalImmigration & asileEnvironnement & énergie

Francois Dosse, Macron ou les illusions perdues

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 80 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:11OuverteRéponse directe

    Quel bilan pour le quinquennat d'Emmanuel Macron dans son dernier ouvrage ?

  • 0:32OuverteRéponse directe

    Peut-on gouverner sans trahir ses idées face au pouvoir ?

  • 3:06OuverteRéponse directe

    La verticalité jupitérienne va-t-elle à l'encontre des aspirations sociétales ?

  • 5:38ComplaisanteRéponse directe

    Cette notion d'humanité vous a-t-elle marqué ?

  • 7:56OuverteRéponse directe

    Emmanuel Macron est-il un philosophe qui prête les commandes ?

  • 9:34OuverteRéponse directe

    Emmanuel Macron est-il un personnage à facettes ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:45InvitéFait
    « Incontestablement, non, vous avez raison. »
  • 1:58InvitéFait
    « J'avais fait ce livre que vous vous rappelez en 2017, l'audatif au début, puisque Macron a été mon étudiant à Sciences Po »
  • 2:26InvitéFait
    « il avait tourné le dos, tout simplement, à un certain nombre de valeurs auxquelles je suis attaché, qui sont les valeurs ricœuriennes d'humanisme, d'humanité, de fraternité, d'hospitalité »
  • 2:42InvitéFait
    « on a un quinquennat qui se caractérise, comme vous le savez bien, par son jupitérisme, par sa verticalité »
  • 4:53InvitéChiffre
    « En novembre 2017, vous avez 15 000 scientifiques qui lancent un appel en corps de police, vous voyez 60, on n'utilise ce corps de police que pour les guerres atomiques, en disant qu'il va être trop tard, trop tard. »
  • 5:29InvitéFait
    « avec la remise aux frontières immédiates des gens qui sont déboutés pour le droit d'asile. »
  • 6:41InvitéFait
    « Et les mesures, vous le savez, sont de plus en plus rigoureuses, fermes, de l'absence d'hospitalité, qui est quand même une valeur européenne. »
  • 7:20InvitéFait
    « on a eu, finalement, après un temps d'hésitation, une laïcité d'État, de contrôle, de surveillance »
  • 9:07InvitéFait
    « Il est en train de lancer une guerre entre professeurs alors qu'on attend de l'éducation des équipes pédagogiques, soudés, attentionnés aux enfants. »
  • 10:00InvitéFait
    « Pour prendre une analogie, on pourrait dire que c'est un acteur. C'est un magnifique acteur, d'ailleurs talentueux, qui est capable, comme l'a dit Emmanuel Carrère, de séduire une chaise. »
  • 11:13InvitéFait
    « il dit que cette pandémie est une parenthèse médiévale qui est à refermer. »

Temps de parole

  • Invité81 %
  • Présentateur19 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Il est l'heure de notre grand invité du matin, bienvenue à vous qui venez de nous rejoindre. Quel bilan pour le quinquennat d'Emmanuel Macron dans son dernier ouvrage intitulé « Macron ou les illusions perdues ». François Doss passe en revue les grandes orientations du quinquennat. Bonjour François Doss. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin dans la matinale RCF. En 2017, vous avez signé « Le président et le philosophe ». L'approche et le constat sont aujourd'hui un petit peu différents dans ce dernier ouvrage.

Mais alors François Doss, est-ce qu'on peut gouverner sans trahir les grandes idées que l'on peut porter humainement quand on est au contact d'un pouvoir qui très souvent, on le sait, va invariablement nous faire changer ?

0:45
Invité

Incontestablement, non, vous avez raison. Il est certain qu'entre la conquête du pouvoir qui exige un cap, un programme, une espérance et puis l'exercice du pouvoir, il y a forcément un décalage. Et forcément, il y a une dimension déceptive lorsqu'on a cru au programme et qu'on le voit confronté à la réalité de contingences, de crises, de tragédies qu'on vient de traverser entre la pandémie, la guerre poutinienne. Donc tout cela, évidemment, n'était pas prévu et nécessite de la part de nos responsables politiques d'adapter leur programme.

Cela dit, ma désillusion, mes illusions perdues sont d'autant plus profondes que, comme vous le savez, j'avais fait ce livre que vous vous rappelez en 2017, l'audatif au début, puisque Macron a été mon étudiant à Sciences Po, puisque je l'avais présenté à Paul Ricoeur, puisqu'il avait eu une vraie relation que j'ai pu mesurer, enfin de dialogue avec Ricoeur et un vrai rôle dans la finalisation de son grand œuvre qu'est « La mémoire, l'histoire l'oublie » en 2000. Et donc j'espérais qu'il s'inspire de la philosophie ricœurienne. D'ailleurs, il le disait lui-même, c'est dans le 1 où il avait dit, d'ailleurs, dans le journal de Fautorino, que Ricoeur l'avait rééduqué philosophiquement.

Donc, ça ne partait pas de rien. Mais j'ai pu voir, et là c'est plus grave, qu'au rythme de son quinquennat, il avait tourné le dos, tout simplement, à un certain nombre de valeurs auxquelles je suis attaché, qui sont les valeurs ricœuriennes d'humanisme, d'humanité, de fraternité, d'hospitalité, et j'en passe, d'horizontalité, de participation citoyenne.

Or, tout ça a été balayé d'un revers de main, puisqu'on a un quinquennat qui se caractérise, comme vous le savez bien, par son jupitérisme, par sa verticalité, par le fait que tous les corps intermédiaires ont été balayés au profit, d'ailleurs, de quelque chose de dangereux, que j'estime dangereux pour le deuxième mandat, qui est ce face-à-face entre un individu qui a la responsabilité présidentielle et les citoyens, et tout le peuple.

3:06
Présentateur

Justement, cette notion de verticalité jupitérienne, comme vous l'écrivez, est-ce que vous considérez qu'elle va aujourd'hui à l'encontre, au fond, d'une aspiration profonde de la société, qu'on a pu voir, justement, renforcée après la pandémie ?

3:19
Invité

Tout à fait. Là, il est complètement à contre-temps d'un certain nombre de transformations, y compris dans le numérique, dans notre manière de vivre, dans, effectivement, le distanciel qui s'est accentué avec la pandémie. C'est vrai qu'il y a un besoin de prise de parole de la part des citoyens. Il y a des moyens, aujourd'hui, technologiques, pour que cette prise de parole soit effective. Et on a là quelque chose qui est quasi monarchique, ou en tout cas bonapartiste, qui, donc, est très décalé et très rustique par rapport à notre modernité, alors qu'il se présente comme l'homme de la modernité, l'homme des start-up. Et là, effectivement, il est à l'encontre d'une évolution de la modernité.

Outre qu'il y a un autre défi que la pandémie, la traversée de la pandémie, nous fait comprendre que c'est le défi majeur, c'est ce qu'on appelle aujourd'hui de plus en plus l'anthropocène, c'est-à-dire que nous sommes responsables en tant qu'êtres humains, pas seulement de l'humanité, mais de la planète, de l'existence de la planète. Ce n'est pas pour faire du catastrophisme, mais là se pose la question de la préservation du vivant, qu'il soit de la diversité des plants, des animaux, de tout être vivant sur cette planète, qui sont mis à mal par toute une série de phénomènes. Or, nous avons des mises en garde, des spécialistes, quand même.

En novembre 2017, vous avez 15 000 scientifiques qui lancent un appel en corps de police, vous voyez 60, on n'utilise ce corps de police que pour les guerres atomiques, en disant qu'il va être trop tard, trop tard. Or, aujourd'hui, si on regarde ce que nous présente pour le deuxième quinquennat Macron dans son programme, on voit quelques mesurettes qui sont de l'ordre non pas de gouverner, de donner un cap et de répondre à ce défi, mais d'une simple gestion du système avec quelques mesures, d'ailleurs mesures extrêmement contestables, avec la remise aux frontières immédiates des gens qui sont déboutés pour le droit d'asile.

5:38
Présentateur

Ça, c'est un point, on voit bien que c'est un point, par contre, qui vous est resté d'une certaine façon presque en travers de la gorge. Cette notion humaine vous a profondément marqué. Tout à fait, tout à fait. Ou ce manque d'humanité, justement.

5:48
Invité

J'avais les yeux de Chimène pour lui, jusqu'au jour, et là j'ai effectivement écrit une lettre ouverte qui a été publiée dans Le Monde à l'automne 2019, jusqu'au jour où il a manifestement dragué dans les eaux troubles du Rassemblement national pour dire à ses députés, qui avaient la majorité absolue, qu'ils l'ont toujours, que le dossier prioritaire sur lequel il fallait se battre, c'était le dossier des immigrés. Venant là à l'encontre, et puis en refusant peu après que l'Aquarius débarque sur les côtes françaises. Et les mesures, vous le savez, sont de plus en plus rigoureuses, fermes, de l'absence d'hospitalité, qui est quand même une valeur européenne.

Et il se contredit d'ailleurs par rapport à ce qu'il avait dit, parce qu'en 2015, il avait salué Merkel et son courage, jusqu'à finalement pratiquer une politique à l'inverse de celle-là. De la même manière que, par rapport à Ricoeur, j'attendais une position laïque ouverte, comme la préconise Paul Ricoeur, c'est-à-dire une laïcité de confrontation, une laïcité de tolérance, une laïcité d'ouverture à l'autre. Or, on a eu, finalement, après un temps d'hésitation, une laïcité d'État, de contrôle, de surveillance, et qui, bon, ils ont liquidé l'observatoire de la laïcité au profit d'un autre organisme, qui est un organisme qui trouve son exécutif dans les ministères, dans le gouvernement.

Donc, on a là un contrôle, et avec cette notion de séparatisme, et qui touche d'ailleurs toutes les confessions et toutes les croyances. C'est érigé, finalement, la laïcité en religion d'État, ce qui est complètement contraire à l'esprit de ceux qui ont fait la loi de séparation de l'Église et de l'État en 1905.

7:56
Présentateur

On se doute en vous lisant que vous n'attendiez pas d'Emmanuel Macron, que ce soit un philosophe qui prête les commandes du pays, mais néanmoins qu'effectivement, les pensées qui ont pu l'habiter, comme vous l'avez dit, le fait que Paul Ricoeur l'a presque rééduqué sur le plan intellectuel, que tout cela allait infuser le personnage et par conséquent sa gouvernance.

8:14
Invité

Tout à fait. Et on pouvait voir dans son livre de campagne, Révolution, un certain nombre de thèmes, je les avais déployés en 2017, inspirés du sens de la justice sociale. Je rappelle que pour Paul Ricoeur, il faut aller vers une vie bonne, là il reprend Aristote, une vie bonne avec et pour autrui dans des institutions justes. Donc cet horizon de justice, cet horizon d'espérance, je pensais qu'il l'avait. D'ailleurs, il l'exprimait dans Révolution.

Et là, j'y voyais la philosophie des principes de justice de Rawls, les thèses de Michael Walzer sur la pluralisation des sphères de justice, sur le fait que la santé, l'éducation ne doivent pas être sur la logique de la maximisation du profit, mais sur d'autres valeurs. On voit tout le contraire. Et ce qu'il nous propose là encore sur le métier d'enseignant, de prof à deux vitesses est une catastrophe. Il est en train de lancer une guerre entre professeurs alors qu'on attend de l'éducation des équipes pédagogiques, soudés, attentionnés aux enfants. Donc c'est strictement le contraire en généralisant les lois des start-up et de la maximisation du profit.

9:34
Présentateur

Et on le comprend en vous lisant, et on le savait déjà un petit peu, Emmanuel Macron est un personnage à facettes. Très souvent, on a tendance à vouloir comprendre quelle est la facette qui correspond réellement à la personne. Et en vous lisant, on se dit presque qu'au fond, il n'y a pas une facette qui correspond au personnage. Toutes les facettes sont le personnage.

9:51
Invité

Le personnage est un personnage à facettes qui est capable de dire le matin quelque chose et de se contredire le soir même. Pour prendre une analogie, on pourrait dire que c'est un acteur. C'est un magnifique acteur, d'ailleurs talentueux, qui est capable, comme l'a dit Emmanuel Carrère, de séduire une chaise. Donc effectivement, c'est un très bon acteur. Mais le résultat sur le plan politique est désastreux parce que c'est la déréliction du politique. À ce niveau-là, comment croire aux politiques ? Une telle politique à facettes, sans ancrage idéologique aucun, finalement, va créer l'abstentionnisme. Et donc la crise de la démocratie.

10:35
Présentateur

En plein cœur de la pandémie, François Doss, vous avez une nouvelle fois cru dans le discours d'Emmanuel Macron en se disant qu'on allait réinventer d'une certaine façon notre société, notre monde. Le virage n'a pas forcément eu lieu. Alors s'il est réélu pour un deuxième mandat, à quoi est-ce que vous vous attendez ? Ou que pourriez-vous attendre plutôt ?

10:55
Invité

Écoutez, j'ai cru quand il a dit qu'il fallait se réinventer au moment du début de la pandémie et que lui-même, le premier, devait se réinventer, j'ai cru qu'effectivement il allait prendre la mesure de l'événement qui a été dramatique, tragique, de la pandémie. En fait, pas du tout. Je veux dire, le premier grand entretien qu'il donne à Zadig au mois de juin dernier, il dit que cette pandémie est une parenthèse médiévale qui est à refermer. Alors que c'est évidemment tout le contraire. Elle est le produit d'une certaine mondialisation et d'une certaine mise en cause de notre écosystème. Donc il n'a pas pris cette mesure.

Et les mesures qu'il nous présente dans son programme vont tout à fait, il le dit, dans la continuité. C'est beaucoup plus la continuité que le changement. Pour reprendre une formule connue de la continuité dans le changement, le changement dans la continuité.

11:50
Présentateur

Merci beaucoup, François Dose, d'avoir pris le temps de venir nous accompagner ce matin dans notre réveil. Je rappelle et je conseille à la lecture de nos auditeurs Macron ou les illusions perdues. Avec comme sous-titre les larmes de Paul Ricoeur. C'est aux éditions du Passeur. Merci d'avoir été dans le matinale.