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interviewC dans l'air· 7 septembre 2024 65 min

Barnier, un Premier ministre plus fort qu'on ne le croit ? - C dans l'air du 06.09.2024

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

... - A.de Tarlé: Bonsoir.

M.Barnier succède donc à G.Attal.

Entre les deux, près de 40 ans d'âge de différence et une différence de style évidente qui est clairement apparue hier lors de la passation de pouvoir à Matignon. Quel type de Premier ministre sera M.Barnier?

Pour quelle politique et avec qui? Quel sera son gouvernement? A gauche, on crie au déni démocratique.

Comment comprendre que la formation arrivée en tête soit exclue du pouvoir? Elle promet donc la censure, contrairement au Rassemblement national, qui dit vouloir attendre avant de se prononcer. Après 51 jours de blocage, M.Barnier serait-il le mouton à 5 pattes permettant d'assurer un minimum de stabilité politique à la France?

C'est le sujet de cette émission, intitulée "Barnier, un Premier ministre plus fort qu'on ne le croit?" C.Meeus, vous êtes rédacteur en chef du "Figaro Magazine".

Dans votre dernier édito, vous revenez sur les confidences du chef de l'Etat à ses proches. C.Vigoureux, vous êtes journaliste à "La Tribune Dimanche".

E.Albert, vous êtes journaliste au "Monde". Vous avez été correspondant à Londres pendant plus de 20 ans.

Votre documentaire sur le Brexit sera diffusé le 15 septembre à 21h. Vous avez pu observer de près M.Barnier à ce titre.

B.Teinturier, vous êtes directeur général délégué de l'institut de sondage Ipsos. Vous avez réalisé une enquête post-électorale publiée dans "Le Monde" la semaine dernière.

Merci de participer à cette émission en direct. Hier, on ne l'a pas ratée, cette passation de pouvoir à Matignon avec, on l'a tous remarqué, quelques petites piques à peine voilées de M.Barnier après le discours jugé un peu long et un peu égocentré de G.Attal. - G.Attal: 8 mois, c'est court, trop court.

Des mesures devaient être présentées cet été. Elles sont sur votre bureau, monsieur le Premier ministre. Ce travail devait être présenté cet été.

Il est sur votre bureau, monsieur le Premier ministre. Ce plan national devait être présenté cet été. Il est sur votre bureau, monsieur le Premier ministre. - M.Barnier: Je peux dire quelques mots, là?

Rires. J'ai bien aimé la manière dont vous m'avez donné, non pas des leçons...

Les enseignements, même si ça n'a duré que 8 mois...

On apprend, quand on est Premier ministre. Vous me permettrez, je vais les reprendre, il y en a plusieurs auxquels je tiens...

Peut-être d'ajouter ma propre valeur ajoutée... - G.Attal: Bien sûr. - M.Barnier: Nous devons et nous allons davantage agir que parler. - A.de Tarlé: C'est un montage.

On ne voit pas que le discours de G.Attal était très long. Il a duré plus d'un quart d'heure. - C.Meeus: Et très autocentré. - A.de Tarlé: Que raconte cette passation? - C.Meeus: Quand on cherche M.Barnier, on le trouve.

Il a ce côté un peu chiraquien, qui est de ne pas...

Ca ne le dérange pas que les gens le prennent un peu pour un benêt. Si on était vulgaires, on dirait "un con". Parce que derrière, il avance.

Il sait très bien ce que disait N.Sarkozy: "En politique, c'est celui qui reste accroché à la paroi quand tous les autres dévissent qui gagne." M.Barnier, personne ne l'avait vu venir.

Il a perdu à la primaire de la droite. Maintenant, c'est lui, le Premier ministre. Cet échange dit aussi que c'est une passation du nouveau monde à l'ancien monde.

C'était extraordinaire. G.Attal, c'est l'archétype de ce qu'était le nouveau monde d'E.Macron: un très jeune, sans expérience politique, qui n'a évidemment pas d'ancrage territorial quand il arrive en 2017, puis a un ancrage territorial en région parisienne, pas en province...

Il fait une ascension fulgurante, il mise beaucoup sur la communication...

M.Barnier, c'est tout l'inverse. C'est quelqu'un qui a construit sa carrière politique tranquillement, depuis 73, où il est élu pour la 1re fois au conseil général.

Il a occupé à peu près tous les postes de la République et les mandats. Il est encore là à 73 ans. Il a fait toute sa carrière politique.

Il n'envisage pas de faire autre chose, alors que G.Attal peut faire autre chose. Il est l'incarnation de cet ancien monde.

Là, on a une passation de pouvoir. C'est peut-être d'ailleurs le seul moment où il y avait vraiment une passation de pouvoir. Dans les discours, G.Attal a plutôt fait une déclaration de politique générale, et M.Barnier, et c'est là que ses adversaires vont devoir apprendre à s'en méfier, est sorti de son discours. - A.de Tarlé: Il a parlé sans notes. - C.Meeus: Ses éléments, ce sont des éléments de riposte.

Beaucoup de gens aimeraient avoir son sens de la répartie pour trouver exactement les mots justes. - A.de Tarlé: Ce n'était pas préparé. - C.Meeus: Pas du tout. - A.de Tarlé: "Je peux parler, là?" - C.Meeus: Exactement.

On voyait qu'il s'impatientait un peu. Il était un peu énervé. G.Attal a été un peu maladroit, malgré tout, en disant: "Voilà tous les dossiers.

Ils sont sur votre bureau." Il s'est pris la réplique qui l'a fait sourire. Il a bien vu que le vieux sage lui faisait la leçon. "Le bureau était vide.

Vous me donnez des leçons, mais ça n'a duré que 8 mois." - A.de Tarlé: Quand on a 35 ans, avoir comme successeur un homme de 73 ans, ça peut paraître curieux...

Qu'avez-vous pensé quand vous avez vu...

Il vous a semblé agacé, M.Barnier, par le discours de G.Attal? - C.Vigoureux: Je ne dirais pas ça, mais il s'est servi de cette passation de pouvoir pour déjà poser des marqueurs politiques et répondre à la question qu'on se posait: "Est-ce que ça va être une cohabitation?" Macron parlait de coopération.

M.Barnier a apporté un début de réponse, en faisant en creux une critique de ce qu'avait été le macronisme. Il a commencé en disant: "J'aurai beaucoup d'humilité." Il appuie là où le bât blesse.

Il y a un procès en arrogance fait à Macron et à la Macronie depuis le début. Lui commence par dire: "J'aurai beaucoup d'humilité. Je vais respecter les gens d'en bas." Alors que Macron était taxé d'être le président des riches.

Il dit qu'il va davantage agir que parler, alors qu'on reprochait à G.Attal de faire davantage de communication. Il a appuyé sur des points très précis.

Il fallait lire entre les lignes une critique assez acerbe de tout ce qui était le macronisme. Son discours était déjà un début de réponse au Premier ministre qu'il entend être, à savoir pas un simple collaborateur, pas un simple exécutant, mais un Premier ministre assez politique, qui prendra ses distances avec E.Macron.

Il ne l'a pas remercié, à aucun moment. - A.de Tarlé: Ni l'un ni l'autre n'ont cité E.Macron. - C.Vigoureux: Si.

G.Attal le cite et le remercie. Ce n'est pas le cas de M.Barnier.

En politique, c'est ce genre de symbole qui compte et qui dit quelque chose du rapport entre le président et le Premier ministre. - A.de Tarlé: Est-ce qu'on peut dire que G.Attal a un peu raté sa sortie, là où M.Barnier aurait plutôt réussi à marquer de son style son entrée à Matignon? - B.Teinturier: Bien sûr.

Là, on a vu le privilège et l'intérêt d'avoir 73 ans et 50 ans de vie politique derrière soi. M.Barnier est totalement achevé, construit.

On ne la lui fait plus. Rien ne l'impressionne véritablement. Il a été candidat à la présidentielle.

Il a suffisamment confiance en lui-même, ou ce petit grain de folie, comme disaient certains. Pour être président, il ne faut pas être normal non plus, juste assez fou. Il a une très grande confiance en lui-même.

Il a donné le sentiment d'être tout à fait lui. Il n'y avait rien de surjoué. Dans ce que vous avez indiqué, sur la considération qu'il a pour les gens, c'est lui.

Il ne joue pas. C'est réellement quelque chose qu'il possède et qu'il éprouve. Politiquement, c'était très ajusté.

Il n'avait pas besoin d'en faire plus. Sa réponse à G.Attal, c'est exactement ça.

Il est sur la ligne de crête, avec un peu d'ironie, pas trop pour que ce ne soit pas cruel, mais suffisamment pour que l'on comprenne parfaitement. Il a réussi cette entrée, oui. Ca ne veut pas dire qu'il n'a pas beaucoup de sujets lourds...

Mais en termes de style, c'était bien joué. - A.de Tarlé: Certains y ont vu une touche d'humour britannique.

Sur la forme, autre question...

Vous l'avez côtoyé de près. On était frappés qu'à 73 ans, il soit élancé, filiforme, à la ligne impeccable...

Il se définit lui-même comme un montagnard austère. Ca vaut jusque dans son régime? - E.Albert: Il est droit au point d'être parfois rigide.

Dans sa vie privée...

Il est incapable, le soir, à un dîner, de se détendre. Effectivement, il mange du poisson bouilli ou à la vapeur, des légumes. Il fait très attention à sa ligne.

Il porte beau, pour 73 ans. C'est quelqu'un qui est en permanence dans le sérieux, dans le premier degré et qui a une très haute idée de lui-même. Il a côtoyé tous les dirigeants de l'UE pendant les négociations du Brexit en permanence.

Il a voulu être président de la Commission européenne. Il n'a pas réussi. Il a voulu être président de la République.

Il n'a pas réussi. - A.de Tarlé: Il a côtoyé les plus hauts dirigeants européens.

Ce n'est pas un Premier ministre de 35 ans qui va la lui faire, pour reprendre ce que disait B.Teinturier. On l'a vu maniant le second degré et l'humour avec brio. - E.Albert: C'est vrai.

Ca m'a surpris. Pendant les 5 ans de négociations du Brexit, la chose qu'il a réussi à faire, c'est d'être toujours au-dessus de la mêlée, alors qu'il s'est fait insulter par les tabloids, maltraité par le gouvernement de B.Johnson.

Il n'est jamais descendu dans l'arène, n'a jamais répondu, n'a jamais été dans l'arrogance. A la fin, ça paie. Il n'y a pas d'âpreté sur laquelle on peut l'accrocher. - A.de Tarlé: Est-ce que G.Attal pourrait en prendre ombrage, de cette petite scène?

G.Attal va être chef du groupe Ensemble pour la République à l'Assemblée nationale. C'est lui qui va soutenir M.Barnier. - C.Meeus: Il est censé.

Il est à la tête du groupe le plus important de cette nouvelle majorité qui tentera de se construire. Effectivement, il peut se permettre, pas de faire chanter, mais de dire à M.Barnier: "Il faut m'écouter, car sans moi, il n'y a plus de majorité." M.Barnier se trouve dans la situation de R.Barre en 76.

Il arrive au gouvernement et il est aussi issu d'un groupe minoritaire. C'était l'UDR, à l'époque, pas celui d'E.Ciotti.

C'est l'UDR antérieur au RPR qui a le groupe le plus important à l'Assemblée. Il doit composer avec des gaullistes très peu conciliants. Dans les 1res réactions, ce n'est pas un enthousiasme formidable.

On dit: "On sera là, on ne veut pas de censure, mais on sera vigilants." C'est valable pour les macronistes, mais chez LR aussi, ce n'est pas un enthousiasme débordant. - A.de Tarlé: Il pourrait être rancunier de ces bons mots? - B.Teinturier: M.Barnier n'a pas franchi la ligne qui l'aurait fait basculer dans une forme de paternalisme un peu insultant, car G.Attal, c'est un responsable politique avec lequel il va devoir compter aussi.

Bien sûr que le RN peut voter une motion de censure qui, si elle s'associe à une motion de censure de la gauche, ferait tomber M.Barnier, mais il y a aussi G.Attal, qui contrôle le plus fort groupe de l'ex-majorité présidentielle.

Il y a un poids politique et des sensibilités qui peuvent aussi s'exprimer, peut-être à l'égard de M.Barnier. On doit aussi ménager G.Attal, quand on s'appelle M.Barnier, qu'on est Premier ministre dans une telle configuration.

C'est à fleurets mouchetés, très mouchetés mais pas trop, car il y a ces contraintes politiques. - A.de Tarlé: M.Barnier a pris ses quartiers hier à l'hôtel Matignon, après la passation de pouvoir avec G.Attal.

Aujourd'hui, le nouveau Premier ministre commence ses consultations en vue de la composition du futur gouvernement. Ce matin, il recevait notamment les représentants des Républicains et de la majorité. - Une passation, c'est d'habitude, pour le sortant, le moment des remerciements, de clore un chapitre.

G.Attal, lui, avait pourtant bien envie d'écrire la suite. - G.Attal: 8 mois, c'est court, trop court. - Plus de 15 minutes de discours et des conseils, presque des injonctions. - G.Attal: Des mesures devaient être présentées cet été.

Elles sont sur votre bureau, monsieur le Premier ministre. Nous avons, ces derniers mois, élaboré un plan national d'adaptation au changement climatique. Ce plan national devait être présenté cet été.

Il est sur votre bureau, monsieur le Premier ministre. - Il n'en fallait pas moins pour que celui qu'on disait lisse ne donne un coup de griffe. - M.Barnier: Je peux dire quelques mots, là? - M.Barnier donne le ton, à sa façon. - M.Barnier: J'ai bien aimé la façon dont vous m'avez donné, non pas des leçons...

J'ai compris qu'il y avait des tas de projets de loi en suspens, qui n'avaient pas pu être menés à bien. Vous me permettrez...

Je vais les reprendre, bien sûr. Il y en a plusieurs auxquels je tiens. Je vais peut-être ajouter ma propre valeur ajoutée. - G.Attal: Bien sûr. - M.Barnier: Nous allons davantage agir que parler. - Discussions pourtant encore ce matin avec les différentes forces politiques, dont sa propre famille, la droite, qui applaudit tout en restant méfiante. - B.Retailleau: Une des 1res questions que nous lui avons posées, c'est quel Premier ministre il compte être.

Un Premier ministre collaborateur? Auquel cas, ça pourrait être sans nous. Ou est-ce que c'est un Premier ministre de plein exercice? - L.Wauquiez: Depuis le début, on veut sortir la France du blocage.

On a dit qu'on assumerait nos responsabilités. Mais on ne le fera que sur un programme qui donne la garantie de répondre aux préoccupations des Français, et rien d'autre. - M.Barnier attendu sur son programme, qu'il a rapidement esquissé hier. - M.Barnier: Je pense à l'accès aux services publics.

L'école restera bien la priorité du gouvernement, l'école de la République. Je pense à la sécurité au quotidien. Je pense aussi à la maîtrise de l'immigration. - Sécurité, immigration, des thèmes déjà portés par cet homme de droite par le passé.

Mais c'est aussi un signal envoyé au Rassemblement national, dont dépend sa survie. Validé par M.Le Pen, il devra convaincre pour éviter la censure. - M.Le Pen: Sur les sujets de fond, nous attendrons de voir quel est le discours de politique générale de monsieur Barnier et la manière dont il mène les compromis qui vont être nécessaires sur le budget à venir. - Quant à ses alliés supposés du bloc central, si certains y croient, d'autres beaucoup moins. - A.Bergé: C'est courageux, dans la période, d'accepter d'être Premier ministre, parce qu'on sait que c'est particulièrement difficile, à la fois au regard de la situation politique, mais aussi au regard de la situation budgétaire.

Notre intérêt collectif, c'est que M.Barnier réussisse. - Si je le comparais à un yaourt, sa fin de vie, sa DLC politique, ce sera le budget. - A gauche, on dénonce un déni de démocratie. - J.-L.Mélenchon: Le président vient de décider de nier officiellement le résultat des élections législatives qu'il avait lui-même convoquées.

L'élection a donc été volée au peuple français. - M.Barnier doit désormais constituer son gouvernement.

Le Rassemblement national n'a pas prévu d'y participer, et y faire rentrer des personnalités de gauche sera bien compliqué. - A.de Tarlé: Question.

Quelques titres... "L'Humanité" titre "L'outrage".

Le Nouveau Front populaire est arrivé largement en tête, 193 sièges. - C.Vigoureux: Ca va être la difficulté à laquelle il va devoir faire face, à l'Assemblée nationale.

Il disait dans son discours que sa mère lui avait donné le conseil de ne pas être sectaire, que c'était pour lui une faiblesse. C'était une manière d'envoyer un message politique et de dire qu'il était ouvert. Ce sera arithmétiquement nécessaire.

Quand bien même on additionnerait les voix du bloc central, des Républicains et du groupe Liot, un groupe hybride à l'Assemblée, qui pourrait soutenir le gouvernement, ça fait 235 sièges. La majorité absolue est à 289 voix. Il faudra aller chercher des voix.

Est-ce qu'il peut aller les chercher à gauche et apaiser cette gauche pour répondre à votre question? Je pense que ce sera très difficile. Côté insoumis et côté écologistes, c'est niet.

Ils parlent de déni démocratique. Ils n'apporteront quelque soutien qui soit à M.Barnier et aux textes qu'il pourra présenter.

Il y aura peut-être des voix à aller chercher côté socialiste. L'épisode de Matignon a laissé des traces à gauche. Il y a un PS fracturé.

Peut-être qu'il y aura des voix à aller chercher de ce côté-là. A l'Elysée, on a jugé les communistes assez constructifs dans les échanges qu'il y a eu avec E.Macron.

Peut-être que de ce côté-là et du côté des Ultramarins, il pourra essayer d'engager un dialogue. Mais côté insoumis, je pense qu'il n'y aura aucun dialogue possible, juste un affrontement. - A.de Tarlé: On parlait des dissensions qui commencent à apparaître au PS.

Aujourd'hui, A.Hidalgo met les pieds dans le plat dans "Le Figaro". Elle dit ceci. ...

Elle ajoute: "Comment a-t-on pu à ce point passer à côté de l'histoire? On aurait pu avoir un Premier ministre de gauche correspondant au vote des Français." - B.Teinturier: Cette question de l'élection volée est importante.

Ce n'est pas une victoire volée. Je pense que le chef de l'Etat aurait eu intérêt à prendre quelqu'un issu de la coalition du NFP, arrivée en tête. Elle est arrivée en tête mais n'a pas gagné non plus les élections.

Il ne peut pas y avoir de vol. Là où A.Hidalgo a raison, c'est qu'il y avait une possibilité d'avoir B.Cazeneuve comme Premier ministre.

La gauche n'aurait pas été spoliée. Mais il fallait faire des compromis. Il fallait accepter un certain nombre de choses.

Il y a 2 gauches. Il n'y en a pas une qui serait la gauche radicale, la vraie gauche, et une autre gauche qui trahit. Les 2 gauches s'affrontent depuis longtemps et les 2 sont légitimes pour porter la dénomination de "gauche".

Les chances de B.Cazeneuve ont aussi été obérées parce que le PS d'O.Faure a mis fin à cette hypothèse.

Ca aboutit à quelque chose de problématique. Le nouveau Premier ministre est issu des LR, qui ont 47 députés. C'est quand même un peu compliqué.

C'est aussi le fruit de la volonté du PS de ne pas soutenir B.Cazeneuve. Le chef de l'Etat a bien joué, d'une certaine façon.

On ne peut pas lui faire porter intégralement le chapeau de ce qui est perçu comme une anomalie. Là où on peut malgré tout être inquiets, c'est quand je vois la résonance qu'a encore l'idée du référendum de 2005 que les responsables politiques n'ont pas respecté et qu'ils ont contourné. Aujourd'hui encore, les Français nous en parlent. - A.de Tarlé: Le peuple avait voté contre le traité constitutionnel.

Les politiques de l'époque l'ont imposé par d'autres voies. - B.Teinturier: Ca a marqué considérablement les Français.

On ne peut pas écarter l'idée qu'il y aura une trace importante, négative, une méfiance, l'idée malgré tout, et J.-L.Mélenchon en joue, qu'on aurait détourné les résultats du scrutin de leur réalité et qu'on aurait commis une anomalie.

C'est un peu plus compliqué. On ne peut pas dire cela de manière aussi caricaturale, mais on ne peut pas l'écarter non plus d'un revers de main. Il y a quand même quelque chose qui frappe les Français. - A.de Tarlé: Même si beaucoup, à gauche, disent: "E.Macron ne voulait pas d'un Premier ministre de gauche qui détricote sa réforme des retraites.

Il est plus à l'aise avec un Premier ministre de droite." D'autres noms avaient circulé à gauche ou de sensibilité de gauche, jusqu'à L.Berger. - C.Meeus: E.Macron avait cherché à savoir si L.Berger était prêt à franchir le Rubicon.

Il semblerait qu'il lui a dit non et qu'il s'était retiré de la vie politique. O.Faure n'a-t-il pas tenté aussi de faire fléchir L.Berger jusqu'au dernier moment?

En tout cas, il a totalement empêché l'hypothèse B.Cazeneuve alors qu'elle était quasiment prête. Le chef de l'Etat est toujours dans cette idée d'avoir une coalition qui va d'un bout du PS à un bout des LR.

L'hypothèse Cazeneuve s'est arrêtée mardi soir quand, à 53 %, les socialistes ont décidé de retirer un amendement qui était: "On soutient B.Cazeneuve et il n'y aura pas de censure automatique." On est au coeur du problème.

Le PS s'est lié à LFI et, dès le soir du 2d tour, J.-L.Mélenchon a dit: "C'est tout le programme du NFP, rien que le programme du NFP." Ils voulaient rester dans cet environnement chimiquement pur, alors qu'ils n'ont que 193 députés.

Ce qu'a réussi E.Macron, c'est de desserrer cette contrainte et d'obliger un des deux blocs à venir à lui, en l'occurrence le bloc des LR. Aujourd'hui, il peut arriver en disant qu'il a une majorité à 200-220 voix, 200 élus. "Je suis le 1er bloc.

Cette majorité est le 1er bloc contre le Nouveau Front populaire." - A.de Tarlé: Question.

Est-ce que ce n'est pas la même histoire qui continue, avec M.Barnier? - C.Meeus: Non.

Il y a une grande différence. M.Barnier est LR et l'assume.

E.Philippe et J.Castex étaient des LR et se sont ralliés à E.Macron.

Ils ont été exclus des LR. C'est presque une continuité. - B.Teinturier: Et c'est à l'issue d'un scrutin qui a marqué une défaite aussi pour le bloc central.

Même si, sur les formulations, E.Macron a eu du mal à l'admettre. Malgré tout, il a reconnu qu'il y avait là-dedans un message envoyé et qui était en faveur d'une autre politique.

C'est tout le danger. Je crois fondamentalement que, même si les Français ont envoyé un message pour une autre politique, qui diffère considérablement d'un bord à l'autre...

Le nouveau Premier ministre doit incarner une forme de réelle cohabitation, pas un parfum de cohabitation. S'il n'y a pas suffisamment d'éléments qui montrent que la politique qui va être menée est relativement différente de celle qui a été menée, aussi bien en termes d'incarnation que de contenu, vous aurez des Français qui se diront: "Voter ne sert plus à grand-chose." - A.de Tarlé: Sauf qu'il vient des LR.

C'est 47 députés à l'Assemblée nationale. Il va donc devoir nouer des alliances, écouter. Vous l'avez vu à l'oeuvre lors du Brexit.

Est-ce que c'est un fin négociateur? On parlait des communistes qui pourraient Ne pas être fermés à l'idée de voter...

Est-ce qu'il peut être capable de tenir les 2 bouts de l'omelette, qui ira de la gauche jusqu'aux Républicains? - E.Albert: Il a réussi à garder les 27 de l'UE ensemble pendant le Brexit.

Ce n'était pas gagné d'avance. Les Britanniques ont tenté depuis le début de jouer les Français contre les Allemands, les Hongrois contre d'autres...

M.Barnier a joué cartes sur table avec les 27. Toutes les semaines, il était dans une nouvelle capitale et voyait un nouveau président ou Premier ministre.

Les négociations étaient transparentes avec les 27 en permanence. "Voici ce que vous avez gagné." C'était facile.

Les 27 défendaient le marché unique. "Si on donne des exceptions aux Britanniques, regardez ce que V.Orban va demander après." Il y avait cet argument.

Là, ça va être très difficile. L'Assemblée nationale est complètement fragmentée. On est dans la situation de la Chambre des Communes de 2019-2020, quand il n'y avait une majorité pour rien.

Ils votaient, votaient, votaient et rejetaient à chaque fois. On est dans la même situation. Comment M.Barnier va mettre ça ensemble?

Je laisse les experts de la politique française me l'expliquer. - A.de Tarlé: Il va surtout devoir ne pas irriter le Rassemblement national.

Dès lors qu'il vote la censure, le gouvernement tombe. La presse, "Libération"...

Il est l'otage du Rassemblement national. - C.Vigoureux: C'est sûr que M.Le Pen est plus puissante que jamais.

C'est elle qui a empêché la nomination de X.Bertrand, qui était une des hypothèses étudiées à l'Elysée. Elle a fait savoir...

Il y avait une hostilité très personnelle entre X.Bertrand et M.Le Pen et le RN de manière générale.

Elle a fait savoir qu'elle voterait la censure, ce qui a écarté l'hypothèse X.Bertrand. Ils ont décidé de laisser sa chance à M.Barnier.

Mais la question, c'est "jusqu'à quand?" Elle n'a qu'à appuyer sur un bouton pour renverser le gouvernement. Derrière elle, il y aura tous les députés RN.

Elle tient très bien le groupe de 126 députés. Si la gauche décide de déposer une motion de censure que le RN voterait, le gouvernement pourrait être renversé. Ca s'était passé avec E.Borne à l'hiver 2023.

Elle avait frôlé la motion de censure à 9 voix près. La situation politique était plus stable qu'aujourd'hui. M.Le Pen est plus forte que jamais.

Pour le RN, c'est une vraie revanche. Ils ont quand même souffert lors de ces législatives. Ils avaient fait un très bon score au 1er tour et ont considérablement souffert du barrage républicain, qui a été très efficace.

Ils ont ensuite été écartés de tous les postes-clés à l'Assemblée nationale, contrairement à la précédente législature, où ils avaient des vice-présidences et d'autres postes très importants. Là, ils n'ont plus rien. Ils sont revenus, tout d'un coup, en situation de force.

Ca fait aujourd'hui d'elle l'arbitre du jeu. - B.Teinturier: Elle est plus forte que jamais, mais à un petit bémol près.

Elle n'a pas intérêt aujourd'hui à faire tomber ce gouvernement. - A.de Tarlé: Pourquoi? - B.Teinturier: Parce qu'il n'y aurait pas de présidentielle immédiatement et qu'elle serait redevable du chaos et de la crise que cela provoquerait.

Son intérêt, c'est de le faire quand il pourra y avoir possibilité de revoter pour des législatives, mais peut-être aussi pour une présidentielle s'il y avait une énorme pression. A très court terme, qu'est-ce que ça lui rapporterait? On fait tomber le gouvernement de M.Barnier, on en fait tomber d'autres...

Elle serait quand même co-constructrice de ce blocage. Toute sa stratégie, contrairement à celle de J.-L.Mélenchon, est inverse.

C'est de dire: "Nous sommes responsables. On jugera en fonction du contenu." C'est plutôt habile, et ça marche. - A.de Tarlé: S'attirer les bonnes grâces du bloc central, ne pas irriter le Rassemblement national...

Est-ce que la constitution du gouvernement Barnier...

On ne sait pas quand ça pourrait être, d'ailleurs. Est-ce que le profil des ministres sera déterminant? - C.Meeus: Il sera d'autant plus déterminant qu'il est en lien avec votre question précédente sur comment va réagir le Rassemblement national.

On entend des voix au RN dire: "Barnier, d'accord, mais il ne faudrait pas que X.Bertrand devienne ministre." Or, on sait qu'E.Macron aimerait bien que B.Cazeneuve et X.Bertrand entrent dans ce gouvernement, toujours dans cette idée des 2 bouts de l'omelette, au rang de ministres d'Etat.

Est-ce que M.Le Pen accepte ça? Est-ce que M.Le Pen, dans sa recherche de respectabilité et de normalisation, laisse passer ce gouvernement, tout en faisant savoir que ça ne lui convient pas, et permet à E.Macron de gagner du temps jusqu'au budget?

C'est ce que cherche E.Macron: encore un peu de temps. Il ne voulait pas d'un gouvernement censuré là, dans les jours ou semaines qui viennent.

Il a gagné au moins jusqu'au budget. Après, à charge pour M.Barnier de négocier suffisamment habilement à l'Assemblée pour que le RN vote contre le budget, qu'il y ait un 49-3 et qu'il ne s'associe pas à une motion de censure. - A.de Tarlé: Est-ce que ce sera la popularité de M.Barnier auprès de l'opinion, ce qui lui apporterait une certaine protection...

Est-ce qu'il est connu? Quelle image il a dans l'opinion, malgré ses 50 ans de vie politique? - B.Teinturier: Pour demain, la popularité, ça peut être une ressource politique.

Quand vous êtes populaire...

E.Philippe a connu ça...

Ca vous aide. Malgré tout, on est dans une configuration où l'essentiel sera ailleurs. Ce sera l'équilibre, la motion de censure, la capacité à combiner tout cela, à donner des signes de rupture par rapport à ce qui s'est passé avant.

La question de l'incarnation est fondamentale. Si les Français revoient les mêmes visages, le pouvoir aura du mal à expliquer qu'il a tenu compte du résultat des urnes. La popularité de M.Barnier, on l'a mesurée jusqu'en mars 2022, c'est-à-dire la primaire.

Ensuite, il n'était plus dans le film, donc plus dans les baromètres. Il était populaire chez les sympathisants LR. C'est bien sans être exceptionnel non plus.

Il était en différentiel négatif dans le bloc central. Il y avait plus de jugements négatifs que de jugements positifs. Ce n'était pas un différentiel négatif très fort.

Il était très impopulaire à gauche, notamment chez LFI. - A.de Tarlé: Il est connu, en Angleterre? - E.Albert: Les Anglais n'arrivent pas à parler de lui sans dire "monsieur Barnier", en français dans le texte.

Il était le monsieur méchant pendant le Brexit. Il avait la ligne dure et était attaqué à chaque fois. Il est très connu, plus qu'en France, paradoxalement.

Il a une image très négative auprès des brexiteurs. Ils sont de moins en moins nombreux et regrettent beaucoup, mais c'est une autre histoire. Il a une image respectée dans l'autre partie de la population qui était contre le Brexit.

Il a beaucoup marqué au Royaume-Uni, parce que c'est le visage du Brexit. Il était tous les jours, quasiment, à la une des journaux, pendant des années. - A.de Tarlé: Un autre l'a étrillé dès que son nom est sorti: J.-P.Tanguy.

Il l'a traité de "fossile". - J.-P.Tanguy: Monsieur Barnier pense tout et le contraire de tout.

Surtout, rien du tout. Il est réputé dans tout Paris comme un des plus stupides hommes politiques que la Ve République ait donné. Il ne comprend rien de ce qu'on lui dit, en dehors d'une fiche qui lui est écrite. - A.de Tarlé: Apparemment, il s'est excusé.

Il s'est fait rattraper par la patrouille. Faut-il y voir la voix de M.Le Pen, qui lui aurait dit: "Pourquoi tu as dit ça?

C'est toi, qui es stupide." - C.Meeus: C'est tout le problème des partis populistes.

Le chef fixe la ligne. La ligne, on la connaît au dernier moment. - A.de Tarlé: Il n'était pas au courant qu'il ne fallait pas dire de mal de M.Barnier? - C.Meeus: Apparemment.

Il était sur la ligne "on censure tout potentiel Premier ministre". Il a un peu débordé du coloriage, on va dire. Il s'est fait rattraper par la patrouille.

Les populistes, ils peuvent dire tout ce qu'ils veulent, comme V.Orban en Hongrie, être sur un thème et changer de thème après, devenir antieuropéen...

Ou G.Meloni, qui vous explique qu'elle est anti-immigration et qui arrive au pouvoir en disant qu'elle va faire autre chose. M.Le Pen, c'est pareil.

Elle change d'avis au dernier moment. La difficulté pour ses troupes, c'est de la suivre. - A.de Tarlé: Il n'y a pas de frondeurs, au RN. - B.Teinturier: C'est un parti tenu, monsieur!

Vous avez une cheffe et les troupes suivent. C'est assez cadenassé. Indépendamment de la connaissance de la ligne, qu'est-ce que ça pouvait rapporter au Rassemblement national de tenir de tels propos à l'égard de M.Barnier, qui n'était pas encore nommé Premier ministre à ce moment-là, quand vous êtes dans une stratégie de respectabilisation?

Même sans connaître la doctrine précise de M.Le Pen à propos de M.Barnier, je crois que ce n'était pas dans la stratégie générale de l'attaquer en ces termes.

Il a remis en cause son intelligence. Il a aussi explicitement dit que c'était quelqu'un de stupide. Le terme "fossile", je ne vois pas très bien ce que ça pouvait rapporter au Rassemblement national. - A.de Tarlé: La nomination est intervenue 51 jours après la démission du gouvernement Attal.

Le RN est devenu le faiseur de roi. - "Michel Barnier approuvé par Marine Le Pen", titre "Libération". Au lendemain de la nomination, une question: quel rôle a joué le RN? *-M.Le Pen a échangé avec le président.

Elle ne va pas voter la censure. *-Il a fallu attendre le feu vert de M.Le Pen pour qu'elle nous le sorte enfin du chapeau. - Comme un goût de revanche pour le parti d'extrême droite. - S.Chenu: Il y a quelques semaines, il ne fallait pas parler au Rassemblement national.

Il fallait le faire battre à tout prix. Il ne fallait pas que le Rassemblement national puisse exercer une quelconque responsabilité à l'Assemblée nationale. Aujourd'hui, c'est tout juste si on ne nous fait pas la cour et que M.Le Pen devient la DRH d'E.Macron. - Le Rassemblement national profite du rapport de force pour poser ses conditions au nouveau Premier ministre s'il ne veut pas être censuré. ...

Avant d'être arbitre, le RN a d'abord été sur le banc de touche en raison de sa 3e place aux élections. Le parti s'est montré discret pendant l'été. Seulement quelques tweets pour parler JO ou désavouer la candidate à Matignon du Nouveau Front populaire. ...

Invité au 1er tour des consultations à l'Elysée, le RN martèle qu'il censurera tout gouvernement du NFP et signe la fin de l'hypothèse L.Castets. - M.Le Pen: Le Nouveau Front populaire est dirigé par LFI.

Le plus brutal, le plus excessif, le plus outrancier est celui qui impose sa loi. C'est ce qui s'est passé durant 2 ans. L'idée qu'il y ait un gouvernement du Nouveau Front populaire où il n'y aurait pas de ministres insoumis ne change strictement rien. - Le parti d'extrême droite joue les faiseurs de roi et ne rate pas une occasion de critiquer les hésitations du président. - J.Bardella: Alors que la France navigue à vue, sans gouvernement depuis plus de 40 jours, paralysée par E.Macron et ses indignes alliances avec le Nouveau Front populaire aux dernières législatives, je veux appeler à une prise de conscience collective.

Le président doit convoquer une session extraordinaire à l'Assemblée nationale pour débattre d'une grande loi de sursaut sécuritaire. - Pour peser de tout son poids en cette rentrée sous haute tension, le parti d'extrême droite pourra compter sur de nouveaux alliés dans l'Hémicycle. *-Notre ami E.Ciotti! - E.Ciotti, le patron contesté des Républicains.

Devant 3000 partisans, il lance ce jour-là l'UDR, l'Union des droites pour la République. - E.Ciotti: Nous avons brisé le tabou de ce grotesque et ridicule front républicain.

Chaque jour qui passe renforce cette union des droites. réclament son exclusion. - Dans votre propre famille, cette volonté de faire l'union des droites n'a pas été suivie. - E.Ciotti: Ce n'est qu'une question de temps.

Je ne désespère pas de convaincre. Nous allons ouvrir un chemin. Nous avons le courage d'en être les pionniers.

D'autres viendront. - En attendant, E.Ciotti n'a que 15 députés derrière lui et forme le plus petit groupe de l'Assemblée nationale.

C.Alloncle croit en cette idylle avec l'extrême droite. Il est un des députés élus sous la bannière LR-RN aux législatives. - Vous n'êtes pas un peu la béquille de M.Le Pen? - On est plus proches idéologiquement que tous les partis du Nouveau Front populaire entre eux, qui ne sont d'accord sur rien. - Le RN et ses alliés promettent de juger le nouveau gouvernement Au cas par cas. - A.de Tarlé: Question.

Sur l'immigration, on a beaucoup dit que le programme de M.Barnier à la présidentielle s'approchait des idées du Front national. Il avait critiqué les juges qui empêchaient de tenir la frontière. - C.Vigoureux: Il a dit qu'il fallait s'affranchir des règles européennes, de la Cour européenne des droits de l'homme.

Ca a été les 1ers mots de M.Le Pen: "On n'a pas un immigrationniste dingue à Matignon." Il avait tenu des positions très fermes sur la question migratoire. - A.de Tarlé: Non à l'AME. - C.Vigoureux: Un moratoire sur la politique migratoire...

C'est l'un des piliers du RN, la question de l'immigration. Ils ont décidé d'en faire un opposant respectable auquel ils ne barreront pas la route par principe, d'où l'indulgence qu'ils ont, a priori, envers lui. - A.de Tarlé: Est-ce que ça pourrait...

Ca va être compliqué pour M.Barnier. Est-ce que ça pourrait être un sujet de crispation si le bloc central...

La loi immigration, chez les macronistes, avait fait des dégâts. - B.Teinturier: Bien sûr.

S.Houlié n'est plus dans ce bloc. Il s'est autonomisé. - A.de Tarlé: Il a critiqué M.Barnier. - B.Teinturier: Oui.

M.Barnier était dans la campagne des primaires. Il y avait E.Ciotti.

Il s'est droitisé de ce point de vue. Il a repris des thèmes des LR qui voulaient envoyer des signaux à cette partie de l'électorat sur l'immigration. Ca avait beaucoup surpris, venant de M.Barnier, sur l'Europe, sur les institutions qui empêchaient le politique d'agir.

Il avait un peu déplu dans une partie du bloc central. Il y avait eu quelque chose qui avait été très vite noté. Ca lui sert maintenant.

Ca permet à M.Le Pen de dire: "Au moins, sur ces positions, il n'est pas un immigrationniste fou." Mais ça sert aujourd'hui M.Barnier.

Quand il l'avait dit, c'était lors des primaires. - A.de Tarlé: M.Barnier qui critique les règles européennes, qui empêche de tenir la frontière, ça ne manque pas de sel.

Comment les Britanniques l'ont-ils reçu? - E.Albert: Avec beaucoup d'ironie.

Les Européens l'ont très mal vécu. "Vous avez défendu le marché unique, les règles du marché unique pendant 5 ans. La 1re chose que vous faites quand vous êtes candidat à la présidence, c'est de dire que ces règles ne sont pas graves." Ca a été très mal vécu par tous les gens à Bruxelles qui l'admiraient pour son travail.

Quand on l'a vu pendant 2 jours pour le documentaire en avril, il tenait des propos très fermes sur l'immigration en privé, pas Rassemblement national, mais "il faut contrôler l'immigration". Il y croit. - A.de Tarlé: Il devra envoyer des signaux pour s'attirer les bonnes grâces du RN et ne pas avoir, quand ça l'arrange, M.Le Pen qui baissera le pouce. - C.Meeus: Je pense que jamais une déclaration de politique générale ne sera aussi suivie à droite comme à gauche, mais surtout au RN pour savoir si les mots-clés y sont.

Lutte contre l'immigration, on l'a dit. Mais ce n'est pas un problème ni pour lui ni pour E.Macron.

Ils savent que c'est là-dessus qu'il faut aller. Il a parlé des services publics. On parle beaucoup de l'immigration, mais M.Le Pen, une énorme partie de son électorat la suit car elle est proche d'eux sur les questions de pouvoir d'achat.

Elle parle beaucoup de pouvoir d'achat. beaucoup aussi. Ils veulent que M.Barnier aborde ce sujet d'une manière ou d'une autre, sachant qu'on est dans un pays avec une dette qui a explosé et un déficit budgétaire record.

Cette question d'augmentation d'un coup de pouce sur les bas salaires peut être un des éléments. Il y a un 3e point très attendu: le changement de mode de scrutin aux prochaines législatives. Ce n'est pas la préoccupation des Français.

Si vous leur posez la question, ça arrive en bon dernier, derrière la sécurité, le pouvoir d'achat, car l'immigration, c'est la préoccupation de la classe politique. - A.de Tarlé: La proportionnelle... - C.Meeus: Les macronistes souhaitent une proportionnelle car c'est un moyen de détacher le PS de la pression de LFI.

Dans un scrutin majoritaire comme aujourd'hui, vous avez 3 blocs. Si vous voulez exister, il faut vous arrimer à un des blocs. Le PS s'est arrimé au bloc LFI.

LR doit s'arrimer au bloc central. Avec un scrutin proportionnel, il faut voir comment il sera construit, vous pouvez faire chacun votre liste et commencer à voir quelle coalition vous pourrez avoir. M.Le Pen et le RN sont favorables à ce scrutin proportionnel. - A.de Tarlé: Tout à l'heure, on entendait A.Bergé dire qu'il fallait être courageux pour accepter le poste de Premier ministre.

Elle parlait de M.Barnier. La liste de courses est compliquée.

Les services publics, la dette écologique, financière, les attentes sociales, vivre de son travail... - C.Vigoureux: Il a des chantiers immenses devant lui. - A.de Tarlé: C'est courageux ou kamikaze? - C.Vigoureux: Tout dépend quelle ligne il souhaite emprunter.

C'est un homme de droite. Il n'a jamais prôné le dépassement des clivages comme a pu le faire E.Macron.

A l'Elysée, ils ont acté que ce n'était pas la poursuite du macronisme. Ce sera bien une politique à droite qui sera menée. Il a été ministre de l'Environnement.

Qu'est-ce qu'il va proposer sur l'écologie? Il part d'une page blanche. Je serais incapable de vous dire précisément ce qu'il va proposer.

Pour compléter sur M.Barnier et le RN, ce qui joue aussi, c'est la méthode. M.Barnier est un homme de compromis.

Il a dit dans son discours lors de la passation de pouvoir qu'il parlerait avec toutes les forces politiques. Ca compte aussi pour M.Le Pen.

Le RN est habitué à être cornérisé. Cette fois, il a l'air de vouloir parler avec tout le monde, RN compris. Ca peut être une vraie nouveauté. - A.de Tarlé: A gauche, cette nomination a été dénoncée par plusieurs ténors comme un déni de démocratie.

Mais certains au PS regrettent de ne pas avoir laissé la porte ouverte à une hypothèse B.Cazeneuve. Demain, les Verts, le PC et LFI descendront dans la rue pour mettre la pression sur le nouvel exécutif. - C'était il y a 2 semaines.

Le NFP est reçu en premier à l'Elysée. En sortant de leur rencontre avec E.Macron, leur candidate pour Matignon, L.Castets, sourire aux lèvres, y croit encore.

Depuis hier, balayés, les derniers espoirs de gouverner. A gauche, c'est la douche froide. - L.Castets: Je suis très en colère, comme des millions d'électeurs français.

Ils se sentent trahis par la décision du président de la République. On a attendu 59 jours pour que le président de la République désigne M.Barnier Premier ministre.

Tout ça pour ça. - E.Coquerel: C'est un vrai coup de force démocratique.

Ces gens-là ont été battus aux législatives. - F.Roussel: C'est un bras d'honneur qui est fait à tous les Français, quel que soit leur vote, qui ont voté pour contester la politique du président de la République. - Indignation et déception.

L'heure aussi des règlements de compte au PS. Alors que le nom de B.Cazeneuve avait circulé pour Matignon, certains, comme N.Mayer-Rossignol, maire socialiste de Rouen, dénoncent une occasion manquée. - N.Mayer-Rossignol: On a failli à notre culture de gouvernement.

Il faut être honnête. Je ne suis pas là pour attaquer qui que ce soit. Je suis maire.

Quand je me promène dans la rue à Rouen, les gens me parlent. Ils me disent directement: "Vous aviez gagné. Macron a tout fait pour vous empêcher de prendre vos responsabilités.

Vous, vous n'avez pas tout fait pour donner une chance à des réformes de gauche." C'est terrible. - Face à ces accusations, la patronne des Verts et le premier secrétaire du PS font bloc. - O.Faure: Cette fable, il va falloir arrêter de la propager.

Où avez-vous vu que le PS avait le pouvoir de bloquer ou de nommer qui que ce soit? Si le PS avait ce pouvoir, L.Castets serait à Matignon. - M.Tondelier: Il faut arrêter de nous vendre B.Cazeneuve comme une solution qui aurait dû être évidente pour nous.

Si le programme du Nouveau Front populaire ou une partie ou un truc du programme avait été quelque chose qui lui tenait à coeur, il nous aurait aidés. Le silence n'était pas possible. - Le NFP sonné mais combatif.

Ils voteront la censure. 1re bataille dans la rue demain pour LFI. 150 rassemblements sont prévus partout en France.

Le parti de J.-L.Mélenchon ne s'avance pas sur des chiffres mais espère un sursaut de mobilisation. - M.Bompard: On va se mobiliser dans la rue.

Ca commence demain, samedi. Ce sera 2 mois après les législatives. La participation à ces manifestations, c'est une question de dignité. - LFI ouvre le bal.

Le 1er octobre, ce sera au tour de la CGT de battre le pavé. *-S.Binet: La CGT jugera sur pièces, mais le résultat des élections du 7 juillet est une fonction d'E.Macron, de sa politique économique et sociale qui ruine le pays et qui asphyxie nos services publics.

Il faut une rupture avec cette politique économique et sociale. Le parti de M.Barnier porte, au contraire, des propositions d'austérité violentes. - Une manifestation le 1er octobre, alors que le budget sera en discussion à l'Assemblée.

Une journée qui s'annonce agitée dans la rue comme dans l'Hémicycle. - A.de Tarlé: Question.

Il y aura du monde? - B.Teinturier: Qu'il puisse y avoir du monde, oui.

L'électorat du Nouveau Front populaire, il faut mesurer à quel point c'était le seul, après les législatives, qui exprimait des sentiments positifs, notamment le soulagement, soulagement qu'il n'y ait pas une victoire du RN et de l'espoir. Cet électorat a cru que l'alternance se réouvrait en sa faveur. Ce qui s'est passé douche cet électorat.

Il a le sentiment que cet espoir a été violemment battu en brèche. Ca peut mobiliser. Mais difficile de mobiliser sur le fait que vous n'avez pas Un Premier ministre...

Les Français se mobilisent davantage sur des choses concrètes, comme la réforme des retraites. Mais il va y avoir du monde. Ca peut dégénérer?

Je n'en sais rien. Il faut souhaiter que non et qu'il n'y ait pas de violence. Ces manifestations peuvent être bien encadrées.

Les partis politiques savent le faire. Au moment des retraites, ça s'est passé de manière pacifiée alors qu'il y avait des millions de Français dans la rue. Il ne faut pas tout de suite avoir ce spectre.

La seule chose que je peux dire, c'est à quel point des pans entiers de la société française se sont sentis floués par cette absence de possibilité pour la gauche d'être au pouvoir. - A.de Tarlé: E.Albert, vous revenez d'Angleterre.

Comment les Britanniques voient cette capacité qu'ont les Français à manifester? - E.Albert: Il y a ce refrain qui revient régulièrement: "Vous osez encore aller dans la rue." Les Britanniques dans les années 80 ont été fortement dans la rue.

Les syndicats ont perdu contre M.Thatcher. Ils ne s'en sont jamais remis.

La manifestation, la grève, c'est un peu revenu ces dernières années avec l'inflation. Avec le Brexit, il y a eu 1 million de personnes dans la rue. J'entends souvent cette admiration: "Vous osez descendre dans la rue et vous plaindre." - A.de Tarlé: La rentrée sociale pourrait être agitée.

Il y a beaucoup d'attentes. Il y a la question du pouvoir d'achat. Il y a un budget.

Il y a 16 milliards de plus à trouver. - C.Meeus: On nous promet toujours des rentrées sociales agitées.

Notre maître à tous, R.Soubie, conseiller de N.Sarkozy en matière de relations sociales, a dit qu'il n'y avait jamais de rentrée sociale agitée car les Français sont dans d'autres préoccupations, comme la rentrée scolaire, le pouvoir d'achat.

Il y a toutes ces questions qui arrivent. La manif la plus importante est celle du 1er octobre. - A.de Tarlé: La CGT n'appelle pas à manifester demain. - C.Meeus: Ni le PS.

Qu'une partie de la gauche manifeste demain contre ce qui se passe aujourd'hui avec l'arrivée de M.Barnier et des LR au pouvoir, oui, c'est dans l'ordre des choses. Ce qui pourrait faire basculer E.Macron, c'est si les Français, massivement, avec des gens qui ne sont pas politisés, comme au moment des retraites...

Ce n'était pas que le peuple de gauche qui manifestait. Il y avait plus de monde. Ca dépassait les clivages politiques.

Ils pourraient se dire qu'il se passe quelque chose. La gauche, sur cette période, est presque tombée dans tous les pièges. Quand elle dit, il y a 10 jours, qu'elle organise une manifestation le 7, ça fait baisser la pression sur E.Macron.

Ca lui permet de chercher une solution sans avoir la pression du NFP. Ensuite, ils disent qu'ils vont déposer une motion de censure. Très bien.

A partir du moment où le RN a décidé de ne pas la voter, la motion de censure démontrera que le Nouveau Front populaire ne pèse que 193 députés à l'Assemblée nationale. - A.de Tarlé: On revient à vos questions.

Question. G.Attal, tout lui réussissait.

Hier, il a trébuché avec son discours un peu long et égocentré? - C.Vigoureux: Peut-être que ce discours était aussi à l'image de la période qui est très compliquée pour G.Attal.

Il y a beaucoup de frustration. Il ne sera resté que 8 mois à Matignon. Il n'aura pas pu mener cette rentrée scolaire, alors qu'il avait fait de l'école une priorité.

Tous les chantiers scolaires sont en suspens. - A.de Tarlé: Il a parlé de sa frustration.

Il n'a pas parlé à E.Macron plutôt qu'à M.Barnier? - B.Teinturier: Si. - C.Vigoureux: Il a dû faire campagne pour cette dissolution qu'il n'avait pas choisie et qu'il n'a fait que subir et qui a arrêté son bail à Matignon.

A titre politique et personnel, la situation est particulièrement dure pour lui. C'est ça qui est ressorti hier. - B.Teinturier: Il y a une réelle frustration.

C'est indéniable. Mais ce n'est pas contre M.Barnier qu'il a envie de jongler.

Il en veut à E.Macron. - A.de Tarlé: Est-ce que c'était le moment de le dire? - B.Teinturier: Il a raté sa sortie de ce point de vue.

Il ne faudrait pas retenir uniquement que quelqu'un a remis à sa place un jeune coq. Je comprends l'expression de notre téléspectateur. Ce sont 2 responsables politiques.

G.Attal n'est plus un gamin qu'on peut renvoyer à son âge. Bien sûr qu'il n'a pas l'expérience et le parcours de M.Barnier, mais c'est un responsable politique qui a été Premier ministre, qui a exercé des fonctions importantes.

Il est encore en devenir, mais il faut les regarder comme 2 responsables politiques. Il y en a un plus expérimenté, mais l'autre n'est pas un petit enfant. Ca aurait été une erreur de jouer ça de manière paternaliste. - A.de Tarlé: Question.

N.Sarkozy s'était vanté de l'avoir fait reculer. - C.Meeus: Oui, avec son élection en 2007.

Les adversaires de N.Sarkozy disent qu'il est remonté en 2012. Ce n'est pas simple.

Le problème de M.Barnier, c'est cette absence de majorité claire qui va l'empêcher de faire des grandes réformes, d'aller aussi loin qu'il le voudrait. Ca ne va pas être simple pour faire reculer le RN, dont tout le monde dit qu'à l'issue des législatives, par rapport aux sondages, ils ont perdu, mais malgré tout, entre 2022 et 2024, ils ont progressé.

C'est le 1er groupe de l'Assemblée nationale. Avant d'arriver à les faire régresser...

Sachant que les prochaines élections sont les municipales, et qu'on voit dans pas mal d'endroits, grâce à leur progression aux législatives, des villes vont sûrement tomber. - A.de Tarlé: Question. - B.Teinturier: C'est ce que je crois.

Le talent de J.-L.Mélenchon est d'arriver à créditer l'idée qu'il aurait une stratégie gagnante alors que tout montre l'inverse.

Il s'effondre dans l'opinion. C'est la personnalité politique la plus rejetée, massivement, avec des taux de jugement très défavorables qui dépassent les 60 %. Les résultats électoraux, tant aux européennes qu'aux législatives, traduisent un rééquilibrage au sein de l'espace des gauches.

Cette stratégie du bruit et de la fureur n'est pas payante. Quand on dit qu'il y a un socle, si vous le regardez, il existe, il y a des électeurs LFI qui défendent toutes les positions LFI mordicus, mais ce socle est ténu. Ce qui s'est passé depuis une dizaine de mois, de septembre 2023 jusqu'aux élections, avec la stratégie Gaza, n'a pas servi les intérêts de LFI dans l'opinion.

Ca a servi pour convaincre les Français musulmans qui considèrent qu'il est proche de leurs préoccupations, mais ça a bloqué beaucoup de choses qui permettraient à LFI de s'élargir. Il y a des fractures internes à la gauche qui se jouent sur la stratégie de J.-L.Mélenchon.

Ce n'est pas le gagnant de la séquence. - A.de Tarlé: Question.

Est-ce que M.Barnier pourrait être disruptif à ce point? - C.Vigoureux: C'est peu probable mais pas impossible.

S'il y avait des personnalités de gauche qui devaient entrer dans ce gouvernement, ce serait plus du côté des communistes, des élus ultramarins que du côté des écologistes, des socialistes. Et les insoumis, c'est impensable. - A.de Tarlé: Fin de cette émission.

Merci d'y avoir participé. On retrouve "C à vous" avec A.-E.Lemoine.

Au programme? - A.-E.Lemoine: Il n'y a pas que l'ENA qui fournit des Premiers ministres à la France.

M.Barnier était le camarade de promo de J.-P.Raffarin à l'Ecole de commerce de Paris.

C'est un ami de plus de 50 ans qui nous parle du nouveau locataire de Matignon.