MON ALGERIE A MOI, DANIELLE MICHEL-CHICH (mars 2024)
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[Musique] [Musique] dans mon à moi il y a toujours des rencontres troublantes et mouvantes dans tout ce qui nous lit tout ce qui nous a séparé tout ce qui nous lit qui est le plus fort il y a ces histoires singulières et je veux vraiment effectivement que qu'on passe un bon moment avec Daniel Michel chich que qui demande qu'onappelle plus Danie je l'appellerai c'est la petite Danie qui est devenue Dani la femme elle a grandi et même vieilli tu es né en Algérie à algé en 1951 j'ai grandi dans une famille où tout se passait bien j'avais une mère très jeune des parents très très jeunes et qui travaillaient tous les deux et une grand-mère dont j'étais la petite fille unique qui s'occupait de moi donc j'étais choyé pas mal et jusqu'à jusqu'au 30 septembre 56 où effectivement tout va basculéou septembre 56 fin septembre c'est parce que tu es encore en vacances scolaires parce qu'à l'époque on rappelle que la rentrée scolaire se faisait début octobre voilà la rentrée était le 1er octobre de 30 septembre 56 c'était un dimanche mes parents étaient sortis avec des cousins et cetera au cinéma et ma grand-mère m'avait emmené au squir puis mangait une glace au Milk Bar qui est quand même une institution qui est restait d'ailleurs une institution à Alger euh qui était à l'époque le glacier centreeville familial donc elle m'a emmené à manger une glace et euh la première bombe en ville a été posée là euh des témoins ont raconté après que c'était sous notre table qu'elle avait été poussée posée ma grand-mère est morte le lendemain mais de ces de ces blessures qui étaient très graves et moi j'ai été gravement blessée j'ai perdu une jambe notamment enfin j'ai eu d'autres blessures qui étaient très grave qui m'ont presque plus fait souffrir pendant longtemps que l'amputation toute la famille a basculé hein pas seulement e la famille d'autant plus que sans trahir le secret du livre lettre à Zora dont tu nous donas pardon oui oui pardon que et on aura tous compris Z Drif cette cette lettre que tu as écrite effectivement un jour à Madame driff lêre vraisemblablement resté sans réponse en tout cas qui n'a pas apporté les réponses que tu attendais ou cette main que tu tendais à un moment elle est vraiment dans dans un message de d'apaisement de réconcili quand quand tu quand j'ai lu découvert ton histoire que j'ai découverte récemment je me suis dit comment cette personne cette cette petite Danie qui devient Daniel s'en sort s'en sort parce que c'est vraiment un exemple de résilience sans garder la moindre amertume parce que finalement tu n'en veux pas à ces personnes ou à cette personne en particulier qui ont fummenté ses attentats non tu aurais pu ça a quand même changé je le dis clairement je le dis dans le livre mais je le dis partout quand on me le demande je n'ai pas pas de colère je n'ai évidemment pas de désir de vengeance je n'ai pas de haine euh j'ai écrit ce livre pour effectivement raconter cette histoire faire le point finalement je commençais j'étais grand-mère depuis 3 ans voilà donc envie de transmettre et puis euh pour aussi élever un tout petit peu le débat au-delà du récit personnel euh dire ben je n'ai pas de colère madame puisque je m'adresse à elle et que c'est sous la forme d'une lettre mais on peut se poser la question comme Camu dans les justes est-ce que la fin justifie les moyens c'està dire bien sûr que moi maintenant je me dis enfin depuis que je suis adulte et que j'ai une conscience politique je me dis bah la décolonisation c'était le cours normal de l'histoire évidemment donc je ne remets pas du tout ça en question bah évidemment ça se faisait pas tout seul c'était clair la France lâchait pas le morceau très facilement donc bon il fallait effectivement se battre pour avoir cette indép pendance pour les Algériens maintenant est-ce qu'il fallait s'en prendre à une population civile euh voilà c'était ça c'est ça ma question c'est toujours pareil est-ce que il fallait pas plutôt faire sauter le gouvernement général je sais pas enfin voilà tous ces bâtim accessible moi je suis restée 6 mois à l'hôpital donc je suis sortie de l'hôpitalf je suis rentrée le 307t je suis sortie à pâac donc pendant tout ce temps-là on m'a caché que ma grand-mère était morte bon à l'époque il fallait protéger les enfants notamment de la notion de mort des proches et Cera ce qui était terrible euh et et on m'a et et et et donc on me l'a annoncé quand je suis rentrée à la maison quand quand ma mère avait invité toute la famille pour fêter mon retour et qu'elle mettait la table et que j'étais assise là je marchais pas encore enfin je ne remarchais pas encore pardon et je dis à ma mère j'ai bien vu que voilà je sais pas si j'avais compté les assiettes ou pas mais j'ai bien vu que elle était pas compté et je lui ai dit mais est mort elle m'a dit oui ça a été un grand traumatisme d'abord de ne pas le savoir parce qu'on m'avait dit elle était en vacances à Paris h j'étais petite mais je comprenais quand même qu'elle pouvait pas partir quand quand j'éta ah oui c'était pas possible donc je sentais bien que il y avait quelque chose mais bon voilà et puis je sentais bien qu'il fallait pas en parler non plus donc on comprend très bien toutes ces choses là quand on est enfant on devine sans mettre de mots donc voilà euh et et et la famille la famille a été totalement traumatisé le cours le cours de la vie de la famille a été modifié hein c'estàdire que mon père a perdu sa mère alors en plus mes parents ont eu comme des malheurs séparés mon père a perdu sa mère ma mère a eu sa fille blessée ils ont souffert chacun dans son coin euh c'était voilà la vie la vie a été est devenue différente quoi et on on est passé d'une enfance tranquille au soleil avec une famille aimante et cetera à moi petite fille qui m'en sortait pas mal hein parce que je m'en suis bien sortie physiquement et et et moralement avec des parents très très très je dirais comme endeuillé d'ailleurs mon père était endeuillé au sens propre mais même ma mère enfin elle a vécu avec ce poids du malheur en plus je me rends compte maintenant en vieillissant ma mère n'avait que 25 ans elle m'a eu très jeune donc elle n'avait que 25 ans quand c'est arrivé c une très jeune femme qu'en tout cas dans la rue dans ton quotidien on t'avait demandé d'être plus prudent sa pas encore ouais avant l'attend non pas du tout je pense vraiment que personne n'avait conscience que que qu'une guerre se préparait personne euh donc on vivait tout à fait normalement d'ailleurs même après où on a on a compris que on était en guerre finalementin on continu à vivre normalement je me souviens être aller une fois voir un dessin animé au cinéma on regardait sous les sièges tout le monde regardait sous les sièges pour s'il y avait pas une bombe et puis on s'assayit puis regarder le film voilà en fait on s'habitue enfin on s'habitue la vie prend vite le dessus heureusement pas pour tout le monde hein c'est sont pareil de ce 30 septembre qu'est-ce qui te reste comme souvenir c'est très embêtant parce que la mémoire se reconstitue à partir de souvenir qu'on a entendu 100000 fois raconter dans les réunion de famille et cetera comme des témoins qui étaient là au milbar dans les tables autour de nous ont raconté qu'il l'avait vu elle entrer et poser ce sac de plage et le glisser sous notre table et que ma grand-mère aurait dit à ce moment-là quelqu'un a oublié un sac de plage et puis ça a sauté donc je sais pas si j'ai un souvenir ou si je l'ai tellement entendu que voilà le souvenir que j'ai euh et là aussi on l'a beaucoup raconté mais je pense quand même que j'ai des images enfin je sais que j'ai des images c'est euh le ce ce cet appelé du contingent qui se promenait dans le centreville d'Alger et encore une fois lui aussi il avait 20 ans donc je me rends compte qu'il a dû être totalement traumatisé parce que il passé à ce moment-là et il m'a ramassé il m'a fait un Garreau avec sa chemise je crois et il a arrêté une voiture de passage parce que comme la comme la guerre n'avait pas commencé les secours n'étaient pas prêts à arriver enfin rien n'était prévu pour hein donc il a arrêté une voiture comme ça de quelqu'un qui qui est rentré chez lui et il m'a ammené à l'hôpital Mustapha voilà donc ça je m'en souviens je me souviens de l'arrivée à l'hôpital où j'étais donc sans ma mère sans ma grand-mère j'avais 5 ans c'était un peu c'était un peu perturbant voilà et puis après plus grand-chose je pense qu'après on m'a shooté c'est une roste à l'attentat de la rue de TB que la police française a a mené et qui a été extrêmement meurtrié parce que c'était dans la casba la rue de Tab une des petites rues de la casba dans ces rues qui sont complètement tricotées entre évidemment on se doute que si on metexlosif c'est très meurtrier donc voilà le milgbar était la réposte à ça et et c'est ce que j'appelle la partie de pingpong enfin c'est-à-dire voilà on tape d'un côté les autres tapent d'un autre enfin bon c'est le principe de la guerre malheureusement euh sauf que là c'est pas la guerre entre les soldats oui c'est la guerre ce sont les civils avec l'utilisation des femmes quand on on va le voir à différents moment et le fait que zoradriff en tout cas jeune femme faisait tout à fait européenne elle é bien l' eururopéenne en tout cas ce qui lui permet de se faufiler assez facilement et de partir j'imagine comme elle est venue ou h l'attentat est raconté quasiment en temps réel dans la bataille d'Algérie tout à fait en temps réel et on voit comment elle pousse la bonbe la table donc elle aussi a raconé enfin je veux dire elle en plus enfin elle elles étaient tout tout enfin un certain nombre de mchidat à vouloir non pas euh servir de cantinière et d'infirmièrees et cetera mais à vouloir prendre les armes en ce sens elles étaient des filles très libéré très engagé enfin jusqu'au bout enfin c'est très paradoxal pour moi de le dire comme ça mais c'est tout fa admirable elle elle avait 22 ans je crois il y en a qui était plus jeune que ça oui oui il y en a qui était encore plus jeune que ça et qui voulait vraiment prendre le Maqui et et voilà et faire de la lutte armée bon voilà alors elle elle n'a posé qu'une bombe elle a été faite prisonnière assez peu de temps après et par rapport aux autres toutes les autres mjahidates qui ont été faites prisonnières aussi elle elle a eu beaucoup de chance parce qu'elle a été au lieu d'ê de rester à la prison de barberous ALG elle a été envoyée à Toulouse prison de Toulouse comme en France cétait un étoit de droit où le droit était respecté elle n'a pas été torturée contrairement à ses camarades qui ont vraiment vraiment souffert de torture de viol et cetera dans à la préson de barbe rus donc elle a elle a eu une sorte de chance quand même de pardonne-moi Daniel est-ce que tu t'es je suppose que tu t'es posé la question 20 fois qu'est-ce que tu aurais fait est-ce que qu'aurais-tu fais à sa place finalement si bien sûr bien sûr que je je je je me pose la question je me suis posé la question puis on peut se la poser toujours et je ne sais pas j'ai été une jeune une une étudiante très engagée politiquement donc peut peut-être que j'aurais été engagé après j'ai envie de dire je suis pas sûr que j'aurais voulu me lancer dans la lutte armée mais j'en sais rien finalement on est jeune avec cette espèce de d'enthousiasme révolutionnaire que la lutte pour la libération de son pays peut donner je je je je ne sais pas je peux dire pourquoi pas pourquoi pas bon alors évidemment ça ça peut paraître bizarre mais parce que la cause me paraît juste après les moyens bon les moyens sont peuvent être discutable c'est ton état de santé et puis le les événements qui font que finalement ta ta famille va va décider de quitter la l'Algérie bon ben on a quitté l'Algérie comme tout le monde enfin comme tout le monde comme tous les piedsnoirs et et enfin nous nous n'étions pas des piedsnoirs nous sommes des Juifs d'Algérie donc ma famille était en Algérie avant la colonisation française mais bon voilà on a quitté comme tout le monde le 1er juin 62 donc en gros en en mai juin il y a un million de Français qui ont quitté l'Algérie et voilà on a fait partie du lot euh je pense que mes parents ont espéré euh jusqu'au bout rester parce que on nous a appelé des rapatriés mais moi je dis toujours on était des patriés parce qu'on connaissait pas la France avait pas de r Oui donc il y avait pas de voilà donc je pense que jusqu'au bout ils ont espéré que ils allaient rester là revenir oui ou certains imag je crois pas quand on est parti c'était vraiment avec l'idée que on partait on partait pour de bon mais jusqu'aux accords des Viant en tout cas euh bon il devait penser qu'il y aurait un arrangement autre qui ferait que ce serait un état double ou voilà quelque chose comme ça donc on est resté jusqu'au bout et et je dois dire que mes pires souvenirs de guerre parce que donc moi j'avais 10 ans et demi quand on est arrivé en France j'allais dire rentrer en France mais non quand on est arrivé en France euh euh mes pires souvenirs c'est vraiment les derniers mois de de voilà fin 61 et puis jusqu'au 1er juin 62 où l'OAS a mené cette politique de la terre brûlée et tout sauté et on habitait dans le centrreville d'Alger cette année-là on avait déménagé un an avant de quitterg dans quel quoi dans quel coin on habitait rue Richelieu alors évidemment je ne connais pas les noms arabes March clel donc comme on habité dans le centre il faisait tout sauter c'était c'était terrible et donc mes pires souvenirs c'est ça c'est que on faisait venir le Vitri tous les TR jours parce que les fenêtres les vitres s'écroulaient une fois j'allais à l'école je me souviens donc on longeait le marché Closel on j'allit à l'école et tous les marchands qui étaient donc tous Arabes avaient été abattus ils étaient tous abattus sur leur étal comme ça j'ai cette image vraiment où ils étaient donc finalement euh même dans mon souvenir j'ai les deux côtés de la guerre qui se mêle c'est-à-dire que moi évidemment j'ai été blessé d'un côté mais mes images et et mes souvenir mais bruits de guerre c'est c'est l'OAS à la fin on est parti avec une valise par personne comme beaucoup de gens on est nous on est parti en avion parce que justement comme j'avais été blessé et cetera bon on avait évité le voyage en bateau qui était plus long voilà on est arrivé à marignal parce que ma mère avait une sœur donc et puis son mari et ses enfants qui sétaient déjà posés quelques mois avant à Toulon on avait comme tout le monde on est allé là où il y avait déjà des membres de la famille donc on est arrivé à l'aéroport de Marignan à Marseille et mon oncle et ma tante nous attendaient en voiture ell nous ont amené chez eux à Toulon on avait rien donc on a campé chez eux mes cousins et moi on a passé un été formidable hein parce que ils étaient trois autour de mon âge et moi j'avais il y avait moi et mon petit frère et donc nous on était content on était entassé dans trois pièces mais on faisait les fous le soir et cetera et on a le souvenir que nos mères étaient posé devant une tasse de café et elle pleurait mais éidment elles avaient voilà elles avaient tout laissé euh puis bon tu disais plusieurs générations effectivement de de tes aïux qui sont nés et qui du coup sont décédés en Algérie c'est c'est c'est c'est tous ces tous ces ascendants qu'on laisse derrière soi parce que évidemment les les cimetières on peut pas on peut pas ou oui oui je suis allée je suis retourné à Alger pour la première fois depuis 62 en 2013 h et et j'ai je suis allée au cimetière Saint-Eugène pour essayer de retrouver la tombe de ma grand-mère et j'ai eu cette histoire extraordinaire avec le gardien qui a pris sa retraite qui m'a prévenu il y a quelques années qui prenait sa retraite d'ailleurs euh le gardien avait tenu un registre très proprement oui j'ai eu l'occasion de voir c'est magnifiques ces registres enfin je pense que ça reste exceptionnel mais ils sont excellment bien tenu ou oui oubrahim était un homme exceptionnel c'était lui qui avait fait ça et donc je lui lui explique que voilà je sais que ma grand-mère a dû mourir le 1er octobre puis que je savais qu'elle était morte le lendemain de de l'attentat et que voilà je ne savais pas où était sa tombe que évidemment je l'avais jamais vu et il m'a guidé évidemment les tombes le cimetière est à flan decolline Saint-Eugène les tombes les plus anciennes sont en bas donc et puis comme ma grand-mère est morte finalement peu d'années avant l'indépendance et c'est il bon il me dit bah alle est force haut morte en 56 donc on cherche il y avait eu des éboulements il y avait eu un peu de sacage et cetera donc tout était en très mauvais état on retrouve à un moment un morceau de la un morceau assez gros de la pierre tombale de son frère qui était mort que j'ai jamais connu mais j'entendais toujours parler de l'oncle Prosper donc on retrouve un morceau je dis bon alors on arrête si son frère est là elle doit être pas loin ça suffit et cetera et puis lui il a pris mon adresse mail et il a euh il m'a envoyé un mail d'une photo euh il a reconstitué la tombe de ma grand-mère comme un puzzle en fait il a cherché les morceaux de marbre qui étaient de la même couleur et qui allit ensemble et il a reconstitué cette tombe et il il me il m'a envoyé la photo en me disant je voulais je voulais que vous la voyiez et cetera c'était extraordinaire comme histoire voilà donc c'est non mais j'ai un très bon accueil hein de toute façon oui c'est ce qui c'est ce qui est toujours très troublant et et encourageant très troublant quand je suis arrivée à l'aéroport d'Alger alors moi j'étais partie de l'aéroport de Maison Blanche je crois que ça s'appelait et puis j'arrive en 2013 à l'aéroport boméien oui oui et le douanier regarde mon passeport et me dit bienvenue chez toi bon voilà ça commençait vraiment pas de haine comme tu disais je prendrai je pourrais réutiliser pour toi la dage qui ce qui ne me tue pas me rend plus fort c'est vraiment ta vie aurait été sans doute été tout autre s'il avait pas eu ce début de de parcours de vie un peu un peu difficile oui oui je je serais pas la même personne ça c'est sûr c'est évident avec bon enfin j'ai c'est une mon histoire c'est aussi une richesse enfin je veux dire bon j'ai quand même des soucis physiques une une mobilité réduite et cetera mais c'est aussi une richesse toi tu retournes en Algérie tes parents par contre n'ont pas souhaité ah non non c'est je n'ai même pas dit à mes parents qui étaient encore vivir en 2013 je ne leurais même pas dit que j'y allais je l'ai dit à mon père après et je lui ai montré des photos parce qu'il m'a dit c'est pas vrai non non tu as pas pu y aller c'est pas vrai c'est pas vrai et puis je lui montré des photos et il a été quand même très secoué très parce que j'ai retrouvé l'appartement où il est né et où moi je suis né aussi dans la base Casbas et où j'ai été accueillie dans l'appartement toujours pareil donc voilà j'ai je lui montré des photos et cetera mais non non c'est c'est pour eux c'était pas envisageable c'était parti c'était fini quoi mais euh je me mettais en colère jusqu'à la fin parce que quand il disait chez nous ça voulait dire en Algérie et ici c'était la France et je disais mais arrêtez che chez nous c'est ici maintenant non non non chez nous c'est ALG oui il y avait un véritable déracinement euh oui oui oui tu tu tu tu tu évoquais tes liens enfin tu le fait que tu es retourné il y a une dizaine d'années un peu plus de 10 ans maintenant quels sont tes liens aujourd'hui avec l'Algérie si tu en as si tu en entretiens non j'ai pas de lien vraiment je je m'intéresse à ce qui se passe oui voilà mais je sais que tu que tu as un emploi du temps qui est toujours très très chargé mais ton actualité j'aiécris un nouveau livre d'ailleurs dans lequel zorad va figurer je je la pour l'instant je l'appelle le pantthéon de mes femmes je je je fais un un recensement et des récits de toutes les femmes qui ont compté pour moi dans ma vie alors ma mère ma grand-mère évidemment Cendrillon la chef de Monsieur séin des prof voilà alors au départ j'avais fait un un continuum chronologique et puis finalement ement j'ai décidé de faire un abécédaire en c'est en cours hein c'est pas du tout finalisé et donc sadrce va en faire partie parce que elle a voilà en général c'est des c'est des femmes qui m'ont apporté des choses positives évidemment l'affection des modèles des pensées il y a des autries évidemment si de beau voir et cetera mais c'est quand même une femme qui a compté dans ma vie aussi h donc elle est là peut-être terminer si tu veux sur cette sur justement madame Drif euh que j'avais sollicité je ressolliciterai euh il a semblé que tu restais je dis amè c'est peut-être pas le mot qui se qui se qui se prête plus à à ma réflexion mais en tout cas tu aurais voulu qu'elle t'accorde un peu de temps tu l'as croisé il y a quelques années de ça croisé plusieurs fois je l'ai croisé plusieurs fois et elle a dit clairement tout de suite qu'elle ne voulait pas me parler h donc y compris une fois où on s'est croisé dans les toilettes du lieu d'une conférence où on était seul comme comme ça elle sortait j'entrais c'était le moment enfin c'était le moment pour se parler en privé parce que moi je voulais pas du tout d'interpellation publiqueelle prit peut-être elle redoutait ça et en fait alors que tu n'es tu n'as jamais été dans cette dans cette dynamique ouis du tout et et vraiment dans ce ce cours face à face elle aurait pu en profiter elle a tourné la tête donc voilà j'ai ça restera une histoire qui n'est pas bouclée pour toi c'est pas bouclé c'est c'est vrai c'est c'est dommage pour nous deux et c'est dommage aussi pour la réflexion sur le terrorisme parce que c'est quand même assez rare qu'on ait l'occasion de rencontrer euh sa terroriste et voilà on pouvait on pouvait entamer un dialogue même si effectivement on comprend bien que c'était la guerre et que voilà bon ça n'a pas marché tu disais tu tu n'es pas retourné f tu t'intéresses à ce qui se passe en Algérie on tu t enfin il y a quand même beaucoup d'algéries chez toi au-delà des boucles d'oreilles les livres quel sont tes lecture d'ailleurs oui t lecturees alors en ces écleque en ce moment c'est particulier parce que comme j'écris ce livre et que j'ai plusieurs autrices qui m'ont euh qui m'ont façonné donc je relis toutes ces choses je relis Simone de bvoir Virginia Wolf et cetera et sinon mes lectures elles sont variées elles sont en général plutôt des choses qui viennent de sortir et puis euh mais jeolis volontiers oui j'ai j'ai j'ai lu beaucoup sur l'Algérie et sur l'exil alors là je je fais aussi un texte je travaille sur un texte pour un livre collectif sur l'exil et et donc voilà je je je lis des choses sur l'exil sur l'Algérie euh euh parce que parce que je je je suis une exilée quand même même si euh comme je disais tout à l'heure on était des patriés hein et et je suis une exilée et je je pense que je vais commencer ce récit je suis en train de le travailler pour l'instant je vais je vais le le commencer par l'histoire de l'arrivée à Marignane la la Croix Rouge nous attendait gentiment à la descente de l'avion et donner un bonbon à chaque enfant et j'ai envie de commencer par un bonbon pour un exil c'est pas grand-chose parce que finalement c'est dérisoire quand même hein si on peut pas s'arrêter qu'à la symbolique tu es grand-mère donc tu as forcément maman et et tu es grandmaman est-ce que tes enfants ou tes petits- enfants connaissent ton histoire ù ils la connaîtront oui non non bien sûr alors mes enfants bien sûr he ils sont tous adultes donc ils connaissent mon histoire et mes petits enfants B les trois les trois plus grands il y en a deux qui sont petits petits en maternel mais les trois autres sont des adolescents et ils connaissent ils connaissent l'histoire bien sûr oui oui ils sont ils sont ils sont très fiers de cette histoire alors je leur ais dit mais il y a pas de quoi être fier vous savez j'ai je suis pas une soldate quiev la guerre hein donc j'ai rien fait j'étais juste là mais ils sont très fi de mon attitude de de mon livre de de ce que de ma position voilà ouais et tu sais qu'à chaque fois que je passe je suis passé encore récemment à côté du milkb je t'assure que c'est pas du tout une du passage de pommade je pense à toi c'est très bizarre comme sensation mais il y a des endroits maintenant que j'identifie c'est vrai que le milkb je ne peux plus jamais passer à côté sans avoir une Penson pour la petite un lieu symbolique hein je pense que il a été reconstruit à l'identique parce que c'est un lieu symbolique de du début de la guerre de l'Algérie te reste quoi j'insiste il y a des choses chez toi mais s'il fallait que je allez image quand on parle de l'Algérie quelle est la première image qui te vient à l'esprit la mer la mer si différuche j'ai aussi écrit un texte dans un livre collectif là-dessus sur Oui la mer les piqueenqu à la mer en famille et cetera pour moi c'est ça une odeur les beigners qu'on vendait dans la rue bien et bien parleit pas mainant voilà euh et c'est drôle parce que quand quand je suis allée en 2013 en Algérie au départ c'était pour une conférence sur les violences faites aux femmes puisque j'étais assez engagée sur le plan associatif et donc cette conférence avait li à Blida et la mère d'une des organisatrices avait préparé un grand couscous pour les participantes le dernier jours donc on mange ce couscous tout ensemble jusque-là très bien je me disais c'est bien parce que je savais pas du tout comment j'allais réagir moi si longtemps après ouais et puis à la fin du couscous tout le monde débarrasse et cetera c'est vraiment sympa et elle apporte ses beigners et là je me mets à pleurer comme une madeleine et l'AM qui était venue à cette conférence en même temps moi elle est aussi photographe et donc elle me prend photo je pleurais je tu te rends compes sanglotter pas un gros béier bien gr ça mais ça c'était vraiment le souvenir le souvenir dans France voilà ma petite madeleine est beaucoup moins noble que la Madeleine et comme quoi l'émotion si longtemps après ne se contrôle pas c'est quelque chose que que que tu es en toi tu parlais tu comprenais quelqu mot d'arabe ou tes parents parl mot oui il y a des mots parce que mes parents ne parlaient pas arabe mais mes grands-parents notamment mais mes grands-parents maternels se parlent en arabe entre eux notamment quand il voulaiit pas qu'on comprenne ou la belle à très fâchés contre tous leurs petits- enfants parce qu'on était nombreux euh ma mère mélangeit de temps en temps des mots alors aussi quand elle était en colère oua voilà par exemple ça quand B tu comprends rien voilà alors j'ai transmis mes enfants bizarrement qui eux-mêmes le disent à leurs enfants donc c'est incroyable quoi on parlait de transmission tu vois tout à l'heure et une chanson une chanson peut-être parce que oui une chanson une personne qui t'a marqué parce que tu as été scolarisé quand même en Algérie absolument absolument j'ai fait toute ma scolarité primaire en Algérie puisque je suis arrivé en France au moment d'entrer en 6e dans quelle école étais-tu j'étais à l'école de la euh rue de la Liberté alors oui pareil euh euh comme on habitait pendant jusqu'en en septembre 61 on a habité euh euh la bas dans la bas casba dans la bas casba donc euh la rue de la Liberté je pense c'était une des rues qui faisait frontière entre la casba et et la ville européenne et je l'ai retrouvé cette école oui oui oui oui oui et et plus tard quand vous avez quittéès après 61 tu m'as dit après euh je me souviens plus comment ça'appelait l'autre école mais ouais tu tu as quand quand on évoque tout ça c'est des des souvenirs encore précis il y a des images qui reviennent comme ça à ton esprit tout est intacte pratiquement oui le le chemin pour aller à l'école par exemple il y avait tous ces escaliers du boulevard gambéac et tout en escalier voilà on en descendait une bonne partie pour aller à l'école voilà donc j'ai cette image là quand j'ai retrouvé cette appartement où mon père était né où moi-même je suis né je je me suis penchée à la fenêtre et et et on voit le port au loin et on voit des pétroliers et et et je dis ah mais voilà pourquoi je suis fasciné quand je suis en vacances n'importe où dans le monde et que je vois des pétroliers je disais toujours dis à mes enfants vous voyez ça c'est un pétrolier il me regardait avec l' de dire mais on s'en fich finalement parce que c'est ces bateaux extrêmement longs avec des pipelin quoi et et donc je me penche à la fetade de voilà de cet appartement qui était le nôtre qui avait été le nôtre et je vois des pétrol je dis voilà voilà d'où vient cette FA tion pour les pétroliers C surprenante falcination mais qui a son explication incroyant incroyable incroyable comme je disais tout à l'heure Daniel en fait c'est ton ton message il est vraiment pour un message je tends la main comme on dit en arabe qui une langue que je pratique pas bien les fites m qui est passé est mort enfin qu'il faut savoir passer à autre chose pas tourner la page c'est toujours délicat quand on évoque ce passé cette cette histoire qui a du du mal à passer mais il faut aller de l'avant pas de pas de haine pas de rancœur sinon on s'en sort pas on se détruit soi-même déjà pas du tout et puis je dis toujours c'est mon histoire je l'ai adopté parce que c'est c'est mon histoire j'allais pas me séparer de ma propre histoire donc voilà et et je me disais pas comment je vais faire avec c'était tout naturel j'ai fait avec alors j'avais c'est une chance d'avoir parce que souvent les gens me disent ah là là 5 ans c'est petit quand même c'est dur et tout je pense que c'est une chance aussi c'est-à-dire que quasiment pas de souvenir de l'époque où j'avais deux jambes je je vois bien des photos de petites filles où j'ai des petites robes d'été et cetera mais bon j'ai pas de souvenir autre que les photos donc voilà j'ai toujours fait avec et et ça fait partie quoi ma souffrance elle a vraiment plus été pour mes parents ma mère est morte de et à la fin les derniers mois elle n'était plus verbale du tout mais elle chit quelque choseêtes soignant et cetera ne comprenit pas en fait elle disait 1000 bar h c'est la seule chose qu'elle pouvait dire donc c'est en dilon quand même sur le traumatisme qu'elle a et ben comme le personnel ne savait pas ce que c'était donc voilà j'ai je leur expliquéis c'est c'est c'est ça finalement la souffrance c'est la souffrance de de de ma famille quoi h mon frère est né après donc c'était aussi un peu compliqué il est en 58 donc il est dans une famille déjà plombée il a pas eu même parents que moi oui c'est clair clairement on a voilà h et merci en tout cas de d'arborer ce beau sourire et cette cette sérénité malgré tout j'allais dire malgré tout pardon c'est le mot qui me vient à l'esprit mais de dire là on on se on se construit on se reconstruit il faut h oui ah oui oui bien sûr bien sûr alors après on a d'autres exemples hein de victimes oui ils ne le vivent pas de la même façon mais chacun fait comme il peut voilà je je vais je vais plager un chanteur qui disait on emporte tous sa ville au talon de ses souliers elle est avec toi Alger est avec toi j'imagine que quand oui oui oui alors comme en plus j'ai passé mon adolescence à Toulon je me sens des deux côtés de la Méditerranée quoi j'ai j'ai j'ai passé les années de jeunesse de chaque côté de la Méditerranée donc je me suis sent vraiment attaché à cette Méditerranée et puis euh c'est vrai qu'on est allé souvent quand les enfants étaient petits en vacances en Tunisie ou au Maroc Algérie n'a pas n'est pas un pays touristique donc voilà ou et euh et je retrouver des des odeurs enfin voilà c'était c'était quand même des choses qui me sont familières sur lesquelles je peux pas forcément mettre des mots tout le temps ou des souvenirs précis mais qui me sont familière oui bien sûr donc je suis profondément méditerranéenne là je suis désespéré il fait un temps épouvantable à Paris depuis des semaines ça y est je je suis je suis complètement météod dépendante quoi estil un point un message que tu voudrais transmettre écoute j'ai été invité il y a 2 ans le président Macron a invité des représentants d'association de Piednoir pour exprimer la reconnaissance de la France au massacre du 26 mars 62 quand l'armée française a tirer sur des manifestants pied noirs donc français tirant sur des Français dans le centre-ville d'Alger donc il a fait une espèce de cérémonie à l'Élysée j'ai bon moi je n'appartiens évidemment pas aux associations de Piednoir du tout parce que ils sont dans un combat d'extrême droite je ve dire clairementin et que comme moi je ne suis pas revanchardée que je suis pas d'extrême droite du tout voilà et donc j'ai après il y avait quelques individus qui étaient invités dont moi et j'étis invité j'ai été choisi pour faire le discours et et ce que j'ai dit à ce moment-là que ces gens ont siffl hein fort gentiment mais bon euh par qu'ils avent pas compris ben non ils veulent veulent pas comprendre ils sont restés c'est c'est une taquinerie une petite boutane que je m'autorisais à faire effectivement oui oui non mais et voilà que ça suffit quoi enfin voilà on on tourne la page la page est tournée depuis longtemps même donc euh je je comprends pas bien ce cette rancœur qu'il transmettent aux générations suivantes donc c'est terrible ça ça me met hors de moi c'est pour ça que je me suis toujours tenu à l'écart de de tous ces de tous ces groupes voilà si pr dernière question l'ettre aur D et a été publié en France je suppose que tu as un lectorat en Algérie est-ce qu'on t'a est-ce qu'on t'a sollicité déjà sur les réseaux sociaux ou essayer de t'approché par rapport à ce à ce témoignage ou on m'a approché sur des réseaux sociaux des lecteurs algériens oui mais il je pense pas qu'il était distribué en Algérie qu'il y a pas eu d' algérien et ça coûte trop cher après mais oui oui j'ai j'ai j'ai eu des témoignages et toujours des des témoignages très bah madame quel courage quel voilà quelle hauteur de vue voilà oui parce que effectivement quand on on s'attend à ce que j'écrive un message de colère et de haine donc que je n'ai pas comme tu disais on pourrait conclure comme te disais le le doanier qui t'a accueilli à ton retour euh 50 ans 60 ans non 50 ans après ton ton départ initial en 2013 venu chez toi en fait c'est c'est ça c'est ça ton Algérie à toi ouais c'est ça c'est ça alors pendant ce ce cours séjour je suis restée 9 jours en tout euh les gens me demandaient est-ce que tu te sens chez toi je disais c'est chez moi et c'est pas chez moi en même temps c'est vraiment les deux voilà évidemment que c'est pas chez moi parce que les toute ma vie c'est faite en France oui mais en même temps c'est chez moi parce que les odeurs les bruits les mots comme ça j'étais dans la rue puis j'attrapais des mots que je saisissais au vol que je pouvais deviner reconnaître donc c'est les deux merci merci en tout cas d'avoir partager ton ton Algérie à toi aujourd'hui avec beaucoup d'émotion et surtout beaucoup de beaucoup de bienveillance merci Daniel à [Musique] bientôt [Musique]