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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 4 avril 2024 27 min

Europe : "Jamais depuis 50 ans la jeunesse n’a été aussi angoissée", affirme l’ex-président François Hollande

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Nicolas Demorand, le 7-10. Et avec Yael Gauze, nous recevons ce matin un ancien président de la République dans le grand entretien. Il publie l'heure Europe, expliquée aux jeunes et aux moins jeunes. Livre illustré par Laure Montloubou, chez Gléna, dans la collection Quand ça va, quand ça va pas. Vos questions, 01-45-24-7000 et l'application de France Inter. François Hollande, bonjour. Bonjour. Et bienvenue à ce micro, beaucoup de sujets à aborder avec vous ce matin. La situation en Ukraine, au Proche-Orient, l'état des finances publiques de la France. Mais on va commencer par ce livre sur l'Europe, dans la lignée de ceux que vous aviez déjà consacrés à la République et à l'État.

L'heure Europe, expliquée aux jeunes et aux moins jeunes, est un exercice de pédagogie sur l'Union Européenne. Ses institutions parfois complexes, le Conseil, la zone euro, la Banque Centrale Européenne, la politique agricole commune, les lobbies et j'en passe. Vous écrivez dans l'avant-propos, j'ai voulu écrire ce livre pour les jeunes Européens, pour les convaincre de leur chance. Avez-vous le sentiment, François Hollande, que ces jeunes n'en ont pas ou plus conscience de cette chance ? Jamais, sans doute, la jeunesse, depuis 50 ans, n'a été aussi angoissée. Angoissée par les guerres qui sont autour de l'Europe, angoissée par les crises climatiques, sanitaires.

Sanitaire, c'était hier, climatique, c'est aujourd'hui, demain. Et angoissée aussi par la difficulté de se situer dans le monde. Et pourtant, si l'on regarde ce qu'était l'Europe il y a 80 ans, elle était en guerre. Il y a eu des millions de morts, la Shoah. Si l'on regarde ce qu'était l'Europe il y a 40 ans, une Europe divisée en deux et des dictatures sur la moitié des pays qui constituent le continent. Donc c'est à la fois une chance d'être dans une Europe qui s'est construite autour de la paix, qui a pu avoir un niveau de prospérité, même s'il y a beaucoup d'inégalités, et aussi de vivre en démocratie.

Et donc ce que j'ai voulu faire à travers ce livre, c'est d'abord de raconter cette histoire européenne. Oui, et dire n'oubliez pas. Et aussi dire qu'est-ce qui attend cette génération et qu'est-ce qu'elle doit faire maintenant ? Préserver la démocratie sûrement, assurer une Europe puissance pour être respectée, et notamment pour que la démocratie puisse avoir sa place, et puis enfin lutter contre le réchauffement climatique.

2:36
Invité

Et vous défendez une idée dans ce livre, je vous cite, l'Europe ne vit que du consentement des peuples, elle n'est pas une prison. La preuve, il y a eu un Brexit en 2016. Et vous ajoutez, y rester exige d'en respecter les règles et d'abord la démocratie. Vous vouliez casser la petite musique d'une Europe antidémocratique, éloignée des peuples, qui les empêche de respirer ?

2:54
Présentateur

Je voulais dire deux choses, c'est que rien n'empêche un pays, on l'a vu avec le Royaume-Uni, de quitter l'Europe. Et nous verrons bien si pour les élections européennes, des partis ou des gouvernements demandent à quitter l'Europe. Mais ce qui est assez frappant depuis quelques années, c'est que plus personne ne veut quitter l'Union Européenne. Pourquoi ? Parce qu'elle apporte finalement plus d'avantages que d'inconvénients. Il y a encore quelques années, il y avait des partis, notamment d'extrême droite, mais pas seulement, qui disaient que la Banque Centrale Européenne, c'était un carcan, qu'il fallait sortir le plus rapidement possible des traités.

Aujourd'hui, tous les partis disent qu'ils acceptent les règles. Mais, je voulais dire aussi une deuxième chose, c'est que l'Europe, ce n'est pas simplement un grand marché, une monnaie, des institutions. Ce sont des valeurs et des principes. Et il y a des gouvernements en Europe qui ne les respectent plus. La Hongrie en est un exemple, il y en a d'autres. Qu'est-ce que va nous dire exactement Mme Mélanie dans les prochains mois ? Qu'est-ce qui peut se passer en France ? Qu'est-ce qui peut arriver en Allemagne, en Autriche ?

Donc, il y a des règles, et on nous faisait souvent référence à des règles budgétaires qui, quelquefois, paraissaient comme contraintes, même si, en France, on ne les a jamais vraiment respectées. Mais les règles démocratiques, ça me paraît plus important.

4:08
Invité

La valeur démocratique, vous dites, en même temps, quand on voit ce qui se passe sur le traité de libre-échange Union Européenne-Canada, le CETA, qui fonctionne depuis 2017 alors qu'il n'a pas été ratifié, il a même été rejeté il y a dix jours par les sénateurs, est-ce que ça, c'est l'Europe démocratique que vous aimez ? Compréhensible ?

4:22
Présentateur

On peut apprécier ou pas ce traité, mais il n'empêche, il a été soumis au Parlement Européen, donc c'est une instance légitime. Et ensuite, il est soumis à tous les parlements nationaux. Et là, ça coince. Qui peuvent le refuser. Donc, un seul Parlement peut d'ailleurs bloquer le système que nous connaissons. En plus, ce qui a été appliqué avant permet d'avoir une évaluation. Donc, si on ne veut pas se traiter, démocratiquement, on peut le refuser. Donc, pour vous, il n'y a pas de problème sur le CETA ? Ce que je pense, c'est que ce n'est jamais facile de faire des accords commerciaux. Il n'y a plus d'organisation mondiale du commerce.

Donc, l'Europe, elle est obligée, avec certains pays, avec certains continents, l'Amérique du Sud, pour le Mercosur, de savoir ce qu'on accepte, ce qu'on n'accepte pas, quels sont les droits de douane qui sont posés. Ça, c'est la compétence de l'Union Européenne, précisément. Ce que j'essaye de décrire, c'est la Commission Européenne qui fait cette négociation. Après, les États peuvent l'accepter ou ne pas l'accepter. Il s'agit, je le redis, de votre troisième livre dans cette collection pour la jeunesse. Après leur République et leur État, voici donc leur Europe.

Vous parlez, vous adressez à la jeunesse, que ce soit ici en librairie ou dans différentes rencontres que vous pouvez faire à travers la France. Il ne vous aura pas échappé, François Hollande, que dans le cadre de l'élection européenne, il y en a un qui séduit beaucoup les jeunes. C'est Jordan Bardella. 48% des 25-34 ans ont une opinion favorable de lui, selon le dernier tableau de bord des personnalités ifob fiduciales. Jordan Bardella, 28 ans, qui a su développer une communication efficace sur les réseaux sociaux, sur TikTok notamment. Pourquoi, selon vous, une telle partie de la jeunesse se tourne aujourd'hui vers le RN ? Parce qu'ils ne le connaissent pas.

Les jeunes n'ont jamais entendu parler, ou peut-être n'entendront plus jamais parler de Jean-Marie Le Pen et de ce qu'ils pouvaient énoncer il y a encore 20 ou 30 ans. Mais ils connaissent Jordan Bardella. Mais ils connaissent Jordan Bardella. Il apparaît comme non pas un leader d'extrême droite, mais comme un personnage. Il s'est construit finalement une icône, qu'on voit sur les réseaux sociaux, sans que ses idées soient pour autant affichées. Donc, il y a un phénomène qu'on connaît bien, et surtout avec les réseaux sociaux, finalement, d'empathie à l'égard d'une personne qui, en plus, vous l'avez rappelé, est jeune. Enfin, il y en a d'autres qui sont jeunes, ce n'est pas un critère.

Et il y a un contexte de dépolitisation. Ce qui est le plus grave dans une démocratie, c'est quand les partis se sont fondus, se sont évaporés. Oui, mais pourquoi est-ce le RN qui capte ça ? Et le RN, et ce n'est pas simplement vrai pour les jeunes, et le RN apparaît comme le parti qui n'a jamais gouverné. C'est toujours un atout, c'est aussi un inconvénient de ne jamais avoir gouverné. Mais ça peut paraître pour les jeunes, finalement, la solution. Enfin, pourquoi les jeunes seraient-ils différents des autres quand il y a des phénomènes d'angoisse dont je parlais ? Quand il y a autant de crises sanitaires, économiques, sociales, quel est le premier réflexe que nous avons ?

C'est de nous replier, c'est de nous rétracter. Mais je vais ajouter quelque chose d'autre sur les jeunes. Ce qui me préoccupe, bien sûr, c'est d'éviter qu'une partie de la jeunesse, par dépolitisation, aille vers des solutions qui seraient dangereuses pour elles. Pour elles, parce que c'est elles qui veulent l'ouverture. C'est elles qui veulent la liberté. C'est elles qui veulent lutter contre un certain nombre de crises, et notamment le réchauffement climatique. Mais ce qui est le plus problématique, à mes yeux, c'est l'abstention chez les jeunes. Les taux d'abstention pour les élections européennes chez les jeunes, c'est aussi une des raisons...

7:54
Invité

Entre 60 et 75% des 18-24 ans n'ont pas voté en 2019.

7:58
Présentateur

Exactement, qui me conduit à faire aussi ce livre pour expliquer ce qu'est l'Europe et quel est l'enjeu. L'abstention, elle est considérable pour les élections européennes de la part des jeunes, alors même que l'Europe fait partie de leur environnement et sera une part de leur avenir, de leur destin, y compris sur les questions de défense ou d'écologie. Et en plus, pour l'élection présidentielle, le taux de participation des jeunes de moins de 25 ans a été de 67%. Le taux de participation des plus de 75 ans, c'est 87%. Donc, si l'on n'y prend pas garde... Mais pourquoi ? Si l'on n'y prend pas garde, qu'est-ce qui peut se passer ? Et c'est en train de se produire.

C'est que les thèmes de la vie politique, le grand débat qui se passe à chaque grand scrutin, c'est sur les questions qui intéressent les plus âgés. C'est une politique pour les seniors aujourd'hui qui est menée ?

8:43
Invité

Parce qu'elle est rentable électoralement ? C'est ce que vous essayez de dire ?

8:46
Présentateur

Non, ce que je veux dire, c'est que les sujets qui sont le plus souvent évoqués, on l'a bien vu, et c'est tout à fait légitime. Ne pas désindexer les retraites sur l'inflation ? La question du traitement des personnes âgées, du vieillissement, voire même de la fin de vie, ce sont des thèmes, et je les comprends. En plus, finalement, d'une certaine façon, à terme, concernés. Mais les thèmes des jeunes sont de moins en moins évoqués. Ce qui me conduit à dire, et je l'avais aussi posé dans une campagne présidentielle de 2012, c'est que la priorité, y compris pour les générations plus âgées, ça doit être la jeunesse. Il n'y a pas d'autre priorité que de donner aux jeunes un avenir.

Restons en Europe, François Hollande, une question sur l'Ukraine. Emmanuel Macron, vous le savez, a récemment dramatisé les enjeux de cette guerre, en évoquant l'envoi possible de troupes au sol. Ceux qui posent des limites à l'engagement pour soutenir l'Ukraine ne font pas le choix de la paix, mais font le choix de la défaite, dit le président de la République, estimant que l'Europe entre dans un moment où il convient de ne pas être lâche. A-t-il eu raison de changer de ton ? Vous le diriez, vous aussi, poser des limites au soutien à l'Ukraine, c'est faire le choix de la défaite. Il convient de ne pas être lâche. Vous prendriez ces mots à votre compte ?

D'abord, pour avoir été le plus lucide sur la Russie de Vladimir Poutine, pour avoir été le président qui n'a pas livré les Mistral, c'est-à-dire ses portes-hélicoptères, à un moment où, déjà, il y avait eu une première guerre en Ukraine et où la Russie pouvait utiliser ses armes pour un conflit à venir, je dois dire que je suis conscient qu'Emmanuel Macron, il n'est pas le seul, à évoluer sur ce sujet.

à penser à un moment qu'il était possible de dialoguer avec Vladimir Poutine, j'ai moi-même dialogué avec Vladimir Poutine, mais enfin, il y avait un certain nombre de limites à poser, et aujourd'hui, il est arrivé à une position qui me paraît être juste, c'est-à-dire aider, aider, aider encore l'Ukraine à faire face à un envahisseur. Après, je crois qu'il n'a jamais été question, y compris pour Zelensky, il a lui-même affirmé qu'il y ait des soldats venant de l'Union Européenne ou de l'Alliance Atlantique qui viennent combattre en Ukraine. Donc, je crois qu'il faut en rester là. Plus on aidera l'Ukraine, plus grande sera la chance que ce conflit s'arrête.

11:04
Invité

Et puis, il y a eu ce coup de fil hier soir, à l'initiative de Paris, pour la première fois depuis 18 mois, entre ministres français et russes de la Défense, sur le terrorisme, après l'attentat de Moscou. Il y a eu une bataille de communiqués derrière. Paris et Moscou livrent deux versions différentes de ce que les ministres se sont dit. Est-ce que c'est le bon moment de reparler aux Russes ?

11:23
Présentateur

Ça partait sûrement, je veux le croire, d'une bonne intention, de dire, dans la lutte contre le terrorisme islamiste, nous sommes tous solidaires. Mais vous avez vu comment la Russie instrumentalise ce genre de discussion. et laisse même penser que ce serait la France qui aurait pu, c'est une hypothèse, soutenir les attentats qui se sont passés à Moscou. Donc, aujourd'hui, ma recommandation, c'est aucun contact avec la Russie.

11:51
Invité

Le 9 juin prochain, on sait que la question de la guerre ou de la paix va être très présente dans la campagne. Jean-Luc Mélenchon, qui est arrivé sur l'île de la Réunion, dit que ce sera le choix entre la guerre et la paix, cette élection du 9 juin européenne. Les Insoumis se disent clairement dans le camp de la paix. Que répondez-vous à ça ?

12:06
Présentateur

Les pacifistes, comme on dit, ils sont toujours au même endroit. C'est-à-dire, dans les esprits occidentaux, même si Jean-Luc Mélenchon ne voudrait pas être réduit à un esprit occidental, mais l'idée que c'est quand même mieux la paix que la guerre. Et que, d'une certaine façon, mieux vaut laisser, finalement, à l'envahisseur une partie du gâteau, du territoire qu'il a conquis, plutôt que d'aller le repousser au risque d'une escalade. Eh bien non ! Si on veut la paix, comme dit la formule, il faut être capable de montrer de la force.

Ce n'est pas l'abandon qui fait la paix, c'est la capacité que l'on a face à des régimes autoritaires de pouvoir montrer qu'il y a des limites et que ces limites entraînent un certain nombre de conséquences quand elles sont franchies. Quand on a laissé, je vous rappelle toujours cet événement parce qu'il est majeur dans l'histoire de ces dernières années, quand on a laissé Bachar el-Assad massacrer son propre peuple avec des armes chimiques, sans réagir, alors qu'une ligue rouge avait été posée, eh bien vous avez eu, les années qui ont suivi, des rapports de force qui sont allés dans le même sens, c'est-à-dire l'usage de la force.

Avant de parler de la France, un mot sur la situation au Proche-Orient. François Hollande, avec la poursuite de la guerre entre Israël et le Hamas, en dépit d'une résolution de l'ONU exigeant un cessez-le-feu immédiat, vous le savez, sept humanitaires ont été tués lundi par un drone israélien, des membres de l'ONG World Central Kitchen. L'Union Européenne a-t-elle le moindre pouvoir sur ce conflit où seuls les États-Unis ont ou auront leur mot à dire le moment venu ? Nous avons tous, que nous soyons Américains, Européens ou Citoyens du Monde, nous avons tous à dire assez.

Ce n'est plus supportable, ce n'est pas acceptable que l'on ait eu une solidarité à l'égard d'Israël après le 7 octobre et ce massacre insupportable commis par une organisation terroriste, oui. Mais que l'on laisse maintenant des populations civiles être affamées, des femmes de pouvoir, même pas se soigner ou atteindre finalement un niveau de dignité dans leur vie quotidienne, c'est insupportable. Et donc, il doit y avoir maintenant une forme de pression, même si c'est dur parce que Netanyahou n'entend rien et il est lui-même dans une fuite en avant.

J'observe qu'en Israël, il y a des manifestations, qu'il y a maintenant au sein de son cabinet des candidats qui s'annoncent pour des élections législatives anticipées. Eh bien, c'est ce processus-là qu'il faut engager.

14:35
Invité

La France fait suffisamment pression ? La France fait suffisamment pression ?

14:38
Présentateur

On n'en fait jamais assez, mais l'arrêt des combats, le cessez-le-feu, un processus de paix et des élections. Des élections d'ailleurs en Israël, et autant qu'il sera possible, des élections en Cisjordanie, parce que là aussi, on a une autorité palestienne qui n'est pas un interlocuteur, on ne peut pas dire qu'il y ait toute la légitimité nécessaire. La France et nos finances publiques. Le déficit a finalement atteint 5,5% du PIB. Votre ancien ministre, devenu président de la Cour des Comptes, Pierre Moscovici, a regretté à ce micro un dérapage important et très très rare de nos finances publiques. Comment vous, François Hollande, qualifiez-vous la situation du pays de ce point de vue-là ?

La situation est-elle grave, pour le dire simplement ? Elle est sérieuse, parce que quand il y a du déficit, ce n'est pas simplement, finalement, un problème statistique. On a été au-delà de 3% depuis longtemps, des 5% maintenant. C'est parce qu'il y a un processus cumulatif d'endettement, et qu'il suffit que les taux d'intérêt bougent pour que ce soit rapidement insupportable. Donc il y a des mesures à prendre. Elles auraient dû être prises depuis plusieurs années. J'avais laissé des finances publiques équilibrées. Les comptes sociaux étaient à l'équilibre. Les comptes publics étaient en dessous de 3%. Qu'est-ce qui s'est passé ?

Bruno Le Maire dit qu'il y a eu des crises gilets jaunes, Covid, inflation, et que le choix a été fait de protéger les Français. Et tous les gouvernants, tous les présidents ont connu des crises. Crise des subprimes avant moi, qui continuaient avec moi. Crise mondiale avec la crise qui se passait au Moyen-Orient et en Ukraine. Il y a toujours des crises. Mais il y a un moment, le quoi qu'il en coûte ne pouvait plus se prolonger. Il s'est prolongé. Et sans distinction, sans sélectivité sociale. C'est le pire, si on avait un déficit des finances publiques, mais que les Français soient satisfaits de leurs services.

S'il y avait un déficit public, mais qu'il y ait eu une politique fiscale qui ait permis une redistribution. Bon, on serait inquiet parce qu'il y a un niveau de dette qui ne cesse d'augmenter, mais on serait rassuré. Eh bien, non. Vous êtes en train de nous dire que c'était vous le Mozart de la finance, finalement ? Moi, je ne me suis jamais présenté ainsi. La finance n'était pas spécialement, pour moi, une partition musicale. Mais ce que je voulais dire, c'est qu'il y a des moments où il faut savoir maîtriser les comptes. Je l'avais fait dans un contexte où il n'y avait pas de croissance. Là, il s'est passé une augmentation de la dépense.

C'est vrai, face à des événements qui n'étaient pas prévus, mais sans qu'il y ait de réforme de structure ou de redistribution ou de réduction d'un certain nombre d'inégalités. Alors, comment on fait maintenant, François Hollande ? Comment trouver l'argent ? On augmente les impôts ? Quelle est votre position ? D'abord, on ne le fait pas brutalement. Je pense que ce serait une erreur, même si les chiffres sont inquiétants, d'avoir une politique d'austérité d'un seul coup qui affecterait la croissance. Donc, il faut le faire dans une stratégie de finances publiques. Ça, c'est sur les 10 milliards et ceux qui viennent annoncer par Boulot-le-Mer ?

Oui, mais les 10 milliards ne sont qu'une toute petite partie de ce qui va être demandé aux Français. Donc, il y aurait avantage à étaler cette exigence d'effort. Deuxièmement, il y a sûrement une maîtrise de la dépense et donc de regarder ce qui est fait en termes d'aide aux uns ou aux autres pour pouvoir éviter qu'il y ait là aussi une espèce d'habitude qui s'est installée avec le quoi qu'il en coûte. Et troisièmement, il faut de la justice fiscale. Vous ne pouvez pas demander le moindre effort. J'entendais le Premier ministre dire quand même, les chômeurs, il faut qu'ils fassent des efforts. Ce n'est pas supportable parce qu'il y aurait des abus.

Mais dans le même temps, on ne demande rien aux plus fortunés. On ne demande rien aux entreprises qui ont fait des bénéfices considérables. Il y a un travail qui est lancé sur les rentes. D'accord, le travail sur les rentes, ça fait quand même longtemps qu'on le connaît. On le connaît, il ne s'agit pas de rentes, il s'agit de résultats. Mais le CAC 40 a doublé quant à sa valeur depuis 10 ans. Donc, il y a un moment où, et en termes de distribution de dividendes, et c'était finalement ce qu'avait fait le président Macron avec la flat tax, eh bien c'était une erreur. Donc l'ennemi c'est la finance, c'est là qu'on va chercher l'argent ? Ce que vous êtes en train de dire ?

Non, l'ennemi, la finance a un caractère spéculatif, il faut la taxer, ça c'est le phénomène des rentes. Mais quand il y a des bénéfices très importants, eh bien il est normal, quand il y a un effort à solliciter, il est normal d'aller demander aux entreprises qui ont fait énormément de profits et qui les ont distribués, de faire leur part de la contribution. S'il n'y a pas cet effort, même s'ils ne représentent pas la part, ce serait trop simple de dire, suffit de taxer les fortunes et les profits considérables pour qu'on soit débarrassé du déficit. C'est faux, c'est faux. La fiscalité, elle n'a pas simplement qu'un caractère de récupération de recettes.

La fiscalité, elle a un facteur de cohésion sociale et nationale. Quand vous demandez des efforts à tous, vous demandez des efforts aux plus riches. Quand vous demandez des efforts à tous, sauf aux plus riches, vous avez un problème qui s'appelle une crise sociale. Une réforme de l'assurance chômage, ce profil, vous le disiez, selon Gabriel Attal, il faut que plus de Français travaillent parce que ce sont des recettes supplémentaires, d'où l'hypothèse, à ce stade, de jouer peut-être sur la durée ou le montant de l'indemnisation. Qu'en pensez-vous de cette nouvelle réforme de l'assurance chômage ?

Il y a encore quelques mois, vous avez évoqué une précédente réforme de l'assurance chômage qui avait d'ailleurs une logique, qui était de dire quand le chômage baisse et qu'il y a une demande de travail de la part des entreprises et qu'il n'y a pas forcément l'offre correspondante, il est assez légitime de dire qu'on a besoin qu'il y ait des personnes qui se placent sur le marché du travail. Et quand, au contraire, le chômage augmente, on a besoin d'assurer une couverture sociale à celles qui vont se retrouver hors de l'entreprise ou hors du marché du travail. C'est pour ça que là, cette réforme, elle n'est pas du tout une réforme qui est posée sur un principe que l'on pourrait admettre.

Elle est une réforme uniquement d'économie budgétaire au détriment des plus modestes. On va passer au standard d'Inter, où nous attend Farid. Farid, bonjour.

20:50
François Hollande

Oui, bonjour. Bonjour, merci de me prendre en direct sur France Inter. Je ne vais pas régler les comptes comme ça. Mais en 2012, devant les jeunes, vous étiez en campagne électorale et vous prétendiez que la légalisation du cannabis, c'était un débat qui se posait au niveau européen. 12 ans plus tard, l'Allemagne fait chambre à part, comme le titre le Canada enchaîné cette semaine. Alors, pensez-vous que la France devrait légaliser le cannabis pour donner des perspectives communes à l'UE ? Et surtout, ne pensez-vous pas que la légalisation du cannabis permettrait à la jeunesse d'avoir un projet qui lui permette de vivre de manière plus sérieuse que ces 50 ans de prohibition qui la plombent ?

21:28
Présentateur

Merci Farid pour cette question. François Hollande vous répond. Je ne suis pas sûr, et même pas sûr du tout, que le cannabis soit un projet pour la jeunesse. Ce n'est pas en soi ce que la jeunesse demande que de fumer du cannabis. Mais je comprends la question. Est-ce que la légalisation pourrait permettre de limiter les trafics, de réduire le niveau de violence que l'on trouve dans un certain nombre de nos quartiers, voire même de nos centres-villes ? Est-ce qu'il y a encore un sens à frapper une partie de la population, les 10% de personnes en France qui fument du cannabis ? Ce que va faire l'Allemagne doit être pour nous un exemple, ou un contre-exemple, nous verrons bien.

Donc je crois qu'effectivement, et votre auditeur a raison, c'est à l'échelle de l'Europe qu'il faut essayer de faire ça, puisque regardez à Strasbourg, aujourd'hui, la question se pose, dans les régions frontalières de l'Allemagne, si c'est en vente libre en Allemagne, il y aura sans doute un détournement, si je puis dire, de trafic. Mais je vais là-dessus être tout à fait clair, même si on légalisait le cannabis, il y aurait toujours du trafic, il y aurait toujours des drogues, et les produits se sont multipliés, et les prix se sont abaissés. Et c'est souvent ces produits-là qui sont les plus dangereux.

Donc ne laissons pas croire, même s'il peut y avoir des solutions, celle-là en est vraisemblablement une, que ça nous débarrassera de cette gangrène qui est le trafic et le narthrotrafic.

22:51
Invité

François-Land, on revient aux européennes, à la politique, les socialistes sont représentés par un non-socialiste en ce moment, Raphaël Glucksmann, place publique, et il y a une dynamique dans les sondages qu'on observe, troisième, en règle générale, derrière le RN et Renaissance. Est-ce que c'est un vrai ou un faux retour en grâce pour les sociodémocrates que vous incarniez, mais toujours perdant à la fin ?

23:11
Présentateur

Nous verrons bien, mais pourquoi il y a une attention qui est portée à cette liste et à Raphaël Glucksmann ? C'est parce que l'enjeu est peut-être plus clair. C'est pour ça que j'évoquais ce que peut être l'Europe demain. L'enjeu, c'est de savoir si on veut une Europe qui assure et assume sa défense et qui soit capable, sur la question écologique, de prendre des dispositions et d'avoir aussi, à l'intérieur, une harmonisation sociale. C'est les trois thèmes majeurs de cette campagne. Tout en n'oubliant pas d'autres sujets. On évoquait les narcotrafics ou... Mais l'ordre d'arrivée à 9 juin à gauche, aura-t-il une incidence sur la suite ?

Deuxième motivation, et qui me paraît expliquer la montée dans les sondages. Nos concitoyens, ils veulent une solution pour l'élection présidentielle. Ils ne veulent pas être, une fois encore, dans un face-à-face entre un représentant de la majorité actuelle, quel qu'il soit, et le Rassemblement National. Ils veulent une autre solution. Cette autre solution ne peut venir que de la social-démocratie, du socialisme, du réformisme, tout ce qu'on voudra, parce que ça sera la seule offre capable d'être majoritaire au second tour. Vous effacez un peu vite Jean-Luc Mélenchon ? Et je l'efface parce qu'il s'est lui-même effacé.

Je l'efface parce qu'il est dans une position marginale aujourd'hui dans le débat politique. Personne n'imagine que Jean-Luc Mélenchon ou un membre de LFI puisse être président de la République demain, y compris dans un deuxième tour face à Marine Le Pen. Donc, une partie du succès, et je l'espère qu'il se consolidera encore ces prochains jours, c'est qu'une partie des électeurs souhaite qu'il y ait une recomposition politique au lendemain des élections européennes autour du Parti Socialiste. Vous avez raison, en plus, il y a quand même plus de non-socialistes que de socialistes.

Donc, autour d'une nouvelle famille politique qui puisse assumer le retour au pouvoir pour faire un certain nombre de changements utiles. Pas simplement pour s'opposer ou empêcher le Rassemblement National, c'est pas un projet d'empêcher. Non, pour porter une idée pour la France et qu'il soit une idée de justice, une idée de progrès et une idée de démocratie. Vous serez un facilitateur ou un acteur de 2027 ? Facilitateur, c'est déjà pas mal. Pourquoi aller chercher toujours ? Acteur, ça dépend de la partition, puisque vous évoquiez Bozart. Je sens que je me prenne pour qui que ce soit. Vous serez chef d'orchestre, vous irez ? Vous y riez ?

Moi, j'ai déjà fait beaucoup de musique de ce point de vue-là. Mais ce que je veux dire par là, sans filer la métaphore, c'est que personne ne doit se mettre en dehors. et je ne me mettrai pas en dehors. Mais vous y pensez en vous rasant ce linge-là. Non, non, non, c'est la question. Alors, est-ce que vous voulez toujours être content ? Non, je ne me pose pas cette question-là. Mais vous ne l'excusez pas ? Mais je veux dire, tout le monde, et moi en particulier, compte tenu des responsabilités que j'ai exercées, je dois faire ma part d'effort. Pas pour aller chercher des lauriers, ma part d'effort.

Si on ne fait pas cette force politique, s'il n'y a pas demain une offre qui soit sérieuse et crédible, eh bien, on connaît à peu près le résultat. Mais vous ne l'excusez pas pour vous ? Mais je n'excuse pas en tout cas ma participation, si c'est ça que vous voulez dire. Je n'irai pas plus loin. Pas de langue de bois, François Hollande. Non, mais parce que sinon, je ne rends pas service. Je ne rends pas service parce qu'on a l'impression que c'est une affaire personnelle que j'essaie de régler un compte ou d'être dans une posture ou encore dans une ambition. Non, c'est pour ça que je fais un certain nombre d'ouvrages et notamment pour les jeunes.

J'essaie de montrer que la politique, ce n'est pas simplement la recherche d'une place, d'une ambition. c'est quand même de servir un projet. Merci d'avoir été à notre micro, François Hollande. Je renvoie à votre livre en librairie Leur Europe expliquée aux jeunes et aux moins jeunes. C'est dans la collection Quand ça va, quand ça va pas des éditions Gléna. Merci à vous. Oh, God.